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Danemark



LES BEAUX-ARTS.

Comme leurs voisins du Nord, les Suédois et les Norvégiens, c’est surtout autour d’eux, dans les sites pittoresques de leur pays, dans les scènes familières auxquelles ils prennent part eux-mêmes, que les artistes danois choisissent leurs sujets. Des paysages, des marines, des scènes de genre, quelques portraits, quelques tableaux d’histoire, voilà donc de quoi se compose l’exposition de peinture danoise ; elle n’est pas nombreuse : le pays n’est pas grand non plus ; mais elle est loin de manquer d’intérêt.

Parmi les tableaux historiques ou religieux, nous signalerons le Christian IV blessé à la bataille navale de Femern en 1644, et la Sainte Cène de feu Marstrand, qui expose également une petite toile de genre, tirée d’une comédie de Holberg, intitulée Collegium politicum : plusieurs fortes têtes politiques sont en conciliabule secret, en compagnie de pots et de pipes, quand la femme de l’un d’eux fait irruption et soufflette son mari sans façon, il paraît que c’est une habitude des artistes danois de se reposer de l’histoire ou de la religion dans la peinture des scènes familières. Voici M. Cari Bloch qui tient tout un mur de la salle avec une exposition où la variété ne manque pas : Le roi Christian II au chateau de Sonderborg et la Visite de Marie chez Elisabeth fort bonne toile à côté de laquelle nous en trouvons une meilleure encore : Jésus guérit un aveugle, sont accompagnées de petites toiles curieuses dont les titres diront assez les sujets : Moine qui plume des poules, Domestique qui polit de l'argenterie, Dévotions domestiques, Cour d'abattoir, Marchande de poisson. Citons maintenant les tableaux militaires de M. Sonne : Matinée après la bataille d'Isted les 24 et 25 juillet 1850 et Affaire de Vorbasse, combat de cavalerie entre les Danois et les alliés austro-prussiens, le 29 février 1864.

En tête des marines, non pas tout à fait pour son mérite, mais à cause du sujet choisi, nous signalerons le tableau de M. Rasmussen dont le titre a été traduit de cette manière singulière, Leif Erikson, qui, de Norvège, arriva en Amérique en l'an 1000; le bateau d’Erikson et de ses compagnons est en pleine mer, et la terre est aperçue vaguement, trop vaguement, au loin. Les Vaisseaux de guerre quittant les îles Féroé et les Navigateurs passant le Sund de Kinn, de M. Sœrensen; les Pécheurs de Skagen et le Brouillard s'élevant sur la Tamise, de M. Neumann, sont de tout point préférables.

Deux petites toiles de M. Hansen : la Salle des quatre portes dans le palais ducal à Venise et l’Intérieur du XVIe siècle à Lubeck rappellent les meilleurs tableaux des maîtres hollandais par le fini des détails et le jeu admirable des lumières. La Petite Convalescente et l’Enfant malade et ses Amies, de M. Exner, sont des œuvres touchantes en même temps que d’une bonne exécution ; le Déjeuner, composé de harengs saurs et de café, et Am temps de la moisson (femme et enfant portant leur maigre dîner aux moissonneurs), du même artiste, sont également remarquables à d’autres titres. Il faut citer aussi la Femme du pécheur assise et travaillant auprès d’une fenêtre donnant sur la mer, attendant son mari dont la barque se dessine au loin sur l’horizon, de M. Dorph; Après la chasse au sanglier, les Élans tués et Sur le Knippelsbro, pont de Copenhague, de M. Bâche ; une Scène domestique dans une maison de paysans, et le Semeur, de M. Vermehren;la Garde suisse du Vatican, de M.Lund; la Jeune fille écrivant une lettre, de M. Dalsgaard ; Italiens jouant à la morra, de M. Rosenstand.

Dans le paysage, nous remarquons surtout le Ruisseau sous bois, de M. Aagaard ; le Soir d'été, de M. Hammer ; le Jour d'été dans un parc, de M. Skovgaard ; Capri et une Vue du Désert, de M. H. Jérichau, et diverses toiles non moins belles de MM. Friis, Rump, Groth, Kyhn et A. Fritz. Les fleurs et les fruits de M. Ottesen; les portraits de MM. Olrik, A. Jerndorf, Kroeyer et Jensen méritent également une mention.

Nous remarquons, parmi les huit ou dix morceaux de sculpture exposés par les artistes danois, une belle statue de Henry Heine, assis et tenant d’une main le masque de la comédie et de l’autre le masque de la tragédie. Cette œuvre est de M. L. Hasselriis. L’architecture est représentée par les dessins du théâtre royal de Copenhague, bâti en 1872-74, par MM. Dahlerup et O. Petesen.

Nous avons donné notre appréciation. On nous saura gré de reproduire les intéressantes lignes suivantes que nous extrayons du catalogue spécial des beaux-arts, publié par la commission danoise et imprimé chez l’éditeur Plon :
Le peintre dont l’influence se fait le plus sentir encore aujourd’hui eu Danemark, celui qui a donné son caractère distinctif à l’école danoise, c’est C. Y. Eckersberg, qui fut, de 1810 à 1813, l’élève de David.

Sans doute l’Allemagne avait, aux siècles précédents, exercé une action marquée sur la vie intellectuelle du Danemark ; mais c’était beaucoup moins dans le domaine de l’art que dans celui des sciences et des lettres.

Il est même intéressant de noter que si un artiste éminent, né dans la province alors danoise du Sleswig, A. J. Carstens, élève de l’Académie de Copenhague, a pris une place assez importante dans les arts pour que les Allemands le considèrent comme le chef du grand mouvement qui s’est produit chez eux pendant notre siècle, Carstens ne joua pas le même rôle en Danemark. Peut-être reconnaîtra-t-on qu’il exerça quelque influence sur l’illustre sculpteur Thorvaldsen, mais à coup sûr il n’en eut aucune sur les peintres.

Il en fut tout autrement d’Eckersberg. En quittant l’atelier de David, celui-ci se rendit à Rome, y séjourna quelque temps et revint en Danemark, où il fut nommé professeur de l’Académie de Copenhague. Les meilleurs peintres danois de la génération suivante furent ses élèves.

Eckersberg pourtant ne tenta point de former l’école danoise uniquement d’après les leçons qu’il avait reçues de David. Les Danois apprécient peu, en général, ce qui se présente avec un caractère pompeux ou théâtral ; une œuvre qui montre le cœur de l’artiste en rapport intime avec son sujet les touche davantage. Eckersberg sentait lui-même comme ses compatriotes. Il n’apprit donc pas à ses élèves par quelle science on compose de grands tableaux d’histoire romaine. L’imagination créatrice n’eût pas été d’ailleurs chez lui assez puissante, car il fut plutôt un peintre de portraits qu’un peintre d’histoire. Mais il aimait la vérité, et dans les sujets que la vie réelle lui offrait spontanément, il savait, d’un œil sagace et d’un esprit fin, discerner tout ce que l’art en pouvait tirer d’heureux.
Ce qu’il garda des leçons de David, ce qu’il sut transmettre par son enseignement, c’est le respect du dessin, dans sa correction sévère, c’est la simplicité dans la couleur, c’est la recherche du ton juste, sans raffinements et sans prétentions. Toutes ces qualités, on les retrouve dans ses œuvres.

La nature, avec les aspects particuliers sous lesquels elle se présente dans le pays, avait séduit Eckersberg depuis qu’il s’était fixé en Danemark. Entraîné par un attrait irrésistible, on le vit peindre tour à tour nos champs, nos bois, puis nos rivières, et ces golfes qui coupent en formes si variées les côtes de nos îles. Personne avant lui n’avait songé à traiter ces sujets; mais beaucoup le suivirent dans une voie où il avait si heureusement rencontré le sentiment national.

Eckersberg n’a donc pas seulement légué à la génération qui lui succéda les excellents principes de dessin et de peinture qu’il avait reçus de David ; il apprit encore à chacun de ses élèves à regarder avec ses propres yeux, à entrer directement en commerce avec la nature et à la voir telle qu’elle est.

Depuis lors, aucune influence étrangère n’a détourné la peinture danoise de la mission nationale qu’elle s’était attribuée. Notre vie de chaque jour, à la ville ou aux champs, nos mœurs, la mer qui baigne et découpe nos côtes, notre fraîche nature, les mythes de l’antiquité Scandinave, les légendes et l’histoire de notre passé, nos guerres du Sleswig; furent les sujets dans lesquels chacun chercha l’inspiration poétique de son art.

Et pourquoi donc les peintres danois auraient-ils préféré s’inspirer des écoles des autres pays pour étudier la forme et la couleur?Les exigences spéciales des sujets qu’ils avaient à traiter ne pouvaient-elles pas leur fournir toutes les occasions d’exercer leur intelligence, de stimuler leurs efforts et de leur apprendre, après avoir bien vu, à bien rendre, après avoir bien senti, à faire comprendre à leur tour? Grâce à cette étude locale, à ce sentiment personnel, un art vraiment national ne peut-il pas trouver en lui-même et par lui-même la technique qui lui est propre ?

Parce qu’une école brillante s’était formée en France, parce que Delacroix et les orientalistes avaient enrichi leurs palettes des couleurs éclatantes et de toutes les splendeurs arrachées au soleil de l’Orient, les artistes du Nord devaient-ils les suivre dans cette voie? Ils ont eu la sagesse de comprendre que ce serait une faute, et tous les succès légitimes de cette heureuse école française ne les ont point entraînés. Ces tons chauds et éclatants, ces splendeurs du coloris ne seraient pas à leur place, sous un climat où les jeux de l’air et de la lumière donnent de bien autres effets et de bien autres harmonies;
Ce n’est donc pas faute de connaître les œuvres des artistes des autres pays que les peintres danois persistent dans leur voie. Ils suivent, au contraire, avec le plus grand intérêt le développement des écoles étrangères ; ils s’y enrôlent rarement, sans doute, mais ils les étudient et les comparent pour former leur jugement, et ils reviennent ensuite à leurs travaux avec la même foi et une nouvelle ardeur persuadés qu’une petite nation peut avoir mieux à faire qu’à imiter servilement les plus grandes, et qu’il y a plus de gloire à faire vivre un art national ayant son caractère vrai, qu’à importer d’autres régions un art qui devient factice et faux lorsqu’il ne vit plus sous le climat qui l’a fait éclore.

Pour juger les peintres danois, il ne faudrait pas s’en tenir à cette première impression qu’ils ont conservé quelque chose de David. Ils n’auraient alors qu’un mérite quelque peu suranné. On doit leur savoir gré d’avoir conservé le respect de la forme et du dessin; les principes de David à cet égard ont encore leur valeur aujourd’hui et ils l’auront toujours. C’est en cela seulement qu’ils se font honneur de remonter par Eckersberg jusqu’à David. Mais ce qui est l’objet de leur constante et plus chère préoccupation, c’est d’étudier leur pays et de le peindre tel qu’ils le voient, au risque d’étonner quelquefois ceux qui ne connaissent que les paysages méridionaux.

La nature Scandinave a ses alternatives de beautés radieuses et de poétiques tristesses. Les nuances de notre air, l’éclat particulier de notre soleil suivant les saisons, fournissent un ample sujet de belles études. Puis c’est la vie populaire, ce sont les aspirations de la nation, ses idées propres qu’il faut rendre de la façon la plus vraie et la plus digne. En s’appliquant à se maintenir dans cette voie, nos peintres ne peuvent-ils pas contribuer, dans leur sphère, à donner à la patrie sa vie intellectuelle indépendante ?



L’INSTRUCTION EN DANEMARK.

Le Danemark , pays intelligent, et qui, depuis très-longtemps, marche résolument et sans désemparer dans la voie du progrès, fait naturellement de l’enseignement à tous les degrés l’objet constant de ses efforts et de ses encouragements de toute nature.

Le Danemark a une Université vieille déjà de plusieurs siècles, puisqu’elle va célébrer son quatrième centenaire.

L'Académie des beaux-arts date de 1754, l’Institut polytechnique de 1829, l’École vétérinaire et agricole de 1856, le Conservatoire de musique de 1866; enfin, nous citerons la Bibliothèque royale et la Bibliothèque de l'Université,, qui, à elles deux, possèdent environ un million de volumes; les musées, justement renommés en Europe, sont le Musée des antiquités du Nord et le Musée Thoivaldsen.

L’instruction primaire est obligatoire pour les enfants de sept à treize ans ; chaque village, chaque hameau le plus minime a son école, qui est assidûment fréquentée.

Si, en haut, on se préoccupe continuellement de multiplier les sources d’instruction, l’initiative privée seconde admirablement le gouvernement dans ce sens, et les fondations particulières abondent, joignant un concours précieux aux efforts de tous ; presque partout, on a institué des écoles du soir et du dimanche.

La classe 6 (Éducation de l'enfant, Enseignement primaire, Enseignement des adultes) comprend onze exposants, parmi lesquels figurent la Direction des écoles, à Copenhague, l’Ecole professionnelle, l’Institut royal des aveugles, et la Société du travail domestique, à laquelle nous devons une mention spéciale.


LA SOCIÉTÉ DU TRAVAIL DOMESTIQUE.

M. Clauson-Kaas, secrétaire de la Société, en expose comme il suit le but dans une intéressante notice dont nous allons donner la substance.

Les fondateurs de la Société ont observé des faits qu’ils formulaient ainsi : En Danemark, autrefois, les paysans étaient obligés de fabriquer et de raccommoder eux-mêmes leurs instruments aratoires et leurs ustensiles de ménage.

Leurs vêtements et leurs ornements nationaux étaient aussi l’ouvrage de leurs mains.

Maintenant que la grande industrie lui fournit tous ces objets, il tend à perdre l’habitude de fabriquer lui-même.

Or, on a reconnu depuis longtemps que les écoles populaires ne devaient pas seulement avoir pour but de développer l’intelligence des enfants du peuple, mais qu’elles devaient aussi leur former la main et leur faire acquérir le goût des travaux manuels, qui deviendront un jour le gagne-pain de la plupart d’entre eux. C’est en tenant compte de ces sages principes qu’on prépare à l’industrie ses meilleurs ouvriers. En permettant aux enfants de révéler, dès leur premier âge, leur vocation véritable, on stimule leur ardeur, et on relève par cela même la profession du travailleur. Le jeune homme, par l’exercice d’un travail manuel, apprend surtout à s’aider lui-même, il trouve souvent dans cette occupation une sauvegarde contre les tentations de la vie ; il apprend par là à chercher ses distractions et son bonheur chez lui, au sein de la famille ; en un mot, ce genre de travail domestique, qui a pour objet principal de nous apprendre à profiter d’un temps qui est maintenant gaspillé, doit préserver bien des gens de la misère et de l’indigence et remédier à bien des malheurs sociaux.

Dans le système d’éducation en honneur de nos jours, on ne s’occupe que de développer l’intelligence, et cela trop fréquemment aux dépens de la santé. Les professeurs les plus distingués ont reconnu que' nos jeunes gens étudient trop et ne savent pas assez. Par cela même, les leçons manuelles alternant avec les leçons intellectuelles ne seront pas seulement un bienfait, mais elles répondront encore à un véritable besoin.

L’ouvrier, de nos jours, ennuyé par la minutieuse division du travail, qui est la conséquence de la grande industrie, ne reconnaît dans son labeur qu’un fardeau, dont il tâche de se débarrasser le plus vite possible, non pour chercher des récréations salutaires et bienfaisantes au sein de sa famille, mais pour se noyer dans les jouissances imaginaires et démoralisantes des tavernes; il oublie que le travail lui-même pourrait devenir sa récréation, et que le petit ouvrage qu’il commence et qu’il finit de sa main peut devenir pour lui une source de plaisir et de profit. En s’habituant à ne jamais rester oisif, l’ouvrier deviendra par cela même un bon père de famille et un citoyen utile à l’État. L’argent épargné vaut bien l’argent gagné, et, en généralisant ces habitudes de travail domestique, l’épouse et les enfants viendront ajouter encore au gain de chaque jour.

Il est donc bien évident que le progrès du travail domestique est un élément de moralisation pour le peuple et une protection contre les tentations mauvaises. C’est aussi la meilleure manière de réveiller le goût du travail et de fortifier l’éducation de la jeunesse, tout en lui facilitant le choix d’une carrière. L’École du travail manuel est en somme une pépinière d’artisans et d’industriels ; en contribuant au progrès de l’industrie domestique, cette école contribue par cela même au bien-être de tous.
Tel est le but que s’est proposé la Société du travail domestique.

Ses efforts ont été couronnés de succès et elle a rendu pleinement les services que l’on était en droit d’attendre de sa patriotique inspiration.

Il serait à désirer que tous les pays suivissent en ceci l’exemple donné par le Danemark.


LE DANEMARK EN 1878.

Les efforts que nous venons de raconter, faits en vue de répandre l’instruction dans toutes les classes, ont porté leurs fruits et la situation du Danemark est aujourd’hui on ne peut plus florissante.

M. Nyrop, qui a rédigé le catalogue spécial danois, expose la situation de son pays de manière à ne laisser aucun doute sur les progrès acquis et sur la marche ascensionnelle du Danemark à tous les points de vue.

La vie intellectuelle, en Danemark, est très-développée. Il paraît à Copenhague 133 revues et journaux,, dont 11 feuilles quotidiennes, et, dans les provinces, 144. Le nombre des libraires, des imprimeurs, des lithographes et des xylographes est naturellement en proportion.

Il y a 52 imprimeries à Copenhague et 107 dans le reste du pays, alors qu’en 1872 il n’y avait en Danemark que 5 grandes fabriques de papier, il en existe 8 aujourd’hui.

L’influence de l’art sur l’industrie danoise se manifeste partout; on en trouve des exemples dans les produits de la photographie, de la lithographie et de la reliure, ainsi que dans les objets exposés appartenant à la classe 11, qui témoignent d’efforts intelligents pour procurer aux ouvriers danois de bons modèles. L’influence delà science n’est pas moins considérable, comme le prouvent entre autres les instruments de physique, d’optique, d’astronomie et de chirurgie qui sortent des ateliers de Copenhague.

En fait d’instruments de musique, on s’occupe principalement, en Danemark, de la fabrication des pianos. Copenhagne compte vingt-deux fabriques de ces instruments, et la plus grande en livre de 500 à 600 par an.

Les excellentes cartes terrestres et marines, dressées sous la direction des ministères de la guerre et.de la marine, sont dignes d’être signalées. Enfin, le pays a été doté, dans ces dernières années, d’un Institut météorologique qui, par les stations qu’il a établies en Danemark et dans les possessions et colonies danoises (îles Fœroë, Islande, Groenland, Antilles), fournit de précieux renseignements sur la climatologie d’une partie assez étendue de la surface du globe.


LE MOBILIER.

L’agriculture est l’industrie principale du Danemark; elle absorbe les quatre cinquièmes de la population ; aussi les Danois ne sauraient-ils entrer en lutte, au point de vue de l’industrie générale, avec les autres nations.

Ce ne nous sera pas une raison de passer sous silence une quantité d’objets peu nombreux, mais très-méritants, que nous avons remarqués au palais du Champ de Mars.
Ainsi les meubles,qui fournissent chaque année un fort bilan d’exportation, sont remarquables surtout au point de vue de l’ébénisterie.

Chez ce peuple, doué d’un si grand sentiment artistique, l’ébéniste ne sait pas fabriquer un meuble sans lui apporter des qualités de conception, un fini d’exécution, qui en font pour ainsi dire un objet d’art.

Ceci tient beaucoup aussi à ce que les écoles d’art, désireuses de voir l’art industriel se maintenir à un niveau respectable au lieu de tomber dans la fabrication de bas-étage, ne cessent de fournir aux artisans des modèles nombreux et variés, que ceux-ci sont libres de copier fidèlement, ou de modifier au gré de l’inspiration que la vue du susdit modèle peut faire naître en eux.

Parmi les objets exposés, nous avons remarqué entre autres une bibliothèque et un buffet, meubles destinés à la loterie de la Société pour l'application des arts à l'industrie.

Cette loterie à été fondée en 1860. L’excédant des sommes qu’elle a produites a d’abord été employé à la reconstruction, et l’est maintenant à la décoration intérieure et à l’ameublement du château de Frederiksborg, détruit par un incendie en 1859; ce château est un des plus beaux monuments de l’architecture du XVIIe siècle.

Disons en passant qu’il existe en Suède onze loteries autorisées par le gouvernement pour développer en même temps les arts et l’industrie.

Les objets mis en loterie se composent de meubles, d’argenterie, de linge de table, exécutés par des industriels, d’après les dessins des principaux artistes.
Les dépenses que nécessite la loterie étant une fois prélevées., on applique la somme restante à des œuvres d’utilité publique ; la charité y trouve donc, elle aussi, son compte.

L’origine de l'industrie d’art en Danemark remonte à la Renaissance; la Renaissance qui rayonna sur l’Europe entière ne se fit sentir chez les Danois que vers 1588 ; on voulut construire des monuments caractéristiques, et on fit venir à cet effet des artistes et des ouvriers de l’Allemagne et des Pays-Bas.

Mais l’essor véritable de l’art industriel danois ne date réellement que de l’année 1772.

Jusqu’à cette époque, la cour avait considéré l’art comme une chose destinée à servir à la glorification des personnes royales dans les grandes solennités, et les artistes étaient assimilés à des fonctionnaires de cour. Mais on s’avisa alors que l’art pouvait être une chose utile, et, dans une minute rédigée en français, qui est peut-être de la main même de Struensée, il est dit que « l’Académie des beaux-arts est une institution utile, parce que les élèves qui n’arriveront point à l’excellence, répandent dans les différents métiers et fabriques l’élégance et le goût, surtout si à l’avenir on dirige leurs études vers ce but. » Ce fut ce qu’on fit, et, le 21 juin 1771, l’Académie reçut un nouveau règlement, dont deux paragraphes sont ainsi conçus :
« Tous nos sujets sont autorisés à suivre l’enseignement de l’Académie, et, tant que la place le permettra, on ne pourra refuser d’en admettre aucun, à quelque classe qu’il appartienne. Pour que le bon goût et les vrais principes du dessin puissent se répandre non-seulement parmi les artistes, mais aussi au sein des métiers qui exigent la connaissance de cet art, nous voulons que tous les artisans habitant notre résidence royale de Copenhague, qui ne peuvent se passer du dessin, enjoignent à leurs apprentis de fréquenter assidûment l’Académie.

« Afin de favoriser encore plus les progrès du bon goût, nous ordonnons que tous ceux qui voudront s’établir comme maîtres dans notre résidence royale de Copenhague, dans des professions et des métiers qui exigent le dessin, présentent à l’Académie une esquisse de leur chef-d’œuvre, et soumettent enfin ce chef-d’œuvre lui-même à son approbation. »

Ce règlement opéra toute une révolution. L’enseignement artistique proprement dit cessa de régner en souverain ; de fonctionnaires de cour, les professeurs de l’Académie devinrent maîtres de dessin, et des apprentis peintres, maçons, menuisiers, charpentiers, carrossiers, serruriers, orfèvres, pour ne nommer que ces branches, remplirent les salles de l’Académie.


LA CÉRAMIQUE. l’ORFEVRERIE. l’HORLOGERIE.

L’exposition de la céramique a une vitrine bien intéressante, c’est celle où se trouve exposée une collection de porcelaine appartenant en partie à la collection historique des rois de Danemark, laquelle se trouve au château de Rosenborg, et en partie à des particuliers.

Nous citerons aussi des terres cuites de l’ile de Bornholm et des pots de Jutland.

La céramique a fait son apparition en Danemark vers 1720; depuis cette époque, les monarques danois s’étaient occupés activement de la création d’une industrie céramique nationale, comprenant d’abord la faïence et plus tard la porcelaine; le sculpteur Wiedewelt fut chargé de surveiller les essais de fabrication de porcelaine qu’un français, Louis Fournier, dirigea à Copenhague.

L’orfèvrerie est en voie de développement; mais nous devons reconnaître qu’elle ne présente rien d’extraordinaire.

Nous citerons cependant la maison Christesen, de Copenhague, que nous retrouverons dans la classe de la joaillerie ; son service de déjeuner, ciselé, avec des ornements en relief, est fort beau.

Voici la description d’un objet d’art qui a été très-remarqué : C’est un grand surtout de table de travail ciselé, orné de vingt-quatre figures allégoriques représentant les ressources principales du Danemark, telles que la navigation, la pêche, l’agriculture, l’élevage des bestiaux. Dans le haut, on voit figurer les quatre arts principaux ; le sommet est occupé par la Némésis ; le pied est orné de symboles des différents métiers.

Ce dessin est dû à M. Péters, professeur à l’Académie royale des beaux-arts, à Copenhague.

L’objet a une valeur de 28,000 francs.

L’origine de cette maison est intéressante et montre où conduit la persévérance.

L’établissement fut fondé en 1846 par M. Christesen, dans une petite ville de l’île de Seeland. L’atelier était restreint, le patron y travaillait seul avec un ouvrier. Les commandes ne tardèrent pas à se faire de plus en plus nombreuses ; mais, avec son activité, M. Christesen ne put se résigner à demeurer dans un milieu offrant trop peu de débouchés et de moyens de progrès ; ainsi il y était fort difficile de se mettre en rapport avec des artistes capables de réaliser de grandes idées d’amélioration.

En 1856, il s’établit à Copenhague. Aussitôt, il prit des dispositions pour donner une très grande place à l’art dans l’industrie de l’orfèvrerie et dans la bijouterie. Ses efforts furent couronnés de succès. La maison prit de plus en plus d’extension; ses produits attirèrent l’attention des amateurs dans plusieurs grands pays hors du Danemark et devinrent de plus en plus recherchés, en raison du goût qui les caractérisait.

M. Christesen a reçu en 1861 la médaille danoise : Ingenio et arti, et, la même année, la médaille suédoise en or : Litteris et artibus ; en 1878, il a été décoré de la croix de chevalier de l’ordre du Danebrogue, et sa maison compte aujourd’hui parmi les premières du Danemark.

Dans la classe de l’horlogerie, nous citerons des chronomètres qui paraissent fort bons et un chronomètre de marine pouvant marcher quarante-huit heures.


LE VÊTEMENT.

Le Danemark ne produit que le lin et la laine ; il est obligé d’importer le coton et la soie.

Dans l’Islande, les Fœroë, les régions du Jutland, appelées Bindeegne, le tricotage de la laine constitue une industrie dont vit une partie importante de la population.

Comme spécialités méritant surtout l’attention, nous mentionnerons les trois industries suivantes ; les broderies danoises, les ouvrages connus sous le nom de Hedebosyning et les gants danois.

En ce qui concerne la première, l’art s’y unit à l’industrie, et les broderies exécutées par les dames danoises, broderies dont des artistes donnent en général les dessins et les couleurs, se distinguent par le fini du travail et par leur grande élégance.

Par « Hedebosyning » on entend une espèce de broderie ressemblant à de la dentelle, qui se fait depuis des siècles dans la région de la Seeland située entre Roskilde et Kjoge, et dont on se sert soit comme dentelle, soit comme entre-deux.

Enfin, nous voyons dans les gants un article qui joue un rôle de plus en plus grand dans l’industrie danoise, et dont l’exportation va toujours en augmentant ; en effet, tandis que l’excédant de l’exportation sur l’importation ne représentait, il y a dix an^, qu’une valeur de 12,000 francs, il s'élève aujourd'hui à la somme de 1,200,000 francs. Les gants danois sont principalement exportés en Angleterre.

Dans la classe de la chaussure, nous remarquons des souliers avec semelles de bois.

Le Danemark ne possède encore, et depuis 1864 seulement, qu’une seule fabrique de chaussures à la mécanique.


MINES. MÉTALLURGIE. CHASSE. PÊCHE.

L’industrie minière, à proprement parler, n’existe pour ainsi dire pas en Danemark, et cela eu raison de la forme même du sol du pays.

On trouve bien dans l’ile de Bornholm quelques mines de charbon, des carrières de granit et de grès, de bancs de calcaire, àFoxe, à Danjberg et à Mousted, mais c’est tout et c’est peu comme on voit; en revanche, on trouve presque partout et en abondance d’excellente tourbe.

La Direction royale du commerce du Groënland, expose dans cette classe des échantillons de graphite.

Quelques mots en passant sur le Groenland :
Le monopole du commerce du Groëland a été créé en 1721, exercé alternativement par le gouvernement et une société privée jusqu’en 1778, où il passa définitivement entre les mains du gouvernement.

Il fournit aux colonies danoises du Groenland tous les articles dont elles ont besoin, et exporte les produits du pays.

En 1876, on a exporté 8,568 barils d’huile de phoque (valeur 700,000 fr.), plus une moindre quantité d’huile de foie de morue, 22,542 peaux de phoque (valeur, 80,000 fr.), 1322 peaux de renard bleu (valeur, 50,000 fr.), 785 peaux de renard blanc (valeur,14,500 fr.), plus un certain nombre de peaux d’ours et de renne, 700 kilogr. d’édredon (valeur, 9,500 fr.), 1.900 kilogr. de plumes (valeur, 6,000 fr.), 24,000 kilogr. de poisson séché (valeur, 14,000 fr.), des dents de morse et de narval, etc.

Valeur totale de l'exportation en 1876, 1 million de francs.

La classe des exploitations et industries forestières ne compte qu’un seul exposant, fabricant de sabots.

Ajoutons cependant que, si la fabrication des sabots est, en Danemark, une forte industrie locale, la fabrication du charbon y a aussi une certaine importance.
La pêche et la chasse sont mieux représentées ; les peaux et cuirs de phoque, de renard surtout et d’ours, y sont belles et nombreuses ; la pêche est une grande source de revenus pour le Danemark. La pêche des huîtres particulièrement fournit un fort chiffre d’exportation.


L’ALIMENTATION,
Nous glisserons rapidement sur l’outillage et les procédés des industries mécaniques ; nous nous bornerons à constater que les machines tendent à s’implanter de plus en plus en Danemark et que, là comme dans les autres pays, on tend à appliquer la vapeur à toutes les industries, et nous arriverons rapidement aux produits alimentaires, qui sont très-largement représentés.

La plus grande production est sans contredit le froment, dont le Danemark exporte une grande quantité.

Viennent ensuite le beurre, le lard, les viandes préparées, etc. ; on trouve aussi du seigle et de l’orge.

Le saindoux, le beurre conservé danois sont estimés et s’exportent sur une assez grande échelle, ainsi que les conserves de lard, de poissons, tels que anchois, crevettes, harengs, aiguilles, etc., et les conserves de légumes.

Les sucres, les confitures et les fruits confits complètent cette série.

Les boissons consistent en eaux-de-vie, alcools, bière, hydromel, liqueurs de fraises, de framboises, de groseilles noires, vins de groseilles à maquereau, liqueurs de miel et liqueurs d’oranges amères.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878