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Suède et Norvège



LES BEAUX-ARTS.

L’exposition artistique de la Suède et de la Norwége n’occupe pas un espace considérable, mais ses diverses toiles ont un incontestable cachet d’originalité qui impressionne et charme le visiteur.

Commençons par la partie suédoise.
Le baron G. O. Cederstrom expose une toile historique, le corps de Charles XII porté par ses officiers à travers la frontière norvégienne. Ce sujet est traité largement; la face pâle du roi mort est pleine d’expression ; les physionomies des soldats sont à la fois douloureuses et énergiques. Devant le cortège, un chasseur d’aigles se découvre respectueusement ; ce chasseur, avec sa tête de vieux soldat, ses cheveux blancs, son air contristé, son fusil en bandoulière, et portant suspendu à l’épaule l’aigle qu’il vient d’abattre, se découpe magnifiquement en grisaille sur le fond du paysage couvert de neige.

Derrière la civière du roi, un soldat porte la bannière nationale ; elle ombrage le front du mort; on dirait la patrie pleurant son père.

On regarde beaucoup les tableaux de M. Wahberg ; pinceau original, exact et soigneux ; peinture bonne, solide et bien dessinée ; telles sont les qualités qui se rencontrent au plus haut point chez cet artiste.

Sa nuit d’été en Suède, sa marine, empruntée à un site du golfe de Gascogne, sont des tableaux saisissants.
La baronne Amélie Von Schwerin a un bon paysage ; l'effet de soir est rendu avec beaucoup de cachet.

M. Nordenberg expose une scène rustique émouvante ; un jeune paysan est ramené mort de la chasse sur un brancard de feuillage. Dans le fond, des hommes rapportent la dépouille d’un ours colossal ; c’est celui qui, dans la lutte, a, d’un coup de griffe épouvantable, déchiré la poitrine du chasseur.

La vérité de la scène, sa disposition dramatique, produisent un effet très-grand.

Un tableau d’un autre genre attire les visiteurs ; c’est celui de Mme Nils Forsberg, les Saltimbanques avant la loi Talon.

Le pauvre petit être étique et blême se disloquant devant un directeur de cirque forain qui discute froidement avec son régisseur les qualités ou les défauts du sujet, est d’un effet navrant. On voit les muscles s’étirer et on entend craquer les jointures.

A côté de ce sujet d’un réalisme douloureux, mais supérieurement traité, notons un charmant tableau de genre de M. Zetterstrom. La scène se passe dans la campagne ; un jeune homme et une jeune fille causent tout bas. Le jeune homme est pressant, la jeune fille rougit.

Au dessous du tableau, l’artiste a écrit ces vers :
Oui, nous habiterons ma petite chaumière,
Où nous vivrons ensemble en paix et bien contents;
Et nous élèverons nos chers petits enfants
Dans l’amour du Seigneur et du roi. Hein ! j’espère
Que ce sera gentil. An! pense donc,ma chère.


Cette idylle est positivement délicieuse.

Regardons un instant le Marché aux fleurs, de M. le comte G. von Rosen, et arrêtons-nous devant un ravissant tableau de Mme E. Sparre. Une jeune fille, délicieuse dans son costume de mariée, est accoudée près d’une fenêtre ; elle regarde, inquiète, du côté de la porte ; sa main gauche tient un livre de messe... elle attend.

Dans la chambre, des sacs de voyage ; un bouquet sur un guéridon.

Le chatoiement de la robe de soie blanche est rendu de la façon la plus heureuse et la prise de jour a été très-bien trouvée et suivie par l’artiste, le tapis est parfait ; son ton mat en opposition avec le vif de la soie produit un grand effet. Ajoutons que la figure de la jeune femme est d’un beau idéal.

Nous allions oublier un beau tableau de M. Nils Forsberg, et ce tableau, par sa sympathie française, nous touche particulièrement; c’est le Grand-Père et les mauvaises nouvelles. Voici le sujet :
Un vieux soldat se fait lire le Petit Journal par sa petite-fille; c’est en 1870 ; hélas ! les nouvelles étaient mauvaises... qui ne s’en souvient?

L’expression de la physionomie du vieux soldat, l’expression de la physionomie de l’enfant sont impossibles à décrire. Le grand-père souffre de ce qu’il entend, l’enfant a une sérieuse tristesse qui prouve que, toute jeune qu’elle est, elle souffre de ce qu’elle est obligée de lire.

Ce tableau remarquable ne figure pas au catalogue officiel, pourquoi?

Passons à la Norvège. Son exposition a le défaut que nous reprocherions volontiers à celle de la Suède ; elle n’est pas assez abondamment pourvue et on a trop vite fait de la visiter ; ses artistes ne sont pas de ceux dont on se lasse et, si longtemps qu’on demeure à regarder leurs toiles, on en voudrait voir encore ; on voudrait qu’ils eussent plus donné.

Nous remarquons d’abord l'Effet de soleil, de M. Baade, puis le tableau de M. Heyerdahl : Adam et Ève chassés du paradis.

Les deux coupables, épouvantés, descendent ensemble dans les ténèbres, et au coin gauche du tableau, tout en haut, une lueur vague est entrain de disparaître... c’est la lumière du paradis perdu qui va s’effacer pour jamais.

L’idée est juste, mais la couleur est peut-être un peu forcée et la lumière peut-être mal calculée ; peut-être, puisque le peintre représentait la terre si noire- eût-il dû, par un contraste logique, faire plus colorée la dernière lueur du paradis terrestre ; évidemment, cette dernière lueur devait éclairer encore les coupables comme un remords jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au lieu de souffrance.

Nous demandons au lecteur la permission de lui soumettre ici une observation qu’il partagera avec nous, — nous le croyons, — c’est que les artistes suédois et norvégiens atteignent une incontestable supériorités quand ils ont à peindre les effets de jour ou de nuit de leur climat.

Quiconque aura visité et comparé les diverses expositions des beaux-arts étrangers sera de notre avis. L’artiste, quoi qu’il fasse, a toujours dans l’œil la lumière du pays natal ; qu’un peintre anglais brosse une Venise en plein soleil, vous reconnaîtrez la nationalité de l’auteur soit à des grisailles, à des sortes de brouillards, soit au contraire à des débauches de couleur; donc, au point de vue du ton de la couleur, l’artiste n’est vrai que quand il peint son ciel natal : on peint son pays, on imite les autres.

Ainsi, quoi de plus vrai, comme ciel, comme couleur bien comprise, que le saisissant et fantastique tableau de M. Arbo : l’Asgaardreid !

Ç’est une légende, une vieille légende d’autrefois, à laquelle son pinceau a donné la vie.

M. E. Beauvois, dans son Histoire légendaire des Francs et des Burgondes. dit :
« On raconte encore aujourd’hui, dans les campagnes de la Norvège, que l’Asgaardreid (c’est-à-dire la troupe des cavaliers qui se rendent à la demeure des Ases, à la Valhalle) se compose des morts qui n’ont pas fait assez de bien pour mériter le ciel, ni assez de mal pour aller en enfer. Leur punition est de galoper dans les airs jusqu’à la fin du monde... Ces cavaliers, montés sur des coursiers noirs comme du charbon et dont les yeux étincellent dans l’obscurité, se tiennent tranquilles là où règne l’ordre ; mais on entend leurs éclats de rire et le cliquetis de leurs armes lorsque s’engagent les batailles... C’est une bande de mauvais augure, mais qui rappelle les Valkyries qui allaient présider aux combats. Au moyen âge, on s’est représenté cette réminiscence du paganisme comme une bande de sorciers qui allaient au sabbat. »

Un pareil sujet, sous le pinceau de M. Arbo, devait être traité de main de maître, il l’a été.

La troupe des cavaliers fantastiques passe comme un tourbillon ; elle se hâte, car le crépuscule approche ; elle recueille en route un mort qui vient se joindre à elle, c’est une recrue...

Et la troupe, en proie à la course infernale qui lui est imposée, fuit, fuit troublant l’air, commotionnant les éléments...

Et, en bas, sur la surface de la terre, silencieuse, endormie encore, on voit les arbres qui ploient comme si un orage passait sur eux.

C’est grandement rendu. C’est magnifique.

Nous demanderons à M. Wergeland la permission de lui faire remarquer que, si la Mort de Dyveke n’est pas sans mérite, il s’est peut-être un peu trop inspiré du tableau connu : Benvenuto Cellini expirant entre les bras de François Ier.

Le Paysage écossais, de M. Gode, attire beaucoup l’attention ; le Convoi funèbre, de M. Peters, émeut ; ce cercueil dans une barque, la neige à l’entour, les physionomies bien rendues, en font une toile réellement méritante.

Trop tard, de M. Dahl, est une paysannerie fort agréable, peut-être un peu en couleur, mais enfin charmante : deux jeunes gens, de jeunes mariés sans doute, poussent vers la pleine eau leur barque chargée de fenaison, tandis qu’un gros garçon qui espérait embarquer avec eux et qui porte une énorme charge de foin, reste tout penaud à trois mètres de la rive sur une grosse pierre. Les jeunes bateliers partent en riant, et la figure du garçon arrivé « trop tard » est si drôle que personne ne peut passer devant ce tableau sans rire.

Notons encore, avant de clore ce compte rendu, deux très-amusantes toiles consciencieusement et minutieusement peintes, de M. Lerche: le Réfectoire et la Chronique scandaleuse. Ce sont des études de têtes monacales parfaitement réussies ; mais comme les moines de M. Lerche se nourrissent bien!


POPULATION. --- SITUATION ÉCONOMIQUE.
RICHESSES DU SOL.

Les pays suédois et norvégiens ne sont pas fort connus ; nous pensons donc que nous intéresserons le lecteur en lui donnant quelques détails sur leur situation actuelle.

La population de la Suède est de 4,168,325 individus, ne comprenant que 573 catholiques romains et environ 2,000 juifs ; celle de la Norvège est de 1,664,000 individus.

L’armée suédoise comprend 147,000 hommes et 234 canons ; l’armée norvégienne, 12.000 hommes.

La flotte suédoise comprend 137 bâtiments, avec 380 canons et 40,000 matelots ; la flotte norvégienne, 33 steamers, 93 bâtiments à voiles, avec 157 canons et 3,500 matelots.

Le dernier budget de la Suède était de 120.525.000 francs, dépenses et recettes équilibrées. Celui de la Norvège était de 41,843,000 francs.

Nous ne voudrions pas pousser trop loin cette statistique ; si l’ensemble en est intéressant, le détail en serait peut-être fatigant pour le lecteur; nous devons cependant donner un chiffre qui offre au moins un intérêt de curiosité, car il concerne une petite population fort curieuse ; il s’agit des Lapons. Les Lapons sont au nombre de 26,711 individus, lesquels possèdent l’énorme quantité de 360,000 rennes.

La Norvège récolte par an 95,000 hectolitres de froment, 1,588,400 hectolitres d’orge, 323,000 de seigle, 625,400 de grains mélangés, 3,246,300 d’avoine, 7,946,500 de pommes de terre ; elle n’exporte guère que l’avoine, soit annuellement 153,000 hectolitres ; les autres céréales ne suffisent pas à la consommation indigène et doivent être importées en quantités assez considérables, soit, pour en donner une idée, en réduisant le tout à la valeur de l’orge, 1,845 hectolitres par 1,000 habitants ; la consommation annuelle par 1,000 habitants de cette même valeur étant de 4,687 hectolitres.

L’agriculture est cependant florissante et en voie de progrès, mais le froment n’est plus cultivable au delà du 64e degré de latitude nord.
La nourriture habituelle est le pain, fait avec de la pâte fermentée, principalement de farine de seigle, et cuite au four ; ou bien d’une façon tout à fait locale de pâte non fermentée de farine d’orge et d’avoine, souvent mélangée de farine de pois. Il y en a de deux formes : le fladbrod (pain plat) et le lefse (espèce de galette). Le fladbrod est très-répandu dans les campagnes, très-nourrissant et de saveur très-agréable. Etant fort peu épais, on le mange en le recouvrant d’une forte couche de beurre ou de graisse; mais le gruau est l’aliment préféré du peuple : il se mange avec du lait écrémé ou sur. Ensuite vient la pomme de terre, son accompagnement ordinaire, relevée de hareng salé. La viande est consommée comme salaison dans la montagne, à l’état frais dans les villes et les localités en communication facile avec ces dernières.

Le bétail est très-considérable : 151,905 chevaux, 1,016,595 bêtes à cornes, 1,686,806 moutons, 323,364 chèvres, 101,351 porcs et 131,274 rennes; néanmoins on importe environ 3 millions de kilogrammes de beurre, et 4 millions de kilogrammes de viande et de lards salés.

Quant aux pêcheries, sur lesquelles nous aurons à revenir longuement, elles sont la grande industrie du pays ; elles occupent
78,700 habitants au moins et représentent une valeur marchande annuelle de près de quatre-vingt-dix millions.

Les poissons qu’on trouve dans ces parages sont: la morue, le homard, le hareng, le maquereau, le phoque, etc., etc.


L’EXPOSITION SUEDOISE.

L’exposition de la Suède offre le plus haut intérêt au point de vue de l’enseignement.

Dans peu de pays, le pouvoir et les particuliers se montrent aussi pénétrés de la nécessité de répandre partout l’instruction.

En Suède, comme en Norvège d’ailleurs, renseignement primaire est gratuit et obligatoire.

Ce qui est à remarquer et qui fait estimer le caractère de ces deux pays, c’est le soin soutenu et dévoué avec lequel tout le monde s’intéresse à l’enseignement et à le faire progresser.

Les écoles abondent et toutes ont tenu à se faire représenter au palais du Champ de Mars.

Nous citerons l’école primaire et professionnelle de Tyskbo-Horndal, l’école primaire supérieure de la province de Vermland, l’école industrielle de Nââs-Floda. les écoles primaires de Wenersborg, l’école professionnelle de Lagmansered, l’école professionnelle de la province de Westerbotten, l’école de-Nââs pour les jeunes filles, une autre école professionnelle au même endroit pour les jeunes garçons.

Toutes ces écoles exposent des travaux d’élèves des deux sexes ; ils sont intéressants à examiner.

On remarquera que, contrairement à ce qui se passe dans bien des pays, on ne s’est pas borné à faciliter l’instruction et les notions professionnelles aux garçons seuls ; grâce à l’école professionnelle, les jeunes filles acquièrent les moyens de conduire honorablement leur existence, puisqu’elles ne sortent de l’école que connaissant un métier.

L’établissement du prince Charles pour l’éducation des enfants pauvres reçoit les enfants des deux sexes de huit à quinze ans.
Signalons encore plusieurs écoles d’agriculture et un séminaire destiné à former une pépinière de professeurs pour l’enseignement professionnel.

Il faut une mention spéciale à M. Borg, le directeur de l’asile de Stockholm. M. Borg, qui se préoccupe d’adoucir, pour les aveugles et les sourds-muets, les cruelles épreuves auxquelles leur infirmité les condamne, expose un matériel d’enseignement aussi curieux qu’intéressant.

Voici d’abord un appareil combiné pour parler et entendre destiné aux sourds-muets, puis un autre destiné à mettre en communication un aveugle sourd-muet et une personne à sens normaux, etc., etc.— A côté de lui, un autre appareil, ayant le même but, pour les aveugles, de M. Schentz, ingénieur à Stockholm.

Ajoutons que M. Borg, non content d’instruire ces pauvres gens, s’efforce surtout de les mettre en état de gagner leur vie; et il y parvient dans une mesure satisfaisante, à en juger parles ouvrages de vannerie, clissage, sparterie, exposés par ces aveugles.


IMPRIMERIE. — LIBRAIRIE. — PHOTOGRAPHIE.

Parmi les ouvrages exposés, il en est un qui nous a frappé particulièrement, c’est le livre du colonel Staaf, attaché militaire de Suède à Paris : la Littérature française depuis la formation de la langue jusqu'à nos jours. Dès son apparition, cet ouvrage a été admis comme un manuel hors ligne en Suède, en Russie, en Belgique et en France.

La carte géologique de Suède, avec les collections de spécimens réunies par les soins de M. Torell, est un véritable bijou au point de vue géographique.

L'Imprimerie centrale de Stockholm expose des spécimens de typographie, de lithographie et de gravure.

L’imprimerie Gernandt a envoyé un remarquable exemplaire de la Divine Comédie, et la librairie de l’institution pour la propagation de l’Evangile des spécimens de ses publications.

Voici des exemplaires des journaux suédois : le Ny illustred Sidning et la Gazette du commerce, de Gothembourg.

Arrêtons-nous maintenant devant la collection d’histoire naturelle du professeur Nordenskiold.

Tous ces objets ont été recueillis pendant les expéditions de 1875 et de 1876 à la mer de Kara et au Jenisséj.

Ces deux expéditions avaient pour objet de continuer les recherches faites précédemment (la première eut lieu en 1553) pour découvrir un passage nord-est, autrement dit une route maritime de l’Atlantique à la Chine en longeant les côtes nord de la Sibérie.

Les deux expéditions du savant professeur ont été couronnées de succès, et voici comment, dans son rapport, il a spécifié les résultats acquis :
« Il résulte des collections faites par les expéditions suédoises, que la mer de Kara, loin d’être aussi pauvre qu’on se l’était représenté, se distingue au contraire par une vie aimable, très-riche en individus ainsi qu’en formes. Elle peut être comparée à celle que présentent le Spitzberg, le Groënland, l’Islande et les régions arctiques de l’Amérique du Nord. Il semble qu’une faune marine presque uniforme s’étende autour du pôle boréal depuis les côtes septentrionales de la Sibérie jusqu’à l’archipel polaire de l’Amérique du Nord. Les grandes masses d’eau douce que les gigantesques fleuves de la Sibérie déversent dans lamer Glaciale n’influencent nullement la composition de la vie animale au fond de cette mer.

«Avant que les différents groupes aient été soumis à l’examen des spécialistes, il est difficile de déterminer exactement le nombre des formes animales inférieures qui se trouvent dans la mer de Kara. On peut toutefois l’évaluer approximativement à cinq cents espèces,
nombre en vérité très-considérable pour une mer qui a été regardée comme étant aussi pauvre en espèces que la Baltique. Tels sont, si l’on ajoute la collection d’une centaine d’espèces d’insectes originaires de la Nouvelle-Zemble (d’où Ton n’en connaissait auparavant que sept), et une plus ample connaissance des vertébrés du même pays, les principaux résultats zoologiques des recherches entreprises dans ces contrées par les deux expéditions suédoises. »

Dans le domaine de la photographie, une nouvelle méthode à signaler, dont M. Petersens rend compte en ces termes dans le catalogue :
« La découverte de M. Carleman dans l’héliographie consiste dans la division, au moyen d’un système homogène de lignes ou de points, des teintes continues d’une image photographique d’après nature. La répartition des clairs et des ombres, représentés dans la copie par des points ou par des traits plus ou moins fins ou plus ou moins grossiers, plus ou moins rapprochés ou plus ou moins éloignés les uns des autres, devient, grâce à ce procédé, parfaitement analogue au clair-obscur de l’original. Transportée sur une pierre ou sur une plaque métallique, l’image produite peut être imprimée à la presse lithographique ou typographique, et elle possède les avantages résultant de la reproduction correcte d’après nature, joints à la modicité du prix et à la rapidité de l’exécution. »

Un des appareils scientifiques modernes les plus réussis, est le Météorographe imprimeur de feu Theorell, construit par M. Sorensen, de Stockholm. Il fonctionne à l’Observatoire spécial d’Upsal, et aussi à celui de Vienne. Il enregistre chaque quart d’heure toutes les observations habituelles, et, de plus, les imprime lui-même simultanément.


LE MOBILIER ET SES ACCESSOIRES.

Il y a peu de meubles exposés, bien que la Suède en fabrique en grand nombre. Le noyer et le chêne sont les bois favoris dont elle se sert. Nous n’avons à signaler qu’une très-originale salle à manger, de M. Eliason (Stockholm), et une fort jolie bibliothèque en chêne sculpté, de MM. Sternberg et Berntsen (Gothembourg), dans le style Louis XVI; puis des tables en marbre poli, exposées par M. Klintberg, à Wisby.

Comme articles de décoration de meubles, il n’y a guère à citer que des pâtes de bois, façonnées et moulées comme du plâtre .D’ailleurs, les ornements de la façade nationale sont exécutés en cette matière et appliqués sur le bois de la construction.

La céramique est très-brillante, très-originale, très-artistique, surtout dans les objets qui reproduisent les types indigènes.
L’exposition est due à la collaboration de trois fabriques , Gustafsberg, Hoganaes et Boerstrand, de Stockholm. Tous les genres y sont à peu près représentés par des imitations de grande valeur. Nous citerons particulièrement une cheminée monumentale en majolique verte, flanquée de deux candélabres proportionnés, d’une beauté remarquable; puis une seconde cheminée en faïence gris-ardoise.

Ces cheminées sont, nous ne saurions trop le dire, de véritables chefs-d’œuvre.

Mentionnons un drap de guéridon de toute beauté : il est noir et porte pour tout ornement une immense guirlande de fleurs brodées à la soie. Les couleurs, vives des fleurs se détachent merveilleusement sur le fond sombre de l’étoffe; l’effet est très-beau et surtout de goût parfait.

Les papiers peints, la coutellerie, les fontes d’art, l’horlogerie, n’ont qu’un ou deux représentants ; toutefois, les spécimens apportés méritent d’être examinés ; ils soutiennent la comparaison avec les autres pays.

L’orfèvrerie est très-riche, et surtout d’un travail original en même temps que minutieux. Les poêles suédois sont fameux ; ceux que nous voyons sont dignes de cette réputation par leur éclat extérieur, leurs grandes dimensions, leur solidité d’établissement, l’ingéniosité de la disposition intérieure. Citons en particulier ceux de M. Bolinder, de Stockholm, ainsi que ses fourneaux de cuisine et ses fourneaux pour les fers à repasser ; puis les poêles superbes en faïence, de M. Eckman, de Stockholm.

Mentionnons en outre les allume-feu suédois incombustibles de Œstland, que nous retrouverons dans la même classe en France.

La parfumerie est surtout en Suède un article d’importation; toutefois il s’en produit dans les fabriques de produits chimiques et les savonneries : tels les savons et les eaux de senteur exposés par la fabrique technique de Barnaengen, et l’amykose de toilette de la Compagnie d'Upsal, seuls exposants de cette classe.

Nous voici arrivés aux allumettes : on sait qu’elles constituent pour la Suède une très-importante branche d’industrie; ce sont de ces allumettes dites de sûreté, qui ne s’enflamment que si on les frotte sur un papier spécial.


LES TISSUS.

Ce n’est guère que vers 1815 que s’introduisit en Suède la filature du coton, laquelle devint mécanique vers 1820. Actuellement les filatures sont au nombre de 24 avec 244,647 broches, et occupent 5,269 ouvriers. A côté d’elles, servent réunies à elles, existent 26 fabriques de toile de coton en activité, occupent 2,846 ouvriers, qui produises du calicot, du madapolam, de la moleskine, du schirting, etc. On évalue à 30 millions de mètres la quantité fabriquée annuellement de cette espèce de tissus. De très-grandes fabriques sont admirablement outillées, comme celle de Nœrrkœping, mais une bonne partie de ces toiles est tissée à domicile chez les paysans, surtout dans les contrées peu favorisées par leur sol, et devient ainsi une industrie domestique, qui fournit du travail et des moyens d’existence à des milliers de femmes et de jeunes filles. Celles-ci emploient le métier Jacquard et pratiquent même avec succès le tissage artistique : leur production pour 1876 a atteint 11 millions de mètres.

Une seule filature mécanique de lin existe, celle d’Almedahl, près Gothembourg, qui produit environ 700,000 livres de fil. C’est en même temps presque l’unique grande fabrique de toile de lin ; elle en livre annuellement 300,000 mètres, sous forme de toile ordinaire, de croisé, de damas, de coutil, etc.

La principale fabrique de grosse toile, de tentes ou à voiles, est la fabrique Onsered, dans la même région; elle produit un million de mètres ; l’autre partie de la production est fabriquée par l’industrie domestique comme pour la toile de coton. Et c’est une source considérable de travail et de bien-être pour les populations rurales. Preuve assez curieuse de la perfection du filage, dès 1758, il fut filé à Naetra un écheveau de fil de 13,300 grammes. Sur ce chapitre, la consommation dépasse aussi de beaucoup la production, et l’on importe environ 550,000 livres de fil de lin et de jute, ainsi que des toiles, damas, et autres tissus de lin, de chanvre et de jutes pour une valeur de 4,170,000-f.

Nous recommandons surtout à l’examen des visiteurs la collection des spécimens exposés par la Société royale agricole de Vester-Nœrrland, qui tous sont des produits de l’industrie domestique de ce département.

On ne fabrique pas en Suède le fil de laine peignée. Le filage de la laine cardée se fait dans les fabriques de tissus de laine ; mais le fil usité dans le pays est préparé dans un assez grand nombre de petites filatures mécaniques de laine, et sert à tisser du tiretaine pour l’habillement des hommes ou à tricoter des bas.

Nœrrkœping est le siège principal de la fabrication des draps, qui y est installée depuis plus de deux siècles.47 fabriques existant aujourd’hui ont produit, en tissus de qualités diverses , pour une valeur de 17,098,000 francs. Elles importent des grands marchés transatlantiques environ 5 millions de livres de laine par an, destinée à leur fabrication ; la Suède néanmoins achète encore 4,119,000 livres de tissus de laine et, en outre, pour 4,000,000 et plus de fil écru de couleur, de laine et de poil de chameau.

La production de la soie ne rend guère que 1,390,000 francs : l’importation s’élève à 5 millions de francs environ.

A propos des dentelles et des tissus, rendons hommage au sentiment de patriotisme, de philanthropie et d’amour de l’art qui a inspiré la fondation la Société des amies des ouvrages à la main; cette société s’attache à remettre en vogue les vieux modèles et les anciens procédés, dont la valeur artistique est reconnue, et qui ont surtout un caractère Scandinave. Elle occupe une foule d’ouvriers, et reçoit des commandes même de l’étranger. Les spécimens de tissus de laine et de dentelles qu’elle a envoyés au Champ de Mars sont des plus gracieux.


VÊTEMENTS ET BIJOUX.

Encore une industrie précieuse pour les familles suédoises. Nous avons peu de chose à en dire, sinon que la simplicité commence à disparaître, même parmi les classes agricoles. L’amour du luxe et de l’éclat envahit le peuple; il faut regretter, au point de vue du pittoresque, l’abandon croissant du costume national.

En fait de vêtements, nous devons citer avec admiration les splendides manteaux, pelisses, houppelandes, couvertures, etc., en fourrures de toutes sortes, dont la section suédoise et sa voisine de Norvège sont abondamment pourvues. Signalons en particulier de délicieuses couvertures en duvet d’ei-der, de M. Bergstroem, de Stockholm, moelleuses à ravir, des peaux de renard, d’ours et de petit-gris, aussi souples, aussi belles que bon marché, qualité à retenir.

Mentionnons encore d’ingénieux devants de chemises, sans boutonnières, apportés par MM. Lundgrenfrères, d’Helsingberg, qui seraient vivement appréciés par les ménagères obligées sans cesse de réparer ces détails du costume de leurs maris.

Il ne nous reste rien à mentionner dans le groupe IV, sinon des bijoux d’une grande originalité, entre autres ceux de Mme veuve Emeline Holst, de Ralanda, Orust, montés en écaille de poisson.


MACHINES. MÉTAUX. BOIS.

Les appareils de gymnastique mécanique du docteur Zander, directeur de l'Institution mécanico-thérapeutique de Stockholm, sont à coup sûr une des curiosités de la galerie des machines.

Ces appareils ont pour résultat de produire les bienfaits résultant des exercices gymnastiques sans que le malade soit obligé de se livrer à ces exercices.

Il y a des appareils de diverses formes, suivant la nature de la médication à exercer ; tantôt ce sont de petites lames de bois qui battent une charge précipitée sur le dos; tantôt c’est une sorte de tige horizontale qu’on saisit à deux mains et qui vous secoue de la belle façon, etc., etc.

L’exercice nécessaire aux muscles leur est procuré sans que le malade ait été obligé de remplir un rôle actif.

Le docteur Zander a obtenu de nombreuses cures qui font honneur à son invention.

De très-beaux spécimens de machines, s’ils ne sont pas nombreux, prouvent que la construction mécanique est, elle aussi, parvenue à un haut degré de perfection en Suède. Citons le grand établissement de Motala, le premier de ce pays, puis Y Al las, de Stockholm, l’atelier Kockum à Molmoe, celui de Bolinder, déjà nommé à propos des fourneaux, etc. Quelle que soit la destination de ces machines, on peut toujours être assuré de trouver en elles les qualités éminentes du fer et de l’acier provenant des usines métallurgiques de Suède, c’est-à-dire des produits hors ligue.

Cette partie de l’exposition suédoise offre un grand intérêt, en ce sens qu’elle donne au visiteur la mesure exacte et complète des richesses du sol de ce pays. Toutes les grandes compagnies ont tenu à honneur de nous envoyer leurs produits, dont la vieille réputation s’affirme une fois de plus. Les minerais de toute espèce, anthracite, houille, fer (magreétite et oligiste, pyrites), cuivres, plomb, nickel, cobalt, blende de zinc, manganèse, graphite, sont représentés par des échantillons bruts ou travaillés, qui tous sont d’une qualité exceptionnelle.

Viennent ensuite des granits gris et roses, des marbres, des porphyres, des calcaires, des grès, des schistes et des ardoises tectiles, des argiles et des feldspaths, etc., etc.

Les échantillons de métaux sont presque tous rangés en groupes le long de la grande allée transversale ; les gens du métier y trouveront un ensemble des plus complets, comprenant des envois de quarante-huit maisons, parmi lesquelles le Comptoir des forges en représente à lui seul vingt - deux en leur nom; il a réuni des tôles, exposées comme spécimens d’une série d’essais exécutés dans le but de faire ressortir les qualités des matériaux suédois pour la fabrication des tôles ; puis toute une collection des produits de l’exploitation des mines et des usines de fer, dont la plus simple nomenclature serait encore trop volumineuse pour le cadre de cet ouvrage. Il nous-suffira de dire que nombre des fontes et des aciers que nous voyons là ont subi pendant dix ans et plus l’effort de la traction des trams sur les chemins de fer de l’État suédois.

La papeterie nous montre une merveilleuse production de la pâte de bois, comme remplaçant du chiffon. Le procédé mécanique de Voelter y est appliqué avec le procédé chimique pour défibrer et extraire la cellulose du tissu ligneux. 23 fabriques y consacrent leur activité, et peuvent produire 45,000,000 de livres de cette matière première. Les spécimens exposés sont très-beaux, autant du moins qu’on en peut juger à l’état sec, car pour la consommation industrielle, la pâte est toujours livrée contenant 50 à 60% d’eau ; les fibres sont fines et surtout très-longues, ce qui est un véritable tour de force. Beaucoup de nos papiers à journaux, par exemple, gagneraient singulièrement à être fabriqués uniquement avec cette qualité de pâte.

Dans le matériel des chemins de fer, il faut citer la machine locomotive et les confortables wagons de la Compagnie de l'Atlas, la voiture à lits de la Compagnie de Kvekum, puis la locomotive pourvoie étroite de MM. Nydgwist et Holm, de Trollhätan. Notons en passant un croisement de chemin de fer fondu en coquille de la maison de Maré; c’est un bloc d’une qualité exceptionnelle.

Après le fer et les métaux, les bois dont la Suède est prodigalement douée, et qu’elle exporte en grandes quantités,-soit 145 millions de bois non ouvrés et seize millions environ de bois ouvrés. Le pin et le sapin en première ligne, le bouleau, l’aune et le tremble, puis en une moindre proportion, le chêne et lé hêtre constituent les éléments de cette richesse forestière. C’est sous forme de madriers et de planches qu’ils viennent chez nous pour la menuiserie, et de poutres et de poutrelles pour la construction des navires et des habitations. Jusqu’à présent l’exportation des bois ouvrés par la menuiserie en parquets n’a atteint qu’un chiffre modeste, en comparaison de celle des bois frustes.


PELLETERIE. PRODUITS ALIMENTAIRES ET PRODUITS CHIMIQUES.

Les pelleteries, qui représentent la classe des produits de la chasse, sont admirables et d’une grande variété: lynx, hermine, loutre, loup, renard gris, roux, blanc, bleu, ours noir et blanc, phoque, etc., puis les dépouilles d’oiseaux, comme l’eider, qui fournit l’édredon véritable, si estimé et si cher. Nous avons déjà dit qu’on fait avec ce duvet des couvertures entières, d’une légèreté, d’un moelleux et d’une chaleur admirables. Elles sont bordées avec les plumes du cou de l’oiseau, colorées d’une teinte tendre, idéale comme un pastel. Les plumes du mâle sont d’un bleu de ciel vaporeux ; celles de la femelle sont couleur marron. Le prix de ces ravissantes couvertures n’est cependant pas aussi élevé qu’on pourrait le croire; elles ne coûtent que 300 francs.

Parmi les produits chimiques, nous voyons surtout des colles de poisson, des aseptines pour la conservation des corps organiques, des stéarines et des bougies, des cirages et des encres, et enfin la sébastine, matière explosible, à base de nitroglycérine et de charbon de bois ; grâce à ce dernier élément, l’huile explosible est absorbée ; aucun accident, paraît-il, n’est survenu dans l’emploi de cette substance, appliquée en Suède sur une grande échelle, — 70,000 kilogr. par an, depuis cinq années.

La classe des produits alimentaires est très-riche en céréales de toutes espèces; anchois, maquereaux fumés et marinés, harengs, saumons, caviars, et autres poissons conservés, rien n’y manque.

Cette préparation se fait dans le pays sur la plus grande échelle.

Nous trouvons aussi quelques échantillons de conserves de légumes, puis des dragées et des bonbons de mine fort appétissante, des sucres raffinés et bruts d’une très-grande finesse, des chicorées, des vinaigres ; enfin, dans la classe des boissons, un immense assortiment de punch, généralement fabriqué avec de l’arack surfin, des bières, porter et autres, puis une liqueur «singulière : l’esprit de lichen de renne raffiné et non raffiné, exposé par M. Hagendahl, d’Orebro.

L’alcool et l’eau-de-vie fabriqués en Suède sont surtout tirés des céréales et des pommes dé terre, puis en moindre proportion des betteraves et des mousses de rennes. Bien que la production indigène soit très-considérable, — 39 millions de litres environ, — ce pays en importe encore au moins 3 millions et demi de litres chaque année.


ART MILITAIRE.

On compte ici quatre exposants seulement; mais la qualité supplée à la quantité.

Voici d’énormes projectiles, massifs et creux, entiers et fendus pour montrer les cassures, exposés par MM. Ekman et de Maré, puis les torpilles formidables de la fabrique de Gundberg, en tôle d’acier Bessemer ; les modèles de matériel de pont de guerre de M. le capitaine du génie Norrman, les mitrailleuses pour l’année et la marine, de M. Palmerantz.

Enfin, nous citerons tout spécialement une très-utile invention de M. Unge, lieutenant de l’état-major général suédois.

C’est la montre à distance.

« La montre à distance est composée d’un mécanisme faisant tourner avec une vitesse constante une aiguille sur un cadran. A gauche, au bord extérieur de la montre, est un petit bouton qui met l’aiguille en mouvement quand on le presse, et qui l’arrête au moment où l’on cesse la pression. A droite se trouve un autre bouton par lequel on peut reporter à l’instant l’aiguille d’une position quelconque sur le cadran au point zéro.

« Le cadran présente trois périphéries concentriques spéciales, chacune divisée d’après les saisons, savoir :
l'été (+ 20°),
le printemps ou l'automne (+ 5°),
l'hiver (— 10°),
et dont la dernière est divisée à son tour en cinq parties, chacune désignant « mille mètres. » Un tour entier de cadran pendant l’hiver signifie donc une distance de 5,000 mètres.

« Sur mer, si l’on veut mesurer des distances encore plus longues, on ajoutera, pendant les autres saisons, aux distances observées les nombres de mètres (130 ou 280) indiqués sur les périphéries correspondantes.

« Quand la montre est ajustée, l’aiguille fait 3 tours en 46 secondes. On la règle à l’aide d’un mécanisme intérieur spécial en se servant d’une aiguille. »

Le rédacteur du catalogue général de la Suède, auquel nous empruntons ces détails, ajoute :
« En Suède, cet instrument a reçu un emploi tout spécial et très-remarquable pour l'exercice de /’infanterie à l'appréciation de la distance partout où les procédés ordinaires de mensuration seraient trop difficiles, ou exigeraient trop de temps, comme sur les terrains coupés, boisés, marécageux etc., et à travers les cours d’eau.

« Quelques hommes, munis de cartouches à poudre, sont envoyés dans différentes positions que l’on suppose occupées par l’ennemi.

« Dès que la troupe a jugé la distance qui la sépare de cette position, l’homme tire, à un signe de l’officier, un ou deux coups, au moyen desquels la distance vraie est donnée par l’instrument.

« Il a été proposé de munir de la montre à distance tous les régiments d’infanterie de la Suède.

« En temps de guerre, l’instrument est essentiellement destiné à servir quand il s’agit d’ouvrir le feu contre l’artillerie de l'ennemi, soit avec des bouches à feu, soit avec des fusils ou des carabines.

« Pour l’infanterie, dont la tactique actuelle exige quelquefois le feu en masse à de grandes distances, surtout contre l'artillerie ennemie, cet instrument doit être d’une utilité spéciale. Il en est de même à bord des navires de guerre et dans les batteries côtières, soit pour les

reconnaissances, soit pour trouver la distance des mines explosives, etc. »


L’EXPOSITION NORVÉGIENNE

L’exposition norvégienne a de tels côtés de ressemblance avec l’exposition suédoise que nous avions eu un instant la pensée de les grouper ; nous nous sommes cependant décidés à les scinder dans notre récit comme elles le sont au palais du Champ de Mars, et cela autant dans l’intérêt de la vérité que pour la commodité du lecteur.

La physionomie de l’exposition norvégienne diffère beaucoup de celle de sa voisine ; toutes les vitrines suédoises, de couleur un peu sombre, sont surmontées de petites bannières bleues avec une croix en or; du côté de la Norvège, beaucoup de clarté ; tout est fait de ce bois clair et brillant qu’on admire tant à l’entrée de la rue des Nations.

L’instruction est en Norvège, comme en Suède, gratuite et obligatoire; la gymnastique et les exercices militaires font partie de l’enseignement primaire.

Nous avons peu de choses à signaler; le ministère de l’instruction publique a exposé la partie qui ressort de son département-.
Le professeur Schübeler a exposé une excellente carte botanique qui permet d’embrasser de suite l’importance de la flore norvégienne.

L’Union des libraires, de Christiania, a une belle collection d’ouvrages imprimés durant ces dix dernières années ; ces ouvrages sont très-soigneusement tirés. Signalons aussi les belles épreuves de gravures sur bois de M. Holter, à Christiania, et le Nouveau Journal illustré, édité dans la même ville par M. Jensen.

Au point de vue scientifique, nous recommandons au visiteur les cartes du bureau géologique et celles du bureau topographique royal, puis la très-belle collection d’échantillons géologiques des roches de Norvège.


LE MOBILIER.

En Norvège, la fabrication des meubles à bon marché est active; elle compte sept cents ateliers, et occupait en 1876 trois mille ouvriers. La Société industrielle ouvrière de Christiania a exposé des meubles qui méritent de fixer l’attention. Nous citerons, entre autres, le salon de M. Meyer.

Dans la classe des meubles, on trouve les armoires réfrigératrices pour salle à manger, exposées par M. E. Nord, constructeur à Christiania. Ces caisses ou armoires seraient bien plus précieuses sous des climats comme ceux de la France, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Autriche, pendant les chaleurs de l’été. Elles paraissent y être déjà appréciées, d’ailleurs ; car la fabrique en a envoyé bon nombre dans ces contrées.

Toujours est-il que ce meuble est d’une construction et d’une disposition des plus ingénieuses; maintenant que l’usage de la glace va se généralisant, il semble qu’il ait sa place marquée dans tous les ménages même les plus modestes. Il se prête à toutes les formes : armoire, banc, caisse, etc., et n’est en aucune façon encombrant.

Son utilité pratique est, moyennant une dépense de quatre sous de glace au plus par jour, de conserver les aliments intacts, frais, en bon état, et par conséquent de permettre d’en préparer en quantité, sans se préoccuper de la température, en réalisant ainsi une réelle économie sur la préparation répétée et sur l’achat trop détaillé.

Dans les classes suivantes, nous signalerons un lot très-fort de bouteilles et de boules en verre remarquablement noir, des verreries de Bergen et de Valla. Elles doivent tout à fait préserver le vin et la bière des influences de la lumière.

La céramique est représentée par des vases, des coupes, des médaillons, venant de la fabrique Johnson, à Christiania, et par les pots à fleurs de M. Pedersen, destinés à être donnés comme objets de loterie par la Société industrielle ouvrière de Christiania ; c’est encore cette société qui nous montre quelques spécimens d’orfèvrerie, des candélabres à branches en métal anglais doré, ayant le même but, puis des garde-feu et une garniture de foyer, fabriqués par M. Larsen.

Avant de quitter les meubles, notons les très-beaux échantillons de sculpture sur bois exposés par le Musée des arts industriels de Christiania, spécimens absolument remarquables de l’art populaire national. Tous sont l’ouvrage d’un paysan d’Opdal (Norvège septentrionale), Ole Olseva Moene. Dans ces dessins, travaillés avec finesse et sûreté, où il n’a suivi d’autre règle que sa fantaisie, sont reproduits les motifs de la Renaissance traditionnelle dans le pays.

Nous retrouvons ici encore les allumettes de toutes espèces, absolument semblables à celles de la Suède, à part quelques minuscules nuances de fabrication.


TISSUS. VÊTEMENTS. BIJOUX. MINERAIS.

L’industrie des tissus de coton est représentée par trois exposants : Jebsen de Bergen, Compagnie de Nydalen, de Christiania, et Petersen de la même ville. Tous les genres de cette étoffe y figurent à peu près.

La toile à voile et les filets de pêche ne pouvaient manquer d’être largement représentés dans un pays comme la Norvège ; la fabrique de toiles de Christiania expose des toiles et des filets remarquables de solidité.

Les tissus de laine ne diffèrent pas de ceux que nous avons vus en Suède.

Une partie très-curieuse de l’exposition norvégienne est celle où se trouvent les dentelles et les broderies. On y voit de délicieux ouvrages de femmes, entre autres les fleurs de Mlle Hélène-Christine Holst.

Ces fleurs sont montées avec des écailles de poisson, découpées à la main ; c’est admirable de délicatesse, parfaitement rendu et de très-joli effet. On dirait de la nacre, mais quel travail de patience !

Parmi les articles de bonneterie, notons de solides tricots de la maison Ramm et Clausen; ils rappellent ces vigoureux tissus anglais si chauds et si solides.

La joaillerie a beaucoup d’ornements en filigrane d’argent, en style norvégien tout à fait original; entre autres les très-gracieux objets de toutes formes de M. Théodor Olsen, de Bergen, ainsi que ses ouvrages d’argent, genres antiques et modernes, d’un fini qui n’a rien à envier aux plus belles productions de nos industriels en renom. On remarque particulièrement les bijoux en argent des paysans norvégiens exposés par le Musée des arts industriels, exécutés par les paysans eux-mêmes pour leur usage particulier, d’après le style traditionnel en ce genre, aussi bien quant à la forme qu’à l’égard de l’ornement.

L’exposition des minerais est semblable à celle de la Suède, à quelques exceptions près ; en effet, nous y trouvons aussi du phosphate de chaux, du granit, du quartz, des ardoises, et des filons argentifères, de l’argent natif et sulfuré.

Les produits forestiers font éclater l’adresse norvégienne en tout ce qui concerne le maniement du bois.

Les appareils et instruments de pêche ne sont pas la partie la moins curieuse de l’endroit où nous sommes ; les lignes, les hameçons pour toutes les sortes de poissons, y figurent au grand complet.

L’huile de foie de morue constitue la partie la plus importante des produits pharmaceutiques.

Les cuirs norvégiens, si justement renommés, forment une intéressante collection ; c’est, on le sait, une industrie du pays qui représente un chiffre d’affaires important, près de 5 millions de francs.

Les guanos de poisson, les cordages, et la pâte de bois fixent ensuite l’attention, et nous arrivons enfin au matériel de la navigation et du sauvetage. Les modèles de navire y sont très-nombreux et ils ont été disposés de sorte que le visiteur puisse se rendre bien compte du mode de construction.

L’exposition des produits alimentaires se compose des mêmes éléments que celle de la Suède ; on n’y voit pour ainsi dire que des conserves de poisson, du punch et des eaux-de-vie.


LES MACHINES.

Une des machines les plus remarquables est le rabot mécanique de MM. Jensen et Dahl, constructeurs à Christiania. A l’extrémité de la machine un ouvrier fait glisser rapidement une planche, pendant qu’à l’autre extrémité un second ouvrier doit tout aussi rapidement la saisir et l’enlever, admirablement lisse et unie. Cette machine, très-forte, rabote le bois sur les quatre faces à la fois; en même temps elle pratique rainures et languettes, applique aux planches une moulure en frise, en en diminuant l’épaisseur. La vitesse, suivant la force du bois, est de 10 à 30 mètres par minute ; le bois se trouve dirigé par quatre paires de grands rouleaux tournant chacun sur soi-même en poussant les planches les plus épaisses sans résistance.

Il va de soi que Je bois est également pressé, au moment de son passage sous le fer, et qu’un levier à roue permet de relever à volonté les rouleaux. Le bois est raboté en dessous par des fers fixes dans une pièce mobile, qui s’enlève instantanément dès qu’il est nécessaire de les affûter, et, pour parer aux inconvénients d’inégalités que présentent les bois mal sciés, un outil rotatif placé avant le fer fixe fait disparaître ces dernières. D’ailleurs, on peut se rendre un compte suffisant de l’excellent effet de cette machine, en examinant le bois norvégien exposé dans la section ; il a été tout entier raboté par cette machine. Ajoutons que les copeaux, au lieu d’être projetés en faisant de la poussière, tombent naturellement sous le bâti de la machine, sans engorger aucun organe.

Signalons encore un fort beau type de locomobile perfectionnée de la force de 6 chevaux, exposée par M. Oluf Onsum, de Christiania. Ce constructeur distingué s’est attaché principalement à simplifier le mouvement et les pièces de la machine, de façon qu’on puisse les démonter de la chaudière, même pendant que celle-ci fonctionne. Ces pièces sont en fer de Norvège, de la meilleure qualité, et d’une surface très-large. Grâce à l’étendue considérable de la surface de chauffe, et à des cylindres manchonnés, la machine réalise une économie très-sérieuse de combustible, et, comme le réservoir de vapeur est très-grand, les ébullitions sont complètement évitées. La machine est munie d’une disposition très-simple pour le changement de marche, et toutes les pièces qui supportent un frottement sont construites avec les meilleurs aciers de Suède.

Un autre type, de 8 chevaux, ne diffère du précédent qu’en ce que les organes du mouvement sont placés sous la chaudière, et montés sur un socle en fer forgé, ce qui permet de rendre à volonté la machine transportable ou fixe. Ce type offre l’avantage particulier d’éviter les causes de fuites, par suite de la suppression des trépidations de la machine, qui n’est plus fixée sur l’enveloppe de la chaudière, mais en est indépendante.

Les deux machines viennent d’obtenir chacune une médaille d’argent.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878