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Belgique



LES BEAUX-ARTS.

L’exposition belge est une des plus intéressantes parmi celles qui ont figuré au Champ de Mars ; il ne pouvait en être autrement puisque, comme l'Italie, l’Espagne et l’Angleterre, elle représente sinon une école, au moins les restes d’une école qui fut glorieuse parmi toutes.

Nous parlerons d’abord de M. Wauters. En lui décernant la médaille d’honneur, le jury nous indique ce choix.

C’est le peintre historique que le jury a voulu récompenser en lui. Autrement plusieurs toiles de genre auraient pu lutter avantageusement avec la grande peinture de M. Wauters.

M. Émile Wauters est connu du public parisien ; nous retrouvons de lui au Champ de Mars plusieurs toiles qui ont figuré au Salon annuel, notamment sa Folie du peintre gantois Hugues van der Goes, sur lequel on essaye l’effet thérapeutique de la musique, et qui a obtenu une 2<* médaille au Salon de 1875; c’est peut-être son œuvre capitale, mais nous devons citer deux autres toiles qui nous étaient inconnues et qui ont aussi une grande valeur: Marie de Bourgogne implorant des échevins de Gand la grâce de ses conseilliers Hugonet et Humbercourt, et la même Marie de Bourgogne jurant de respecter les privilèges communaux de la ville de Gand.

La physionomie des principaux personnages de ces deux compositions a l’expression juste, et c’est tout dire ; sans doute, si Marie de Bourgogne, jeune fille de vingt ans, jure dans l’une avec un élan qui montre sa loyauté, elle implore trop en femme, trop peu en souveraine dans l’autre; mais il s’agit d’obtenir une grâce par la prière, et on ne saurait dire que l’attitude n’est pas celle qui convient pour réussir, surtout si l’on songe combien la jeune duchesse était faible en présence du soulèvement suscité par les intrigues du roi Louis XI : encore ne réussit-elle pas !

En somme, les critiques sincères tombent forcément lorsque la mémoire des faits vous revient, et l’on n’hésite plus à reconnaître que le jury a bien jugé.

M. Alfred Cluysenaar fréquente un peu aussi nos Salons, mais rien de ce que nous connaissions de lui ne figure au Champ de Mars; le Pape Grégoire VII et l'empereur d'Allemagne à Canossa en 1077 est son tableau d’attraction.

Henri IV, empereur d’Allemagne, faisant amende honorable, agenouillé et pieds nus devant le pontife qui l’a excommunié, c’était là un grand sujet que l’artiste a largement traité. Nous citerons encore du même artiste un petit tableau, Une vocation, nous montrant un aimable gamin plongé dans un fauteuil bien trop grand pour lui et le crayon à la main.

M. Stalleart s’attaque à l’antiquité : sa Mort de Didon est d’une exécution irréprochable, bien qu’un peu théâtrale ; son Saint Almaque se jetant dans le cirque pour empêcher le gladiateur vainqueur d’achever le vaincu, est dû à une bonne inspiration, et l’inspiration est bien rendue.

Nous citerons encore le Baudouin V appelant le peuple aux armes, de M. Carlier; Charles-Quint au monastère de Yuste, Jacqueline de Bavière implorant la grâce de son mari, l'Excommunication de Bouchard d'Anvers, de M. A. de Vriendt; les deux scènes de la vie de Sainte Élisabeth de Hongrie et la Justice de Beaudouin à la Hache, de ce prince qui se faisait l’exécuteur terrible de ses propres arrêts, de M. Juliaan de Vriendt : cette dernière toile avait été remarquée déjà au Salon de 1876; la Messaline quittant Rome, insultée par la populace, de M. Hennebicq.

M. Verlat nous présente une vaste toile intitulée la Défense du troupeau, dans laquelle un buffle se jette tête baissée sur un lion, qu’il terrasse, pour protéger la retraite du reste du troupeau.

C’est une bonne toile, pleine de mouvement et qui nous dispense de parler des autres scènes du même genre; à côté de cette belle œuvre, au-dessous, nous trouvons d’autres toiles de genres divers : une Fuite en Égypte, par exemple, et une œuvre très-belle et très-originale intitulée Mon portrait, et représentant un groupe mêlé d’Européens et d’Orientaux, dont un noir, toutefois, que le peintre croque à l’ombre d’un parasol ; la scène se passe dans les environs sablonneux et désolés de Jérusalem dont on aperçoit les constructions au loin, sous un ciel implacable.

Dans une salle voisine, en pleine lumière, ce qui n’est pas un avantage, un autre tableau de M. Verlat attire l’attention, c’est :
Nous voulons Barrabas! Le sujet prêtait beaucoup à l’inspiration ; il y avait quelque chose de grand à faire avec cette antithèse du vil criminel Barrabas préféré au doux Jésus par la populace soudoyée.

La Belgique possède deux peintres de genre qu’on aime à se représenter comme deux rivaux et à représenter comme l’expression la plus complète, à eux deux, de la gloire artistique de la Belgique; ce sont MM. Willems, confiné obstinément dans le XVIIe siècle, et Alfred Stevens, qui reste imperturbablement de son siècle propre. Chacun de ces artistes est apprécié ce qu’il vaut. Nous citerons de M. Willems la Visite, le Baisemain, la Toilette, la Pavane, la Présentation du futur. M. Alfred Stevens expose principalement quatre panneaux représentant les Saisons, les Saisons en toilettes modernes!

Deux petites toiles de M. Baugniet, The Fourth of July 1876, et l'Automne, méritent une mention particulière. La première représente un salon américain peuplé de jeunes femmes et de jeunes filles charmantes ; l’une des jeunes femmes, montée sur un siège, orne de fleurs le portrait de Washington, en mémoire de la Déclaration d’indépendance.

L’autre toile représente un intérieur avec les mêmes jeunes femmes ou quelques-unes do leurs parentes, autrement occupées, mais toujours extrêmement gracieuses.

Nous citerons maintenant au courant de la plume, bien que plusieurs des œuvres ainsi désignées pêle-mêle méritent mieux qu’une simple mention, la Jeune Mère, de M. Delfosse; le Géographe, la Salle à manger de Leys, la Fête de la grand'mère, la Salle hydraulique d’Anvers, de M. de Braekeleer; la Lecture prohibée au XVIe siècle, de M. Ooms ; la Lecture du chapitre chez les trappistes et le Rassemblement de paysans armés (1797), au pied d’une croix et sous l’influence d’un prêtre, de M. Meunier; l'Intérieur flamand, la Bonne Vieille pinçant de la guitare, le Sabotier, la Saint-Nicolas : enfant sonnant de la trompette et battant le tambour en même temps, de M. Impens ; les Rhétoriciens d’Anvers, de M. Markelbach; le Cuirassier blessé, resté à cheval, mais s’appuyant contre un mur, de M. A. Hubert; les Vues de Séville, de Rome et de Bruges, de M. Bossuet ; le Concours de chant, entre serins en cage, de M. David Col ; le Départ du conscrit, de M. de Groux ; la Bonne Pipe, de M. Herbo, bonne face de fumeur la pipe aux dents et l’allumette enflammée aux doigts ; plusieurs scènes familières de feu Madou ; la Cour du palais Pisani, de M. Mellery ; le Grand Chœur de l’église Saint-Marc, de M. Van Moer; la Soubrette intriguée devant un tableau de Jupiter et Léda et deux autres petites toiles sous le même cadre, de M. Verhaert; le Chat s’amuse, en répandant l’encrier sur les papiers de son maître, de M. Van den Bosch; l'Inondation, scène enfantine, de M. Verhas, etc.

Nous citerons aussi les animaux deM. Verboeckhoven, X. de Cock, L. Robbe, Joseph Stevens, Woutermaertens, de Pratere, Stobbaerts et Van der Meulen; les paysages de feu H. Boulenger, ceux de M. de Knyff, de Mme Marie Collart, de MM. Beernaert, Smith, Lamorinière, Coosemans, Asselbergs, Baron, de Schampheleer et Hagemans; les marines de MM. Clays, R. Mois, A. Bouvier, Théodore Weber, H Bource et Artan; les fleurs et les fruits de M. J. Robie; les portraits de M. de Winne et le Groupe d’enfants, autres portraits de M. Agneessens.

Il serait injuste aussi d’oublier la grande toile mélodramatique de M. Ch. Hermans, représentant la sortie du café, à l’aurore, d’une bande de viveurs à la mode parfaitement ivres, rencontrés par des ouvriers qui se rendent au travail et leur jettent en passant un regard de dégoût.

La peinture belge est, on le voit, très-honorablement représentée.


L’ENSEIGNEMENT

L’enseignement, si développé en Belgique, est réglementé par la Constitution, dont l’article 17 porte :
« L’enseignement est libre. — L’instruction publique donnée aux frais de l’Etat est également réglée par la loi. »
L’enseignement supérieur ne diffère pas beaucoup de celui des autres pays; mais il nous paraît intéressant de donner ici en detail l’organisation de l’enseignement primaire et de renseignement moyen.

L’instruction primaire comprend nécessairement l’enseignement de la religion et de la morale, la lecture, l’écriture, le système légal des poids et mesures, les éléments du calcul, et, suivant les besoins des localités, les éléments de la langue française, flamande ou allemande. L’enseignement de la religion et de la morale est donné sous la direction des ministres du culte professé par la majorité des élèves de l’école. — Les enfants qui n’appartiennent pas à la communion religieuse en majorité dans l’école sont dispensés d’assister à cet enseignement.

La surveillance des écoles, quant à l’instruction et à l’administration, est exercée par l’autorité communale et par les inspecteurs (inspecteurs civils provinciaux et cantonaux).

Quant à l’enseignement de la religion et de la morale, la surveillance est exercée par les délégués des chefs des cultes. — Les ministres des cultes et les délégués du chef du culte ont, en tout temps, le droit d’inspecter l’école.

Les livres destinés à l’enseignement primaire sont approuvés par le gouvernement, à l’exception des livres employés exclusivement pour l’enseignement de la morale et de la religion, lesquels sont approuvés par les chefs des cultes seuls.

Les frais de l’enseignement primaire sont à la charge des communes.

Toutefois, lorsqu’il est établi qu’une commune a consacré à ces frais tout ce qui peut être raisonnablement exigé d’elle, la province et, subsidiairement, l’État, supportent l’excédant de la dépense.

Chaque trimestre, au moins, les instituteurs se réunissent en conférences cantonales, pour examiner tout ce qui peut concerner les progrès de l’enseignement primaire.

Des concours entre les élèves des écoles primaires sont ouverts chaque année. La participation à ces concours est obligatoire pour les écoles communales et pour celles qui en tiennent lieu, facultative pour les autres écoles.

L’enseignement normal primaire est exclusivement donné soit dans les écoles et sections normales de l’État, soit dans les écoles normales privées qui ont été agréées bu adoptées par le gouvernement.

Les établissements d’enseignement moyen du gouvernement sont de deux degrés : 1° les écoles moyennes du degré supérieur,
sous la dénomination d'Athénées royaux; 2° les écoles moyennes inférieures, portant le titre d'Écoles moyennes ; il existe 10 athénées royaux et S0 écoles moyennes de l’État.

Les provinces et les communes peuvent créer ou entretenir des établissements d’instruction moyenne : elles en ont la libre administration.

Il y a dans chaque athénée deux enseignements : l’enseignement des humanités et l’enseignement professionnel ; ces enseignements peuvent être séparés.

Il peut être annexé à l’école moyenne une section préparatoire dans laquelle sont enseignées les matières attribuées aux écoles primaires.

Un conseil de perfectionnement est chargé de donner son avis sur le programme des études, d’examiner les livres employés ou donnés en prix. Il propose les instructions à donner aux inspecteurs, prend connaissance de leurs rapports et délibère sur tous les objets qui intéressent les progrès des études.

Il est institué chaque année, aux frais de l’État, un concours général auquel la participation est obligatoire pour tous les établissements soumis au régime d’inspection établi par la loi, facultative pour les autres.


L’EXPOSITION SCOLAIRE DANS L’ANNEXE BELGE

Le lecteur nous pardonnera de nous étendre aussi longuement sur l’organisation de l’enseignement en Belgique ; mais cette organisation est si parfaite et constitue pour les autres pays un tel exemple, qu’on ne saurait trop la glorifier et la faire connaître.

Dans l’annexe de la section belge se trouve un spécimen de salle d’école qui a été très-apprécié de tous les connaisseurs; sur les nombreux tableaux qui tapissaient les murs de cette école on lisait les inscriptions suivantes, qu’il nous paraît intéressant de reproduire :
« L’art du professeur consiste à appliquer constamment la méthode intuitive et à inventer des exercices qui mettent en œuvre toutes les notions scientifiques du programme. »

« La mission principale de l’école primaire n’est pas d’enseigner une matière en vue de son utilité pratique, mais bien de soumettre l’élève à une gymnastique intellectuelle constante. »

« L’école est laïque, il appartient au père de famille de diriger l’éducation religieuse de son enfant ; le professeur ne doit enseigner que la tolérance et le respect de toutes les convictions sincères. »

« L’objet de l’enseignement est de cultiver les facultés intellectuelles, morales et physiques de l’enfant.

« On cultive les facultés intellectuelles : 1° en les développant dans l’ordre de leur évolution naturelle; 2° en fournissant des notions premières exactes; 3° en favorisant l’observation directe; 4° en provoquant la réflexion personnelle.

« On cultive les facultés morales : 1° en inspirant des goûts élevés; 2° en maintenant une discipline rationnelle ; 3° en provoquant l’horreur du mensonge ; 4° en développant le sentiment de la justice.

« On cultive les facultés physiques : l°en plaçant l’enfant dans un milieu gai et sain; 2° en développant ses forces par une gymnastique graduée; 3° en le rendant habile aux travaux manuels. »

« L’élève ne peut rester passif; il doit voir, palper, mesurer, peser, opérer, dessiner, manier des instruments, participer constamment d’une façon active à l’enseignement. » Après avoir lu ces lignes admirables, on comprend que des professeurs imbus de pareils principes ne peuvent manquer d’obtenir des résultats merveilleux.


LES RICHESSES DE LA BELGIQUE.

M. Cornet, ingénieur-directeur des travaux de la Société du Levant du Flénu, membre correspondant de la classe des sciences de l’Académie royale de Belgique, définit comme il suit les richesses minérales de la Belgique :
« Eu égard à son peu d’étendue, la Belgique est, en ce qui concerne les minéraux, l’une des contrées les plus favorisées de la terre. A l’exception de quelques métaux, des pierres précieuses et d’autres substances de peu d’utilité positive, on peut dire que l’on rencontre, dans notre pays, tous les matériaux dont l’homme a besoin pour les usages de la vie.

« L’extraction de ces substances est facilitée par le mode de gisement des terrains qui les renferment.

« En effet, tandis que des contrées relativement très-vastes, comme les parties septentrionales de la France et de l’Allemagne, ainsi que certaines provinces de la Russie, présentent une uniformité remarquable dans la composition des terrains qui se montrent à la surface, la Belgique, bien plus restreinte, nous offre, en affleurements, des représentants de la plupart des divisions principales que l’on a établies, jusqu’à ce jour, dans les terrains qui constituent la croûte de la terre. On doit attribuer, en partie, à cette circonstance, la diversité des industries qui se sont développées dans notre pays.

« Au premier rang des richesses minérales de la Belgique, se place la houille, si précieuse, en général, pour une foule de fabrications et pour le chauffage domestique. Puis viennent les minerais de fer, de plomb et de zinc qui alimentent la métallurgie.

« Les substances pierreuses, terreuses et sableuses sont employées par de nombreuses industries dont les principales sont :
« L’agriculture, qui fait usage, comme amendements, de la chaux, de la marne, du tufeau et du phosphate de chaux ;
« La sucrerie, qui utilise la baryte et certains calcaires pour en retirer la chaux et l’acide carbonique nécessaires;
« La verrerie, la gobeleterie et la fabrication des glaces, qui font entrer, dans la composition de leurs produits, du sable, du calcaire, du manganèse et de la baryte ;
« La fabrication des poteries et des produits réfractaires, qui emploie, avec diverses argiles,le sable, le kaolin,l’eurite,le silex,etc. ;
« La fabrication des produits chimiques, qui utilise la pyrite de fer, le manganèse, la baryte, le schiste alunifère, etc. ;
« La construction des édifices et des voies de communication, pour laquelle on extrait en Belgique d’énormes quantités de terre à briques, de sable, de pierres à chaux, de pierres de taille, de marbres, de pavés et d’ardoises ;

« Enfin, la draperie, qui fait usage de la terre à foulon. »


LES CHARBONNAGES. — LES MINES.

Les charbonnages occupent dans l’industrie nationale belge une place si considérable qu’il nous paraît juste de leur consacrer un chapitre spécial.

Nous allons donc étudier tour à tour la houille, le charbon, les mines métalliques et les usines métallurgiques.


LA HOUILLE DANS LE BASSIN DE LIÈGE.

C’est vers la fin du xvii® siècle que la houille fut, raconte-t-on, découverte dans le pays de Liège. Il est cependant probable que la houille liégeoise était connue depuis bien longtemps déjà, puisque les Éburons la connaissaient à l’époque de la domination de César.

Mentionnons néanmoins la légende qui fait remonter à 1198 la découverte de la houille.

Un forgeron, appelé Hullos, se plaignait de vivre péniblement à cause de la cherté du bois ; un ange (angélus), d’autres disent un anglais (anglus), lui apparut sous la forme d’un vieillard et lui dit d’aller chercher de la terre noire propre à remplacer le bois comme combustible, sur la montagne de Saint-Laurent où se trouve actuellement le siège du charbonnage de Belle-Vue. Hullos donna son nom à la houille.

A dater de cette époque, l’extraction de la houille commença et son exploitation ne devait plus s’arrêter.

Les houilleurs s’organisèrent en corporation; il y eut une cour des voir-jurés du charbonnage et, à partir de 1718, demeurèrent affichés dans la cathédrale de Liège les Statuts et ordinanches del mestier de chierbonaige. Depuis, l’industrie houillère n’a pas cessé de progresser.

Le zinc est, lui aussi, une richesse du bassin houiller, qui en a produit pour la première fois ; le zinc est un produit jeune, puisqu’il ne date que de 1807 ; son essor véritable n’a commencé qu’en 1818, et s’est dessiné tout à fait en 1837, lors de la fondation de la société de la Vieille-Montagne.

Le bassin de Liège, en 1876, comptait 67 charbonnages d’une étendue de 29,663 hectares, avec 85 sièges d’extraction, 35 en réserve et 16 en construction.

Les puits du bassin de Liège sont profonds de 267 mètres ; ceux du Hainaut descendent jusqu’à 398 mètres.

139 machines de 8,744 chevaux-vapeur opèrent l’extraction à laquelle travaillent. 20,161 ouvriers, qui gagnent 3 fr. 73 c. par jour ; les ouvriers employés à la surface sont au nombre de 5,562 et gagnent 2 fr. 72.

La production, en 1876, a atteint la valeur de 43,781,770 francs.


LES MINES DE MÉTAUX.

Le bassin de Liège contient aussi des mines métalliques ; c’est ainsi que nous trouvons 38 concessions de minerais de fer, de plomb, de zinc et de pyrites de fer, sur une superficie de 14,141 hectares, sans parler des exploitations libres.

Le rapport argent de ces mines est d’environ 4,512,000 francs.

L’industrie minérale belge ayant fait une exposition collective, et ayant exposé les produits de chacune des diverses concessions, nous avons pensé intéresser bien plus vivement le lecteur en lui expliquant l’organisation du bassin et la nature des minerais, qu’en nous livrant à l’appréciation toujours aride de produits qu’il a pu apprécier par lui-même.


LES CHARBONNAGES DU HASARD.

Nous donnerons une mention spéciale aux charbonnages du Hasard, non point seulement à cause de leurs produits, mais en raison de la sollicitude toute spéciale dont ils font fait preuve envers leurs ouvriers.

La compagnie a fait élever à ses frais l’Hôtel-Louise, auquel elle a ensuite ajouté une annexe ; dans ces deux hôtels 400 ouvriers sont logés, blanchis et nourris à raison de 1 fr. 50 par jour.

Elle a, en outre, créé deux cités ouvrières, l’une de 56 maisons et l’autre de 22, plus 23 maisons disséminées sur la concession.

Nous trouvons dans le catalogue spécial de l’industrie minérale les plus intéressants détails sur la vie de l’ouvrier logé à l’Hôtel-Louise.

A cinq heures du matin, on sonne la cloche ; l’ouvrier se lève, il déjeune avec une énorme jatte de café et 300 grammes de pain beurré; il prend, pour consommer dans le fond de la mine, une seconde tartine de 300 grammes et il remplit son bidon de café, le tout en échange de deux jetons de déjeuner, valant chacun 20 centimes ; il se dirige alors vers la fosse qui n’est située qu’à 200 mètres de l’hôtel.

A huit heures, il remonte au jour, noir et couvert de poussière ; il se rend directement aux lavoirs, réclame au guichet de la lingerie les vêtements propres portant son numéro, ainsi qu’un essuie-mains, et il se retire dans une cabine de 2m de long sur 2m de large ; il y trouve ce qu’on appelle en langage wallon une tinne remplie d’eau chaude, et dans laquelle il se lave des pieds à la tête ; puis il fait avec ses vêtements salis un paquet qu’il enveloppe de l’essuie-mains et qu’il jette dans une trappe communiquant avec la buanderie.

Là, les vêtements salis sont introduits dans une laveuse rotative cubique, remplie d’une solution de soude et de savon et mue par la vapeur ; on retire les vêtements de la laveuse au bout de 20 minutes pour les plonger dans le bac de rinçage ; ensuite ils passent à l’essoreuse, et de là au séchoir à air chaud ; quelques heures après, les vêtements qui ont subi toutes ces opérations se trouvent élevés, au moyen d’un monte-charge, à la lingerie, dans un état complet de propreté et parfaitement classés.

Quatre personnes opèrent le lavage d’environ 2,000 pièces par jour.

Dès que l’ouvrier a fait sa toilette, il se rend frais et dispos au réfectoire pour y dîner en échange du jeton jaune, qui représente une valeur de 45 centimes : il reçoit une forte assiettée de bouillon, 125 grammes de viande, 800 grammes de pommes de terre et de légumes, 100 grammes de pain et un demi-litre de bière de saison.

Le dîner varie chaque jour : tantôt la viande est bouillie, tantôt rôtie, tantôt on sert des saucisses, des boulettes de viande, des œufs, du lard, etc.

Après le dîner, l’ouvrier, libre de disposer de son temps, va se promener ou faire sa sieste; il peut s’amuser au café, y jouer aux cartes, aux dominos; s’il aime à s’instruire, il lira les ouvrages moraux et instructifs de la bibliothèque populaire, qui est mise gratuitement à sa disposition ; s’il veut s’enquérir des nouvelles, il trouvera de quoi satisfaire sa curiosité dans les journaux belges et allemands (la Meuse, le Journal de Liège, le Journal le Franklin, la Gazette de Cologne), qui circulent de table en table ; s’il préfère se récréer par la vue des images, il a sous la main les revues illustrées populaires qui se publient à si bon marché en Allemagne.

L’année prochaine, sera ouverte une école du soir pour les adultes et on fondera une Société de musique.

A huit heures, l’ouvrier soupe ; en échange du jeton rouge, valeur 20 centimes, il a le choix entre une bonne assiettée de pommes de terre et de légumes, une tasse de café et une tartine de 300 grammes.

A neuf heures en hiver et à dix heures en été, on éteint le gaz, on ferme le café, et l’ouvrier, sans jamais murmurer, va tranquillement prendre le repos nécessaire après une rude journée de travail.


LES AUTRES BASSINS.

Les autres bassins sont le bassin de Namur, le bassin de Charleroi, le bassin du centre et le bassin du couchant de Mons.

Le bassin de Namur, après avoir souffert d’une longue crise , est en voie de retrouver son ancienne prospérité ; un détail curieux : on trouve encore dans la province de Namur un spécimen des anciens hauts fourneaux consommant du charbon de bois.

Les mines du bassin de Charleroi ont bien supporté la crise qui a frappé depuis plusieurs années cette branche de l’industrie ; son chiffre d’affaires a relativement peu baissé et tend à se relever.

Le bassin du centre suit depuis 1866 une marche continuellement ascendante.

Le bassin du couchant de Mons, qui n’a pas faibli, semble ne demander qu’à élever son chiffre de production, si les besoins de la consommation l’exigent.


LES MACHINES.

L’exposition d’un pays aussi remarquable que le pays belge, au point de vue des richesses du sol comme à celui des richesses industrielles et commerciales, ne pouvait manquer d’être très-intéressante.

Les mines et usines métallurgiques ont exposé, outre les plans des lieux, bâtiments d’exploitation, des plans de toutes les machines et de tout l’outillage employé pour l’extraction du minerai.

Parmi les plans les plus curieux à observer, nous citerons d’abord ceux de la Société des Charbonnages de bonne espérance et batterie, qui permettent au visiteur de se rendre compte de toutes les phases du travail que nécessitent l’extraction et la manutention du charbon; puis la machine d’extraction de la Société John Cockerill, de Seraing, qui fonctionne au puits Marie, ainsi que les machines d’épuisement.

Un détail en passant : c’est à Seraing que Germain Sommeiller, à qui nous devons le percement du mont Cenis, a fait tous ses essais et toutes ses expériences; c’est aussi à Seraing qu’a été construit tout le matériel nécessaire au percement du tunnel.
Les lampes de sûreté devaient préoccuper les ingénieurs, en raison de leur importance capitale dans le travail des mines. Aussi, en trouvons-nous un certain nombre; celle de M. Hisloire, ingénieur de la société d’Abhooz, nous paraît réunir toutes les conditions désirables.

Nous ne pouvons, à notre grand regret, entrer dans le détail technique de toutes les machines qui attestent la puissance à laquelle s’est élevé aujourd’hui l’ingénieur; nous nous bornerons, pour donner au lecteur une idée de ce que fut l’exposition belge, à citer celles qui ont le plus attiré l’attention.

Ce sont entre autres la machine de M. Chaudron, pour le forage des puits; celle de MM. Sorimier, Pierrard et Lebate, pour la descente et le retour des ouvriers ; celle de M. Berten-Wolf, pour tailler et ciseler la pierre et le marbre ; celle de MM. Dubois et Français, pour perforer et abattre la roche ; le parachute de M. Libotte, à l’usage des mines ; la machine perforatrice de M. Taverdon, et la machine à débiter les roches de M. Winècqz.

Nous nous arrêtons ici ; le lecteur nous pardonnera sans doute d’avoir donné autant de place à l’industrie minière, puisqu’elle est une des plus grandes industries du pays dont nous parlons en ce moment.

Citons enfin de nombreux échantillons des produits des usines métallurgiques de Marchiennes, de Mariemont et de Seraing ; des pompes à incendie; une locomobile pour porter les bains à domicile en faisant chauffer l’eau chemin faisant; une civière à roues ; enfin une collection nombreuse de locomotives et de wagons.

Parmi ces derniers, nous mentionnerons d’abord un véhicule un peu étrange et certainement compliqué, mais pouvant rendre de très-grands services, à ce qu’il nous semble. Il s’agit d’une petite machine, d’un petit fourgon à bagages et de deux compartiments, l’un de première et l’autre de seconde classe, tout cela d’un seul tenant, formant en fait un seul wagon, un peu long par exemple. On comprend que l’objet de cette invention est l’économie. Lorsque, pour une destination de banlieue, on n’a que peu ou point de voyageurs et seulement quelques colis, cela n’empêche pas de chauffer la machine et de partir à l’heure avec une queue de wagons vides : dans les cas de ce genre, le wagon-machine belge serait très-utile. Nous devons dire toutefois que de tels cas ne se présentent guère sur nos voies de banlieue parisienne.

Naturellement, le Sleeping-car figure ici. Nous y voyons également un modèle de wagon d’un luxe extrême, exposé par le Grand-Central belge. Les modèles de wagons et de locomotives sont d’ailleurs assez nombreux. Le Grand-Central a adopté le système de chauffage des wagons qui consiste à y faire passer la vapeur de la machine dans des tubes ; ce système fonctionne sous les yeux du public.

Enfin, parmi les machines-outils — qui méritent toute l’attention des connaisseurs, — nous noterons le tour à canons de fusils, de M. Jaspar; le marteau-pilon à air, de M. Detomboy ; la machine à fabriquer les tuyaux de plomb, de M. Depléchin et la presse de verrerie de la maison Frankinet et Cie.


LE MOBILIER.

Le meuble belge est tout simplement magnifique. Après l’Angleterre, et en dépit d’un espace trop restreint pour que la variété y suit aussi grande, la Belgique a certainement la plus belle exposition de meubles de tout le Champ de Mars. Nous y constatons tout d’abord l’influence des idées courantes, qui sont tournées vers la restitution de l’art flamand des XVIe et XVIIe siècles, aussi bien pour le mobilier que pour la construction, ce qui est absolument correct. Nous remarquons notamment un très-beau salon Renaissance contenant l’exposition de M. Snyers-Rang, c’est-à-dire des meubles merveilleux, dont un secrétaire ébène et écaille de toute beauté ; les meubles sculptés de M. Manoy, buffets en noyer, sièges, cadres sculptés, panneaux couverts de tapisseries, lambris incrustés de cuivre rouge et jaune, etc. ; ceux de MM. Pohlmann, Dalk et fils, en chêne blanc et cuivre ; une chambre à coucher en bois sculpté de M. Briot, etc. Signalons encore une magnifique chaire en bois sculpté fouillé avec un art infini, la boiserie de l’escalier du comte de Flandre, les parquets mosaïques de MM. Tasson et Washer et ceux de MM. Damman et Cassard. Il nous faut aussi distinguer, parmi les tapisseries, les splendides panneaux exposés par la manufacture de Malines : le Serment des arquebusiers et le Serment des escrimeurs, destinés à l’hôtel de ville de Bruxelles, et une grande tapisserie représentant le Siège d'Ingelmunster en 1580, sortie de la manufacture de cette dernière ville.

Une mention enfin aux objets en bois de Spa.


VERRERIE, CÉRAMIQUES, ETC.

La Belgique jouit d’une renommée méritée pour la fabrication du verre ; le principal centre de fabrication se trouve dans l’arrondissement de Charleroi. L’industrie du verre, qui ne rendait encore en 1851 que huit millions de francs environ, a atteint en 1873 un chiffre de plus de quarante-six millions ; elle compte 70 établissements et occupe 12,000 ouvriers au moins.

Les glaces de l’usine Sainte-d’Oignies ont particulièrement frappé les visiteurs par leur belle qualité et par leur épaisseur.

Ici, comme partout, nous rencontrons des verres colorés ; mais, ici comme ailleurs, il est évident qu’ils ne peuvent soutenir la comparaison avec les cristaux de Bohême.

Au point de vue industriel, le verre à vitre belge est de très-belle qualité.

La céramique a un très-grand cachet et on voit,en examinant attentivement les faïences, que les artistes belges voudraient, comme pour le mobilier, restituer l’ancien art, le grand art flamand.

Le grand plat de M. Dauge, où est représenté un combat de cerfs, a été très-remarqué, ainsi qu’un grand nombre d’assiettes, plats ou vases agrémentés de fleurs, d’amours ou d’animaux.

En fait de tapisseries, nous citerons les manufactures de Malines et d’Ingelmunster ; la tapisserie tend à prendre beaucoup d’extension en Belgique.

Les autres classes du groupe du mobilier offrent un intérêt moindre.


LE VÊTEMENT. LA DENTELLE.

La réputation des tissus belges n’est plus à faire ; aussi leur exposition est-elle remarquable, et a-t-elle fait l’admiration de tous les connaisseurs ; nous disons « de tous les connaisseurs, » parce que, dans des matières aussi spéciales, il faut absolument être du métier pour distinguer et apprécier justement le mérite ou le démérite des produits qui s’offrent à vos yeux.

Nous nous bornerons à dire que, pour les fils, cotons et soie, la Belgique, au point de vue de la qualité, soutient la concurrence avec n’importe quel pays.

Où elle triomphe complètement, par exemple, c’est quand elle exhibe ses dentelles.

La salle des dentelles attirait et charmait également visiteurs et visiteuses.

On y admirait l’application de Bruxelles, ainsi nommée parce que, sur le fin tissu, on applique à la main des fleurs faites elles-mêmes de dentelle.

Les dentelles noires de Grammont et les Valenciennes, ainsi que les malines brodées, complétaient un ensemble saisissant de beauté.

La fabrication de la dentelle en Belgique représente un chiffre d’affaires de près de cent millions de francs et fait vivre plus de cent mille femmes.


LES BRONZES.

L’exposition de la Compagnie anonyme des bronzes, de Bruxelles, a été fort remarquée; c’est la première fois qu’on voyait la Belgique lutter sur ce terrain avec Paris, jusqu’alors son fournisseur attitré et exclusif.

Fondée dans le principe avec l’intention de s’attacher surtout à propager le zinc d’art, la Compagnie s’est peu à peu adonnée à la fabrication des bronzes de toute espèce, et s’est attachée à répandre le goût des œuvres artistiques en multipliant ses types et en leur conservant un prix relativement modeste. Depuis les grands monuments en bronze, comme les lions de la colonne du Congrès, la statue de Jacques Artevelde, le monument des comtes d’Egmont et de Hornes, auquel appartiennent les deux guerriers qui surmontaient en ce moment les contre-forts de la façade nationale belge, etc., jusqu’aux livres et aux guerriers en zinc, de grandeur colossale qui couronnent les portes de la nouvelle enceinte d’Anvers, jusqu’à cotte exhibition de bronzes d’art, d’ameublement et d’éclairage, qu’on a admirée au Champ de Mars, la Compagnie a mis quatorze ans au plus à parcourir ces diverses étapes dans ses créations.
Aujourd’hui, son organisation est achevée; son personnel est formé, expérimenté ; il a acquis cette sûreté de main et de coup d’œil que donne la pratique suivie de l’approbation du public. C’est là un mérite pour la direction, car il lui a fallu des efforts persévérants et considérables, dans un pays où la tradition, en fait de bronze, était nulle.

Carrier-Belleuse, Jaquet, Bouré, Mignon, Rodin, Horzé lui ont fourni les modèles des bronzes d’art qu’elle expose. Nous avons goûté particulièrement l'Innocence et les amours du premier et la Bacchante couchée du second.


LE MOTEUR A GÉNÉRATEUR CIRCULAIRE INEXPLOSIBLE.

Le modèle réduit du générateur à circulation inexplosible, exposé par M. John Mac-Nicol, tel que le figure notre dessin, consiste en une chaudière tubulaire, portant à l’avant et à l’arrière une chambre d’eau verticale, aplatie, puis deux faisceaux tubulaires légèrement inclinés, dont les extrémités des tubes viennent s’assembler dans la plaque intérieure de la chambre d’eau.

Le réservoir de vapeur est placé horizontalement au-dessus des tubes et des chambres d’eau et relié à celles ci, qui sont soigneusement rivées et renforcées par des entretoises rivées et filetées.

Pour le montage et le nettoyage, les plaques extérieures des chambres d’eau sont percées de trous, permettant l’introduction ou la sortie des tubes. Ces trous sont fermés avec des bouchons coniques brevetés du système Mac-Nicol. L’obturation se produit par la pression de l’eau et de la vapeur sur la base de ces cônes.

Le foyer est muni d’une grille à barreaux dentelée, qui favorise l’ignition même du mauvais combustible; par suite des brise-flammes et de leur disposition, la flamme est dirigée en sens contraire de la circulation de l’eau dans les tubes ; arrivés au point le plus haut, les gaz chauds redescendent derrière la chambre d’eau postérieure pour s’écouler dans la cheminée.

Il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que la rapidité de la circulation do l’eau activant sa vaporisation, le danger d’explosion est presque nul, surtout si l'on considère que la flamme, léchant à peine les parois des caisses, ne les expose pas aux coups de feu, et que ces parois sont aussi rafraîchies constamment par la circulation de l’eau.


LA PRESSE MÉCANIQUE EN BLANC.

Les machines typographiques sont assez clair-semées. Notre gravure représente la presse mécanique en blanc, exposée par M. F. Uytterelst, de Bruxelles. Elle est du format colombier, et se distingue par certains perfectionnements qui méritent attention.
Les vacillations du cylindre sont évitées par un double mouvement des cames; la pointure et les pinces sont commandées séparément, de façon que les pinces tombent avant la pointure et n’en dépendent pas.

Une série de pinces appuie sur les raquettes et les font tomber avec douceur, de manière que le papier, si mince soit-il, ne s’envole pas et peut être toujours reçu correctement. — Le cylindre de l’encrier ne peut pas se détourner, lorsque la machine elle-même opère ce mouvement; la distribution d’encre est droite ou croisée à volonté ; les toucheurs sont soulevés d’un même mouvement par un excentrique, toutes les fois qu’on a besoin d’arrêter. La presse est munie d’un compteur, ainsi que d’une marge aux taquets d’avant.


LES EXTINCTEURS D’INCENDIE.

Les mata-fuegos, autrement dit les extincteurs d’incendie, de M. Ramon Bariolas, ont obtenu partout, où le public les a vu expérimenter, un succès des plus légitimes.

Par leur chargement rapide, par leur maniement simple et facile, ils ajoutent une qualité précieuse à l’instantanéité du résultat obtenu.

Il n’est pas ici question d’un appareil anéantissant par un coup de foudre un incendie considérable ou arrivé à son point de plus grande intensité. Pareille prétention serait chimérique. Il s’agit d’avoir sous la main un instrument instantanément mis en état d’agir, et dont l’action instantanée étouffe un incendie dans son œuf ou permet, devant un incendie trop développé, de reconnaître tout de suite,, sans hésiter, et d’atteindre pareillement le foyer principal du sinistre, de le circonscrire, de l’atténuer, en attendant l’arrivée et l’action des secours ordinaires, demandant toujours un délai assez long avant d’agir avec efficacité.

Ces conditions sont admirablement remplies par l’appareil de M. Banolas, qui y joint l’avantage d’éclairer la route de l’explorateur en dissipant la fumée, et de préserver sa respiration en écartant les exhalaisons délétères de la masse embrasée.

Le train dont nous donnons la vue se compose de deux appareils portatifs de 30 litres chacun, et de deux grands cylindres de 150 litres, produisant 450 litres de gaz ; ils tournent facilement autour de leur essieu ; ils se chargent automatiquement et fonctionnent alternativement, de façon à entretenir un jet continu; on apprête ainsi un extracteur tandis que l’autre agit, de sorte que l’un d’eux reste toujours en activité.

La voiture à deux roues et à ressorts est pourvue de 9 caisses pour les charges et accessoires, et une autre pour les outils auxiliaires d’incendie, réservoir, lanterne, bobine pour 50 mètres de tuyaux. Un seul homme manœuvre facilement ce train, et peut exécuter tous les mouvements avec la plus grande rapidité. Il est donc surtout souverainement utile dans les entrepôts, les grands magasins de matières inflammables, etc.


LA MAISON CAIL, HALOT ET Cie.

Si la maison Cail occupe en France un rang exceptionnel et indiscutable, elle ne tient pas en Belgique une place moins distinguée dans la construction mécanique. A Bruxelles, elle s’appelle Cail, Halot et Cie, et demeure rue Derosne, un nom qui lui rappelle à tout instant celui de son digne fondateur.

Les produits sortis de ses usines sont d’espèce trop technique pour que nous puissions nous y arrêter beaucoup sans danger de fatiguer le lecteur par un excès d’aridité. Nous nous contenterons d’en donner un rapide aperçu.

M. Derosne avait conquis son universelle célébrité par la fabrication de ses appareils de distillerie, bientôt suivis par celle du matériel des sucreries. La maison belge est restée fidèle à cette partie du programme de son illustre chef. Nous retrouvons au Champ de Mars un très-bel appareil d’évaporation à triple effet et à basse température, avec addition d’un condenseur et d’un appareil spécial, système Hodeck, destiné à retenir entièrement les jus entraînés par l’évaporation, et qui retournent à l’appareil à triple effet.

Nous trouvons ensuite un système mécanique de pompe à air, avec moteur spécial, pour le service du précédent appareil d’évaporation. Puis, toujours pour l’industrie sucrière, un appareil de pompes, desservant quatre presses hydrauliques ; une presse hydraulique à caisse de pression mobile (système Lalouette), pour les pulpes ayant déjà subi une pression préparatoire ; un filtre-presse Trinks, pour , séparer les matières liquides des matières boueuses ou pâteuses, et destiné surtout à remettre en travail le jus restant dans les écumes ; deux appareils centrifuges, dont l’un à mouvement supérieur et l’autre à mouvement inférieur, pour la purgation des sucres.

Voici enfin, en ce qui concerne la mécanique générale, la machine à vapeur, système américain, qui fait mouvoir la transmission de la section belge, machine de 55 chevaux, à condensation, et perfectionnée en vue d’obtenir la moindre consommation possible de vapeur ; puis une machine d’alimentation, suffisante pour 400 à 500 chevaux de force; un alimentateur continu, système Dervaux, destiné à entretenir un niveau d’eau constant dans les chaudières à vapeur ; une pompe rotative, système Greindl, avec machine à trois cylindres, système Brotherohood, la première recevant le mouvement de la seconde et élevant 150,000 litres d’eau par heure, à une vitesse seulement de 250 tours, etc., etc.

Parmi les machines-outils, citons la machine à chanfreiner les tôles ; la machine à mortaiser; celle à tarauder, système Denis
Poulot ; une machine à centrer et un treuil roulant, etc., etc.

Mentionnons enfin une locomobile à détente fixe, spéciale pour l’usage agricole; puis de fort belles grues fixes à pivot tournant, et des injecteurs GifTard perfectionnés.


L’ALIMENTATION. LES BOISSONS.

L’alimentation est largement représentée; le froment, le seigle, les betteraves, les farineux sont très-cultivés sur le sol belge ; cependant l’importation excède de ce chef l’exportation.

La culture maraîchère en Belgique rend plus que la culture des céréales; les produits les plus appréciés de la culture maraîchère sont les asperges de Gand et de Mons, les choux de Bruxelles, les plantes à racines précieuses telles que le topinambour, la pomme de terre.

Le houblon est, cela va sans dire, énormément cultivé, sa consommation étant considérable.

Les fruits sont à peu près les mêmes que ceux que nous avons en France.

En fait de boisson, les bières sont naturellement à la première ligne.

Bières brunes, bières jaunes et bières blanches, toutes sont venues de toutes les villes de Belgique pour soutenir à l’Exposition de 1878 leur vieille réputation.


LES ARMES.

Deux éléments, l’élément militaire et l’élément civil, représentent à l'exposition belge la fabrication des armes.

Les industriels appartiennent presque tous au pays de Liège où la fabrication des armes est de tradition.

Ce qui rend on ne peut plus justifiée la valeur attribuée à ces armes, c’est qu’en vertu d’un arrêté royal de 16 juin 18a3, les armuriers sont tenus de soumettre les armes fabriquées par eux à une épreuve réglementaire de tir devant une commission composée de quatre officiers nommés à cet effet.

Chaque pièce porte une marque avec l’indication de son calibre.

Nous n’avons guère vu que des armes de luxe, mais elles étaient très-séduisantes et très-finies, et offraient, par la raison que nous venons d’exposer, des garanties incontestables.

Les établissements qui dépendent du ministère de la guerre sont la fonderie royale de canons, la manufacture d'armes de Liège, et l'arsenal de construction d'Anvers.

Le ministère de la guerre n’a pas exposé; l’art militaire n’est représenté que par six personnes. Nous citerons particulièrement les mitrailleuses de marine de M. Christophe et le système de campement de M. le major Bouyet, du corps d’état-major militaire belge.

Le système du major consiste à utiliser le fusil comme support de tente et à utiliser comme tente même le manteau du soldat, manteau auquel on donne dans ce but une forme spéciale.

Plusieurs hommes étant réunis, les manteaux des uns servent à former la tente ; les manteaux des autres, solidement tendus et fixés à des poteaux élevés de plusieurs centimètres au-dessus du sol, ce qui les garantit de l’humidité, servent de lit de camp.

Le major voudrait, par la mise en pratique de ce système, arriver à l’abolition des logements militaires en temps de paix.

Nous ne savons pas si son système est absolument pratique ; mais, quoi qu’il en soit, ce bien seul peut résulter des études spéciales auxquelles se livrent les officiers et il serait à désirer que le major Bouyet rencontrât beaucoup d’imitateurs.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878