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Autriche - Hongrie


Autriche - Hongrie à l'exposition de Paris 1878

LES BEAUX-ARTS.

Si l’art national n’existe pas aux Etats-Unis, on peut dire qu’il en est de même, et pour des causes dans une certaine mesure analogues, de l’art austro-hongrois. Mais le talent personnel est loin de faire défaut chez les artistes de cet empire où se coudoient non-seulement des nationalités, mais des races si différentes et même un peu ennemies : Germains, Latins, Finnois (Hongrois)- et Slaves. C’est toutefois aux artistes hongrois, du moins au Champ de Mars, que la palme triomphale doit être décernée.

En quittant les salles de la peinture française (section sud), c’est dans les salles de la Hongrie que nous pénétrons d’abord. Nous y trouvons trois tableaux de M. Munkâcsy, qui est né à la vie artiste et a grandi au milieu de nous ; deux de ces tableaux, les Recrues hongroises et l’Atelier de l’artiste, sont connus ; ce dernier figurait au Salon de 1876 et marquait déjà un grand progrès dans la manière du peintre du Mont-de-Piété ; le troisième tableau de M. Munkâcsy,Milton aveugle dictant le Paradis perdu à ses filles, est son chef-d’œuvre et l’une des meilleures toiles de toute l’Exposition, pouvant certes marcher de pair avec les Invalides de Chelsea de M. H. Herkomer. L’infortuné poète, devenu aveugle, est comme affaissé dans son fauteuil, son visage sans regard éclairé du feu intérieur de l’inspiration ; ses filles l’entourent ; l’une est occupée à quelque travail de broderie ; l'autre, assise à l’extrémité opposée de la table, écrit sous la dictée de son père ; une troisième est debout ; toutes trois contemplent le poète avec une expression indicible de tendre pitié et d’enthousiasme contenu. L’œuvre est d’une exécution irréprochable et d’un sentiment exquis ; elle était universellement désignée pour lapins haute récompense, et le jury s’est mis d’accord cette fois avec le sentiment public.

Dans la même salle, nous remarquons trois charmants petits tableaux de M. Adolphe Weisz : la Quêteuse, sœur de charité quêtant chez une dame du monde ; la Fiancée alsacienne et la Fiancée slave, dont l’Exposition de Paris a donné un beau dessin dans son n° 12. Citons encore la Fuite de Tokælp, de M. Berthold Székely ; la Mort d'Hector, de M. Maurice Thann ; les aimables scènes de genre de M. F. Paczka : le Tambour, Un Jour d'hiver, et de M. Brucksurtout son Déménagement, d’une fantaisie gracieuse et d’un agréable et juste coloris. Sous ce titre : Partie de la forêt de Fontainebleau, M. Ladislas Paal expose un très-bel effet de pleine lune, s’élevant toute rouge au-dessus de l’horizon, derrière les arbres noirs de la forêt. D’autres paysages, de MM. Feszty, Mészœly, André et Charles Marko, Spanjy, etc. ; Y Étable des brebis, de M. Pallik, méritent au moins une mention en passant, puisque la place nous manquerait pour une analyse complète.

Les salles spéciales à l’Autriche, où la Pologne se trouve toutefois mêlée,comme nous la retrouverons mêlée à la Russie et à l’Allemagne, contiennent quelques toiles de valeur, malheureusement écrasées, dès l’entrée, par l’immense toile décorative de M. Hans Mackært, l’Entrée, de Charles-Quint dans Anvers, qui envahit à elle seule presque tout un mur du salon principal. Le jeune prince, couvert de soie, de velours et d’or, bardé de fer, est à cheval sur une belle bête dont la robe paraît aussi d’un velours de couleur étrange ; l’expression de son visage (du visage du prince, bien entendu) est l’ennui. Le cortège s’avance au milieu des rues pavoisées, sur un tapis de fleurs, précédé d’archers et de femmes nues conduisant le cheval de ce héros surfait, dont l’œil ne brillait qu’à table. Il y a là une foule énorme, bariolée des plus vives couleurs, une de ces foules comme on n’en voit qu’en rêve : trois cents personnes tenant aisément, en apparence, dans un espace à peine suffisant pour vingt-cinq. Dans ce tableau, où tout est conventionnel, pour ne pas dire faux, M. Mackærtafait une dépense de talent inouïe ; il paraît que le succès répond à ses efforts : nous l’en félicitons, et nous ne doutons pas qu’il ne devienne un grand artiste. — M. Mackært est encore jeune, pas assez pourtant pour en être encore, comme un écrivain qui débute, à répéter ses auteurs. Son Charles-Quint est splendide, il éblouit ; il ne satisfait pas. Il a pourtant satisfait le jury, qui l’a désigné pour la médaille d’honneur.

Malgré l’écrasement qui résulte pour les autres de cette toile formidable, nous trouverions à signaler, le plus souvent à de meilleurs titres, quelques tableaux d’histoire et de genre, des paysages et des portraits. Nous commencerons par deux tableaux de Czermak, mort récemment : Herzégoviniens rentrant dans leur village dévasté pas les irréguliers ottomans, et les Funérailles d'un chef monténégrin à travers la montagne, scènes d’un effet saisissant ; citons aussi deux toiles historiques du représentant le plus autorisé de la Pologne artiste, de M. Matejko, directeur de l’Académie de Cracovie : l’Union de Lublin qui lui valut la croix de la Légion d’honneur au Salon de 1870, et le Baptême de la Cloche de Sigismond (Salon de 1875) ; il ne nous reste plus guère, cela fait, que quelques scènes de genre à signaler, telles que la Gare de M. Karl Kargen, l’Enterrement de M. Kurzbauer, un portrait équestre du général Landov (1759) de M. Lallemand, les animaux de M. Yan Thoren, les paysages de M. Eugène Bettel, de Mlle Blau, etc.

Il nous a paru intéressant d’ajouter à la fin de ce chapitre l’appréciation à la fois sobre et judicieuse de M. Marius Yachon, dans le journal la France :
Les œuvres de chaque pays sont classées dans une salle particulière ; la Hongrie a son catalogue spécial et l’Autriche n’en a pas du tout, car l’on ne peut, avec la meilleure volonté du monde, considérer comme tel les deux pages de nomenclature qui figurent sous cette rubrique au catalogue édité par le commissariat général français. Il n’y a ni numéros correspondants, ni indications de sujets.

Artistiquement, la Hongrie et l’Autriche ne font qu’un, et l’on eût mélangé les tableaux de l’une et de l’autre qu’il n’en serait résulté aucune confusion; entre les productions artistiques des deux pays, il n’y a pas en effet de différence sensible ; leur originalité a le même caractère, le même cachet, et, à part peut-être M. Munkâcsy seul, dont les œuvres sont intimement personnelles, on serait fort embarrassé de décider de la nationalité des auteurs ; c’est qu’à exactement parler, ni l’Autriche, ni la Hongrie n’ont d’écoles. Leurs artistes sont allemands de tradition ; la plupart ont étudié à Munich quelques-uns à Dusseldorff, et un petit nombre à Paris ; tous se rattachent à l’Allemagne par leurs procédés et leur esthétique Mais, à en juger d’après l’exposition du Champ de Mars, la colonie, si elle ne l’emporte sur la métropole artistique, peut lutter avantageusement avec elle. La section de l’Autriche-Hongrie est très-importante ; elle contient des œuvres remarquables et du plus grand intérêt.


L’ENSEIGNEMENT ET LES ARTS LIBERAUX

L’éducation des enfants a fait depuis quelques années en Autriche des progrès qu’on est heureux de constater ; c’est à dater de 1847 que s’est dessinée cette marche en avant.

En 1847, en effet, un savant docteur, mort depuis, M. Charles Helm, fonda la première crèche, sur le modèle de celles qui venaient d’être établies en France par feu M. Marbeau.

Aujourd’hui les crèches autrichiennes sont nombreuses et florissantes et rendent les plus grands services aux classes ouvrières.
Un autre homme au cœur compatissant, à l’amour ardent de l’humanité, le comte Étienne Szechenyi, a fondé presque vers le même temps les salles d’asile en Hongrie.

Les premières salles de l’exposition autrichienne sont consacrées aux instruments de musique, avec addition de lithographies en couleur et d’héliographies accrochées aux murailles et aussi de deux ou trois tableaux en bois sculpté d’une admirable exécution. Nous y trouvons également de très-beaux instruments de physique, plusieurs télescopes, un spectromètre et de magnifiques miroirs paraboliques ; des appareils et modèles des travaux hydrométriques du professeur A.-R. Harlach, de Prague, et un appareil curieux pour l’analyse de l’air expiré, dans le traitement des maladies des poumons et du cœur ; cet appareil, qui n’est pas le premier, mais seulement le plus ingénieux de cette espèce, est du à M. le docteur Jean Schnitzler, médecin en chef de la Polyclinique de Vienne, et inventeur, dans une certaine mesure, de la pneumothérapie. Signalons en passant les bandages dé sacs de plâtre du docteur Zsigmondy pour le traitement des dents et toute une série d’instruments chirurgicaux.


L’ENSEIGNEMENT EN HONGRIE

L’enseignement en Hongrie mérite une mention spéciale.

Dans ce pays, c’est le gouvernement qui publie à ses frais les livres nécessaires aux écoles et qui fournit le matériel de l’enseignement primaire ; il entretient aussi par le moyen de subventions divers établissements de l’enseignement supérieur.

En 1876, 1,507,031 élèves étaient répartis entre 15,388 écoles, desservies par 20,129 instituteurs.

L’enseignement supérieur, en Hongrie, comprend :
40 facultés de théologie dans lesquelles 253 professeurs instruisent 1,534 élèves; 10 académies de droit comptant 130 professeurs et 1,204 élèves; 2 universités ayant 164 professeurs et 2,929 élèves ; 1 école polytechnique avec 39 professeurs, 16 adjoints et 713 élèves. Outre ces écoles, il y a, à Budapest, 1 musée national, 1 école centrale de dessin, 1 conservatoire de musique, 1 école de déclamation.

Le budget voté par le Parlement pour l’année 1877 affectait à l’enseignement un crédit de 10, 278,000 francs, qui se répartit ainsi : pour l’administration centrale, 505,120 fr.; pour la direction de l’enseignement public, 490,250 fr.; pour les écoles, 7,596,170 fr.; bourses et autres, 190,480 fr.; en faveur de l’enseignement en général, 536,730fr.; à titre de subventions ecclésiastiques, 736,250 fr.; à titre de pensions, 173.000 fr. ; pour diverses acquisitions, 50.000 fr.; total, 10,278,000 fr.

Il faut ajouter à ce chiffre une somme de 5 millions de francs donnée parle ministère des cultes et une somme de 18,750,000 francs : fournie par des associations religieuses.

Des écoles primaires supérieures, une école industrielle, des écoles d’adultes et des bibliothèques populaires sont instituées pour les jeunes gens qui veulent perfectionner et étendre les notions scientifiques qu’ils ont reçues dans les écoles primaires.

L’enseignement secondaire se donne dans 147 gymnases qui comptent 1,843 professeurs pour 27,800 élèves; dans les realschulen, au nombre de 36, recevant 7,197 élèves instruits par 472 professeurs.


LES JOURNAUX EN AUTRICHE ET EN HONGRIE.

En 1875,l'Autriche comptait 876 journaux, dont 293 politiques ; à la même époque, la Hongrie comptait :
45 journaux politiques, 56 afférents à la vie sociale, 24 à l’église et à l’école, 20 aux belles-lettres, 11 à la satire, 119 à la science, plus sept bulletins ; total : 282 publications périodiques.

L'exposition du papier doit attirer particulièrement l’attention ; car la fabrication de ce produit a pris une extension considérable ; en effet, l’Autriche en fournit environ 700,000 quintaux métriques par an à l’Europe.


LE MOBILIER.

A côté des meubles de grand style, mettant en usage toutes les ressources et les habiletés de l’ébénisterie la plus savante, comme les remarquables spécimens exposés par l’école d’art industriel du musée autrichien, nous rencontrons une supériorité réelle dans la fabrication des meubles d usage courant et de prix modestes.

Cette supériorité est due surtout à une création originale, spéciale à l’Autriche, nous voulons parler du bois courbé à la vapeur.
Notre dessin, qui représente la vue du pavillon élevé dans le parc du Champ de Mars par MM. Jacob et Joseph Kohn, de Vienne, donne une idée de l’élégance gracieuse dont ces grands industriels savent décorer les produits de leur fabrication.

Michel Thouet, l’inventeur de ce procédé, fut près de 15 ans avant de le voir en faveur près du public. Depuis 1851, tout le monde s’est familiarisé avec ces sièges solides et légers, qui se sont répandus partout, principalement dans les établissements publics. Cette destination, on pouvait le craindre du moins, paraissait presque exclusive.

Les efforts de la maison Kohn, fondée seulement en 1869, ont réussi à prouver que le bois courbé se prête à toutes les exigences de la pratique et à toutes les fantaisies de l’art. Non-seulement les frères Kohn ont amélioré le siège connu, en ajoutant à sa solidité, à sa commodité, à la facilité de réparation des fonds cannés, etc., mais ils sont parvenus à faire entrer leur procédé dans l’ameublement proprement dit et par la grande porte. La pureté des lignes, la grâce des galbes et des courbes, la disposition confortable des dossiers, ont fait de la moindre chaise, d’une berceuse, d’un fauteuil, d’un tabouret, d’un bureau, un meuble joli, élégant, qui est à sa place dans toutes les demeures.

Les visiteurs de leur pavillon ont été aussi surpris qu’enchantés,—ils l’ont souvent et hautement manisfesté, —de voir avec quelle science et quel goût ces fabricants ont su allier au hêtre rouge couché, noir ou nature, une décoration s’adaptant à tous les degrés de richesse. L’art du tapissier vient s’unir à l’application des métaux ciselés et repoussés, aux incrustations originales de zinc, aux sculptures délicates sur bois précieux. Le beau lit ainsi traité que nous avons admiré est de tous points une œuvre hors ligne.

Nous insistons sur cette transformation opérée dans leur industrie par MM. Kohn, parce que le jury, cédant à des considérations que nous n’avons pas à apprécier/tout en leur rendant le même témoignage, n’a cependant accordé à leur exposition qu’une médaille d’argent. Le public a été d’avis qu’elle méritait davantage, pour les produits eux-mêmes et pour l’importance de la maison qui, si jeune encore, n’en compte pas moins 7 fabriques où sont employées plus de 4,000 ouvriers, et dans lesquelles on termine chaque semaine au moins 5,000 meubles de toutes sortes. Les modèles sont variés à l’infini, et l’embarras du choix est des plus réels. L'établissement vient d’installer un dépôt général à Paris, chez M. Barincou, 32, rue des Marais, où chacun pourra apprécier ce qui a pu lui échapper à l’Exposition. Le pavillon lui-même ne retourne pas en Autriche ; il a été acquis par une académie de peinture du boulevard et restera constamment sous les yeux des Parisiens qui pourront l’admirer comme il le mérite.

L’une des admirations de cette section autrichienne, c’est la splendeur de la ferronnerie artistique. On ne peut rien voir de meilleur goût, de plus fini, de plus grandiose que les magnifiques grilles de M. Vagner et de M. Wilhelm Ludwig. Le public s’arrêtait extasié devant ces chefs-d’œuvre, qui témoignent du culte fervent des bonnes traditions en matière de haute serrurerie, dans la capitale de l’Austro-Hongrie.


CRISTAUX, VERRERIES ET VITRAUX.

Ici, nous laisserons la parole à M. Turgan, qui, dans le journal la France, a traité le sujet de main de maître :
Les fabriques de Bohême excellent dans les combinaisons de services très-bon marché et très-élégant ; ainsi M. Ulrich de Wilhemsthal avait affiché le chiffre de trois cent vingt francs pour les soixante-six pièces l’un service de douze couverts en verre mousseline d’une très-jolie forme et orné d'un dessin léger vert et rouge représentant une fraise :
bien que le choix de ce fruit ne soit pas, à notre avis. très judicieux, rien cependant n’est plus gai que cette ornementation légère semée sur le verre.

Comme dans les autres sections, les irisations abondent dans les produits de la Bohême, mais elles ne sont pas toujours très-réussies. Il y a un point juste à atteindre : trop prononcées ou trop légères, elles perdent tous leurs charmes. C’est à peine si, dans le riche étalage de M. Lobmeyer, de Vienne, il y a plus de quatre pièces franchement réussies en ce genre.

De ce même fabricant, de grandes cruches aigue-marine niellées d’or et tout le dressoir couvert de vases vert-émeraude rehaussé d’or mat ont une richesse et une noblesse qui les séparent heureusement de toute cette verrerie de Bohême à couleurs surpeintes qu’autrefois les Français allant à Bade apportaient comme souvenir de voyage. On regrette que M. Lobmeyer fasse aussi de la verrerie opaque. On n’aime pas non plus les pièces surchargées de dorures de M. Ludwig Moser de Carlsbald ; mais' ses cristaux taillés et gravés, placés sur le dressoir du milieu , n’en paraissent que plus beaux au milieu de ce clinquant.

Au centre de l’exposition autrichienne, nous trouvons, dans une vitrine portant un nom français, les produits de l’invention d’un de nos compatriotes, M. de Branfaut, établi à Vienne; c’est un nouvel emploi du verre comme matière de filature et de tissage.

Ce n’est pas, comme on le voit faire à Murano. en étirant par la course de deux gamins se sauvant en sens contraire et tenant chacun l’extrémité d’un bâton de verre en fusion, mais bien par la transformation de la matière vitreuse en une sorte de ouate, que l’on tord en fils pour la tisser ensuite ; — rien n’est gracieux, brillant et élastique comme cette ouate dont la matière était d’abord teinte dans la masse en fusion. La plus belle pièce apportée au Champ de Mars est une étoffe blanche d’un éclat plus franc que l’argent le plus fin et qui coûte 80 fr. le mètre, mais qui, employée en robes de théâtre, aurait pour avantage, outre son éclat, l’inaltérabilité et l’incombustibilité.


LES MINES EN AUTRICHE ET EN HONGRIE.

Nous devons à M. le commissaire de la commission autrichienne communication d’intéressants, détails concernant les principales mines du royaume.

Ces mines sont au nombre de cinq : — 1° les mine et usine de Pribram (Bohême), donnant l'argent et le plomb ; 2° les mine et usine de Joachim Sthal (Bohême), donnant l'argent, le bismuth, l’uranium ; 3° les mine et usine d’Idria (Carniolè) donnant le mercure ; 4° la mine de blende du Schneeberg (Tyrol) et les mines et usines du fonds ecclésiastique grec-oriental de la Bukowine, donnant du manganèse, du fer manganésifère et du ferromanganèse. Voici les détails historiques relatifs aux plus intéressantes de ces mines.


MINE ET USINE DE PRIBRAM.

On n’a aucune donnée certaine sur le commencement de l’exploitation de ces mines. D’après les plus anciens documents conservés dans les archives de la ville, la première concession faite de ces mines alors abandonnées remonte à 4527. Il résulte donc de ces faits que des travaux antérieurs avaient eu lieu et que les concessionnaires des mines de Pribram à cette époque ne firent que reprendre l’exploitation. Plus tard, en 1579, l’empereur Rodolphe JI avant accordé des franchises à la ville de Pribram, l’industrie minière fit de nouveaux progrès. Plusieurs mines abandonnées furent rouvertes par la ville même et les travaux prirent une sérieuse extension. Toutefois ce n’est guère qu’à la fin du XVIIIe siècle, lorsque la plupart des mines devinrent la propriété de l’État, que commença une véritable ère de prospérité. Le premier puits principal creusé sur le Birkenberg à l’ouest de la ville, où actuellement sont concentrés les travaux plus importants de la mine, date de cette époque ; l’adjonction d’une galerie d’écoulement percée en 1789 assura l’avenir de l’exploitation par une production continue. D autres puits principaux furent établis dans la suite ; on créa de vastes ateliers pour la réparation mécanique et de lavage ; enfin l établissement d une usine bien appareillée et d’autres améliorations portèrent l’exploitation au degré de perfection qu’elle présente aujourd'hui.

En 1877, elles ont produit 27,014,872 k. d’argent fin, 3,466,306 kilos de litharge et-1,292,123 kilos de plomb.


MINES DE JOACHIMSTHAL.

L’exploitation des gisements métallifères de Joachimslhal remonte très-vraisemblablement aux premières années du xvi8 siècle. Les perspectives brillantes qui s'offrirent tout d’abord exercèrent une telle attraction que dès l’année 1517, dit une chronique, le nombre* des mineurs était de 8,000. La population de la ville s'élevait à 20,000 âmes.

C’est en 1818 que furent frappés à Joachimsthal les premiers Gros ou écus d argent appelés d’abord Joachimsthaler, d’où, par abréviation, est venu le nom de Thaler, encore en usage de nos jours.

Les guerres du XVIIe siècle portèrent un grave préjudice à l’exploitation qui déclina rapidement, à tel point que la production annuelle, après avoir été de 22,000 kilogr. d’argent pendant les 80 premières années, s’abaissa bientôt au chiffre moyen de
3,000 kilogrammes dont elle ne s’écarta plus de 1595 à 1877.


MINE D’IDRIA.

Le gisement de mercure d’Idria a été découvert entre 1490 et 1494. L’exploitation a eu lieu tout d’abord près de l’endroit où le gisement avait été découvert, c’est-à-dire sur le versant méridional du Rosenberg. On ne tarda pas cependant à déplacer la base des travaux et à la transporter sur le versant septentrional du Vogelberg. C’est là que, par le percement de la galerie Antoine et du puits Achate ouverts en 1500, l’exploitation fut inaugurée dans les conditions générales qu’elle présente encore aujourd’hui. En 1504, on creusa le puits de Sainte-Catherine, et. en 1528, celui de Saint-Georges. Ce fut en 1586, sous l'archiduc Charles, qui gouvernait les provinces de la vieille Autriche, que la mine devint la propriété de l’Etat. Dès lors, les travaux furent poussés avec un redoublement d’activité. De nouveaux puits et de nouvelles galeries d allongement et de travers creusés en grand nombre établirent plusieurs niveaux d’exploitation, comme le Mittelfeld, les Hauptmannsfeld et le Carolinenfeld, qui de nos jours sont l’objet d’une exploitation régulière.

En 1877, la mine a donné 320,200 kilogrammes de mercure.

En 1877, la Hongrie, a produit 1,182 millions 704,238 kilogrammes d’or, argent, cuivre, plomb, zinc, antimoine, mercure, soufre, sulfate de fer et de cuivre, litharge, alun, etc.


LES PERLES DE BOHÊME.

Les perles de Bohême, connues dans fout l’univers, sont arrivées à un haut degré de perfection. Les progrès dans cette industrie ont été immenses ; ainsi les perles fantaisies taillées, en couleurs, lustrées, arc-en-ciel, clair de lune, etc., si à la mode ces temps passés, viennent de ce pays.

La maison Schindler et Veit est la première qui a inauguré la fabrication de cet article dont la consommation a pris des proportions considérables.

La perle taillée noire est un article connu depuis longtemps et employé pour le deuil et les modes.

Comme les modes varient, les prix varient de même, c’est pour ainsi dire un article de bourse et les affaires dans les moments de presse et même toujours sont traitées par télégraphe.

Les perles pour l’exportation, pour l'Asie, . les Indes, l’Afrique, connues sous le nom de geschliffene Druckperln et gesprengte Perln, en couleurs, voyantes, excentriques, forment à elles seules une grande consommation.


LES PIERRES.

Les pierres en couleurs, imitations de pierres fines, sont arrivées à un si haut degré de perfection et de taille que les connaisseurs eux-mêmes s’y trompent, et souvent ce n’est que par le poids qu’ils en reconnaissent l’origine.

Ces pierres sont très-employées en France, en Angleterre et dans d’autres pays pour la bijouterie, et ces pierres se montent sur argent et même sur or.

Les boutons pour confections en imitation jais taillé ont déjà été fabriqués au commencement de notre siècle,mais les progrès faits depuis ces dix dernières années sont incroyables.

L’emploi de cet article se balance avec l’emploi des perles noires et est d’après cela plus ou moins demandé.

Depuis quatre ans, le commerce de ces boutons est calme, mais d’après le dire des confectionneurs haute nouveauté et fantaisie, cet article ne tardera pas à reprendre.

C’est à Gablonz que se fabrique plus particulièrement la bijouterie.

L’Autriche peut être fière de cette petite ville si industrieuse. Gablonz est une ville qui n’a que 5,000 habitants; mais sa population est si intelligente qu’avec l’aide des maisons d’exportation qui créent toujours de nouveaux articles, Gablonz est néanmoins une ville assez importante connue dans les cinq parties du monde.

Les visiteurs de l’Exposition ont pu admirer toutes ces merveilles à la vitrine de MM. Schindler et Veit.


LES MACHINES. — LE MOTEUR A RESSORT.

La petite industrie est de plus en plus à la recherche d’un moteur qui dispense l’homme de produire par un effort musculaire le mouvement qui est communiqué aux tours, aux scies, aux machines à découper, à coudre, etc. La fatigue de cet effort, sans parler de l’irrégularité qu’elle entraîne dans le mouvement, est particulièrement sensible, dangereuse même chez les femmes.

On a essayé de la vapeur, trop coûteuse, puis de l’association des petits industriels réunis dans un local spacieux, mais on n’a pas réussi, car la petite industrie ne peut travailler avec profit qu’à domicile, où toute la famille concourt à la besogne, chacun dans la mesure de ses moyens.

L'eau, le gaz, l’air chauffé, le pétrole ont eu plus de succès, sans toutefois parvenir à remplacer le travail direct de l’homme.
Le problème paraît résolu, grâce au moteur à ressort exposé dans la section autrichienne par MM. Schreiber, Salomon et Cie, de Vienne. Ingénieux et simple dans sa construction, il se compose de deux à quatre ressorts très-forts et d’un mécanisme de roues dont la marche est réglée par un frein ingénieux. On le remonte en cinq minutes au plus et il fournit ensuite environ deux heures de travail, selon la dépense de force nécessitée par la machine à laquelle on l’applique.

Les visiteurs de l’Exposition ont vu ce moteur faisant marcher un grand éventail, sorte de parasol destiné à rafraîchir l’air sur la tête des habitants dans la zone torride.

Ils ont remarqué également les machines à coudre fonctionnant avec une aisance parfaite, et disposées comme le représente notre dessin. C’est l’application la plus générale et la mieux consacrée par l’expérience, de cette force motrice ingénieuse. Il n’est pas difficile d’en comprendre les avantages, dont le moindre est de ne salir ni les vêtements ni les étoffes cousues, d’éviter la rupture des fils et la casse des aiguilles, dus à l’irrégularité du mouvement, et de réduire à rien la difficulté ordinaire d’apprentissage.

Dans la même classe, nous remarquons aussi une machine à vapeur excellente, qui n’en est plus à faire ses preuves. C’est celle qui est construite par M. A. Collmann, ingénieur civil à Vienne, et munie du système breveté de distribution qui porte son nom.

Le caractère même de cette publication s’oppose à toute explication technique, nous nous bornerons à dire que la distribution Colmann produit un travail d’une régularité tout à fait parfaite, et en même temps réduit au minimum la consommation de la vapeur. Par suite de la suppression des taquets et des tampons pneumatiques, le fonctionnement de la machine devient très-économique, son service très-facile et indépendant delà science ou de la sollicitude du mécanicien conducteur. La solidité est due surtout à l’uniforme vitesse des soupapes et aux larges surfaces de leurs sièges en action. De très-puissants effets avec une marche tranquille sont également obtenus, grâce à la possibilité de révolution à grande vitesse par petites admissions.

Ajoutons que cette distribution peut s’adapter aux machines de tous systèmes actuellement en usage. La médaille d’or lui a été décernée par le jury des récompenses.

Dans la même classe une autre médaille d’or, très-justifiée, attire notre attention. On sait combien la meunerie dans T Autriche-Hongrie se fait remarquer par l’excellence de ses produits. On peut, si l’on est connaisseur, se donner le plaisir de comparer les nombreux spécimens exposés par les meuniers d’Autriche et par leurs confrères de Hongrie: farines, gruaus, sons, etc., sont absolument dignes de leur réputation.

Parmi les types mécaniques en usage dans cette minoterie, nous citerons : la maison Gang et Cio, à Budapest, représentée à Paris, 22, boulevard Poisonnière, par M. Bauer et Cie. L’immense production de blé de la Hongrie rend tout naturel l’effort incessant de la minoterie vers la perfection du résultat et l’économie du travail. Cet effort s’est traduit spécialement dans ces dernières années par l’introduction dans les moulins de compresseurs à cylindre en fonte durcie.

Les visiteurs de l’Exposition ont déjà pu s’apercevoir que la question des moulins sans meules ne préoccupe pas la meunerie dans la section autrichienne seulement. Ils ont pu voir fonctionner le nouveau système Touffin près de l’École militaire et goûter le pain fait avec sa farine au sortir du four.

Il semble que l’avantage capital de l’emploi des cylindres est dans la grande facilité de séparer totalement les sons et les issues de la line farine, opération toujours passablement ardue, quand la mouture s’opère sans les meules, où la boulange est complètement triturée. La maison Gang tient la tête de la fabrication de ces cylindres broyeurs, désagrégeurs, et convertisseurs ; c’est elle qui a outillé la plupart des splendides moulins de Budapest, qui n’ont guère de rivaux que ceux devienne, lesquels emploient aussi le même système. En lui accordant une médaille d’or, le jury n’a fait que constater le haut rang où l’opinion des industriels intéressés a placé cette maison.

Ses cylindres compresseurs sont en fonte très-tenace, les rainures de ses broyeurs cannelés sont vraiment inusables, et ce n’est pas sans un très-vif intérêt qu’on a pu en examiner au Champ de Mars des spécimens qui, après 8 et 10 ans de service, peuvent encore se prêter à un usage indéfini.

La farine obtenue sur les cylindres telle qu’elle sort du convertisseur est beaucoup plus blanche que celle que l’on ramasse sous les meules, l’agrégation en est plus facile et le travail pour la boulangerie ou la pâtisserie devient moins pénible.

Cette organisation de la minoterie n’est pas encore très-répandue en France ; nous croyons cependant que la présente Exposition lui a fait faire un grand pas dans notre pays et MM. Gang eux-mêmes, si nous nous trompons, sont déjà chargés d’une grande installation de leur système dans une de nos grandes places commerciales de l’ouest.


LA MUSIQUE.

La fabrication des instruments de musique est très-considérable à Vienne. La guitare, les flûtes et clarinettes, les harmoniums surtout depuis plusieurs années ont vu leur production s’accroître en proportion des demandes.

Les orgues et les pianos viennois jouissent d’une réputation européenne ; il en est résulté que la classe des pianos était toujours encombrée aux heures où on essayait les instruments.

L’exposition hongroise, quoique inférieure, n’en mérite pas moins une très-honorable mention.

Puisque nous parlons de la musique, on nous pardonnera de revenir un peu sur les Tziganes dont nous avons dit peu de choses au début de cet ouvrage.

Pendant toute la durée de l’Exposition, ces artistes ont chaque jour exécuté des morceaux hongrois variés, alternés de musique allemande, sans omettre les valses les plus compliquées de Strauss, le tout avec aisance et régularité, mais aussi avec une trop grande sécheresse de jeu, augmentée encore d'un mouvement trop rapide, toutefois aux applaudissements des auditeurs, ce qui est le principal. Leurs instruments sont des violons, des altos, des violoncelles, des contre-basses, une petite clarinette et un tympanon, instrument à cordes frappées, espèce de piano à l’état embryonnaire. Mais ce qui singularise le plus ces artistes déjà si curieux, c’est qu’ils paraissent ignorer la fatigue.

Aussi la foule était-elle toujours considérable à la czarda. Ce que les Tziganes ont fait consommer de vin doré à 1 franc la demi-bouteille, de tokay à 2 francs et de côtes de bœuf à la hongroise est chose incalculable, tant est grand le goût du public français pour la cuisine exotique.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878