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Siam



Le roi de Siam, Sa Majesté Somdet-phra-Paraminda-maka-Koulaloukoru, est aussi, à l’exemple de Nasr-Eddin, seul exposant.

Le groupe de l’enseignement n’est pas plus représenté en Siam qu’il ne l’était en Perse, mais la papeterie, par exemple, fait figure; nous voyons, en effet, du papier blanc, du papier noir, des crayons noirs et blancs.

La classe de la musique, elle aussi, est largement pourvue. Aimez-vous les cymbales, les gongs, les marteaux pour faire résonner les instruments ? on en a mis partout.

Cédons encore la parole à M. J. Weber :
« Dans l’exposition siamoise, dit-il, il y a beaucoup d’instruments dont un certain nombre est disposé en trophées; cela ne permet pas toujours d’en distinguer le caractère. Il y a un tambourin et une douzaine de tambours, les uns de forme cylindrique, plus ou moins gros, les autres de petite dimension, ayant la forme d’un ciboire au pied tronqué, ou bien encore une forme analogue à celle d’une clepsydre. On voit aussi quelques instruments à long manche et à cordes pincées, un petit hautbois, une petite flûte et un autre instrument à vent; puis quatre grands harmoniums à lames de bois, ayant dix-sept, vingt ou vingt et une notes ; deux harmonicas à bassins métalliques disposés non pas sur deux rangées droites, comme dans les instruments indiens, mais en cercle ouvert d’un côté ; le nombre des bassins pour chaque harmonium est de seize. Enfin il y a deux séries de tuyaux d’orgue de bambou, comprenant chacune quatorze tuyaux et ayant la forme de longues flûtes de Pan. Au reste, nous avions déjà vu ces instruments et d’autres à l’Exposition universelle de 1867.»


L’orfèvrerie, le vêtement, les armes.

Les meubles, les ouvrages de tapisserie et de décoration, la céramique ne présentent pas grand intérêt ; nous passerons donc rapidement et nous arriverons à l’orfèvrerie qui, elle, est remarquable.

Les bassins d’argent sur plateau, les boîtes à tabac avec couvercle d’or, les coupes à noix de bétel, les coquilles à couvercle d’or pour l’eau sacrée, les objets de toilette sont de bonne orfèvrerie ; au surplus le Siam est renommé en Orient pour la fabrication de ces objets.

Les soies nous trouvent un peu indifférents ; les vêtements exposés intéressent par leur aspect pittoresque, nous citerons entre autres un habit de soie brodé d’un bout à l’autre de soie et d’or.

Les armes sont représentées d’une façon absolument primitive ; on ne voit que des arcs, des boucliers, des sabres et des massues.

Le roi de Siam n’a guère, en fait d’armée, que quelques régiments pour le service de sa capitale et des forts ; mais la marine siamoise est plus importante, elle ne compte pas moins de vingt navires de guerre et vingt canonnières. Aussi l’exposition offre-t-elle un beau spécimen de construction maritime, qui est le modèle réduit d’un navire royal richement orné de sculptures et de dorures, dont l’original a trente-quatre mètres de long et contient cent rameurs.


L’art dramatique, lés produits du pays.

L’art dramatique existe, paraît-il, dans le Siam, et le royal exposant aura voulu, sans doute, donner aux barbares d’Occident une haute idée de la civilisation de son pays en nous envoyant les couronnes de théâtre, les masques et le bandeau d’actrice qui figurent dans la classe 42.

Nous voici arrivés à la partie la plus sérieuse du pays.

Nous laisserons de côté les chaudrons, les grils pour gâteaux, les lampes de cuivre, les bandes de nattes, les paniers à bétel, les cornes de rhinocéros, les défenses d’éléphant, les dents de tigre et les instruments de pèche, et nous nous arrêterons devant le matériel des exploitations rurales et forestières.

Là, nous trouvons ce qui nous manquait dans les autres pays, des charrues, des herses, des houes, des instruments pour irriguer les champs, des meules, des moulins à fer, des moulins à vanner.

Voici donc un peuple qui s’occupe d’agriculture.

Par exemple, quelle drôle d’idée d’avoir fait figurer une paire de pincettes et un soufflet parmi les machines outils!

Dans la classe 57, figure un métier de tisserand ; un peu plus loin, nous trouvons une quantité de petits outils.

Les produits alimentaires se composent de blé, de graines, de riz blanc, de riz noir, de Sagou.


Un enterrement siamois.

Ne quittons pas les domaines de S. M.Somdet-phra-Paraminda-maka-Koulaloukorti, sans vous donner sur les enterrements siamois de curieux détails que nous empruntons au livre si intéressant de Mgr Pallegoix sur le royaume de Siam.

« Quand un thaï est sur le point de mourir, ses parents vont quérir les talapoins ; ils répandent de l’eau lustrale sur le patient, récitent des versets de leurs livres sacrés sur la vanité des choses humaines et poussent de bruyants gémissements entrecoupés par intervalles dé l’exclamation arahong ! arahong ! mot mystique qui s’applique à la chasteté de Boudha et à son exemption de la concupiscence. Dès que le malade a exhalé son dernier soupir, la famille éclate en cris perçants et en lamentations.
« Pourquoi nous quittez-vous ? s’écrie-t-elle, et qu’avions-nous fait pour vous offenser? Que n’avez-vous plutôt suivi notre conseil en vous abstenant de manger ces fruits qui donnent la dyssenterie et qui causent la mort !.... O désolation, ô misère, ô inconstance des choses « humaines ! »

Puis chacun se précipite aux pieds du mort, criant, pleurant, le baisant, l’accablant de tendres reproches. Le corps est ensuite lavé et enveloppé dans une étoffe blanche ; il est déposé dans une bière garnie de papier doré et décorée de fleurs métalliques. On prépare alors un dais orné de la même façon que la bière, avec des guirlandes de fleurs naturelles en plus, et l’on place dessous le cadavre.

«Au bout de deux jours, la bière sort de la maison, non par la porte, mais par une ouverture pratiquée exprès dans le mur, et on lui fait faire, à toute vitesse, trois fois le tour de la maison, afin que le défunt perde ainsi le souvenir du chemin par où il a passé et ne vienne pas tourmenter les vivants. Le cercueil est alors transporté, au son d’une musique mélancolique, dans une grande barque, et les parents et amis l’accompagnent, dans de petits bateaux, jusqu’au lieu où le corps doit être brûlé. A l’arrivée, le cercueil est ouvert, et le cadavre remis aux mains des prêtres, ayant dans la bouche un tical d’argent (environ 3 francs), destiné au payement des frais funéraires. L’officiant en lave la face avec du lait de coco et le découpe en morceaux, si le défunt a déclaré avant de mourir que sa volonté dernière était d’abandonner son corps aux vautours et aux oiseaux de proie. Sinon, ce corps est placé sur le bûcher, que le prêtre allume et que les parents viennent fouiller, une fois éteint, pour y recueillir les gros os du mort et les transporter chez eux dans une urne. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878