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Grèce



LES BEAUX-ARTS.

Nous sommes, avec bien d’autres, dans l’impossibilité de dire ce que pouvait être la peinture grecque au temps d’Apelle, pour ne pas remonter à Zeuxis et à Parrhasius et encore moins à Bularque, mais nous ne pouvons méconnaître que la peinture grecque moderne, telle qu’elle est représentée à la galerie des Beaux-arts, ne pèche guère que par le nombre.

La Grèce occupe un seul mur de l’unique salle occupée par le Portugal ; ce mur est un peu plus complètement couvert, pas beaucoup ; mais quelle différence !

Toute l’exposition de M. Lydras est à voir ; elle se compose de scènes nationales d’un charme véritable : le Baiser, le Brûlotier Canaris, la Veille du nouvel an, la Jeune fille enlevée, YOrpheline, jeune fille à moitié dévêtue, pour pouvoir raccommoder ses misérables nippes, la Cuisine, toile de genre d’une très-bonne exécution et d’une inspiration heureuse. Nous signalerons ensuite les Fiançailles en Grèce, entre enfants de six ans, de M. Gy-zis ; quelques-unes des toiles de M. Périclès Pantazis qui touche à tous les genres : genre, marine et paysage ; Y Incendie de la première frégate ottomane à Erissos par Papanicoli, de M. Altamura; une belle Étude'de femme couchée, de M. Bizo; enfin les charmantes toiles de M. Ralli : Esclave jouant de la guitare, Nur-mahal la Danseuse, Après l'enterrement, Souvenir de Mégare et surtout sa Soubrette Louis XIV arrosant des fleurs.

La sculpture nous offre quelques pièces remarquables, notamment les portraits de M. Kossos, mais rien en somme qui mérite d’être particulièrement signalé.


LA GRÈCE EN 1878.

Nous avons plaisir à parler de ce beau pays de Grèce qui inventa tous les arts et toutes les sciences, qui eut toutes les gloires et tous les malheurs, qui fut enfin parmi les nations antiques la plus haute et la plus éclatante personnalité.

Cette personnalité a été si puissamment rayonnante, elle est tellement indéniable que l’Athènes d’autrefois nous domine encore ; Rome antique nous domine encore, elle aussi, mais à un degré moindre, et cela se comprend, puisque la révélation artistique et scientifique lui vint des Grecs.

Comme il arrive à toutes les nations que leur mérite ou quelquefois — on en rencontre des preuves dans l’histoire,—le simple hasard, ont élevées au dernier degré de la prépondérance parmi les peuples, la Grèce, quand l’heure de la chute a sonné, s’est écrasée en tombant parce qu’elle tombait de trop haut.

Appelée par sa situation géographique à de continuelles perturbations, elle se trouva en proie à tous les barbares qui se ruaient sur l’Occident ; elle vécut sans vivre, elle n’eut pas le temps de respirer.
Quand des temps plus calmes revinrent enfin, quand elle put se regarder et s’interroger, la Grèce s’aperçut qu’elle n’était plus elle-même et qu'une société nouvelle, avec d’autres institutions, d’autres goûts et d’autres mœurs, fonctionnait autour d’elle.

Elle dut alors commencer un travail d’assimilation et renoncer à tout ce qui pouvait lui rester de la Grèce d’autrefois, afin de pouvoir être admise et tenir rang dans le concert européen.

La part qu’elle a prise à l’Exposition de 1878, le bagage qu’elle y a apporté, donnent la mesure des progrès accomplis par cet intéressant petit pays, qui ne compte aujourd’hui pas plus de quinze cent mille habitants.

La profession qui domine actuellement en Grèce est celle d’agriculteur, les industriels viennent en second lieu ; par exemple, le nombre des hommes qui exercent des professions libérales est excessivement considérable, eu égard au chiffre minime de la population.

On reconnaît à ce signe qu’il coule encore du sang des anciens Grecs dans les veines des Grecs modernes.

Le lecteur ne sera donc pas étonné de la grande quantité d’écoles de toutes sortes qui abondent en Grèce et de la large part faite à l’enseignement et aux études de toutes sortes.


L’ENSEIGNEMENT EN GRÈCE.

Dès qu’un semblant d’accalmie se fut produit, la Grèce en profita pour relever ses écoles. Ce relèvement ne date pas de loin. L’année 1829 ne trouva, en fait d’innovation, que des écoles primaires mutuelles; mais elle vit la création, à Égine, d’une école centrale contenant 500 élèves, et d’un orphelinat qui nourrissait 100 orphelins des victimes mortes pour la patrie.

L’enseignement suivit dès lors une progression croissante que nous allons établir rapidement.

Dès 1833, on compte en Grèce, outre une école militaire à Poros, 71 écoles communales avec 6,700 élèves et 39 écoles helléniques avec 3,000 élèves.

On fonde ensuite : — un gymnase avec une école hellénique, puis une école militaire à Égine.

En 1835, sont fondés : un établissement théorique et pratique de chirurgie, de pharmacie et d’accouchements, deux gymnases avec écoles helléniques, à Athènes et à Hermopolis, puis dix écoles helléniques dont les communes revendiquent la charge.

En 1836, on fonde la Société philecpediftique pour l’instruction des filles.

Enfin, en 1837, Y Université nationale surgit.

L’enseignement, à tous les degrés, renaissait enfin en Grèce, et les Grecs, qui avaient tout appris au monde entier depuis des milliers d’années, allaient enfin apprendre à leur tour.

Comme on avait fait la part de l’enseignement primaire et moyen, on obéit aussi aux exigences de l’enseignement pratique et artistique.

C’est ainsi que furent fondées à Tyrinthe une école d’agriculture et à Athènes, — naturellement, — une école des arts. N’était-ce pas rendre les arts à leur berceau?

A Nauplie, on fonde en 1837 une école de marine; puis, en 1867, cinq écoles navales sont établies à Hydra, à Spetza, à Galaxidi, à Argosteli.

Dès 1856, on enseignait le commerce à Syra et à Patras.

On le voit, les dieux de la Grèce antique, de celle que nous avons appris à adorer quand, au collège, on nous faisait nous émerveiller devant les splendeurs d’Homère, les dieux de la Grèce vivent toujours. Apollon, Mars et Mercure ont encore leurs autels ; seulement ils se sont modernisés. Mars fait son volontariat d’un an, Apollon est professeur de rhétorique, et Mercure est capitaine au long cours.


LES CHEMINS DE FER EN GRÈCE.
Eh bien! le croirait-on, la Grèce qui montre une si grande élévation d’idées par la passion avec laquelle elle poursuit le développement de l’instruction publique, la Grèce qui n’a pu mourir, quoiqu’elle ait subi des malheurs qui eussent à tout jamais anéanti n’importe quelle autre nation, la Grèce qui maintenant nous suit dans la voie du progrès en attendant qu’elle nous y devance peut-être, la Grèce n’a encore qu’un unique chemin de fer qui relie Athènes au Pirée.

Et le parcours de ce chemin de fer est de dix kilomètres !


LA LÉGISLATION INTERNATIONALE.

La législation internationale nous a paru mériter une mention. Nous empruntons les renseignements qu’on va lire à l’excellent ouvrage de M, Charles Fiiniaux, avocat au Conseil d’Ëtat : La Propriété industrielle et la propriété artistique et littéraire en France et à l'étranger :
Législation. — Le Code pénal du 30 décembre 1833 (art. 432 et 433) contient des dispositions générales sans distinguer la propriété industrielle de la propriété littéraire et artistique.

Durée du droit. — L’auteur d’œuvres se reproduisant par l’impression n’a pas un droit sur son œuvre pendant toute sa vie ; la durée du droit n’est que de quinze ans à partir de la première publication. Mais le souverain peut accorder un privilège plus étendu.

Les découvertes, œuvres ou productions scientifiques ou artistiques sont soumises au régime du privilège.

Contrefaçon. — Pendant les quinze années, ou pendant la durée du privilège, la partie lésée peut faire saisir les exemplaires contrefaits et poursuivre les contrefacteurs.

Pénalités. — L’amende est de 200 à 2,000 drachmes (180 à 1,800 fr.) lorsqu’elle n’a pas été fixée par le privilège sans préjudice des dommages-intérêts.

Droit international. — L’étranger, même s’il n’a pas de privilège spécial, est protégé pour quinze années, si les Grecs sont protégés dans le pays auquel il appartient ; ce qui existe en France pour la propriété littéraire et artistique depuis le décret du 28 mars 1852.


LE MOBILIER.

Après ces considérations d’un ordre général, nous allons entrer rapidement dans l’examen de l’exposition grecque.

Nous passerons, sans nous y arrêter, devant les classes de la librairie et de l’imprimerie ; nous mentionnerons cependant la maison Coromilas, une excellente imprimerie qui approvisionne presque seule l’Orient de ses livres d’enseignement, puis le catalogue des ouvrages périodiques et des livres édités en Grèce de 1867 à 1877 ; lecture attrayante pour ceux qui s’intéressent au progrès des peuples.

La papeterie, la musique n’offrent rien de saillant.

Arrivons au mobilier et à ses accessoires ; la Grèce, jadis si raffinée, nous paraît sacrifier peu au luxe ; c’est une industrie qui a besoin de renaître.

La céramique a pris plus de développement; mais elle ne parait pas avoir de grandes prétentions artistiques ; les objets exposés ne servent guère qu’au ménage.

En revanche, l’industrie des tapis est très-florissante et ses spécimens sont magnifiques ; l’Orient pourrait envier de tels produits.


LE VÊTEMENT.
La filature est une des industries qui se sont, depuis quelques années, développées le plus en Grèce ; cela est heureux, surtout si l’on songe au grand nombre d’ouvriers dont l’existence se trouve ainsi assurée. Le Pirée, à lui seul, compte près de trente filatures à vapeur.

Les classes des cotons, des fils, des laines et des soies, sont les plus et les mieux représentées à l’Exposition.

Dans la classe de l’habillement, des mannequins de grandeur naturelle ont été parés des plus riches costumes nationaux.

C’est là un spectacle toujours intéressant et en même temps on ne peut plus instructif; aucune description ne peut faire mieux comprendre au visiteur le type, le genre, la richesse des costumes.

Nous aurions voulu que, à l’Exposition, chacun des pays lointains exposât de semblables spécimens des costumes des diverses classes ; cela eût constitué un véritable musée, quelque chose comme l’histoire du costume en relief.


LES MINES.

La Grèce possède des mines de plomb, de fer, etc., mais la grande richesse, mais le véritable fleuron de sa couronne, c’est le marbre.

Quel marbre du monde pourrait rivaliser avec les marbres blancs de Paros, de Tenos, de Naxos et d’Erinia, avec les marbres noirs de Lacédémone, avec le granit de Navossa?


LES PRODUITS ALIMENTAIRES.

L’olivier fleurit en Grèce ; tout le monde sait que l’olivier, dont Minerve tient un rameau à la main, est l’arbre national de l’antique pays des dieux.

Après l’olive, le produit le plus abondant est le froment, avec ses divers dérivés.

Nous trouvons ensuite le fameux miel du mont Hymette ; enfin voici les vins : — vins d’Athènes, de Phalères, d’Œdipsos, de Myrtountron, de Calavryta, de Chalcis, de Di-dynie, d’Oudros, de Thira, d’Hopitaïdes, de Leucade, d’Ithaque, patrie du sage Ulysse, de Némée, où Hercule tua son lion, d’Argos, de Mégare, de Milo, etc., etc.

Ces vins, très-aromatiques, sont presque entièrement consommés en Orient.


LES ARMES.

Du point de vue de la guerre, la Grèce n’a rien envoyé à l’Exposition de 1878 ; les armes exposées, — six petits objets, — n’ont de valeur qu’au point de vue de l’art et du luxe. Nous nous bornerons donc, pour renseigner le lecteur, aux détails suivants :
L’armée comprend 14,061 hommes, dont 749 officiers commissionnés et 2,422 sans commission.

La marine comprend treize vaisseaux, savoir : deux petits cuirassés, le roi Georges et la reine Olga, six vaisseaux à hélice, trois goélettes, deux cutters et l’Amphitrite, yacht du roi.

L’armée de mer se compose de 581 hommes et 71 officiers.

Voici, en outre, sur l’enseignement militaire, ce que nous trouvons dans l’excellent livre de M. Mansolas, le commissaire général de la Grèce à l’Exposition :
Écoles navales. — Dans le but d’encourager et d’instruire ceux qui se destinent à la navigation, on a annexé, dès l’année 1837, auprès des écoles helléniques de Syra et de Nauplie, une chaire d’enseignement théorique de l’art naval pour 1 instruction spéciale des navigateurs. — Et, depuis l’année 1867, on a ouvert cinq écoles navales, réparties dans chacune des cinq principales villes maritimes :—Hermopolis, Hydra, Spetza, Galaxidi et Argostoli. Chacune de ces écoles comprend deux classes et un maître. Le nombre des élèves enseignés dans ces cinq écoles atteint le chiffre de 90 environ. L’instruction qu’on y donne est achevée au bout de six mois, et les élèves sortants qui ont réussi dans les examens reçoivent un diplôme de capitaine de commerce.

École militaire. — Cette École, fondée depuis l’année 1828, à Égine, a été spécialement organisée en 1835 et transférée au Pirée. Suivant l’organisation aujourd’hui en vigueur, l’enseignement y est divisé en sept classes, et comprend 16 professeurs et 6 maîtres. Le nombre total des élèves est limité par son organisation à 40. — Les matières qu’on y enseigne sont : la Religion, la Langue grecque, les Mathématiques, la Géométrie descriptive, la Physique, l’Oryc-tologie et la Géologie, la Chimie, la Mécanique théorique et l’Agronomie, la Topographie, la Géodésie, les Chaussées, l’Art de la guerre, la Technologie militaire, l’Artillerie, l'Architecture, la Construction, les Ponts, la Mécanique appliquée et le Génie, la Fortification, la Logique, la Langue française, le Dessin, la Calligraphie, la Musique, l’Escrime, la Gymnastique.

La direction de l’École est confiée à un officier supérieur de l’armée de terre. L’État dépense annuellement pour cette école 193,000 drachmes.

Outre l’instruction militaire spéciale de cet établissement, il existe aussi des écoles particulières attachées à des corps militaires, sous le nom d'écoles de l'armée, et pour lesquelles on dépense encore annuellement 10,000 drachmes. On pourvoit aussi à l’entretien des boursiers à l’étranger.

La somme totale des dépenses pour l’enseignement militaire monte à 222,520 drachmes.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878