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Suisse



LES BEAUX-ARTS.

Ce qui domine dans l’exposition suisse des beaux-arts, c’est le paysage. Joignons à cela quelques bonnes toiles de genre, quelques scènes d’Orient et une demi-douzaine de portraits remarquables, nous aurons tout cité, — tout, sauf un tableau historique,, un seul, qui rappelle un des traits d’héroïsme patriotique les plus grands et les plus utiles (ce n’est pas toujours la même chose) dont l’histoire générale fasse mention. Nous voulons parler de la Bataille de Sempach, de M. Conrad Grob. L’armée confédérée sous les ordres de l’archiduc Léopold et la faible milice des cantons sont en présence ; évidemment les Suisses seront écrasés encore une fois ; il est impossible de lutter contre une pareille supériorité numérique. Ce n’est pas l’avis d’un, pauvre paysan d’Unterwald, du Décius suisse, d’Arnold de Winckelried, pour l’appeler par son nom ; ayant recommandé à ses compagnons d’armes sa femme et ses enfants, il s’élance sur cette muraille hérissée de piques, eu prend une brassée, tire à lui et, en tombant percé de vingt coups, ouvre une brèche où les siens se précipitent aussitôt. De cette journée(9juillet1386) date réellement l’indépendance de la Suisse, qui n’a presque plus d’histoire après cela. Ce glorieux épisode est rendu par M. Grob avec beaucoup de talent, mais aussi avec un grand sentiment patriotique.

Parmi les paysages, il convient de citer à part Y Ascension du mont Blanc, de M. G. Loppé. De courageux touristes, grands comme le petit doigt,exécutent péniblement la traversée des crevasses au-dessus des Grands Mulets, dominés à une hauteur vertigineuse par des pics glacés d’où l’avalanche menace sans cesse de se détacher et de les engloutir. S’il faut du courage pour affronter de tels périls pour la stérile gloriole de s’en vanter après, il n’en a pas moins fallu à l’artiste pour aborder un pareil sujet. Il y montre un talent véritable; il n’y a pas à dire que ce n’est pas cela, c’est la sincérité même;,et cependant on reste froid devant ce tableau glacé, on ne trouve pas tout de suite ceS bonshommes si petits en présence de cette masse imposante de glace, et l’on a beau se raisonner, on ne s’intéresse pas à leur sort. M. Loppé s’est attaqué là à une besogne ingrate, mais il y a prouvé qu’il pouvait faire autre chose. Nous citerons maintenant, au hasard, les Etangs de la Camargue, de M. Potter ; un Lever de soleil sur les iles Loffoden (Norvège), de M. Schœk, glaciers brillamment couronnés par la lumière solaire ; un Orage dans la vallée d'Æschinen, de M. Gos ; Unspunnen aux environs d’Interlaken de M. A.-H. Berthoud ; les Intérieurs de forêt (Fontainebleau) et les cerfs, biches, faons,'oiseaux, insectes et fleurs de M. Carl Bodmer ; la Campagne de Rome, de M. Émile David ; la Lande de Begaar et autres vues des Landes, de M. Baudit : l’Effet du soir au Jura, de M. Jeanmaire ; les Bords de la Creuse à Gargilesse, de M. Castan; les Mannes et Paysages normands de M. Pata ; le Chemin de Ruisdael aux environs de Leyde, de M. Stengelin.

Signalons maintenant les scènes orientales de MM. E. et J. Girardet, Castres et Hébert, parmi lesquelles la Caravane à la recherche d'un pâturage, de M. E. Girardet, brille d’un éclat tout particulier, et passons aux scènes de genre dont quelques-unes sont vraiment gracieuses.

Voici la Fournée au village, de M. Burnand, composition pleine de mouvement et remarquable de tout point ; les Laveuses de San-Remo et le Départ pour la pêche (côte de Savoie), de M. Bocion ; le Marché de Traello (Terre de Labour), de M. Bourcart ; le très-amusant Repas de circonstance, de M. Vautier ; le Mariage à la mairie, où l’époux se fait attendre, lequel a déjà valu une médaille à M. Simon Durand au Salon de 1873 ; Il pleut ! — et en attendant des touristes élégants se morfondent dans une misérable auberge, aimable composition de M. Ravel ; la Diseuse de bonne aventure et les Bohémiens de M. E. Stückelberg ; le Récit du franc-tireur (Alsace), de M. du Mont ; une Noce villageoise dans la Haute-Savoie, de M. Castres ; une Procession à Sorrente, de M. Corrodi ; la Politique au couvent, de M. Bosshardt, etc.

N’oublions pas les magnifiques natures mortes de M. A. Deschamps, où les cuivres, fourbis à tour de bras, resplendissent comme des soleils ; et faisons un bloc de la Vénus et des Nymphes de M. Zuber-Bulher et des Zéphyrs de M. Léo-Paul Robert, qui ont de chauds admirateurs.

Quelques portraits : celui de l’ancien président, il/. P. Cérésole, par M. A. Berthoud; ceux des généraux américains, ennemis dans un temps, Lee et Sherman, par M. Buchser ; les Quatre Portraits sur une même toile, famille réunie auprès d’un piano, de M. Stückelberg, et nous aurons cité ce qu’il y a de remarquable dans l’exposition suisse, qui, en somme, n’est pas pauvre.


L’ENSEIGNEMENT. -- LA LIBRAIRIE.

Il va sans dire que l’enseignement occupe une place importante dans l’exposition suisse. L’instruction est obligatoire dans ce pays.

« La loi, disent MM. Lamarre et Zévort, oblige les parents à envoyer leurs enfants à l’école ou à les faire instruire chez eux de six à douze ans. L’amende et la prison ont raison des délinquants, au moins dans les cantons protestants. L’enseignement donné par l’école primaire est complété par celui des écoles du soir et des écoles secondaires. Tous les cantons ont des écoles normales destinées à former des maîtres d’école. Le budget des écoles communales peut être évalué à 5 millions de francs ; celui des écoles cantonales est de 5,157,756 francs; celui de l’Ecole fédérale polytechnique est de 287,611 francs; au total, 10,445,367 francs pour le budget de l’instruction publique; celui de la guerre était moins élevé en 1870 ; dans les cantons de Zurich, Berne, Schaffouse, Bâle, Argovie, Thurgovie, le Tessin, Neufchâtel et Genève, les écoles coûtaient plus que l’armée. On comprend qu’en Suisse la maison d’école soit la plus belle du village, de la ville ou du canton ; on comprend qu’après le palais fédéral de Berne, le plus bel édifice du pays soit l’École polytechnique de Zurich. Dans ce même canton de Zurich, le traitement minimum des instituteurs est de 1,200 francs avec le logement; dans la ville, il varie de 2,300 à 3.500 francs. Le nombre total des écoles en Suisse est de 7,000 : plus de 420,000 élèves les fréquentent, sans distinction entre les riches et les pauvres : pour ces derniers, la gratuité est entière. Aux universités et aux écoles, il faut ajouter les bibliothèques publiques (au nombre de 25 en 1876), avec 920.500 volumes; les bibliothèques populaires et scolaires, au nombre de 1,629, avec 687,950 volumes, et 5,552 Sociétés d’instruction, d’art ou de gymnastique, qui comptaient, en 1875, deux cent trente mille membres. »

L’exposition pédagogique suisse est remarquable ; en examinant les ouvrages exposés et les travaux des élèves, on reconnaît que le gouvernement et l’initiative privée luttent de zèle et d’efforts persistants pour l’amélioration de l’enseignement.

L’enseignement secondaire et supérieur est représenté d’une façon admirablement complète ; ce ne sont que cartes géographiques, collections, ouvrages d’enseignement, ouvrages d’histoire, documents relatifs à l’histoire ou à la conformation géographique et géodésie de la Suisse, à ses produits de toute nature.

On voit là les éléments d’une instruction solide et rationnelle.

Nous avons particulièrement admiré la magnifique carte géologique de la Suisse exposée dans la huitième classe.

Dans la classe de l’imprimerie, nous trouvons l’usine-Guttenberg qui fournit les caractères en bois et le matériel typographique. Sa réputation est européenne.

Dans la classe de la librairie, M. Bridel, le principal éditeur de Lausanne, expose des livres d’école, des livres divers et des exemplaires de vingt journaux qui sont composés et tirés dans sa maison.

Notons enfin la Bibliothèque universelle et la Revue suisse. La Revue suisse a 88 ans d’existence et elle a compté parmi ses collaborateurs une quantité d’hommes illustres.


LA SALLE DES ARCHITECTES.

A droite du vestibule d’entrée est la salle des Architectes, où nous voyons des reproductions de théâtres, d’hôpitaux, d’écoles, de chalets ; l’exposition de la Société des architectes de Bâle ; les plans du palais de la Bourse de Zurich, bâtie par M. Ulrich, et de l’établissement militaire de Berne, bâti par M. Tièche ; ces deux architectes sont élèves de notre École des beaux-arts de Paris ; voici encore, dit M. Brébant dans le XIXe Siècle, les plans de l’hôtel de ville de Winterthur, par M. Semper, et les plans primitifs de Saint-Pierre de Rome, travail archéologique très-curieux de M. H. de Geymuller ; voici enfin tous les modèles de la Villa Helvetia, construction faite par M. Jaëger à Francfort-sur-le-Mein, et offrant cette particularité qu’elle a été exécutée en pierres de Paris ; c’est de là que date l’exportation pour Francfort, Mayence, Manheim, etc., de nos pierres françaises, dont l’emploi, malgré le coût du transport, amène une économie de 8 pour 100. La porte d’entrée de la Villa Helvetia, en chêne sculpté, avec panneaux de bronze ciselé, a été exécutée par des Français, MM. Gilbert, sculpteur, Christofle et Cie, orfèvres, et Gastineau, menuisier. C’est une pièce magnifique.


LE MOBILIER ET LE VÊTEMENT.

Nous ne dirons que peu de choses du mobilier. Ce qui frappe le plus le visiteur, c’est l’exposition collective des artisans de Zurich, qui ont produit un salon riche du XVIe siècle.

La verrerie, les cristaux, la céramique, la coutellerie, l’orfèvrerie ne sont que peu ou point représentés.

En revanche, l’horlogerie est le triomphe de l’industrie nationale ; aussi lui a-t-on donné la place d’honneur. Elle figure dans la salle centrale de l’exposition suisse.

A droite, se trouve l’horlogerie de Berne, Vaud et Neufchâtel ; à gauche, celle de Genève.

On éprouve un véritable éblouissement quand on contemple toute cette prodigieuse quantité de montres, de chronomètres et de pendules.

Nous ne donnerons pas la description détaillée de tous ces produits qui sont le nec plus ultra de la fabrication, nous pensons que nous intéresserons plus le lecteur en lui donnant des renseignements sur l’horlogerie suisse.

En Suisse, l’horlogerie a des écoles.

Ce sont les écoles de Bienne, de la Chaux-de-Fonds, de Genève, de Saint-Imier, du Locle, de Fleurier ; ces écoles sont des pépinières d’où sortent chaque année de véritables artistes.

Aussi l’exportation horlogère suisse se chiffre-t-elle annuellement par des quintaux de marchandises.

En ce qui concerne le vêtement et ses accessoires, nous remarquons en première ligne les dentelles, les tulles et les broderies des cantons de Saint-Gall et d’Appenzel ; il y a là des broderies d’une finesse admirable.

La joaillerie et la bijouterie attirent ensuite les regards : ce groupe a encore une curiosité, la carabine Martini, justement renommée pour sa grande précision.


LA LOCOMOTIVE ROUTIÈRE.

Tous les visiteurs de l’Exposition ont remarqué la belle locomotive routière qui circulait journellement dans le parc, près de la force motrice et des chaudières.

Elle est l’œuvre de M. l’ingénieur A. Schmidt, de Zurich, qui l’a construite, et qui s’est servi de cette machine pour venir à Paris par les voies ordinaires.

Avec son approvisionnement d’eau et de charbon, et les deux personnes qu’elle porte, cette locomotive pèse 128 quintaux : le fourgon à bagages qu’elle traîne en pèse environ 100 ; ce n’est pas seulement une remorqueuse, elle est organisée pour servir encore, à l’occasion, de pompe à vapeur, aspirant l’eau à une distance de 20 pieds et la lançant à une hauteur ou à une distance de 180 pieds, et cela à raison de 2,000 litres à la minute. La force qu’elle représente est de 20 chevaux-vapeur. Seule, croyons-nous, de toutes les machines similaires exposées, elle transmet le mouvement aux roues, non par engrenages, mais par une chaîne Galle, qui fait l’office de courroie. En examinant notre gravure, on verra comment la pompe à incendie a été adaptée au réservoir d’eau de la machine, sur l’arrière.

M. Schmidt expose, en outre, des types nombreux et variés de moteurs hydrauliques, de pompes à eau, de pompes à comprimer l’air et à faire le vide, de pompes d’alimentation, etc., etc. Le moteur hydraulique dont nous donnons un croquis présente surtout un avantage, dont l’expérience a démontré l’utilité pratique, de donner son efficacité maxima à une chute d’eau, même de force et de quantité minimes, pourvu qu’elle ait au moins 10 mètres de hauteur, ou même 8 mètres, si on utilise la succion de l’eau sortant du moteur. La petite industrie des villes, comme les exploitations agricoles, a recours sur une très-grande échelle à ce moteur, qui devient pour elle la source très-appréciée d’une grande économie. Les machines à coudre, les scies à découper, les tours, les presses typographiques l’emploient chaque jour de plus en plus.


LES MACHINES-OUTILS. — LA REGINA.

M. A. Millot, constructeur à Zurich, s’est attaché à réunir dans ses magasins la collection complète et rationnelle de tous les articles qui composent l’outillage d’un moulin. Il en construit lui-même plusieurs et cherche les autres chez les fabricants les plus renommés, parmi les appareils dont les perfectionnements ont reçu la sanction de l’expérience.

Il expose notamment sa Regina, nouvelle machine universelle à nettoyer les gruaux, dont nos lecteurs peuvent voirie croquis dans notre gravure.

Elle est munie d’un sasseur, au-dessous duquel l’air est comprimé par le ventilateur, et dont les mailles sont par cet air constamment maintenues ouvertes, de sorte que les soufflures et les sons légers sont forcés de rester à la surface et de s’écouler, conduits sur le tamis oscillant par un orifice spécial de sortie.

L’aspiration est double, combinée avec l’application d’un système de tamis obliques qui produisent une très-grande division dans le triage et engendrent une grande perfection du travail. Les gruaux, qui traversent le sasseur, sont divisés à chaque passage sur les tamis obliques, où chaque parcelle se trouve exposée presque isolément à l’action des courants d’air.

La force de ces derniers augmenté un peu et successivement à chaque tamis, et la quantité des matières à nettoyer diminue aussi à chaque passage sur ces derniers.

De la sorte, l’aspiration de l’air s’exerce utilement sur la moindre parcelle des matières dans leur course, au lieu de n’atteindre que celles qui en sont immédiatement rapprochées, comme c’est le cas lorsque l’air doit s’attaquer à une masse compacte de gruaux tombant simultanément d’une planchette à l’autre.

Le résultat de la division multiple de ces derniers donne deux espèces de gruaux nettoyés avec une entière perfection, deux sortes de déchets très-distincts, plus des soufflures rouges sans mélange de gruaux, et le tout est obtenu par un seul passage des marchandises dans l’appareil.

Ajoutons que, malgré le travail considérable débité par cette élégante et solide machine en un temps très-court, elle exige peu de force, et que son maniement est des plus faciles, puisque la circulation de l’air et tout le fonctionnement sont réglés automatiquement par les clapets-régulateurs.


LA MACHINE A RHABILLER LES MEULES DE MOULIN.

La nouvelle machine automatique, universelle, à rhabiller les meules de moulin, au moyen d’un diamant rotatif, aussi construite et exposée par M. A. Millot, nous paraît réaliser un très-sensible progrès et rendre un immense service, surtout aux moulins qui ne disposent pas d’ouvriers rhabilleurs d’élite. Pour peu qu’on ait jamais examiné de près l’industrie minotière, l’on comprend de quelle importance sont la taille et le rhabillage des meules. C’est une des opérations les plus délicates, les plus difficiles, et dont les conséquences ont tout de suite la plus sérieuse gravité.

Dans sa machine, comme le montre notre dessin, M. A. Millot supprime totalement les marteaux, et remplace leur action par celle du diamant, mû, avec une vitesse de 12,000 tours par minute, par une transmission qui le relie à la machine motrice du moulin. Depuis dix ans, la construction de cet appareil a été perfectionnée avec une persévérance et une sollicitude qui ont été couronnées d’un plein succès. Aujourd’hui le constructeur se flatte que sa machine peut défier la critique et surtout la rivalité.

La précision la plus grande caractérise la marche et le travail de cet intéressant appareil, qui n’est exposé à aucune irrégularité, par suite du soin apporté à sa construction. Il suffit de quelques mouvements exercés sur les vis de réglage, pour fixer immédiatement et mathématiquement les conditions du travail qu’on lui demande.

Nous ne nous étendrons pas ici sur les détails de l’opération, qui sont trop spéciaux ; nous dirons seulement que, le diamant passant automatiquement et rigoureusement toujours dans les mêmes traits, la meule est moins exposée à être usée et abîmée, et les produits qu’elle fournit ensuite sont plus réguliers, de meilleure qualité, en même temps que la quantité de farine blanche obtenue est plus considérable.

Le rhabillage d’une meule entière exécuté avec celte machine dure moins d’une heure et n’exige qu’une force presque nulle. Plus de trois cents moulins, à l’heure actuelle, s’en servent, entre autres le grand moulin de Rives (Indre-et-Loire), qui en emploie cinq.


LE COMPRIMEUR WEGMANN.

Nous avons déjà, en passant dans la section autrichienne, effleuré la grosse question des moulins sans meules. Elle est importante, surtout pour les meuniers à façon, que la grande minoterie dépossède de plus en plus par la perfection de son outillage et l’excellence de ses produits et que menace également l’installation de petits moulins domestiques, prenant peu de force et occupant peu d’espace. Par la force même des choses, par les exigences croissantes du public au sujet de la qualité du pain, l’industrie du meunier marche vers une transformation absolue.

Il faut donc que le meunier ait recours aux appareils nouveaux qui ont pour eux la consécration de la pratique, et avec l’excellence du résultat,l’économie dans le travail et dans la main-d’œuvre.

Aucune machine, dans cette catégorie , ne mérite mieux peut-être, l’attention que celle à cylindres unis en porcelaine, à pression automatique et à vitesse différentielle, inventée et construite par M. Fr. Wegmann, de Zurich, généralement et bien connue sous le nom de comprimeur Wegmann.

Le premier essai date de 1870 ; à celte époque, M. Wegmann introduisit ce comprimeur dans son moulin de Naples ; depuis, il en a été répandu plus de deux mille dans le monde entier.

Le comprimeur se compose, comme on le peut voir par notre dessin, d’un bâti en fonte, qui porte les cylindres en porcelaine, et qui est surmonté d’une trémie. Le tout, relié et mis en mouvement par des engrenages, mesure 1 mètre de longueur,0m,83 de largeur, et 1 mètre 60 de hauteur et n'occupe par conséquent que fort peu de place.

Le but de cette machine est de remoudre les gruaux, de façon qu’ils puissent être blutés immédiatement, sans aucune autre opération ; ce résultat elle le produit victorieusement et de la manière la plus parfaite.

Le point important dans la mouture est de ne pas couper, de ne pas déchirer la membrane,le germe, les parties ligneuses, mais de tes broyer par la compression, de sorte que la farine se détache bien des membranes fendues, et sorte blanche,pure et propre à être boulangée après le tamisage.

Grâce à la vitesse différentielle dont sont animés les cylindres, tous les volumes de gruaux sont moulus adéquatement ; grâce à la nature ardente, au mordant du grain de la porcelaine qui les constitue, les produits sont facilement attirés entre les cylindres, et s’en détachent avec la plus grande facilité. Ceux-çi ne se polissent pas par le travail, et si, i l’usage, ils deviennent un peu trop rudes, lu marche à vide pendant quelques minutes, en ayant soin de les mouiller, suffit pour leur Tendre leur surface granuleuse à fine porosité.

La pression nécessaire pour fendre les cellules et en détacher la substance farineuse est faible ; il suffit d’une vitesse de 180 tours pour la poulie motrice : toute pression plus forte amènerait entre les cylindres une couche trop épaisse ; toutes les parties n’étant plus en contact avec leur surface, elles cesseraient d’être soumises à leur action. Les parties farineuses adhérentes aux écorces ne seraient donc pas détachées.

Tous les corps étrangers et plus durs que ces substances échappent au broiement ; en effet, pour les laisser passer, les deux cylindres extérieurs s’éloignent des intérieures d’une façon automatique. La force suffisant pour remoudre 150 kilogr. de gruaux l’heure ne dépasse pas celle d’un cheval.

Ces résultats remarquables sont dus incontestablement à la nature particulière de matière avec laquelle M. Wegmann fabrique ses cylindres ; la qualité du produit obtenu est aujourd’hui indiscutable : le pain fait par eux supporte victorieusement la comparaison avec celui provenant des farines obtenues parles procédés les plus parfaits de la mouture avec meules.

Cet appareil mérite donc de fixer l’attention des intéressés, auxquels il est appelé à rendre d’autant plus de services qu’il ne constitue qu’une dépense relativement modique, et que les farines données par lui n’ont plus besoin, répétons-le,'d’autre opération que le blutage.

Le jury de l’Exposition universelle a sanctionné cette opinion en décernant une médaille d’or à M. Wegmann.


L’ALIMENTATION

Les groupes suivants ne présentant rien d’exceptionnel, nous passerons de suite à l’alimentation.

Voici d’abord le biscuit suisse, nommé zwiebach, et le bekerli de Bâle ; puis les fromages de Berne, de Lucerne, le gruyère de Fribourg, le fromage de Schwyz, celui d’Untervalden, celui des Grisons, enfin la Tête de moine.

La classe des boissons fermentées comprend l’absinthe, le vermouth, le bitter et le kirsch.

Le bitter et le kirsch suisses sont trop renommés pour qu’il soit utile de faire ressortir leur supériorité.

Nous citerons entre autres l’excellent bitter de M. Auguste Hœlcher, que les visiteurs de l’Exposition dégustaient avec tant de plaisir ; ainsi que son vermouth au vin d’Espagne.

Ce vermouth a obtenu, du reste, la médaille d’argent.


LES ARMES.

L’organisation militaire de la Suisse est trop curieuse, pour que nous n’en disions pas quelques mots ici.

La Constitution ne permet pas, sur le territoire de la Confédération, le maintien d’une armée permanente. De plus, les grades, jusqu’à celui de capitaine, sont à l’élection.

Les soldats sont exercés tous les ans; les exercices durent huit jours pour les fantassins, quinze jours pour la cavalerie et l’artillerie.

L’inspection militaire a lieu annuellement, mais en plusieurs fois ; on n’appelle chaque fois qu’un certain nombre de cantons.

Les écoles militaires sont organisées à la façon de nos écoles de droit et de médecine.

Les cours y durent de six à huit semaines, ce sont des cours purement pratiques, paraît-il ; aucune autre nation n'a encore adopté cet étrange système.

Les écoles militaires sont au nombre de neuf : école centrale, école régimentaire, école d’instruction cantonale, école d’officiers, école de commissariat, de médecine militaire, école de tir, école du génie.

Les armes sont représentées, à l’exposition suisse, par une mitrailleuse et des fusées de MM. Reishauer et Bluntschle, de Zurich.

Le lieutenant-colonel d’artillerie Fornerod-Stadler et M. Rubin, adjoint du laboratoire pyrotechnique, exposent des fusées pour les tirs à charge forte et à charge réduite, des fusées fusantes pour shrappels, etc., etc.

Au Champ de Mars, la Suisse s’est fait représenter par des douaniers; leur uniforme est vert, à lisérés blancs.

La croix suisse brodée sur leur casquette les fait désigner par leurs camarades sous le nom d’ambulanciers ; mais, comme c’est justement en mémoire de la Convention de Genève du 22 août 1864, que la Société de secours aux blessés, qui a,rendu de si grands services à l’humanité, a arboré l’étendard à croix rouge, c’est faire honneur à la Suisse que de rappeler dans toutes les occasions cette circonstance si glorieuse pour elle.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878