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Chine


Chine à l'exposition de Paris 1878

kwo-sung-tao.

L’ambassadeur Kwo-sung-tao, délégué spécialement par le Céleste Empire pour surveiller l’exposition chinoise, est un homme de petite taille, à la physionomie intelligente, à l’attitude grave et réservée ; il est richement vêtu de robes de soie superposées et nuancées avec art. Il n’est pas nouveau venu en Europe, et quand nous disons que c’est un des hommes de Chine les plus éclairés, les plus favorables à la civilisation européenne, ce n’est pas pour utiliser vaille que vaille une formule de politesse banale que nous imposent les devoirs de l’hospitalité.

Après la signature de la convention de Chéfou, Kwo-sung-tao fut envoyé par son gouvernement comme délégué à Londres. Outre sa mission officielle, il était chargé de tenir une sorte de journal de ses impressions personnelles sur les mœurs et les institutions de l’Europe.


LES BEAUX-ARTS.

Les beaux-arts chinois offrent un grand intérêt, mais on regrette que les spécimens n’en soient pas plus nombreux.

Les cinq classes du groupe sont cependant représentées ; la classe de la peinture à l’huile a une vieille peinture envoyée de Foochow par M. le vicomte de Bezaure.

La peinture sur papier de riz est une des curiosités de l’art chinois ; mais on est forcé de reconnaître que les artistes ont, sinon tout, du moins beaucoup à apprendre en ce qui concerne la perspective. Si le détail est minutieusement observé et rendu, la perspective fait absolument défaut.

A propos des portraits, genre d’art très cher, paraît-il, aux Chinois, — MM. Lamarre et Fontpertuis donnent un détail curieux :
« Les Chinois aiment beaucoup les portraits, paraît-il ; mais leur pratique dans ce genre de peinture diffère totalement de la nôtre. Lord Macartney, lorsqu’il se rendit en ambassade à Pékin, avait apporté avec lui un certain nombre de portraits, œuvres des meilleurs artistes anglais, pour les offrir en présent au Fils du ciel. Les mandarins, à la vue de ces portraits, ne comprirent rien au jeu de la lumière et des ombres qui en différenciait les teintes, et demandèrent sérieusement si leurs originaux avaient une partie du visage d’une couleur et la seconde d’une autre. L’ombre du nez surtout leur parut un grand défaut : quelques-uns penchaient à croire qu’elle ne figurait là que par accident. Le goût qui fait la loi au Céleste Empire veut qu’un portrait regarde toujours le spectateur, que conséquemment il soit toujours peint de face, et de telle façon que les deux parties du visage soient entièrement semblables. »


HISTORIQUE DE LA CHINE.

La Chine, qui s’appelait autrefois le pays des Tsin-jin, — ce qui signifiait hommes des Tsin, nom de la dynastie régnante,— dut son nom de Tchina ou China aux Malais, qui la dénommèrent ainsi pendant le me siècle après Jésus-Christ.

Il paraît qu’aujourd’hui encore les Chinois prennent la qualification d’hommes du Thsing, du nom de la dynastie de leur empereur.

L’empire chinois occupe environ quatorze millions de kilomètres carrés.

Sa population, — dont le chiffre n’est pas exactement connu en Europe, — doit être de près de cinq cent quarante millions d’habitants.

Les revenus publics peuvent être évalués à sept cent millions de francs environ.


LE VÊTEMENT EN CHINE.

La Direction générale des douanes chinoises, qui a organisé l’exposition de ses nationaux, donne sur le vêtement en Chine des renseignements on ne peut plus curieux :
Le costume chinois est des plus simples, et, sauf l’habit de cérémonie pour les fonctionnaires, il est le même pour tout le monde, la seule différence consistant dans la matière de l’étoffe.

Les chaussettes sont de coton, ouatées et piquées en hiver. Sur ces chaussettes se nouent les jambes du pantalon de toile ou de soie avec des jarretières de couleur bleue ou voyante. On l’attache aux hanches avec une ceinture à glands tombant du côté gauche ; sur la poitrine, on porte un plastron de toile ou de soie suspendu au cou par une chaînette, et serré autour du torse par deux cordons. La chemise tombe flottante sur le pantalon ; courte, elle ne descend que jusqu’un peu au-dessous des hanches ; ouverte dans toute sa longueur sur le devant, elle s’attache sur le côté. Par-dessus le pantalon, les élégants portent des jambières nouées au cou-de-pied et retenues à la ceinture par des bretelles. Une longue robe, s’attachant sur le côté, se porte par-dessus la chemise : elle est serrée à la taille par une ceinture, dont le fermoir est souvent incrusté de pierreries, et à laquelle on suspend la blague, la pipe, l’éventail, la montre dans son étui brodé, et quelquefois un sachet renfermant la bouteille-tabatière ; car ils ne possèdent point de poches. En hiver la robe est ouatée ou fourrée, ainsi que les jambières. Dans les visites de cérémonie, on passe sur cette robe un pardessus de couleur sombre, plus court que la robe, ouvert sur le devant, boutonné droit, fendu sur les deux côtés et derrière ; au cou s’ajoute alors un collet de satin bleu de ciel. La tresse pend toujours extérieurement.

Le chapeau d’été, conique, est en paille, en rotin ou en gaze, surmonté d’une houppe de crin rouge ou d’un effilé de soie de même couleur.

Le chapeau d’hiver est une calotte, munie de bords relevés presque perpendiculairement, en drap ou en fourrure. Toujours noir, il est surmonté d’un effilé de soie rouge et du bouton pour les fonctionnaires, qui seuls peuvent le porter garni de fourrure. On porte aussi sans cérémonie de petites calottes en soie noire, bleue ou jaune, ou en crin, surmontées d’un nœud de cordon rouge ou bleu.

Pour les femmes tartares, le plastron, la chemise, le pantalon, noué sur les chaussettes par un ruban de couleur voyante, sont identiques aux mêmes vêtements des hommes, sauf qu’ils sont plus ou moins ornés. Autour de la taille se noue un tablier plissé formant jupon; par-dessus se passe une robe longue, sans ceinture, couvrant le pied et ne laissant déborder que la haute semelle blanche de la chaussure. Cette longue robe, fendue sur les quatre côtés, laisse entrevoir, pendant la marche, la jupe plissée; sur cette robe s’ajoute une tunique plus courte et d’une couleur autre que celle de la robe et du tablier.

La toilette est la même pour la femme chinoise, sauf pour la robe de dessus, qui est moins longue, tombe au-dessous du genou, laissant voir le pantalon, que ne recouvrent pas de jupes. Les femmes chinoises se distinguent aussi des femmes tartares par leurs petits pieds déformés. Toutes savent se servir au besoin de faux cheveux et de perruques en crin. Elles ornent leur coiffure de fleurs naturelles ou artificielles. Ces dernières viennent du sud ; mais Amoy est surtout célèbre pour cet article. Ces fleurs, admirablement imitées, sont faites avec la moelle déroulée de l’Aralia papyrifera.

Les cheveux sont exportés de Chine, à la destination de l’Europe, pour la fabrication des perruques, faux toupets, etc.

Les provinces du nord, Chihli et Shantung, ont la spécialité des chapeaux en paille de froment tressée. A Ningpo, une sorte de jonc, cultivé dans ce but, remplace la paille dans la confection des chapeaux d’été. Enfin, dans les provinces du sud, le bambou et les feuilles de diverses espèces de palmiers fournissent, avec le rotin, les matériaux pour la confection de chapeaux légers, portés par toutes les classes de la société.


l’encre de chine.

L’encre chinoise est toujours en bâtons formés de noir de fumée et de colle. La meilleure est fabriquée à Hweichow-fu, dans la province d’Anhwei. On l’obtient en brûlant dans de longs fours des branches de pin, dont l’épaisse fumée se condense sur les parois éloignées du foyer. Autrefois on se servait d’huile de pétrole pour obtenir une qualité supérieure de noir. Aujourd’hui on fabrique, à Hankow et Shanghaï, d’assez grandes quantités d’encre ordinaire, en brûlant de la graisse de porc ou des huiles communes. Le noir, étant soigneusement tamisé, est mélangé en parties égales à la colle. La plus estimée est faite d’eau de riz et de gélatine provenant de la coction de cornes de cerf; mais on se sert le plus souvent de colle-forte ou de colle de poisson. De l’ambre, du musc ou du camphre, ajoutés au mélange, donnent à l’encre ce parfum particulier qui la fait reconnaître comme vraie. Le mélange ayant été fortement battu et malaxé, est pressé dans des moules de bois, où il prend la forme voulue. On sèche ensuite les pains en les plaçant, préalablement enveloppés de papier fin, dans un mélange de cendres de bois et de chaux pulvérulente, ou dans une étuve. Les meilleures qualités d’encre sont en bâtons assez petits; ils doivent présenter un reflet brunâtre et une assez grande densité ; ils durcissent et prennent du prix en vieillissant.

L’encre à timbrer, dont on se sert beaucoup en Chine, est faite de vermillon broyé avec l’huile de ricin.

Les Chinois se servent aujourd’hui de beaucoup de couleurs étrangères, bien qu’ils possèdent aussi de fort belles couleurs indigènes. Parmi les couleurs minérales, nous citerons l’orpiment, l’oxyde et l’acétate de cuivre, les oxydes de fer, le vermillon, le bleu de cobalt, le blanc de plomb, etc. Le vermillon est fort renommé et se fabrique à Canton, ainsi que le bleu de Prusse. La province de Fukien fournit le meilleur. On l’obtient en mélangeant deux livres de soufre à une livre de mercure et en sublimant le mélange. Les cristaux ainsi obtenus sont réduits en poudre fine; la poudre est lévigée, puis séchée sur des tuiles. Yunnan-fu ou Yunnan et Taiping-fu, dans 1’Anhwei, en fournissent de grandes quantités; Hankow exporte une qualité inférieure. Le bleu de Prusse est fabriqué d’après les anciens procédés européens que les Chinois apprirent des Hollandais. Le minium et le massicot sont fabriqués par la combustion du plomb. La céruse ou blanc de plomb est fabriquée dans la province de Kwangtung, au Chêhkiang et au Chihli, en faisant réagir du vinaigre sur des tubes de plomb renfermés dans un tonneau, lequel est placé dans une grande jarre remplie de cendres chaudes. Les couleurs végétales les plus employées sont le safran, le curcuma, le carthame, la garance, le vert de Chine.


LA SOIE.

Le ver à soie du mûrier, Sericaria mon, est celui qui fournit l’immense quantité de soie que produit la Chine chaque année. Cependant il existe en Chine d’autres insectes producteurs de soie que l’on cherche à acclimater en Europe. Ces séricigènes sont le ver à soie du chêne, Attacus Pernyi, et celui de l’ailanthe, Attacus Cynthia vera. Le premier fournit la soie dite Pongée, dont le grand marché d’exportation est Chefoo au Shantung, mais que l’on trouve jusqu’en Mongolie et dans les montagnes de Yunnan et du Kweichow. Cette soie, remarquable par sa solidité et son bon marché (5 piastres la pièce de 20 mètres), est fort estimée des Chinois et des étrangers pour la confection des vêtements d’été. Malheureusement elle ne peut prendre à la teinture d’autres couleurs que le noir et le gris, et elle possède d’ailleurs une odeur désagréable. Quant à la soie de l’ailanthe, elle n’est point exportée.

La manufacture de la soie remonte en Chine à une haute antiquité. Une tradition populaire rapporte que ce fut en 1602 avant Jésus-Christ que l’épouse de l’empereur Hwangti découvrit le moyen de dévider les cocons et d’en utiliser le fil. On trouve dans des livres chinois dignes de foi que la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie remontent à l’année 780 avant Jésus-Christ. D’antiques documents y font souvent allusion, et la sériciculture a toujours joui des faveurs du gouvernement à titre d’industrie nationale. Dans le voisinage de Chinkiang, où presque tous les mûriers furent détruits pendant l’occupation du pays par les rebelles Taipings, le gouvernement local fit distribuer gratuitement aux habitants des pieds de mûrier, venus de Huchow, pays fameux pour l’excellence de ses soies. Des hommes habiles dans l’industrie de la soie furent aussi appelés pour apprendre de nouveau aux gens du pays un art qu’ils avaient oublié. Le succès de cette entreprise libérale est tel que le directeur des douanes peut écrire dans son rapport pour les années 1871-72 : « Les vers « nourris sur ces arbres produisent une quart lité de soie que l’on dit être égale à celle « de Huchow, et il y a grand sujet d’espérer « qu’avant peu la soie brute figurera pour « une forte quantité parmi les articles d’ex-« portation de Chinkiang. »» La production de la soie est si considérable que tout Chinois, à moins qu’il ne soit des plus pauvres, peut s’en vêtir. Les provinces qui fournissent le plus de soie à l’exportation sont : le Kiangsu, l’Anhwei, le Chêhkiang et le Kwangtung. Les soieries des deux premières sont de beaucoup supérieures à celles du Kwang-tung.


LES BIJOUX ET LES JOYAUX.

Les bijoux ne sont pas en Chine la propriété exclusive des femmes : les hommes en portent aussi. Le fermoir de leur ceinture est souvent en métal précieux enchâssé de jade ou de quelque autre pierre de prix. Ils portent aussi aux doigts, et particulièrement au pouce, des bagues en pierres précieuses, ou en bois odorant incrusté d’or ou d’argent. Une perle ou une pierre précieuse polie ou taillée en cabochon orne souvent le devant du chapeau. L’étui à lunettes (qui sont elles-mêmes en cristal de roche blanc ou fumé), la bourse, le porte-montre et le porte-éventail, sont souvent brodés en perles et en grains de corail. Les élégants portent aussi des bracelets en bois ou en métaux précieux; mais les plus estimés sont ceux qui sont formés d’un seul morceau de' jade vert clair. La tabatière que portent les riches est taillée dans un seul morceau de cristal de roche blanc ou d’améthyste, d’agate ou de cornaline, dans le jade ou l’onyx. On en trouve aussi en jaspe et en lapis-lazuli. Le bouchon est orné d’une perle, de corail, de malachite ou de grenats, enchâssés dans l’or ou l’argent. On porte aussi à la boutonnière, suspendus à une chaîne d’argent, de petits instruments de même métal consistant en cu-redents, cure-oreilles, cure-ongles, et un peigne à moustaches. Les jeunes garçons portent aussi quelquefois une ou deux boucles d’oreilles en argent.

Les femmes portent quantité de bijoux, aiguilles à cheveux, lourds pendants d’oreilles, bracelets massifs en or et argent ciselés ou émaillés. Aux doigts, elles portent des bagues plus lourdes que jolies, et protègent leurs longs ongles par des doigtiers de métal précieux.
Enfin on fabrique à Canton beaucoup d’objets et de bijoux en or ou en argent ciselé ou repoussé. La plupart de ces bijoux destinés aux étrangers consistent en broches, pendants d’oreilles, colliers, bagues et bracelets, porte-cartes, etc. Ils sont ornés de jolis médaillons finement sculptés dans l’ivoire, l’ambre, le sandal,la nacre de perle, le corail, toutes choses importées de l’Inde et des îles Philippines ; l’écaille vient de Formose. On emploie aussi pour ces bijoux une sorte de matière jaune ressemblant fort à l’ambre, et qui n’est autre que la partie supérieure du bec d’une grue. A Foochow et à Ningpo on fabrique aussi nombre de bijoux pour l’exportation, et on les orne de fines mosaïques bleues faites avec les plumes de deux variétés de martin pêcheur, Alcedo hispida et A. rengalensis. Formose et Hainan fournissent des bijoux en filigrane d’argent du plus charmant effet.

On peut faire fabriquer sur commande toutes sortes de bijoux, en faisant de 18 à 25 % d’avances sur le poids, suivant la quantité de travail que demande l’ornement : la main-d’œuvre chinoise étant fort bon marché, on peut obtenir ainsi des bijoux à un prix très-raisonnable. Seulement, il faut remarquer que tous les bijoux en or et souvent ceux en argent n’ont pas d’alliage, et cela par une loi de l’empire : aussi paraissent-ils plus chers, à volume égal, que les mêmes bijoux de facture européenne. Étant aussi plus mous, ils s’usent et se rayent plus vite. L’or employé par les orfèvres de Canton est importé de Californie, quelquefois d’Australie, et des ports du Nord^de la Chine : à Ningpo et Foochow on n’emploie que l’or chinois. Pour ce qui est de l’argent, à Canton, il provient de la fonte de piastres mexicaines ; dans les autres ports, surtout dans ceux du nord, c’est le plus souvent l’argent pur chinois qui est employé. A Formose et Hainan il est aussi fourni par ces pays.


LES ALIMENTS. — LES BOISSONS.

On distingue en Chine deux sortes de boissons spiritueuses : celles qui sont simplement obtenues par la fermentation et celles qui ont passé à l’alambic. Le sorgho et le millet, ainsi que le riz et l’orge, sont employés pour la fabrication de ces boissons. Dans les provinces du nord, on emploie surtout le millet et le sorgho. Avec le premier, on fabrique une espèce de vin dit « vin jaune; » avec le second, un alcool très-fort appelé « vin brûlé » ou samshu, dont il se fait une grande consommation dans toutes les provinces de l’empire. Dans les provinces centrales et méridionales, on se sert du riz .pour la fabrication de cet alcool, et celui qui est fabriqué à Shaohing-fu, dans la province de Chêhkiang, est particulièrement célèbre, tandis que la province du Shantung exporte jusqu’à Canton l’eau-de-vie de sorgho.

Les produits alimentaires sont très-curieux à passer en revue.

Nous remarquons, entre autres, la peau qui se forme sur le fromage de fèves quand on le soumet à l’ébullition ; on l’enlève et on la fait sécher sur des ficelles tendues ; elle ne se mange que sèche.

Il y a encore les œufs du canard domestique ; on les recouvre d’une épaisse couche d’argile mélangée de chaux, d’épices et de balles de riz. Il paraît que le jaune devient vert, puis noir, et se durcit, ainsi que l’albumine, qui prend une teinte vert d’eau.

Plus les œufs de canard, ainsi accommodés, sont vieux, meilleurs ils sont.

Voici une recette que nous livrons à la méditation des ménagères. Il s’agit de la conservation des œufs :
L’enveloppe préservatrice se compose de 4 livres de cendres, 3 livres de chaux, 1/2 livre d’huile d’arachides, 1/2 livre de poudre de thé, 1/2 livre de lessive de soude, 1/4 livre de poudre de racine de réglisse, mélangées à une certaine quantité de cendres de feuilles de bambou. On applique sur chaque œuf environ 1/4 de centimètre de cette composition, qui doit suffire pour couvrir un cent d’œufs.

Notons encore les ailerons de requins, blancs, du dos et de la queue; les ailerons do requins, noirs, nageoires ventrales; les moules séchées, les jujubes au sucre, les graines de pin, les graines de sésame blanches, les méduses séchées, etc., etc.


LA COMMISSION CHINOISE.

Par suite de la résolution prise par le 'Céleste Empire de participer à l’Exposition de 1878, une commiss o.i chinoise fut formée, vers la fin de 1877.

Cette commission se compose d’Européens occupant des fonctions importantes dans les douanes chinoises : ce sont MM. Hart, président, Glover, Detring, Bredon, Campbell et Movion. En janvier 1878, Paris vit arriver une vingtaine d’artistes et d’ouvriers chinois, sous la direction d’un architecte éminent, M. Sun-Ksing-Keng, et accompagnés d’un interprète européen. Ces ouvriers se mirent aussitôt à l’œuvre : produits directs de la Chine, toutParis a admiré ieurhabileté incontestable et leur activité tranquille, mai- persévérante ; on a pu étudier avec profit leurs procédés de travail.


LES INDUSTRIES DIVERSES.

La pelleterie est une des branches importantes de l’industrie chinoise.
Le règne animal fournit en Chine de nombreuses fourrures, surtout dans les provinces du Nord, Shêngking, Chihli et Shantung. Les plus grands marchés de pelleteries sontNew-chwang et Tientsin. Là se trouvent les magnifiques peaux du tigre de Mongolie, qui diffère
(lu tigre du Bengale par son épaisse fourrure laineuse ; il est aussi plus grand, et il eu est qui mesurent huit pieds, du museau à la naissance de la queue. Leurs os, ongles, dents et moustaches sont employés en médecine. On trouve encore au Nord les peaux de l’ours du Thibet, Ursus Thibetanus, qui existe également en Mandchourie. Le tabac est très-cultivé dans le Nord; on le sèche rapidement et on y ajoute de l’huile de chou pour l’empêcher de se pulvériser.

L’industrie forestière donne du bois de chêne remarquablement beau ; ce chêne provient des provinces nord de l’empire.


OBJETS ACCESSOIRES DU VÊTEMENT.

Le parapluie ou l’ombrelle et l’éventail sont deux accessoires du vêtement connus en Chine de temps immémorial et caractéristiques de ce peuple. Depuis les premiers mandarins de l’empire jusqu’au dernier homme du peuple, personne en Chine ne saurait se passer de ces objets. L’ombrelle est même un des insignes honorifiques de la hiérarchie mandarinale, et trouve place dans toutes les cérémonies. L’éventail n'est point réservé aux seules femmes : on le trouve dans la main de l’empereur comme dans celle du coolie, la différence étant seulement dans la forme et la matière de l’objet.

L’industrie des éventails occupe en Chine des milliers de mains,et chaque endroit semble avoir une spécialité de forme ou de facture. Il y a deux grandes catégories d’éventails, celui qui se ferme en plis plus ou moins nombreux, et celui qui est fait d’une seule pièce et que nous nommons écran.

L’éventail à plis se fait en bambou, en bois précieux, sandal et autres, en ivoire et en écaille. Pékin a la spécialité des éventails en bois foncé et papier noir, sur lequel sont collés des dessins ou des caractères en papier doré du plus charmant effet. A Canton on fabrique surtout les éventails en papier peint avec les figures des personnages en ivoire, puis viennent les éventails en bois de sandal, en bois laqué, en ivoire,- écaille, etc. ; ces derniers sont spécialement destinés à l’exportation.

Quant aux écrans, ils sont faits en gaze de soie tendue sur un cadre et brodée, comme ceux de Tsinan-fu au Shantung, en gaze fine collée sur un assemblage de fines nervures en bambou, comme ceux de Swatow : ceux-ci sont ornés de fines peintures et sont invariablement de couleur jaune. On trouve aussi des écrans formés d’un mince tambour de soie, dont les deux surfaces sont ornées de peintures variées ou de sentences prétentieuses. Les plumes de la queue de l’aigle, réunies sur un manche de bois dur, fournissent un écran fort estimé à Pékin, tandis que dans la province de Kwangtung les plumes de l’argus et des nombreux et brillants faisans du Yünnan fournissent de charmants écrans rehaussés des plumes du héron et du martin-pêcheur. Le monde végétal est aussi mis à réquisition, et les feuilles d’une ou plusieurs variétés de palmier, Chamœrops excelsa, C. Fortunei, etc., sont aisément transformées en éventails. Formose fournit des éventails en feuille d’aréquier, Areca catechu, ornés de dessins bruns, tracés avec un charbon ardent. A Canton les feuilles sont mises à tremper pendant quinze jours, puis séchées à un feu doux, ce qui les rend polies : on les borde ensuite avec du ruban de soie ou du rotin, fixé au pétiole par deux plaques d’écaillé et deux rivets de cuivre. Ces éventails en feuilles de palmier s’exportent beaucoup aux États-Unis, dans l’Inde, l’Amérique du Sud et l’Europe.


LA VERRERIE.

L’art de la verrerie, fort peu développé en Chine, semble, d’après les historiens chinois, y avoir été importé de l’Inde vers le second siècle de notre ère. Il s’y est si peu perfectionné ou étendu qu’on ne trouve point de verres anciens, et aujourd’hui encore la ville de Poshan-hien au Shantung paraît être la seule où l’on fabrique le verre de toutes pièces, en fondant, avec du salpêtre, une sorte de grès calcaire qui se trouve dans les montagnes des environs. En ajoutant dans le creuset de la pyrite de fer, des oxydes de fer, de cuivre, ou des sels de plomb, on obtient les diverses colorations. Le verre est fondu au moyen de la houille, et coulé en barres ou lingots, qu’on exporte ensuite à Pékin à la verrerie impériale ou à Canton. Là ce verre est refondu et fabriqué en mille petits objets qui sont aussi fabriqués au Shau-tung. Les poudres dont on se sert à Pékin pour fabriquer les émaux dits cloisonnés sortent aussi des verreries de Poshan-hien. A Canton et à Shangaï on refond aussi des verres brisés de provenance étrangère ; dans le dernier port quelques verriers ont appris récemment des étrangers l’art de fabriquer le verre; ils fabriquent des vitres communes, des miroirs, des verres à boire, et des bouteilles ou flacons de formes assez primitives-On commence cependant à adopter dans les ports les vitres à l’européenne, qui prennent peu à peu la place des écailles d’huîtres dans le Sud et du papier dans le Nord. Les petits miroirs en verre fabriqués à Canton se répandent chaque jour de plus en plus dans l’intérieur, d’où le miroir antique, en bronze poli et amalgamé, tend à disparaître. Mais la porcelaine commune tiendra pour longtemps encore, vu son bas prix, la place de nos verres.


LES ÉMAUX CLOISONNÉS.

Tant au point de vue industriel et commercial qu’au point de vue de l’art, en fait d’orfèvrerie, la fabrication des émaux dits cloisonnés occupe en Chine le premier rang. Le nom chinois et mandchou de ces articles « fa lan, » et la date des plus anciens, semblent indiquer qu’ils furent importés en Chine du royaume de France, alors appelé « Fa lan si, » par les missionnaires jésuites. C’est qu’en effet on trouve en Chine non-seulement l’émail cloisonné, mais encore l’émail uni sur cuivre, en tout pareil à certains émaux de Limoges.

Les cloisonnés proprement dits n’appartiennent pas à la classe des émaux dits de champ levé, dont les compartiments ou cloisons sont obtenus en gravant le métal en creux. Voici comment on procède à Pékin, qui est le centre de cette industrie : sur le vase ou objet en cuivre qu’on veut émailler on trace à la pointe le dessin voulu, généralement des arabesques ou des fleurs. On applique ensuite de champ sur ce dessin un mince ruban de cuivre, maintenu en place au moyen de résine fondue. On saupoudre ensuite les points de contact avec de la limaille de soudure d’argent, et on expose l’objet, enfermé dans un manchon de fer, à un feu de charbon de bois. La soudure étant ainsi obtenue, on applique l’émail. Cet émail est exclusivement fabriqué à Poshan-hien, au Shantung, par quelques familles qui possèdent le secret des couleurs, dont plusieurs sont aujourd’hui perdues, entre autres les rouges, jaunes et bleus du temps des Ming. L’émail, réduit en poudre très-fine par le broyage et la lévigation, est mélangé à une eau rendue mucilagineuse par l’addition de colle de riz. On applique dans les cloisons cette pâte d’émail, au moyen d’un pinceau ; puis, après avoir séché le tout au moyen d’une douce température, on soumet la pièce, renfermée dans une enveloppe de fer, à une température élevée qui fond l’émail. Lorsque, par des retouches, on a bien rempli toutes les cavités, on unit la surface avec une lime, puis avec une pierre de grès. On procède alors au polissage et à la dorure au mercure des parties apparentes en cuivre. Quelques fabricants ont même appris d’un de nos missionnaires actuellement à Pékin le procédé de la dorure à la pile.
Grâce à la grande exportation qu’on en a faite depuis quelques années, le prix de ces objets a beaucoup baissé.

A Foochow, et surtout Kiungchow, dans l’ile de Hainan, on fabrique des boîtes et de charmants objets en argent recouverts par places d’une mince couche d’émail semi-transparent, généralement de couleur bleue ou violette.


LES CHEMINS DE FER EN CHINE.

Terminons par une intéressante anecdote que nous empruntons à M. Adolphe Bitard :
« Les Chinois sont au fait des inventions des Barbares d’Occident, dont ils acceptent volontiers les leçons, mais dont ils repoussent autant que possible les marchandises.

« Sans doute l’empire du Milieu a acheté à l’Europe des canons, des bateaux à vapeur, des machines de toute sorte, mais surtout à titre de modèles ; il lui a même demandé des instructeurs pour ses ouvriers, principalement à la France. Aujourd’hui, canons et machines sont fabriqués en Chine par d’habiles ouvriers chinois, et les Européens en sont pour leurs frais d’initiation.

«Quant aux chemins de fer, en 1874, un journal de Shangaï, le Hwei Pao, faisait valoir, pour en repousser l’introduction immédiate en Chine, des considérations économiques d’une véritable valeur, que nous ne pouvons exposer ici parce qu’elles appellent la discussion, mais qui prouvent qu’il y a autre chose dans cet ostracisme qu’un entêtement aussi ridicule qu’opiniâtre. Cependant, comme, malgré l’opposition de la presse et l’interdiction formelle du gouvernement, un chemin de fer a fonctionné en Chine, il nous paraît intéressant d’en raconter sommairement l’histoire.

« Le bruit courait déjà, à l’époque dont nous venons de parler, car le Hviei Pao y fait allusion, qu’une compagnie anglaise s’était formée à Shangaï pour la construction et l’exploitation d’une courte ligne ferrée mettant cette ville en communication avec Woosung, à l’embouchure du IIwangpo. La ligne fut construite en effet sur un terrain acheté soi-disant pour y établir une route carrossable. La «route carrossable» terminée, on y posa des rails, puis on fit venir d’Angleterre une petite machine d’allures fort modestes ; enfin le chemin de fer de Shangaï à Woosung était ouvert au trafic en avril 1876. Le 24 mai suivant, le service était suspendu par la menace d’un soulèvement populaire. Le « cheval de fer et de feu» avait eu la maladresse d’écraser quelques fanatiques, poussés, dit-on, au suicide par les mandarins, furieux de l’audace des Occidentaux. Après bien des démarches inutiles, qui durèrent plusieurs mois, le service fut pourtantrepris, et les ingénieurs anglais s’imaginaient déjà couvrir bientôt de lignes ferrées le sol de l’empire, tant le succès de la première était grand, son exploitation fructueuse, lorsqu’un coup soudain, parfaitement inattendu, vint les arracher à ce beau rêve.

«Le 29 novembre 1877, par ordre suprême, le chemin de fer de Shangaï à Woosung cessait de fonctionner. Les locomotives étaient démontées, les rails arrachés du sol et le tout embarqué pour l’ile de Formose. Les ingénieurs, les mécaniciens et les employés recevaient leurs passe-ports pour l’Europe, avec injonction de déguerpir sans retard. Le chemin de fer avait vécu en Chine.

« Il y a plus encore, cependant : le dernier courrier de l’Indo-Chine nous apprend, en effet, que le gouvernement chinois vient de faire arracher de leurs poteaux les fils télégraphiques établis sur la ligne proscrite.

« Maintenant, si l’on veut juger l'incident avec impartialité, il faut se rappeler que la ligne de Shangaï à Woosung avait été établie au mépris de la défense catégorique du gouvernement, à ce point qu’on avait dissimulé jusqu’à la fin l’usage auquel on destinait la prétendue route carrossable en construction. C’était là un grief sérieux, et nous n’avons aucun besoin de nous occuper de l’antagonisme qui existe en Chine, à un degré dont nous ne nous doutons pas, entre les fonctionnaires et la population agricole et industrielle, pour expliquer l’insuccès final du premier chemin de fer chinois.

« — Mais pourquoi, objectera-t-on, le gouvernement du Céleste Empire a-t-il laissé fonctionner pendant dix-huit mois, sans rien dire, cette ligne condamnée?

« —Peut-être pour que les plus intelligents de ses ouvriers eussent le temps de s’instruire. Si, comme on l’assure, ce sont des Chinois qui ont démonté les locomotives de Shangaï, il est hors de doute qu’ils sont capables de les remonter et par suite d’en construire d’autres. — Mais ne croyez pas que la Chine ait renoncé aux chemins de fer.»

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878