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Etats-Unis



LES BEAUX-ARTS.

M. Marius Vachon, dans le journal la France, a apprécié comme il suit l’exposition des artistes américains :
« Les Etats-Unis qui dans toutes les autres branches des connaissances humaines tiennent une si honorable place, qui ont des savants, des littérateurs et des poètes, seraient-ils réfractaires à l’art? Leur exposition ne contient pas d’œuvres originales attestant un tempérament artistique. Celles, au nombre de deux ou trois, qui font exception ne figurent dans cette section qu’en raison de la nationalité de leurs auteurs et appartiendraient plus exactement à l’exposition de la France, où ces artistes ont fait élection de domicile après avoir suivi les enseignements de nos maîtres il est évident que M. Bridgmann, dont les tableaux, les Funérailles d'une momie et Pharisiens et Publicains, sont très-remarqués, n’a d’américain que l’origine légale. N’en peut-on dire autant de feu M. Williet élève de Couture, qui n’a que fort rarement travaillé hors de France et auquel la Bretagne a fourni les sujets de la plupart de ses tableaux de genre ?

« MM. Hovenden et Ward sont élèves de M. Cabanel et font partie de la colonie artistique de Pont-Aven (Bretagne), qu’ils ne délaissent guère que pour Rome, Venise ou Naples. Les tableaux de ces artistes distraits de la section américaine, il reste fort peu de chose à mentionner, un portrait de M. Vinton, la Tonte des moutons en Bavière, de M, Shirlaw, d’une couleur agréable et bien composée ; un portrait de dame, de M. Porter; quelques paysages américains, de MM. Gifford, Wyantt; le Pont de Grez, de M. Bloomer; un tableau deM. Hamilton, le Grand spectacle, de M. Brown, composition pittoresque, bien dessinée, dont le coloris a de grandes qualités. Pour le reste, ce sont des études qui attestent évidemment beaucoup de 'bonne volonté et d’excellentes intentions ; mais nous n’y trouvons rien à critiquer ni à louer. »

Il y a encore, à notre sens, dans cette exposition excessivement restreinte, puisqu’elle ne compte que 156 tableaux et dessins, il y a encore, disons-nous, des œuvres qui méritent une mention.

Les Funérailles d'une momie, qui ont frappé M. Marius Vachon, sont en tous points dignes d’éloges ; le coloris y est chaud, c’est bien là le ciel embrasé d’Orient; mais l’artiste a su se garder de ces tons criards, de ces couleurs crues qui nous ont choqué dans plusieurs tableaux de l’exposition anglaise.

M. Brown a brossé un délicieux petit tableau de genre ; debout sur un trottoir, se 1 tiennent quatre bambins, donnant les signes du plus grand contentement. Que regardent-ils? un cirque qui passe.

Il était impossible de rendre avec plus de vérité les différentes nuances de la joie enfantine.

La Récolte du maïs, de M. Johnson, est très curieuse et très étudiée.

Sous le titre Solitude, M. Duna a rendu un très bel effet de Lune en mer.

La vue du Port de New-York, de M. Quartley, est très-regardée.

La Marguerite, de M. Sade, est un tableau de genre tout à fait charmant ; un incroyable est étendu sur l’herbe, auprès de lui, dans qjne pose gracieuse, une jeune fille interroge la marguerite.

C’est gai, c’est frais, c’est sentimental, c’est charmant, — et la peinture est bonne.


ENSEIGNEMENT, IMPRIMERIE, LIBRAIRIE, PHOTOGRAPHIE, MUSIQUE, GÉOGRAPHIE, ETC.

Il faut rendre cette justice aux États-Unis que, dans nul autre pays, l’enseignement n’est l’objet d’autant de préoccupations, d’autant d’intelligente sollicitude.
L’exposition collective de l’éducation des États-Unis a été préparée et organisée par les soins du commissaire général en personne, M. Mac Cormick.

Né à New-York en 1832, il s’était d’abord adonné aux affaires. A l’époque de la guéri o de Crimée, il visitait l’Europe.et en rapportait un volume de correspondances qui eut un très-grand retentissement sur notre continent. Il est également l’auteur d’un ouvrage intitulé : Saint-Paul à Sainte-Sophie, ou Impressions de voyage en Europe.

Cet esprit libéral, élevé, qui personnifie l’esprit du progrès américain, se retrouve à chaque pas dans l’exposition de l’enseignement. Tous les États sont représentés dans cet ensemble, où figurent à la fois les instituteurs et les maîtres de pension, et tous les industriels dont le travail se rapporte aux besoins de l’enseignement.
Du reste, on lit au frontispice de la salle qui est réservée à cette exposition : L'instruction publique est gratuite dans tous les États de l’Union.

En ce qui concerne la librairie, le visiteur peut constater dans la bibliothèque américaine les grands progrès réalisés de l’autre côté de l’Atlantique depuis l’Exposition de 1867. Ne se bornant plus, comme jadis, à contrefaire les livres publiés en Angleterre, les libraires de New-York, de Philadelphie, de Boston et des autres villes de l’Union éditent des magazines, des volumes, des journaux originaux, souvent illustrés avec le plus grand luxe de gravures faites en Amérique, et établis avec le plus grand luxe typographique. MM. Harper frères, Scribner, Armstrong, Lippincott et Osgood notamment méritent les plus grands éloges pour leur exposition, disposée avec goût par M. Terquem, agent parisien des éditeurs américains.

Ne quittons pas les livres sans mentionner le casier à livres pivotant de Danner. Ce casier a quatre faces, chacune porte quatre étages de rayons sur lesquels on place les ouvrages d’un usage quotidien. D’un léger mouvement de la main, vous faites tourner le casier, suivant que vous désirez tel ou tel volume. Ce meuble se place par conséquent à côté du bureau ou de la table de travail, il est d’une commodité incontestable.

En fait de publications utiles, nous remarquons encore le Journal d'éducation de Boston, l’Astronomie physique illustrée, de M. Léopold Trouvelot, etc., etc.

La photographie est très-largement représentée, et elle est digne de tous les éloges.

Dès l’entrée, les yeux se portent sur une véritable abondance de photographies de toutes dimensions, parmi lesquelles nous remarquons les photographies de M. Sarony, les photographies émaillées de M. J. Gurney, de New-York, dont les couleurs sont inaltérables à l’air et à l’humidité, et des portraits, notamment ceux du président Hayes et de Mme ilayes, de M. Landy, de Cincinnati; les gracieux portraits d’enfants de M. Joshua Smith, de Chicago, etc. Plusieurs de ce,s exposants présentent en même temps quelques dessins et portraits au fusain d’une bonne exécution.

11 faut citer aussi à la vitrine de M. Gutekunst une très-belle photographie du président Lincoln.

La musique est représentée par d’excellents pianos de Meyer et fils, de Philadelphie, et par des orgues de salon des maisons Estey, de Brateleboro, et Mason et Hamlin, de New-York.

Les classes de la médecine, de l’hygiène et de la géographie ne présentent rien d’extraordinaire ; exceptons-en toutefois les splendides dentiers de M. Samuel White, si naturels qu’ils font songer au lion de l’Ecriture quærens quem devoret.


MOBILIER, VÊTEMENT ET ACCESSOIRES.

Les meubles sont rares, témoignent d’un faible sentiment artistique, mais d’une entente raffinée du confortable. Nous signalerons seulement les sièges et les lits articulés, dont les dossiers se baissent, se lèvent, se ploient au gré de la personne qui désire y reposer son corps ; secours précieux pour les malades qui ont des reins endoloris à ménager.

La tapisserie, la céramique, la cristallerie ne nous arrêteront pas ; la coutellerie fait miroiter devant nos yeux une foule de petits objets en or et en argent d’un grand fini de travail; à côté sont les plumes et porte-plumes de même matière, petits chefs-d’œuvre de goût et de commodité, apportés par MM. Fairchild et Cie, de New-York, et par MM. Aiken, Lambert et Cie.

L’orfèvrerie est surtout personnifiée par le nom de Tiffany et Cie, de New-York; mais elle l’est de façon à nous donner une haute idée des progrès de cet art industriel dans le Nouveau-Monde. Bijoux, argenterie de table massive ou ruolz, joaillerie, horlogerie de salon ou de poche, bronzes d’art, sertissage et taille de pierres fines, cette exposition Tiffany comprend un peu de tout, et nous montre en chaque genre des spécimens très-remarquables. Il faut le dire d’autant plus hautement, que les articles exhibés sont tous pris dans la fabrication courante et non des pièces soignées à dessein en vue de l’effet de humbug à produire en Europe.

Nous reproduisons un dessin du Vase de Bryant, dont une copie électro-galvanique figure dans cette vitrine. On sait que ce vase fut offert au grand poète journaliste William Culten Bryant, en l’honneur de sa quatre-vingtième année. J1 était le produit d’une souscription rassemblée dans tous les États de l’Union et l’ouvrage de la maison Tiffany. Les dessins symbolisant la vie du poète sont exécutés au repoussé avec une finesse et une harmonie admirables.

Non moins remarquable est la reproduction de la collection cypriote, bijoux antiques trouvés à Carium par le général di Cesnola, et actuellement en possession du musée métropolitain de New-York. L’imitation faite par MM. Tiffany fait complètement illusion.

Nous n’étonnerons pas le lecteur en lui annonçant la richesse de la classe des tissus. Nos fabricants français, comme ceux d’Angleterre, disent assez haut combien devient menaçante la concurrence qui leur est faite sur nôtre marché par les cotonnades et les soies des Etats-Unis. Ce n’est pas nous, consommateurs, qui les plaindrons. Les vêtements sont^ intéressants, mais plutôt par les étrangetés de la coupe et de la forme. Une vitrine de patrons illustrés, en papier, exécutés comme des costumes d’étoffe, avec une perfection telle que l’œil s’y méprend, excite l’admiration des visiteurs. Conçus d’ailleurs avec un goût parfait par leur auteur, Mme Demorest, ils offrent, nous dit-on, beaucoup d’économie aux femmes qui veulent confectionner elles-mêmes leurs costumes.

Une des originalités américaines les plus curieuses, c’est le parasol Palmer, qu’on n'a pas la peine de porter, qui s’adapte à la taille, aux épaules, et ombrage complètement la tête, ce qui épargne aux jolies mains le poids, si léger déjà, de l’ombrelle ou de l’en-tout-cas.

Aimez-vous les appareils de sauvetage? Voici celui de David Kakwiler, une sorte de veste avec manches, qui maintient forcément la tête hors de l’eau. Une autre curiosité, c’est le corset Warner Bros, de New-York, à bretelles ; ces bretelles soulagent sans doute les personnes opulentes, mais elles doivent gêner les jolies miss désireuses de se décolleter.

Des articles de voyage, il y a peu à dire ; l’Américain et l’Anglais ont poussé très-loin la science du confortable ; témoin les malles si ingénieusement combinées de Simon et frères, de Newark.

Entrons dans la classe, des armes. Voici d’abord la vitrine Remington, très-belle collection de revolvers et de pistolets richement montés en ivoire, nacre, argent ou or, gravés, niellés, etc., et des échantillons du fusil connu ; puis celle de la société des carabines Scharps (Bridgeport), celle de John Lowel et fils (Boston), enfin celle du fusil Springfield, adopté par l’armée des’Etats-Unis ; le grand avantage qu’offre cette arme, c’est la facilité avec laquelle, le coup tiré, le culot de la cartouche s’enlève et saute à une assez grande distance au moment où l’on relève le chien. C’est le système déjà appliqué chez nous au fusil Gras. A côté se trouve le revolver Owen Jones, de Philadelphie, qui se débarrasse automatiquement des cartouches brûlées et de celles-là seules, naturellement.


PRODUITS BRUTS ET OUVRÉS DES INDUSTRIES EXTRACTIVES ET MÉCANIQUES.

Il serait fastidieux d’entrer ici dans les détails des nombreux objets compris sous cette rubrique. On sait assez à quel degré de perfection les Américains ont porté la fabrication des instruments usuels en métal. Leurs serrures et leurs clefs minuscules sont renommées ; leurs limes, leurs pinces ne le sont guère moins. La société du Granite iron ware montre des spécimens remarquables d’ustensiles de cuisine et de ménage en tôle émaillée, d’une légèreté extraordinaire et d’une propreté sans rivale.
Les poêles, les fourneaux de cuisine témoignent d’une science du confortable plus achevée peut-être que celle des Anglais.

Parmi les produits des forêts, citons le sumac et un frêne spécial à l’Amérique, qui donnent des bois à la fois souples, élastiques, légers et solides, précieux pour la carrosserie et le charronnage. Nous n’avons trouvé rien d’exceptionnel dans les pelleteries et les fourrures. Les tabacs sont très-variés et très nombreux. Ceux de Virginie nous paraissent supérieurs à tous les tabacs vantés et connus; en tout cas, ils valent peut-être mieux que les tabacs d’Orient.

Les laines sont de belle qualité ; nous engageons les connaisseurs à parcourir dans l’annexe agricole, la longue série de casiers où elles sont toutes méthodiquement rangées et étiquetées ; ils y trouveront aussi les variétés de coton et de soie récoltées dans l’Union.

Les produits chimiques sont ici, comme partout, encombrants et bruyants. Voici le bromo chloralum, l’iodo bromure de calcinjm de Tilden, les huiles de menthe pure de Hotchkiss, le cosmolubric, huile déjà très employée et très estimée par les constructeurs de machines ; elle sert actuellement à lubrifier tous les organes de celles qui fonctionnent à l’Exposition; puis le borax, l’huile de ricin, la glycérine, et toute la longue série des produits utilisés par la pharmacie et l’industrie.

Dans la classe des cuirs et peaux, nous trouvons un extrait estimé, le hemlock, de la maison Yung et Cie; il paraît qu’il est très-utilisé par les tanneurs américains et que ceux-ci lui doivent la beauté de leurs cuirs, beauté obtenue plus économiquement.


MACHINES ET CONSTRUCTIONS MÉCANIQUES.

Cette partie de l’Exposition américaine, quoique peu fournie, renfermé des appareils extrêmement intéressants, tels que le perforateur de charbons dans les mines, de la Lechner Mining machine Cie, les balances de Howe Scale, l’appareil électrique à nickeler, de Weston, les machines gazeuses de Mathews, les injecteurs et les éjecteurs Friedmann, de Nathan et Dreyfus, etc.

L’une des attractions de cette classe est la machine de Clough et Williamson (Newark), qui, avec un fil de fer, d*un seul coup, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous confectionne un tire-bouchon léger, élégant, et si solide qu’il perce une planche.

Remarquons tout près de là une excellente machine à tailler les queues d’aronde, exposée par MM. J. Fay et Cie, de Cincinnati. Notre dessin en montre la disposition peu encombrante et d’une simplicité remarquable. Son travail est parfait; elle coupe sur les deux côtés et de face, par la même opération, une queue d’aronde parfaitement régulière sur un morceau épais de 3,177 centimètres et large de 29,48 centimètres. Quand il s’agit de tiroirs étroits, elle fait en même temps deux côtés et deux faces avec exactitude et rapidité. L’opération s’accomplit en élevant ou abaissant le levier avec la main.

A côté fonctionne une machine qui obtient l’un des plus vifs succès de curiosité. C’est la presse à estamper le fer-blanc et la tôle, et à faire d’un seul coup les boîtes à sardines , les seaux et autres vases d’usage analogue. Elle est exposée par MM. Blis et Williams, de Brooklyn. Étonnante la rapidité avec laquelle la feuille métallique se transforme, sous le choc du piston, en une boîte absolument .et rigoureusement régulière. C’est fait avec la rapidité de l’éclair.

Vous n’oublierez pas non plus une charmante petite machine, un bijou mécanique, qui s’adapte au rebord d’une table, d’une balustrade, etc., et qui pèle les pommes. Ce n’est qu’en Amérique qu’on trouve ces inventions. C’est à peine grand comme cette feuille de papier ; votre main, prenant la manivelle, fait opérer un tour à la roue, et la pomme est pelée. Le fruit tombe aussitôt, automatiquement écarté par le repoussoir, dans une corbeille placée pour le recevoir.

La machine à mouler, pour toutes espèces de métaux, exposée par MM. Aikin et Drummond, de Louisville, marche à la main ou à la vapeur et pèse à peu près 600 kilogrammes; c’est une création ingénieuse.

Nous ne pouvons passer sous silence la machine à écrire dite Type Writer ; c’est encore l’un des étonnements de cette section américaine si fertile en surprises. Une jeune fille, assise devant une sorte de piano, promène le doigt sur un clavier, dont chaque touche porte une lettre, ou un chiffre, ou un signe de ponctuation : ce mouvement suffit pour que ce caractère se trouve écrit typographiquement sur le papier. Cette machine se prête à tous les besoins et doit être d’un précieux secours pour tous ceux qui sont obligés d’écrire vite et beaucoup. Le résultat est remarquable : l’écriture ainsi produite est une sorte d’impression en caractères typographiques majuscules, très nette, très lisible, infiniment plus facile et rapide à déchiffrer que le manuscrit le plus soigné.

Rien de moins compliqué que le mécanisme et l’opération; 44 touches sont rangées sur quatre lignes, formant ainsi un clavier dont on peut jouer des deux mains. La lettre qu’elle doit marquer est très-nettement gravée sur chaque touche; il n’y a pas de méprise possible. Le doigté est à la fois plus facile et plus rapide que celui du piano; du reste, il suffit de trois ou quatre jours d’exercice pour arriver à écrire 40 à 50 mots par minute. Il n’est guère de plumes même très alertes qui en fassent autant.

Ce qui nous semble constituer l’avantage supérieur de cette machine, déjà très perfectionnée a près beaucoup de pratique, c’est qu’elle épargne toute fatigue a l’écrivain. Ceux qui ont la main nerveuse et ils sont légion, seront de notre avis. Ajoutons qu’il n’y a pas ici d’encre à verser ou qui se dessèche ; on ne se salit ni les doigts ni les vêtements ; enfin la trépidation d’un wagon ou d’un vaisseau ne l’empêche pas d’écrire, alors qu’elle rend impossible l’usage de la plume.

Cette machine est en service dans beaucoup d’administrations, de journaux et chez de nombreux particuliers. Tous les possesseurs en semblent également enchantés. A Paris, on peut la voir fonctionner et se la procurer chez MM. Williams et Cie, 1, rue Caumartin.

La Compagnie des machines à écrire « Type Writer » est représentée à l’Exposition par MM. John, G. Rollins et Cie, négociants américains à Londres, qui sont les agents européens des principaux fabricants de machines agricoles, d’outils et autres des États-Unis.

Parmi ces outils, citons les fourches américaines de Batcheller, qui sont devenues si promptement populaires, dès qu’on a pu apprécier leur extrême légèreté, jointe à une élasticité et à une résistance étonnantes. Leurs manches sont faits de ce frêne d’Amérique dont nous citions tout à l’heure les précieuses qualités de force et de légèreté. L’acier formant les dents de ces fourches est d’une trempe toute spéciale, dans le secret de laquelle il faut chercher la raison de leur élasticité extraordinaire. M. Pilter, le dépositaire de la rue Alibert, à Paris, en jette quotidiennement de véritables quantités dans la circulation, où elles sont accueillies avec une faveur croissante et justifiée.

MM. Rollins ont encore installé une vaste collection de bascules et de balances de tous les formats, système Fairbanks, depuis celle qui pèse quelques grammes d’épicerie, jusqu’aux gigantesques bascules à ponts qui supportent- 200,000 kilogr. La qualité distinctive de ces engins de pesage est leur grande précision. Joignez-y une extrême solidité, de l’originalité dans les formes, un® très-grande élégance d’aspect, beaucoup d’éclat, une très-grande facilité dans la manutention, et vous aurez à peu près une idée de cette brillante exhibition, qui d’ailleurs a remporté les plus hautes récompenses partout où elle a voulu concourir.

Citons aussi, parmi les importations de la maison Rollins, d’originales chaises-tables, d’un ingénieux système, pour enfants; puis des voitures d’enfants à capotes, fort gracieuses et très-légères; des serrures, des scies à main, des pompes qui permettent d’envoyer l’eau dans les fermes à des distances et à des hauteurs surprenantes ; des presses à fourrages, la tondeuse de gazon connue sous le nom de « the Archimedean », enfin des semoirs, des râteaux à cheval, des charrues et cultivateurs, des bêches et défonceurs, des coupe-racines, etc., enfin tout l’arsenal des exploitations agricoles.

Viennent ensuite les appareils de la mécanique générale et les machines-outils; les métiers à tisser, puis les machines à coudre. Parmi celles-ci, remarquons le brodeur-princesse, complètement en acier et d’un usage impérissable. En outre du coton à coudre ordinaire, son fonctionnement n’exige qu’un seul fil de la grosseur et de la couleur nécessaires. Il fabrique ainsi la tresse et la ,fixe dans une seule et même opération.

L’exposition du matériel des chemins de fer attire justement l’attention. C’est large, aéré, doux au roulement; on circule d'un bout à l’autre des trains ; les banquettes rembourrées, sur lesquelles on s’assoit durant la journée, deviennent des lits quand arrive le soir ; on se réunit dans un wagon-salon, où l’on peut causer, écrire, lire, en un mot vivre en voyage presque comme dans sa propre demeure.


LE PHONOGRAPHE.

Le phonographe se compose, comme le téléphone, d’un appareil récepteur et d’un transmetteur, entre lesquels se trouve l’appareil enregistreur, l’âme de l’instrument. « L’appareil récepteur, dit un de nos plus éminents confrères, M. A. Vernier, est un tube courbé, à l’extrémité duquel il y a un entonnoir dans lequel on parle. Au bout du récepteur, il y a une ouverture de deux pouces environ de diamètre fermée par un diaphragme ou disque métallique extrêmement mince, qui vibre avec une grande facilité.

« Au centre de ce diaphragme est fixée une aiguille d’acier qui se meut en même temps et de la même manière que le centre du diaphragme. L’appareil est posé sur une table juste en face de l’enregistreur. Ce second appareil est un cylindre de bronze dont la surface porte des rainures en forme d’hélice ; la longueur totale de cette rainure est de 42 pieds ; si on l’étendait sur une ligne continue horizontale, c’est là environ la distance qu’elle couvrirait.

« Le cylindre couvert de ces rainures, en forme de vis, est monté sur un axe horizontal, et l’aiguille de l’appareil récepteur, placée comme nous l’avons dit au centre du diaphragme -vibrant, s’y appuie légèrement. Le cylindre est ainsi disposé que l’aiguille porte dans la rainure et que le cylindre peut être animé, par un mouvement d’horlogerie, d’un mouvement de rotation, en même temps que d’un mouvement de translation horizontale, de telle sorte que l’aiguille reste toujours engagée dans la rainure de l’enregistreur.

« Pour enregistrer les vibrations de l’aiguille, il faut que le fond de la rainure, dont les diverses parties passent successivement devant l’aiguille vibrante, reçoive en quelque sorte l’empreinte de la vibration, que les ondes sonores s’y dessinent, qu’elles y tracent une courbe formée de parties successivement ascendantes et descendantes. Pour cela, on s’arrange pour que l’aiguille, en vibrant, exerce une légère pression sur une feuille mince d’étain : cette feuille qui enveloppe tout le cylindre est inélastique, elle reçoit une sorte d’impression, chaque oscillation de l’aiguille y produit un creux, une sorte de petite vallée.

« Quand le cylindre a achevé sa course, toutes les paroles prononcées dans le récepteur se sont imprimées dans la longue rainure hélicoïdale; celle-ci a rendu une sorte de gravure naturelle, et les moindres inflexions de cette gravure ont leur importance, puisqu’elles sont la trace permanente d’une onde sonore. Si les sons ont été forts, les marques seront profondes; s’ils ont été légers, elles seront plus légères; la petite vague linéaire tracée par l’aiguille dans l’étain sera l’image fidèle des vagues sonores.

« C’est là une véritable impression, durable et immuable, de tout ce qui peut sembler le plus difficile à fixer, de la voix. La reproduction des sons qui ont formé cette impression se fait dans le troisième appareil, dans le transmetteur.

« Il faut se figurer un tambour conique métallique avec la grande extrémité ouverte et la petite extrémité de deux pouces de diamètre recouverte en papier. Devant ce diaphragme en papier est un léger ressort en acier vertical et terminé par une aiguille qui ressemble à celle du diaphrame du récepteur. Le ressort est mis en rapport avec le diaphragme en papier du transmetteur, au moyen d’un fil de soie convenablement tendu.

« Cet appareil est placé devant le cylindre du récepteur. Les choses sont disposées de telle manière que l’aiguille de l’appareil transmetteur recommence exactement la même course que celle de l’aiguille du diaphrame récepteur. La pointe d’acier suivra la pointe ondulée qui se déroule devant elle ; elle vibrera et recommencera dans le même ordre tous les mouvements qui se sont imprimés sur la trace qui lui est marquée.

« Des vibrations se communiqueront au diaphragme de papier, et il en résultera une série d’ondes sonores tout à fait semblables à celles qui ont été imprimées sur la feuille d’étain. On entendra," chose merveilleuse, sortir des mots du tambour conique, altérés cependant et empreints d’un,timbre métallique. Si le cylindre se meut la seconde fois plus lentement que la première, la voix gagnera en gravité ; s’il se meut plus vite, elle deviendra plus aiguë.

« Tel est exactement l’appareil de M. Edison; on comprend que le phonographe est un instrument bien autrement délicat que le téléphone ; il doit être construit avec la précision d’une montre ; il faut que le mariage entre le mouvement vibratoire des aiguilles soit du récepteur, soit du transmetteur avec la rainure hélicoïdale du cylindre se fasse avec une admirable précision ; l’aiguille qui imprime la voix doit avoir un mouvement aussi doux que facile; l’aiguille qui la recueille, si je puis me servir de ce mot, doit presser, mais aussi légèrement que possible, sur la petite surface ondulée qui lui imprime la vibration qui se métamorphose en vibrations sonores... »

Autre invention de M. Edison : la plume électrique; elle consiste en un petit appareil électro-magnétique renfermé dans une enveloppe métallique et fixé au sommet d’un tube qui se termine par une pointe à son extrémité inférieure. Si on promène la plume sur une feuille de papier reposant sur du papier buvard, on peut écrire comme avec la plume ordinaire.

Les caractères tracés ainsi sont formés d’une série de trous innombrables, qui constitue un cliché parfait; on n’a plus qu’à traiter ce dernier comme un cliché ordinaire pour obtenir une autographie irréprochable par la netteté et la pureté des traits.

La force motrice qui conduit l’aiguille de la plume, est empruntée à une pile de Bunsen, de deux éléments.

La vue de nos gravures fera suffisamment comprendre le fonctionnement de cet appareil ; son utilité et son efficacité ont été constatées par de nombreux établissements. Nous croyons cette invention appelée à un avenir.


LES MACHINES AGRICOLES.

Il est indispensable de s’arrêter devant les belles machines agricoles de l’Amérique.

Les noms de Wood, Osborne, Collins, Mac-Cormick, Springfield, etc., sont connus dans le monde agricole.

Les vastes exploitations des immenses territoires yankees ont obligé de bonne heure leurs propriétaires à remplacer la main de l’homme par l’action plus rapide et plus puissante des machines. La vapeur a joué bien vite son rôle dans le labourage et le battage ; les chevaux sont venus traîner les faucheuses, les faneuses, les râteaux, les moissonneuses, les lieuses, etc. L’homme s’est borné uniquement à les diriger. Nous ne comparerons pas entre elles toutes ces machines; mais on nous permettra d’attirer l’attention sur l’exposition de Johnston Harvester et Cie, de Brockport, New-York.

La moissonneuse Johnston avait obtenu le 1er prix en 1874, au concours de Mettray; la faucheuse combinée en moissonneuse, dite la Merveilleuse, y reçut le grand prix d’honneur et une médaille d’or de 1,500 francs. Ces visiteurs spéciaux s’en souvenaient et voulaient savoir quels nouveaux perfectionnements avaient pu être ajoutés à cette machine.

Ils ont appris l’évolution commencée dans la mécanique agricole par la substitution à la fonte du fer forgé qui donne un outil plus solide et plus léger; c’est là le secret du succès obtenu par la moissonneuse Johnston qui a pris l’initiative de cette évolution.

Il suffit d’examiner notre dessin pour se rendre un compte facile des qualités qui ont rendu la Merveilleuse si populaire et si utile. Sa puissance, qualité dominante, et sa solidité se manifestent au seul aspect des fortes et grandes roues motrices de la membrure et des pièces de traction ou d’effort, toutes en fer forgé : bielle incassable, organes de transmission couverts et à l’abri de la terre, des pierres, de la paille, et autres accidents ; tirage facile pour deux chevaux dans les récoltes les plus exubérantes, sur les champs humides ou raboteux; mouvement lent ou rapide à volonté ; marche silencieuse, telles sont les particularités qui distinguent cette machine et justifient son nom. D’ailleurs il n’est pas un acquéreur qui n’ait spontanément exprimé sa satisfaction des services de cet instrument aux vendeurs, MM. Deeker et Mot (168, boulevard de la Villette, Paris).

La Merveilleuse fauche par jour 4 hectares de prairie et moissonne 6 hectares de céréales. Au dernier concours de la présente Exposition, à Mormant, la Johnston a révélé une aptitude nouvelle : le sort lui avait assigné le plus mauvais des 35 lots destinés aux 35 concurrents ; c’était un champ dont la récolte était versée, roulée, enchevêtrée au point que son propriétaire la déclarait inattaquable. La Johnston l’a complètement moissonnée, non sans effort. Le ministre de l’agriculture a manifesté hautement sa satisfaction qui a été partagée par le jury.


PRODUITS ALIMENTAIRES.

L’Amérique est un des pays les plus favorisés au point de vue des productions de la terre ; il serait difficile de rencontrer autre part une si grande variété, un choix si considérable entre des produits généralement d’une qualité tout à fait supérieure.

Les céréales sont représentées par de très-beaux blés, maïs et farineux de toute sorte. Sous forme de pâtes sèches et de biscuits, MM. E. J. Larrabee et Cie, d’Albany, exhibent des produits on ne peut plus appétissants.

Une très-curieuse exposition, qui intéresse toutes les ménagères, est celle de la maison Fairbanks, dont les saindoux sont si connus?

De Chicago, où la maison a son usine, et où il lui arrive chaque jour une innombrable quantité de commandes, le saindoux arrive au Havre, seul et unique lieu de dépôt pour toute l’Europe.

MM. Fairbanks ont eu une ingénieuse idée qui les a fait bénir de tous les bébés ; ils ont fait distribuer de petits vases en fer-blanc de divers modules représentant les récipients dans lesquels ils enferment leurs produits.

Voici maintenant le homard de la Reine, excellente conserve exposée par MM. Burnham et Morrik, de Portland (Maine) ; elle est très-recherchée des gourmets, et, grâce à elle, les amateurs de homard peuvent en toute saison satisfaire leur goût favori.

A côté, on trouve the coming meat; c’est la galantine de Saint-Louis, qui a le même goût que le jambon, avec des qualités plus nutritives.

Elle se compose de viande cuite dans son jus, désossée et assaisonnée, de sorte que, telle qu’on la livre, elle est mangeable en toute occasion, comme les viandes froides.

Un autre produit similaire est le jambon de Saint-Louis, qui est particulièrement recherché pour les sandwichs.

Maintenant, saluons la maizena; c’est une farine de maïs, contenue dans, d’élégantes petites boîtes, analogues à nos paquets ordinaires de chicorée. La Glen Cove Manufacture Company, de New-York, acclimate parmi nous cette utile substance.

La maizena a pour elle un goût fin, exquis, une grande force nutritive, et en raison des corps gras que contient le maïs, elle économise sensiblement le beurre dans la cuisine. Ajoutons qu’elle est d’une blancheur éblouissante.

C’est aussi de Chicago que viennent les boîtes de viande conservée et cuite en vases clos à l’étuve, de MM. Vilson. Cette maison soigne avec sollicitude la préparation du bœuf, des langues, du veau, du jambon, qu’elle renferme dans les boîtes métalliques à sa marque. La viande se conserve indéfiniment, sans altération, et quand on la sort de son enveloppe, elle est rose, d’aspect agréable, et ses émanations flatteraient l’odorat le plus rebelle.

Laissons aux connaisseurs le soin d’examiner les nombreux échantillons de vins, bières, wiskey; passons à une curiosité d’un autre ordre, — la dernière, — que nous allions oublier.

Un marchand de chocolat a exposé un livre géant qui n’est ouvert que de 2 à 4 heures et qui contient 2,000 sortes de bonbons et chocolats fabriqués à New-York.
Sur la couverture de ce livre, relié en bois solide avec fermoir en cuivre, on lit :
Voyage dans l’ile des plaisirs Tome XXXI (1878) by Henry Maillard.

Cet exposant a fait confectionner en chocolats le vase de Médicis.

Ce vase est fort bien fait, seulement son socle nous a paru furieusement écorné; la raison en est bien simple, il se trouve juste à la hauteur des jeunes bouches ; or, comment résister au plaisir de donner un coup de dent en passant?

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878