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Portugal


Portugal à l'exposition de Paris 1878

LES BEAUX-ARTS.

Le Portugal n’est pas riche ; il a peine à occuper un mur d’une salle dont la Grèce occupe l’autre. Au milieu, quelques morceaux de sculpture sans importance ; et c’est à peine si un ou deux de ses rares tableaux sont à signaler.

Les Lavandières, de M. Lupi, nous paraissent la meilleure toile de cette petite collection. Le même artiste expose plusieurs portraits, dont celui d’une dame, riche mulâtresse brésilienne vraisemblablement, est affreusement beau. La Fête Villageoise, de M. Léonet, est digne d’être remarquée; ainsi que la Prairie trop fleurie de M. Arthur Loureiro et une espèce de Cruche cassée de M. Porto, rappelant d’assez loin celle de Greuze.

Quelques-unes de ces toiles révèlent un véritable talent, et il n’y aurait matière qu’à d’insignifiantes chicanes s’il s’agissait d’expositions individuelles ; mais comme exposition nationale, l’art portugais est en vérité un peu faible.


LES SALLES DE L’EXPOSITION PORTUGAISE.

L’exposition portugaise comprend trois salles. Pour la décoration des deux premières, l’architecte a suivi les errements de la façade et s’est inspiré de l’intérieur même du couvent de Bélem.

La clôture de la première salle reproduit en effet les travées de l’intérieur de la nef.

La clôture de la seconde salle est empruntée à l’abbaye de Batallia où le roi don Manoël avait désiré être enterré. Malheureusement, la chapelle qui devait lui servir de sépulture ne fut jamais terminée.


L’enseignement, la librairie.

L’enseignement élémentaire est gratuit et obligatoire pour tous les enfants de six à douze ans, excepté pour ceux dont les parents ou tuteurs justifient qu’ils reçoivent l’instruction, soit chez eux, soit dans des institutions particulières, excepté aussi pour ceux qui résident à plus de deux kilomètres de l’école gratuite, pour ceux qui sont reconnus incapables et pour ceux que l’extrême besoin réduit à travailler pour vivre.

L’enseignement public comprend deux grandes divisions : 1° l’enseignement primaire élémentaire ; 2° l'enseignement primaire complémentaire.

Les travaux d’élèves que nous avons pu examiner sont on ne peut plus satisfaisants et font à la fois, l’éloge et des maîtres qui enseignent et du régime qui gouverne l’enseignement portugais.

Les travaux exposés par les élèves de la real casa pia, notamment, sont à remarquer ; leurs cartes du Portugal, tracées les unes au point de vue de la division militaire, les autres au point de vue de la division civile, attestent un travail sérieux.

Notons encore les tableaux statistiques de l’instruction publique de M. Rosa, de Porto.

Enfin la direction de l’institut général de l’agriculture de Lisbonne expose, outre ses ouvrages, ses cartes agricoles et ses échantillons des vues photographiques de son établissement.

La librairie a envoyé un grand nombre d’ouvrages, entre autres le règlement de la Société protectrice des animaux et de nombreuses collections de journaux, puis la Henriade, les Chansons de Béranger, la Lusiade de Camoens avec un portrait de Vasco de Gama.

La papeterie a de beaux échantillons de papier; son exposition ne comprend que cette seule branche.

A la classe de la géographie, nous remarquons une très-belle carte du Portugal à un cent-millième.


LÉ MOBILIER. LE VÊTEMENT.

Les meubles les plus remarqués de ce groupe sont le meuble en ébène incrusté d’ivoire de M. Contenho et un buffet avec des oiseaux, des poissons, et autres reliefs allégoriques de M. de Oliveira Sylva.

La céramique est abondamment représentée, mais, à notre sens, elle ne présente rien de bien saillant ; les poteries arabes sont la plus grande curiosité de cette exposition ; le reste manque un peu d’originalité, parfois même de goût.

La classe des tapis ne contient pas un seul tapis, mais en revanche une grande quantité de nattes que les Portugais préfèrent à nos tapis ; ils n’ont peut-être pas tort.

La classe des tissus est une des plus nombreuses; les cotons, le lin, la laine, la soie, y tiennent très honorablement leur rang et cela est d’autant plus méritoire que l’industrie n’a fait que depuis peu de temps encore son apparition en Portugal. Toutes les commissions départementales ont envoyé des échantillons.

Les fleurs artificielles, les dentelles et la chapellerie viennent immédiatement après ; signalons encore les gants, une industrie aujourd’hui très florissante et dont les produits peuvent soutenir la concurrence avec ceux des autres pays.


LES MINES. LES BOIS. PRODUITS DIVERS.

Nous avons indiqué déjà les principaux produits du sol qui font la richesse du Portugal.

Tous ces produits sont abondamment représentés; tous les minéraux, tous les minerais, tous les produits de l’exploitation et de l’industrie forestière, de la pêche et de la chasse figurent dans les vitrines, soit à l’état brut, soit à l’état manufacturé.

De très beaux échantillons de tabac y font l’envie des amateurs.

En ce qui touche les produits pharmaceutiques, il faut reconnaître que peu d’expositions sont aussi riches.

Nous n’en dirons pas autant de la classe des machines; le génie civil, au contraire, a une exposition remarquable.


L’ALIMENTATION, LES VINS ET LES LIQUEURS

La classe des céréales contient à elle seule cent neuf exposants ; elle se compose principalement de blé dont toutes les espèces, soigneusement étiquetées, permettent au visiteur de les comparer entre elles.

Après les blés, viennent en quantité non moins considérable les huiles d’olive, les légumes de toutes sortes, les vinaigres, les fruits conservés et la confiserie.

Nous arrivons enfin aux vins et liqueurs ; cette classe compte 493 exposants ; tous les vins et toutes les boissons fermentées y sont représentés ; c’est l’envoi des colonies dont nous allons parler dans le chapitre suivant.


L’ART MILITAIRE

Les armes ne sont pas représentées à l’exposition portugaise ; le Portugal a imité en cela la réserve d’un grand nombre de nations, réserve dont la France a, du reste, cru devoir donner elle-même l'exemple.

Nous ne trouvons trace de l’armée portugaise que dans la classe 68 où deux exposants ont envoyé, l’un des épaulettes et un képi d’officier de terre et l’autre un habit d’officier de marine.

Nous constatons en outre avec étonnement que pas un seul armurier n’a exposé.

Voici l’état actuel de la marine portugaise : — 24 bâtiments à vapeur et 18 vaisseaux à voiles, avec 3,500 marins ; les bâtiments à vapeur sont 9 corvettes avec 14 canons, 8 sloops avec 35 canons, 7 canonnières avec 21 canons.

L’armée comprend 30,128 hommes, savoir : 18 régiments d’infanterie avec 683 officiers et 9,218 soldats, 9 bataillons de volontaires, avec 314 officiers et 3,468 soldats; 8 régiments de lanciers et de dragons avec 234 officiers et 2,253 hommes ; 3 régiments d’artillerie avec 107 officiers, 1,278 hommes; 1 bataillon du génie avec 3 officiers et 317 hommes; l’état-major etle corps de santé comptent 194 officiers et 106 hommes.

Total : — 1,545 officiers et 16,640 soldats.

Cela fait presque un officier pour 10 hommes!

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878