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Perse



L’exposition persane a eu pour nous cette fois un attrait tout particulier ; le souverain de la Perse, — seul exposant, dit le catalogue officiel, — nous est connu ; nous l’avons vu à Paris, nous l’avons rencontré dans nos rues, dans nos théâtres. La Perse devait donc nous inspirer un intérêt tout particulier.

Il faut reconnaître qu’elle mérite en tous points l’attention que lui ont donnée les visiteurs.

Sa Majesté Nasr-Eddin a dû donner ses soins tout particuliers à la composition de celte exposition, qui est très complète et donne une idée parfaitement exacte des richesses du pays.

Nous allons l’examiner classe par classe.

Voici d’abord les instruments de musique.

M. J. Weber, dans le journal le Temps, a parlé comme il suit de l’exposition persane, au point de vue musical.

Après avoir constaté que la mode de la mosaïque s’est étendue aux instruments de musique, il ajoute :
« Je n’ai pas vu d’instruments à vent, mais seulement des instruments à cordes et des instruments à percussion.

« Il y a d’abord deux fort jolis toun-beck ou petits tambours en mosaïque d’ivoire de Chiraz, ayant la forme de ciboires ou de très grands verres à pied ; puis deux dairek ou grands tambours de basque, garnis d’anneaux ; deux petites timbales réunies et deux castagnettes en métal, d’un diamètre de quatre centimètres environ.

« Le sauntour est également en mosaïque ; c’est l’instrument que nous avons rencontré dans l’exposition hongroise sous le nom de cymbalum. L’instrument hongrois a 34 notes, chacune a 3 ou 4 cordes en métal ; le sauntour a 18 notes, à 4 cordes chacune. Je n’ai pas besoin de rappeler que les cordes sont mises en vibration par la percussion, au moyen de petits marteaux. Les instruments à cordes pincées sont représentés par une sorte de guitare à long manche et à quatre cordes ; les seuls instruments à archets sont deux rebob, dont l’un est en mosaïque; sur l’autre, le chevalet manque. Dans ces trois derniers instruments,\fa partie supérieure de la caisse de résonnement est formée d’une peau dont le but est facile à deviner, mais qui ne saurait ôter au rebob sa sonorité maigre et nasillarde ; peut-être même contribue-t-elle à lui donner ce défaut qui, pour : des oreilles orientales, est une qualité. »


LA CÉRAMIQUE. LES TAPIS. LES BRONZES.

Les faïences persanes sont justement renommées; aussi regrette-t-on, surtout en : contemplant de splendides plats émaillés, que la céramique ne soit pas plus abondamment représentée.

Les tapis sont le triomphe de la Perse ; il y en a au Champ de Mars de splendides échantillons. Nous voudrions en donner la description ; mais comment expliquer l’effet merveilleux de ces broderies de soie d’un fini achevé, courant capricieusement sur des draps incomparables? Comment décrire ces velours si richement brodés d’or et d’argent et entremêlés de perles ?

L’orfèvrerie nous montre des boîtes à gants, des cuillers en argent incrustées d’or, etc., etc.

Les bronzes d’art sont très remarquables aussi, d’abord par leur richesse, ensuite parce qu’ils permettent au visiteur de se faire une idée du confortable, du raffinement de la vie persane.

Viennent ensuite des assiettes incrustées, des vases, des flambeaux, des pipes persanes, des seaux de bains, des cafetières, des brûle-parfums, etc., etc.

Il est à remarquer, du reste, que les Orientaux recherchent le beau, non pas seulement pour paraître, non pas seulement pour la galerie, mais avant tout pour eux-mêmes. Ils tiennent à ce que tous les objets, même ceux servant aux usages les plus infimes, soient beaux, élégants, recherchés.

Les armes sont les objets pour lesquels ils réclament le plus de luxe. L’exposition des armes persanes est très-curieuse; elle se complète par une certaine quantité d’armes anciennes.


LES PRODUITS DE LA PERSE.

Nous en avons fini avec les objets de luxe, nous allons parcourir maintenant la seconde partie de l’exposition; cette seconde partie va nous faire connaître les richesses du sol.

Les mines produisent du charbon de terre, des minerais de plomb argentifère et de cuivre, du marbre, du porphyre, des agates, des turquoises, etc.

Les arbres du pays sont le chêne, le hêtre, le platane, le jujubier, le noyer, le citronnier, l’oranger, le mûrier; dans cette classe, nous trouvons même des spécimens de ceps de vigne.

La soie, l’indigo, la garance, la noix de galle, le safran, le tabac, l’opium, les mauves, la manne, l’assa-fœtida, les graines de ricin, figurent à côté de superbes cuirs provenant de buffles, de vaches, de chèvres, etc.

Notons en passant, parmi les fourrures, de splendides astrakans.

Enfin, quand nous aurons mentionné les céréales : froment, orge, riz, maïs, et les légumes et fruits : pois, fèves, haricots, lentilles, amandes, pistaches, conserves de raisins et de figues, il ne nous restera plus qu’à saluer les vins renommés de Chiraz et de Casbin.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878