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Japon



L’exposition japonaise est une merveille et, depuis l’ouverture du palais du Champ de Mars, elle attire la foule des visiteurs ; on va chez eux au moins autant que chez les Chinois, quoique le plaisir de voir ces dernier sous leur costume national constitue pour la majorité du public un attrait incontestable.

Les beaux-arts sont peu représentés. On ne compte que deux tableaux à l’huile, neuf peintures diverses et dessins sur laque, et dix sculptures et gravures sur médailles ; le ministère des finances, .— subdivision du papier-monnaie, — a exposé des planches de gravures galvaniques en creux et en relief.

D’après le rapport de la commission impériale japonaise, on ignore quels furent les débuts de la peinture au Japon et on ne sait à quelle époque elle remonte.

Ce fut en 463 que l’empereur Yiuriaku fit venir de Corée des artistes qui lui furent envoyés et au nombre desquels figurait le peintre Inshiraga. Aucune des œuvres de cette époque n’a survécu; le plus ancien tableau qu’on possède est le portrait du prince Shô toku-taishi, exécuté au commencement du vu® siècle sous le règne de l’empereur Suiko; ce tableau est conservé dans le temple Hôrinji (province de Yamato).

En 808, une administration chargée de s’occuper de la peinture avait été organisée ; elle s’appelait Edokoro.

Le style de cette époque était vigoureux et en même temps fin ; mais peu à peu il se fonda une nouvelle école qui s’attacha principalement à peindre des seigneurs en costumes de cour surchargés d’ornements, ce qui n’avait en rien le cachet de l’ancienne peinture. Le principal artiste de cette école, qui était le directeur de l’Edokoro, se nommait Tsunetaka, et son titre officiel était Tosagou-no-kami. Ses descendants prirent plus tard le nom de Tosa qu’ils adoptèrent comme nom de famille : de là le nom de Tosae donné à cette école.

Vers le commencement du XIVe siècle, on vit apparaître les célèbres peintres Kaô, Meichô, Josetsû, Shûbun, etc. Ces grands maîtres avaient étudié la peinture chinoise du 'temps des dynasties Son et Gen. Le prêtre Sesshu qui vint peu après fut également un peintre célèbre. Enfin Kano-masanobu, originaire de Sagami, et son fils Motonobu,
furent également des peintres célèbres. Leurs descendants ont suivi leur exemple jusqu’à nos jours et exercent actuellement la même profession. Les familles de Kano et de Tosa existent encore aujourd’hui et comptent dans leurs rangs des peintres de mérite.

Durant la période de Tenshô, c’est-à-dire en 1570, un peintre nommé Iwasa Matabe, élève de l’école Tosae, s’attacha à représenter les mœurs de son époque. Hishigawa Moronobu, un de ses imitateurs, qui vivait à Yédo en 1690, pendant la période Genroku, fut le fondateur de l’école d’Utagawa.

Vers 1720, pendant la période Kiôhô, un célèbre peintre chinois nommé Chin-nam-ping vint à Nagasaki, où il ne tarda pas à acquérir une grande réputation et où il forma de nombreux élèves. Comme Chin-nam-ping fut suivi au Japon par des peintres non moins renommés, tels que Chinumei, Shabuson, etc., la peinture chinoise fut bientôt en vogue et se répandit rapidement dans le pays.

La peinture japonaise peut se diviser en deux genres principaux : 1° La peinture représentant l’historique des costumes, des meubles, etc. Le trait caractéristique de cette peinture est qu’elle représente fidèlement l’objet dans tous ses détails de forme, de trait et de couleur, sans pourtant y ajouter ni ombre ni perspective. 2° La peinture représentant les paysages, les portraits, les animaux et les végétaux. Le caractère distinctif de ce genre de peinture est que l’artiste a pour unique préoccupation de rester le plus possible dans la réalité, tout en faisant ressortir les différentes nuances.

Il existe encore, un genre de peinture tout particulier nommé sumie ; les tableaux de ce genre sont exclusivement peints à l’encre de Chine. A l’origine, ce genre de tableaux était en vogue seulement parmi les lettrés et les poètes, grands admirateurs de la nature, et avait pour caractère distinctif le bon goût. Les peintres qui ont ensuite imité ce genre de peinture ont quelquefois voulu représenter sous une forme légère une idée sérieuse et ont suppléé parfois aux imperfections de l’esquisse par des strophes de poésie. Les règles relatives à ce genre sont peu nombreuses et vagues ; mais, bien que les traits en soient vigoureux et hardis, on y retrouve pourtant certains petits détails. Les sujets favoris des peintres de ce genre sont les sites pittoresques, les montagnes abruptes, les rochers escarpés, etc.; ils transportent, pour ainsi dire, par l’imagination, le spectateur sur les lieux mêmes.

Depuis quelque temps, on apprend au Japon le dessin et la peinture à l’européenne, et on possède déjà des tableaux qui montrent les progrès réalisés dans cette voie.

Telle est la situation des beaux-arts japonais.

L’exposition japonaise se compose principalement d’une grande quantité de meubles de laque, de porcelaines et de bronzes; nous n’en ferons pas la description détaillée ; les objets d’art résistent ’ailleurs à la description; nous nous attacherons principalement à renseigner le lecteur sur les curiosités du Japon, sur les détails de fabrication de ses produits les plus estimés.


L’ENSEIGNEMENT AU JAPON

Cette exposition est entièrement due au ministère de l’instruction publique, dont on peut voir les rapports exposés dans la galerie des machines.

Il est intéressant de connaître la progression de l’instruction au Japon.

A l’origine, il n’y avait ni lettres, ni caractères; ce ne fut que 157 ans avant Jésus-Christ que des Coréens introduisirent l’écriture.

285 ans après Jésus-Christ, le savant Wan apporta deux ouvrages chinois, Rongo et Senjimon. C’est là l’origine de la littérature japonaise.

L’art médical, l’astronomie et les autres sciences vinrent ensuite ; au milieu du vne siècle, de jeunes Japonais furent envoyés en Chine où ils firent leurs études et en 669 on créait l’université japonaise.

L’instruction publique était fondée.

Un observatoire fut ensuite créé, et on étudia l’astronomie.

L’empereur Mommu donna un nouvel essor à l’instruction publique en créant dans chaque province un collège dépendant de l’université qui avait son siège dans la capitale.
Il y avait, en outre, des académies de musique et de médecine.

Les études des jeunes gens duraient neuf ans et se terminaient par des examens.

Il y avait à cette époque six sortes d’examens : 1° de Shuasai (sorte de baccalauréat); 2° de philosophie; 3° de Shinshi (titre honorifique) ; 4° de droit ; 5° de calligraphie ; 6° de mathématiques.

La première bibliothèque date de 1316; Akitaki, fils de Sanekoki, prit l’initiative de cette institution en réunissant tous les livres japonais et chinois. En 1430, le prince Oue-sugni Norisane l’enrichit d’un grand nombre de nouveaux ouvrages.

Les lettres continuèrent à progresser au Japon en dépit des commotions que le pays eut à traverser ; depuis l’avénement du souverain actuel, elles ont acquis un grand développement.

Nous devons cependant constater que le peuple japonais incline de plus en plus vers les sciences exactes et vers les arts.


LES ANCIENNES FORTERESSES JAPONAISES.

Les anciens Japonais, — disent MM. Lamarre et de Fontpertuis, — se servaient de la pierre dans la construction de leurs forteresses féodales ; mais ils se contentaient d’aplanir la face externe de chaque bloc, laissant les autres irrégulières et remplissant les interstices intérieurs avec un blocage à sec: de cailloux. C’était le procédé des Pélasges, et c’est l’appareil qui présida, il y a trois mille ans, à l’enceinte cyclopéenne de Tyrinthe et aux murs de Noba, qui dressent encore leurs blocs puissants sur l’emplacement même de la ville détruite, il y a plus de vingt siècles, par Sylla. La plupart des siros du Japon, abandonnés par leurs maîtres, commencent déjà à tomber en ruine; mais, vus surtout au clair de lune, leurs gigantesques murailles de granit, leurs larges fossés, leurs donjons centraux frappent l’œil et laissent à l’esprit, à défaut d’une satisfaction artistique bien définie, cette forte impression qui s’attache toujours à un entassement colossal, comme à une manifestation de la puissance humaine.


LES ANTIQUITÉS JAPONAISES.

Parmi les objets d’art exposés par le Japon, les antiquités abondent. Le principal exposant en ce genre est M. Wa-Kaï, directeur de la compagnie Kôshiogaishia, pris habituellement pour expert par les amateurs indigènes et qui a obtenu déjà plusieurs médailles à Vienne et à Philadelphie. Ajoutons que, pour les œuvres modernes, les artistes japonais poussent l’exactitude des détails à un degré inouï. Par exemple, ils ont réussi à fabriquer des squelettes en ivoire d’une précision extraordinaire. Des médecins français et anglais les ont étudiés avec la plus grande attention; les insertions musculaires, les apophyses, les plus légères torsions des os, les sutures, les saillies, les reliefs s’y retrouvent avec l’exactitude que mettrait un géographe à dresser la carte d’un pays. Les personnes peu familiarisées avec l’ostéologie humaine comprendront elles-mêmes ce qu’il faut d’esprit industrieux et de labeur pour reproduire, entre autres pièces, la boîte crânienne.


LA LAQUE.

La laque est absolument spéciale au Japon, et les Japonais s’en servent pour créer des merveilles.

« La laque, dit M. Pelletan dans le Rappel, est tirée d’un arbre à petites fleurs bleues (Rhus vernicifera) dont le fruit fournit en outre une cire végétale. De juin jusqu’à novembre, on fait dans le tronc des incisions horizontales, où l’on recueille la sève avec une cuillère de fer. Mais, pour l’employer, que de prescriptions minutieuses presque jusqu’à la superstition! On compte jusqu’à onze sortes de laques, toutes de compositions différentes. L’une d’elles, d’après M. Maeda, doit être mélangée de l’eau trouble qu’on obtient en repassant, sur une certaine pierre à aiguiser, les couteaux destinés à couper le tabac. Cinq, six, huit couches de laques différentes recouvrent successivement le linge fin soigneusement étendu sur le bois, dont les interstices ont été préalablement bouchés avec un mélange de sciure, de farine de froment et de vernis. Chacune de ces couches doit être séchée à son tour, et polie avec une matière spéciale : celles-ci avec la poussière de telle des nombreuses pierres à aiguiser qu’on distingue au Japon, cette autre avec du charbon de camellia ou de la corne de cerf pulvérisée. Après cela, il reste encore à reporter sur la laque l’ornement d’abord tracé sur papier, à modeler les reliefs, à incruster la nacre et les métaux précieux minutieusement ciselés, à semer l’or tantôt en dessins légers, tantôt en nuage de poussière, tantôt enfin en couche mince enveloppant les fines sculptures de sa lumière blonde. Qu’on juge par là de ce qu’il faut de travail et d’adresse pour amener l’œuvre à son état de perfection! »

Il faudrait s’arrêter longtemps devant les bronzes : ils n’ont plus la puissante tournure des œuvres antiques du Japon; c’est un art moins pur, mais encore incomparable. Quelle prodigieuse habileté à varier les couleurs de l’alliage ! Ici, il est brun comme les bronzes florentins ; là, il s’illumine de clairs reflets d’acier ; ailleurs, il est moiré de veines sombres. Des sortes dé damasquinages aux fines arabesques, des incrustations d’or, d’argent et de nacre, des ornements d’un vert brillant, relèvent ses teintes sévères. On fait avec ces •bronzes de nuances différentes, dont l’artiste tire un parti merveilleux, des statuettes, des candélabres, des objets de toutes sortes, surtout de beaux et grands vases, au goulot gracieusement épanoui en coupe, où des morceaux d’une ornementation hérissée font valoir, par leur contraste, le style simple et grand des lignes ; c’est un dragon qui enroule autour de l’orifice du vase son corps aux écailles rocailleuses, aux ailes onglées ; c’est l’oiseau mythologique, reconnaissable à ses pennes aiguës, qui s’y accroche avec ses serres, ou des anses en forme de branche de pin, difformes et rugueuses, toutes hérissées d’aiguilles.

Les cloisonnés méritent leur part d’admiration, avec leur joli décor de fleurs et d’oiseaux, aux couleurs éteintes d’une douceur étrange, au dessin minutieux, imperceptiblement cerné de brillantes lignes de cuivre. Tout le monde a vu ces coupes, ces vases, ces plateaux, fleuris de nuances pâles, de blancs mats, de bleu fin de turquoise. Ils peuvent servir de transition entre le travail des métaux et la céramique, car les Japonais sont arrivés à cloisonner la porcelaine, ce qui, paraît-il, est un véritable tour de force.
Comment se reconnaître dans ce monde de porcelaines, de faïences et de grès, aux formes innombrables, aux émaux étincelants d’or? Ce ne sont pas seulement les chefs-d’œuvre d’un art extraordinaire : ce sont aussi les témoignages de mœurs industrielles étranges, où les procédés étaient hier encore un des secrets gardés comme des formules cabalistiques, conquis par des guerres épiques ou par des aventures romanesques, possédés par des races qui s’en transmettaient la tradition, en quelque sorte, dans le sang, ou par des dynasties d’artistes.


LA POTERIE JAPONAISE.

Les porcelaines exquises, les merveilleuses faïences, qui remplissent les vitrines, sont, écrit encore M. Pelletan, dignes de cette capitale historique, détrônée d’hier. C’est là qu’une famille de potiers, remontant au XVIe siècle, fabrique de merveilleux petits vases, préférés à tous, assurent nos deux auteurs, par l’estimable élite des cha-jins. Maintenant, qu’est-ce que les cha-jins? Ce sont des savants ou des virtuoses d’une espèce particulière, possédant à fond l’art important de bien faire infuser le thé. Une famille honorée d’une aussi haute estime méritait des armoiries particulières : un prince lui donna, dès le xvi0’ siècle, un cachet d’or composé de caractère Raku, qui veut dire « bonheur, » et qui marque glorieusement les précieuses théières, les bols inestimables, nommés, à cause de cela, des Raku-yaki. Une autre famille de potiers de Yedo a reçu comme titre de noblesse, au début de ce siècle, le nom de la période du moyen âge dont elle imite les produits à la perfection : elle s’appelle Eiraku, comme les généraux de l’empire s’appellent du nom de leurs victoires. Il y a deux Yeiraku dans la liste des exposants : j’ignore si c’est le même nom différemment transcrit. Un membre de cette famille alla renouveler la décoration des porcelaines de Kaga, qui datait du xvne siècle. C’est peut-être à cela qu’on doit ces vases surchargés d’une ornementation éblouissante d’or et de rouge qui flamboient sous la vitrine de M. Marounakaet de ses compatriotes. Au moins mériteraient-ils parfaitement le nom de « brocart d’or, » qu’on a donné aux produits des Eiraku. D’après M. Matsugata, l’or empourpré des poteries de Kaga est poli avec du sang.


LES ÉVENTAILS JAPONAIS.

Il y a au Japon deux espèces d’éventails : l’une, dite Sensu, qui se plie, est très-facile à porter; l’autre, de forme ronde, ne se plie pas.

On ne connaît pas exactement l’origine des éventails au Japon; toutefois, les traditions nous apprennent que vers l’année 670, sous le règne de l’empereur Tenji, un habitant de Tamba, voyant des chauves-souris ployer et déployer leurs ailes, eut l’idée de faire des éventails à feuilles qui, par suite, portaient, à cette époque, le nom de Kuwahori, ce qui signifie chauve-souris.

L’éventail dit Hiogi était fait avec du Hinoki (Chamœ cyparis obtttsa), ses feuilles étaient reliées entre elles par des fils. Un autre genre d’éventail ordinaire, nommé Chukei, est fait avec du bambou; il paraît à moitié ouvert, même quand il est plié. Ces deux sortes d’éventails ne se portent que dans les grandes cérémonies.

Les éventails ordinaires se font à Kioto, Osaka et Owasi; mais les meilleurs se fabriquent à Tokio.

On se sert du bambou pour fabriquer les feuilles des éventails ; on emploie aussi l’ivoire, l’écaille et le bois de Shitan, importé de Chine. On les décore avec de la nacre, dir corail et de la laque. Le papier qui recouvre les feuilles de l’éventail est fréquemment orné de feuilles d’or, de dessins, de fleurs, d’oiseaux, etc... On se borne quelquefois à enduire le papier de shibu, ce qui lui donne de la solidité.

Il y a aussi une autre espèce d’éventail fort riche et plus grand qui sert aux danseurs pour battre la mesure ou pour faire des gestes gracieux. Les Uchiwa, ou éventails qui ne se plient pas, viennent principalement de Nara; ils sont ordinairement en papier, quelquefois en soie.

Vers 1660, pendant la période de Kuwam-bun, un prêtre nommé Gensei, bien connu pour son goût artistique, et qui, de plus, était poète, se mit à fabriquer lui-même, à Fukakusa, dans la province de Yamashiro, des éventails qui étaient fort beaux et d’un goût parfait. Ces éventails, qui acquirent une grande réputation, étaient connus sous le nom de Fukakusa Uchiwa; ils sont un des principaux produits de cette province.
Les meilleurs Uchiwa se font à Tokio ; mais, comme les variétés de ce genre d’éventails sont trop nombreuses, nous ne fatiguerons pas le lecteur en les énumérant ici en détail.


LE TAPIER JAPONAIS.

Les usages du papier sont innombrables au Japon.

Le papier fait avec du gampi est fin, souple et commode. De plus, les vers ne l’attaquent pas.

Ce papier est employé pour remplacer les vitres, pour les karakamie (espèce de fermetures faites avec plusieurs épaisseurs de papiers de qualités différentes, le tout monté sur un cadre de bois), et pour tapisser les murs. Une fois verni, il imite le cuir; huilé ou enduit de shibu, il devient imperméable et sert à faire des manteaux pour la pluie. L'Ikkanbnri, qui est une sorte de carton ressemblant au papier mâché européen, sert à faire de nombreux ustensiles légers et solides. On fait aussi au Japon des fleurs artificielles en papier, une sorte de ficelle servant à attacher des paquets, des étoffes, etc... Ces nombreux usages du papier japonais tiennent à ce que les fibres naturellement fortes ne sont pas complètement désagrégées au moment où l’on prépare la pâte.

Pour préparer les papiers de tapisserie, on répand sur la feuille de papier une poudre faite avec un mélange de colle-forte et de coquillages pulvérisés, On imprime ensuite dessus différents dessins tels que fleurs, oiseaux, etc... Dans d’autres cas, on se contente de saupoudrer la feuille avec du mica pulvérisé, pour lui donner une apparence argentée. Quand on veut faire de l’imitation de cuir avec du papier, on le froisse d’abord, puis on l’étend avec des brosses très-dures sur une planche portant des dessins en creux qui doivent se reproduire sur le papier. On l’enduit alors d’huile, de vernis ou de shibu, et on le colorie diversement. On recouvre aussi quelquefois ce papier d’or ou d’argent. Ce genre de papier a toute l’apparence du cuir et en a également la solidité.

On peut aussi faire du papier avec l’Edge-worthia papyrifera, le Hagi (Lespedezza hyrlo-botria), le Nigaki (Pierasma culanthoides), le Yanagi (Salix japonica), le Sugi (sorte de Cryptomeria) ,le Hinoki(Chamœ cyparis obtusa) et le bambou. Le meilleur est celui que l’on fabrique avec l’écorce de l’Edgeworthia papyrifera.

Depuis quelques années, le besoin du papier européen se faisant de plus en plus sentir, on a fondé des papeteries dans le genre de celles d’Europe, qui produisent actuellement du papier de très-bonne qualité. A Tokio, ces papeteries sont au nombre de cinq.


LE JAPON AU POINT DE VUE PHYSIQUE ET POLITIQUE.

L’empire du Japon est situé au nord-ouest de l’océan Pacifique. Il se compose de quatre grandes îles et d’un certain nombre de petites. Il est compris entre24°20' et 51 degrés de latitude nord et entre 16°48' est et 16°55' de longitude ouest (méridien de Tokio). Il est séparé de la Corée au nord-ouest par la mer du Japon. Au nord on trouve l'île de Karafüto (Saghalien), séparée du reste du Japon par le détroit de Soya. Au nord-est se trouve le Kamtchatka, qui est séparé du Japon parles îles Chishima (Kouriles). Au sud se trouvent les îles Ogasawara (Bonin) ; au sud-ouest, les îles Liukiu, situées entre le Japon, Formose et la Chine. Le Japon est très-long et très-étroit ; sa longueur atteint plus de 500 ri ; sa largeur varie de 600 à 30 ri. La superficie totale est de 23,740 ri carrés. Le climat est en général tempéré ; mais le nord est froid et la neige y tombe assez fréquemment. Le sud, au contraire, est chaud.

Sa population se compose de 7,220,194 familles représentant environ 34 millions d'âmes.

L’empire comprend cinq provinces impériales et huit grandes divisions, au total 85 provinces et 717 districts, avec deux capitales. Il y a six divisions militaires.

Depuis son origine connue, le Japon a eu cent vingt et un empereurs.

Un détail curieux en ce qui concerne les coutumes au Japon : on ne se sert que très-rarement de plumes pour écrire. Généralement, on ne se sert que de pinceaux trempés dans l’encre de Chine.


LES JAPONAIS CHEZ EUX.

Les Japonais sont généralement de petite taille; très-bruns de peau, aussi bruns de teint que leurs voisins les Chinois, ils ont les cheveux gras et noirs comme de l’encre de la petite vertu.

Tout le monde a regretté qu’ils se soient présentés à l’Exposition vêtus du costume européen; on aurait préféré les voir sous leur costume national. Eux, au contraire, ont mis leur amour-propre à prouver qu’ils étaient capables de porter aussi bien que nous le pantalon noir, la redingote et le chapeau haute forme. Ils ne se sont pas rendu compte d’une chose, c’est que notre façon de nous vêtir messied absolument aux Orientaux. Ils sont serrés là dedans, étriqués, étouffés, alors qu’à leur stature, à leur tempérament, à leur démarche, il faut des vêtements larges et flottants.

Nous empruntons au livre la Chine et le Japon et l'Exposition de 1878 les détails suivants qui donneront au lecteur une idée approximative du Japon :
« Au Japon, le voyageur ne rencontre ni une place publique, ni une maison de ville, ni une bourse, pas même un théâtre, un pont ou un aqueduc d’aspect monumental. Des maisons basses, isolées les unes des autres par des jardins et des cours, des temples semés dans la campagne ou dans les faubourgs des villes, des siro ou forteresses féodales disséminées un peu partout, voilà toute l’architecture, et ces constructions sont conçues d’après un petit nombre de modèles dont l’architecte ne s’écarte jamais. Les édifices les plus vastes sont en bois, comme les plus humbles ; les lignes sont brisées, fuyantes ; les piliers disparaissent dans l’ombre immense du toit; la toiture n’est qu’une série de surfaces curvilignes, et une même façade présente un premier, un second, un troisième corps de bâtiment, enjambant les uns sur les autres, comme des maisons mal alignées. Les vides l’emportent sur les pleins. Le temple, la maison de ville et la maison des champs n’ont pour ainsi dire pas de murailles ; leur couverture est supportée par des piliers que réunissent des châssis mobiles, et leurs habitants ont l’air d’être tantôt renfermés dans une cage ou une boutique, tantôt de camper sous les regards du passant. Un dernier trait, enfin, de toute l’architecture japonaise, est le manque de symétrie et de proportions. Le portique n’est pas toujours dans l’axe de l’entrée principale ; le chemin dallé qui conduit de l’un à l’autre coupe la cour en diagonale, et, quelle que soit la largeur ou la profondeur, la hauteur reste à peu près la même. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878