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Anglaise


Anglaise à l'exposition de Paris 1878

LES BEAUX-ARTS.

M. Marius Vachon a écrit dans le journal « la France » les lignes suivantes qui nous paraissent contenir un jugement très-sensé du genre anglais.

« Quand on parcourt la section anglaise des beaux-arts, l’esprit est frappé immédiatement d’un fait singulier qui ne se présente point ailleurs d’une manière aussi évidente : c’est le « particularisme. »

« L’influence d’aucun maître ne paraît avoir créé ce Courant général que l’on observe dans chaque école, courant qui, tout en laissant à chacun sa spontanéité d’impression, son originalité individuelle, impose au groupe une esthétique spéciale, dont l’influence se manifeste par une similitude originelle de procédés, de formes et de conception. Il est incontestable, toutefois, qu’il se trouve dans toutes les productions de l’art anglais, nous n’osons écrire école, un cachet général qui ne permet point l’incertitude sur la nationalité de leur auteur. Mais, à part quelques exceptions de copistes, d’imitateurs serviles ou inintelligents, dont l’esprit pesant et irrésolu ne peut s’appliquer qu’à ce métier facile, chaque artiste suit instinctivement l’impulsion de ce tempérament original, primesautier, inventif et audacieux qui caractérise, à un si haut degré, la race anglo-normande.

« C’est cette indépendance de caractère, cette mobilité d’esprit et de sensation qui donnent à la physionomie des Anglais ce cachet de vivacité, d’imprévu, de fantaisie piquante, de simplicité pittoresque et naïve, ce charme singulier et indéfinissable qui plaisent si fort et attirent invinciblement vers eux. Toutes ces qualités, nous les retrouvons dans leurs œuvres artistiques. Il y a bien souvent de l’exagération, de l’excentricité même, le but est parfois dépassé ; mais on se sent facilement porté à l’indulgence pour ces erreurs et ces défauts, en considération des qualités incontestables et sérieuses que les œuvres révèlent. »

Nous avons pris plaisir, avant de dire notre sentiment propre, à citer ces lignes qui entrent si bien dans notre sentiment, et aussi, croyons-nous, dans celui du public.


LA PEINTURE A l’HUILE.

Un tableau de la première salle qui attire beaucoup de visiteurs, c’est celui de M. Crofts (n° 58 du catalogue) et qui s’intitule : — Le Matin de la bataille de Waterloo.

Il représente d’une façon très-vraie ce qu’est la guerre, ce qu’est la vie de soldat; ce n’est pas idéalisé, mais ce n’est pas d’un réalisme exagéré, c’est simplement vrai.

L’Empereur, assis sur une chaise de paysan, le coude gauche appuyé sur une petite table de bois blanc, le doigt fixé sur une carte, écoute un paysan qui le renseigne ; l’Empereur a les pieds posés sur un peu de paille, à côté de lui brûle un maigre feu de campement.

Tout autour, des soldats de la garde; les uns couchés à terre sommeillent encore ; les autres s’éveillent et se lèvent; l’air fatigué du soldat qui sort de son lourd sommeil, le léger désordre de l’uniforme, les plis qui fripent le drap, tout cela est exactement et soigneusement rendu.

Dans le lointain, on aperçoit les vedettes anglaises faisant face à nos dragons. Plus loin encore, des incendies; à droite, de l’autre côté de la route, des troupes françaises attendent les ordres.

A terre, à moitié dans un fossé, le cadavre d’un soldat anglais.

La Pointe de Jerbourg (n° 27), de M. Brett, nous plaît beaucoup comme composition et comme coloris, il y a un très-bel effet de mer.

Nous aimons beaucoup aussi les grands rochers du même artiste, Mount’s bey (n° 8);. ces grands blocs fendus, avec leur mousse, leurs herbes de diverses couleurs et leurs teintes variant au gré du jour, sont très-vivants.

La Noce du marin(n° 189),par M. Morris, est bien grise, bien grise ; mais l’idée, à la fois élégiaque et philosophique, est bien rendue.

Un joyeux marin, donnant le bras à sa jeune épousée, suit la plage pour retourner au logis ; il danse, et les gens de la noce qui le suivent, des matelots aussi, dansent comme lui.

Pourtant, la mer bouillonne et la vague irritée vient expirer menaçante aux pieds de ces braves gens qui s en moquent pas mal. Est-ce que des matelots ont peur?

Seule, la jeune épouse est un peu émue et, en cachette, d’un œil peu rassuré, elle regarde lamer et elle a l’air de dire : Pourvu qu’un jour tu ne me prennes pas mon bonheur!

Sir Francis Grant, président de l’Académie royale des arts, est un portraitiste de grande et vieille renommée. La Chasse de Cottesmore qu’il expose au Champ de Mars rappelle forcément sa Chasse de Melton et surtout son Rendez-vous de chasse de Sa Majesté, exposé à l’Académie en 1837, et qui réunissait dans son cadre quarante-six portraits de sportsmen célèbres. La galerie des Beaux-Arts, outre un excellent portrait de lord Gough, possède de sir Francis Grant une grande toile représentant S. A. R. le duc de Cambridge à la bataille de l'Alma.

La Nuit du samedi à Londres, de M. Barnard (n° 19), est un tableau qu’il faut voir par curiosité, surtout si on ignore Londres et la vie anglaise.

Mistress Butter, expose un tableau militaire : Le Retour d'Inkermann (n° 30), il y a des têtes de blessés très-étudiées.

Le Daniel dans la fosse au lion, de M. Rivière (n° 232), est très-regardé ; on trouve là, en effet, un contraste de lumière assez curieux.

L’Apothicaire, de M. Marcks (n° 161), est une composition très-remarquable comme conception et comme exécution. La figure est bien rendue et le peintre a eu le bonheur de saisir complètement la pose d’immobilité et la fixité de regard de l’homme qui mesure goutte à goutte la dose de liquide qu’il convient d’introduire dans la potion qu’il prépare.

Médisance, de M. Storey (n° 247), est un amusant tableau de genre. Plusieurs personnes, hommes et femmes, sont réunies dans la chambre d’une malade et s’occupent à causer du prochain tout en prenant le thé.

Les poses, les regards malicieux, les confidences faites à voix basse, tout cela est indiqué; quand vous fixez un instant le tableau, il vous semble que les personnages vivent, vous les voyez se mouvoir, vous les entendez parler.

Pendant qu’ils sont affairés à jaser, un monsieur et une dame entrent, — ceux-là précisément dont ils médisent, — ils ne s’aperçoivent pas même de leur entrée.

M. Ward expose un tableau historique : Lady Russel et Charles II (n° 255), c’est une sérieuse peinture, un peu en couleur cependant ; l’expression d’anxiété de Lady Russell émeut.

La cour d’une maison Copte (n° 144) ceci est un tableau à part; l’auteur, M. Lewis, a voulu faire du coloris et il y a réussi, disons-le ; très-curieuse cette cour où tout le monde, gens et bêtes, vivent en commun. Voulez-vous faire de la couleur, choisissez un sujet oriental.

M. Levis l’a compris ; aussi trouvons-nous à deux pas un autre tableau de lui, le Repas de midi (n° 146), qui est emprunté également aux pays du soleil.

Des orientaux sont accroupis autour d’une table littéralement chargée de fruits de toutes sortes : pêches, melons, raisins, etc., etc.; naturellement, l’artiste a choisi les fruits dont les couleurs voyantes devaient prêter le plus au contraste ; mais si chaque objet pris isolément paraît très-étudié et très-réussi, l’ensemble forme un tout bien criard et qui tire passablement l’œil.

Voici deux tableaux de M. Millais qui attirent beaucoup les regards des visiteurs.

D’abord Dans les montagnes d’Écosse (n° 174); paysage très-étudié et rendu avec beaucoup de bonheur; la nature, dira-t-on, est un peu, dans des pays comme l’Ecosse, le collaborateur des artistes, en ce sens qu’elle leur fournit à chaque pas des tableaux tout conçus ; sans doute, mais l’exécution en est si difficile !

M. Millais a bien rendu ces hautes herbes, ces marécages après la pluie ; dans un coin du tableau, l’arc-en-ciel annonce que l’orage est terminé ; en effet le ciel s’éclaircit et, dans le fond, bien dans le lointain, les belles montagnes d’Ecosse achèvent de se dégager des nuages qui les coiffaient.

L’autre tableau de M. Millais est intéressant au point de vue historique. Il représente (n° 173) Un garde royal de la tour de Londres, avec son costume rouge, sa fraise et sa toque. Belle peinture qui était difficile à rendre.

M. Landseer a peint un tableau saisissant, au bas duquel il a écrit : l'homme propose et Dieu dispose.

Ce tableau (n° 128) représente une de ces terribles scènes qui doivent trop souvent se passer dans les mers polaires.

Un mât, avec un morçeau de pavillon — tout ce qui reste, hélas ! d’un vaisseau englouti, — émerge du milieu de plusieurs blocs de glace soudés par le froid.

Deux ours blancs rampent sur ces glaçons et l’un d’eux attire avec ses griffes le lambeau d’étoffe.

Tout autour une atmosphère sombre et partout la solitude.

La Catapulte (n° 218), de M. Poynter, est très-regardée. C’est tout à fait de l’histoire ancienne, mais avec de pareils sujets on est assuré d’avoir toujours devant son tableau nombre de spectateurs, enchantés, — et cela se comprend d’ailleurs très-bien, — de voir des instruments de guerre d’autrefois dont les livres ne vous font pas toujours bien saisir le mécanisme.

Le sujet est d’ailleurs très-exactement et très-savamment traité. La charpente de la catapulte en explique bien la composition et on distingue parfaitement le lourd bélier qui va être lancé contre les murs assiégés.

Le même M. Poynter expose (n° 216) sous le titre : Israël en Égypte, un tableau qui fait la joie des amateurs de couleurs.

Le peintre avait beau jeu avec le soleil de plomb d’Égypte, avec ces murs calcinés, ces têtes noires et ce ciel bleu. Etant donné ce fond, il a peint au second plan un sphinx gigantesque sur un énorme char traîné par les Israélites.

Les têtes sont très-étudiées et le tableau mérite les éloges quotidiens que la foule lui décerne.

Mistress Ward expose (n° 259) un tableau absolument charmant, aussi bien comme sujet que comme peinture.

La Princesse Charlotte de Galles est en promenade avec sa gouvernante. A ses yeux s’offre une pauvre femme blessée à la main.

La jeune princesse s’échappe aussitôt et, déchirant son mouchoir, bande la plaie de la pauvresse.

Nous le répétons, ce tableau est charmant.

Le Travail aimé (n° 202); M. Pérugini a représenté dans ce tableau une ravissante jeune fille occupée à arranger des fleurs dans un vase. Cela est peint si délicatement qu’on dirait un pastel.

La Dernière Assemblée des invalides à l'hôpital de Chelsea, de M. Herkomer (20), est un véritable chef-d’œuvre. Il faut observer une à une toutes ces magnifiques têtes, toutes ces physionomies si expressives et si heureusement rendues; la naturel des poses, ce sentiment de tristesse qui ne quitte jamais les vieillards, mais qui, sur la physionomie de chacun d’eux, prend une expression différente^ est le plus heureusement du monde étudié, compris et rendu.

Au point de vue de la peinture en elle-même, ce tableau révèle un talent supérieur.


AQUARELLES, DESSINS, SCULPTURE, GRAVURE, ETC.

Nous nous étendrons moins longuement, sur cette seconde partie des beaux-arts.

Les artistes anglais ont une manière à eux de traiter l’aquarelle ; c’est une manière toute charmante, mais mélancolique à l’excès.

Voyez l’aquarelle de Mrs. Allingham : — Incapable de travailler (n° 3).

Un vieillard pauvrement vêtu est assis sur un banc sous les arbres ; tout dans son attitude, la langueur du regard, la position des bras, indique la tristesse et le découragement.

Il est dans l’ombre; on sent que, honteux de ne plus pouvoir travailler, il ne veut pas être vu. A travers une éclaircie, on aperçoit le jour, et le jour vous montre le village en mouvement, chacun remuant, allant, venant, travaillant... le pauvre vieillard regarde cela et on sent que les larmes lui viennent... il ne peut plus rien faire, lui, il est trop vieux.

M. Gilbert a très-bien réussi sa Desdémone (n° 49), comparaissant devant le doge et le sénat de Venise, avec Othello et Brabantio.
Une autre aquarelle de lui, Le guide (n° 50), est également très-agréable.

M. J. Macbeth expose Le dimanche soir dans les jardins de l'hospice de Chelsea, n° 99 ; le sujet est, comme toujours, très-bien compris ; deux vieillards se rencontrent dans l’allée, l’un appuyé sur le bras de sa fille ; ils se saluent avec mélancolie, tandis qu’à deux pas un horse-guards cause à voix basse avec une fillette.

Notons encore Le danger dans le désert (n°61), de M. Hoog.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire une énorme quantité de dessins et de modèles d’architecture, ainsi que des gravures sur cuivre et acier. L’éloge de la gravure anglaise n’est plus à faire.

Arrivons à la sculpture ; elle est traitée supérieurement. Nous avons remarqué, parmi les bustes les plus beaux, un marbre de M. W. Brodie (n° 8), représentant S. M. la reine Victoria.

Le buste de S. A. R. la princesse de Galles, par M. d'Epinay (n° 10), est taillé d’une façon particulièrement magistrale ; on a rendu très-exactement l’affabilité de la physionomie et en même temps le grand air de la princesse.

Le Cupidon apprivoisant une panthère, de M. Simonds (n° 39), est un morceau à la fois nerveux et mélancolique ; fort étudié au point de vue plastique, il est très-réussi au point de vue du jeu des physionomies.



ÉDUCATION DE L’ENFANT, ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, ENSEIGNEMENT DES ADULTES.

Avant d’entrer dans le palais du Champ de Mars, quelques mots sur la méthode qui a présidé à l’installation de l’exposition anglaise.

L’espace donné à l’Angleterre a été coupé en trois parties égales, au moyen de deux allées longitudinales qui isolent les groupes.

Vous n’avez qu’à suivre une allée jusqu’au bout, à revenir par la suivante et à remonter par la troisième ; toute l’exposition anglaise aura défilé devant vos yeux.

Toute erreur est d’ailleurs interdite puisqu’un velum, tendu dans la largeur des allées, indique la nature des groupes.

La première allée transversale venue vous conduira à la galerie des machines, et les annexes sont à côté.

La première allée comprend les arts libéraux; la deuxième, la porcelaine, cristallerie, orfèvrerie* bronze, meubles, vêtement, armes; la troisième, la bougie, le savon, les produits chimiques, les produits ouvrés, etc.

On sait que l’exposition a été l’objet de la sollicitude toute particulière du prince de Galles, et de son collaborateur dévoué, M. Philipp Cunliffe Owen, commissaire de la section anglaise.

Le prince de Galles, qui a voulu qu’il y eût pour lui et pour la princesse, dans l’exposition même, un pavillon hors ligne, n’a cessé, du reste, d’exprimer combien il tenait au succès de l’exposition, en même temps qu’il ne laissait passer aucune occasion d’affirmer ses sentiments affectueux pour la France.

Nous avons plaisir à rappeler ici le discours qu’il prononça dans les premiers jours de l’Exposition :
« Je suis fort aise, messieurs, de vous voir réunis ce soir ici, dans un pays et dans une ville qui ont toujours accueilli les Anglais de la façon la plus hospitalière, et de penser que, quoiqu’il n’y a pas encore bien des années, il fut un temps où nous n’étions pas aussi amis que nous le sommes aujourd’hui, ce temps-là est bien passé et oublié.

« La jalousie, qui était la cause de cette ancienne animosité, a disparu, j’en suis certain, pour toujours ; et je demeure convaincu que l’entente cordiale qui existe entre ce pays-ci et le nôtre n’est pas de celles qui changent.

« Avant de m’asseoir, je vous demande la permission de vous solliciter à remplir vos verres et à répondre à un toast que vous accueillerez, je le sais, avec la plus complète cordialité, en buvant avec moi au gouvernement français.

« C’est avec un vrai plaisir que je viens remercier la nation française, tant en mon nom qu’au nom de la commission royale britannique, de tout ce qu’elle a fait, et j’ai l’honneur de vous demander, à vous, monsieur le commissaire général Krantz, qui êtes auprès de moi, d’accepter mes remerciements comme un témoignage public de la manière gracieuse et courtoise avec laquelle vous nous avez prêté votre concours.

« Je puis dire que je ne me suis jamais adressé à vous pour quoi que ce soit sans vous trouver prêt à m’accorder ce qui était possible, et à faciliter la tâche que je poursuivais.

« Aujourd’hui, on peut affirmer d’avance que l’Exposition universelle de 1878 sera un grand succès ; c’est pourquoi vous me permettrez de dire, et de dire à la France entière, que la prospérité de ce pays-ci et celle de la Grande-Bretagne y sont également intéressées, et que la participation cordiale que nous vous avons apportée, au triomphe de l’industrie et des arts, dans cette lutte pacifique, est de la plus haute importance pour nos deux nations et pour le monde entier.

« La part que nous avons tenu à prendre dans cette Exposition internationale est la meilleure marque de sympathie que nous puissions donner à ce peuple français, à qui nous devons tant et que j’aime de tout mon cœur, et j’espère que cette Exposition demeurera dans tous les souvenirs comme l’emblème du travail, de la concorde et de la paix.»

C’est à l’initiative et aux soins particuliers du prince de Galles que nous sommes redevables de cette magnifique exposition indienne, si curieuse et si complète et qui atteste l’opulence de l’EMPIRE DES INDES.

Non content d’y coopérer largement par lui-même en exposant sa propre collection plus que suffisante pour représenter les classes diverses de l’art industriel indien, il fit en sorte que le gouvernement des Indes complétât cette exposition par l’envoi d’une collection complète des produits bruts du pays.

Des négociants importateurs ont offert leur coopération et ont ainsi rendu plus brillante la série des principales fabrications artistiques des Indes.

Lord Litton, vice-roi et gouverneur général des Indes, le duc de Buckingham et de Chandos, gouverneur de Madras, S. Richard Temple, gouverneur de Bombay, etc., etc., dirigèrent l’achat de diverses poteries, ouvrages en métaux, en laiton, sculptures en bois, objets en étain de Burmah, mousselines de Lucknow, etc., etc.

Enfin, excités par cet exemple, le maharajah de Kasmir, celui de Patiala, les rajahs de Jindar, de Nabha, se déclarèrent prêts à prendre part à l’exposition.

De là, la splendeur étonnante de cette exposition qui, à elle seule, occupe toute la moitié à droite de la galerie d’iéna.

Quelques mots maintenant sur l’honorable M. Cunliffe Owen :
Il est né en 1828, le 8 juin. Son père était capitaine de vaisseau, et lui-même embrassa cette profession; en effet nous le trouvons-élève de marine en 1840.

Des raisons de santé l’obligèrent à se retirer; il avait servi à peine cinq ans.

Il fut attaché en 1854 au palais de Malborough ; c’était là qu’on rassemblait les collections destinées à former le fameux musée de South-Kensington; dès que le musée fut constitué, il y fut naturellement attaché, en attendant qu’il en devînt le directeur, ce qui arriva en 1874. Il remplaçait sir Henry Cola, qui prenait sa retraite après cinquante années de services administratifs. Cette même année il fut décoré de l’ordre du Bain.

Dans l’intervalle, M. F. Cunliffe Owen avait été membre de la commission anglaise à notre Exposition de 1855, directeur de la section étrangère à l’Exposition de Londres en 1862, commissaire exécutif adjoint à l’Exposition de 1867 à Paris, et enfin secrétaire de la commission anglaise présidée par S. A. le prince de Galles, lors de l’Exposition de Vienne en 1873.

Nommé ensuite commissaire général à l’Exposition de Philadelphie, il donna bientôt sa démission, et reprit la direction de ce musée de South-Kensington, qui doit tant à son initiative et à ses labeurs incessants.

Enfin, au mois de janvier 1877, S. M. la reine le nommait secrétaire de la commission anglaise près l’Exposition universelle de 1878.


LE TEMPLE DE JÉRUSALEM.

Ce qui frappe tout d’abord le visiteur qui pénètre dans le grand carré de l’exposition anglaise, c’est une réduction du tabernacle d'Israël dans le désert. Ce plan, exécuté par le pasteur Mathieu, de Mulhouse, est de la plus scrupuleuse exactitude.

Toutes les parties du temple sont mobiles; l’arche d’alliance, — qui est en or massif, — est mobile; la disposition des diverses enceintes, complètement conforme à la tradition, est représentée avec une perfection étonnante. C’est un chef-d’œuvre de patience.


L’ORPHELINAT DU DOCTEUR BARNADO

Encore un plan en miniature ; celui dont nous venons de parler était curieux; celui-ci est intéressant au dernier point.

Il représente un orphelinat fondé par le docteur Barnabo, dans le but de recueillir les orphelines et les abandonnées.

Tl se compose actuellement d’une trentaine de maisonnettes isolées les unes des autres, et placées sur les côtés d’une immense plaine rectangulaire.

Dans chaque maison, quatorze jeunes filles vivent sous la direction d’une dame qui prend le nom de mère, et qui vit avec elles comme une mère avec ses filles, c’est-à-dire qui leur enseigne la vie de famille.

Une chapelle se trouve au milieu de l’établissement; elle n’a point de prêtre attitré; tout pasteur, de quelque confession qu’il soit, y peut prendre la parole.

N’est-ce pas là le village-école réalisé ?

Les jeunes filles reçoivent une éducation graduée, suivant les aptitudes qu’elles montrent. Quand l’âge est venu pour elles de quitter la maison, on les place.


LA SOCIÉTÉ BIBLIQUE.

Puisque nous commençons par les choses curieuses, singulières ou intéressantes à divers titres, examinons tout de suite la vitrine de la Société biblique, britannique et étrangère.

Cette Société fait de la propagande religieuse, mais avec une modestie, une discrétion charmantes.

Dans des boîtes fixées en plusieurs endroits à la plinthe de la vitrine, on a placé des brochures miniatures qui contiennent des histoires édifiantes.

Sur une table, des évangiles,et, au-dessus, cet écriteau : — « prenez, c’est gratuit. »

L’origine de cette société remonte à 1802, et le promoteur de sa fondation fut le pasteur Charles, de Bala, dans le pays de Galles.

Aujourd’hui la société-mère compte en Angleterre seulement 4,496 sociétés auxiliaires et 120 dans les colonies. Propager la Bible, prêcher aux hommes l’amour du prochain et la pratique de la charité, voilà à quoi travaillent ces laïques qui se font volontairement les auxiliaires des missions.

La société a fait traduire la Bible en 215 langues.

Voulez-vous maintenant avoir une idée-des dépenses que cette propagande occasionne à la société :
En 1803, elle dépensait 11,407 fr. 70'c. pour répandre 8,000 exemplaires; en 1876, elle ad épensé 3,310,213 fr. 10, pour 2,670,742 exemplaires; et, en 1877, 3,746,647 fr. 60, pour la distribution de 2,943,397 exemplaires.

Dernier détail : — sur le théâtre de la guerre d’Orient, la société a répandu 160,012 exemplaires.

Commençons maintenant notre visite et procédons méthodiquement, en suivant l’ordre numérique de chaque classe.


ÉDUCATION DE l’ENFANT, ENSEIGNEMENT PRIMAIRE, ENSEIGNEMENT DES ADULTES, ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.

En Angleterre, l’éducation de l’enfant est une grande préoccupation ; non-seulement, on veut former son intelligence, développer ses facultés et orner son esprit, mais on veut encore former et développer le corps ; on ne souffrirait pas que l’instruction et l’éducation fussent acquises au détriment de la constitution.

Il y a à l’Exposition plusieurs spécimens de tables et bancs pour l’école; nous avons admiré comme ils sont disposés pour soutenir l’enfant et non-seulement pour lui éviter, mais surtout pour l’empêcher de prendre lui-même une position qui ne fut pas hygiénique.

En même temps, on cherche à réaliser les plus grandes économies possibles.

M. Hammer nous paraît avoir réussi à résoudre tous ces problèmes.

Ses bancs et ses tables en sapin de Géorgie sont fixés l’un à l’autre.

La table, au moyen d’un ressort, se monte ou se descend à volonté, suivant que l’on veut lire ou écrire.

La barre du banc est mobile. Le moment de la leçon orale arrive-t-il, le conférencier se trouve-t-il placé derrière l’élève, ce dernier fait basculer le dossier qui se trouve ainsi placé dans le sens opposé à celui qu’il occupait précédemment.

Dans certaines écoles, où l’on veut économiser des tables à manger, on abaisse les pupitres, on rapproche deux tables et voici un réfectoire improvisé.

Toute l’exposition de M. Hammer lui a été achetée, savez-vous par qui? parles Japonais. C’est M. Ruchi-Rinichi, secrétaire de première classe du ministère de l’instruction publique et du conseil d’Etat impérial du Japon,qui en a fait l’acquisition.

A côté du mobilier, voici les divers procédés employés pour apprendre à compter aux enfants; ce sont des boules mobiles de diverses couleurs roulant sur des tringles et que l’enfant assemble ou divise à volonté.

Il y a aussi des cadrans géographiques à l’aide desquels on calcule immédiatement l’heure des divers pays ; ainsi l’enfant apprendra que quand il est midi à Londres, il est une heure à Saint-Pétersbourg, etc., etc.

Pour aider l'enfant à déterminer la forme des objets, on lui fait manier des blocs de bois qui représentent les diverses formes géométriques.

La classe où nous sommes, est, — on le voit, — d’un haut intérêt au point de vue scolaire ; on y trouve jusqu’à des modèles de bâtiments pour maisons d’enseignement.

M. Southre expose, en outre, des jeux pour l’enseignement de l’histoire et de la géographie.

Sunday school union, — union des écoles du dimanche, médaillée à Vienne, —expose des cartes, des tableaux, des sujets bibliques ; la maison Twining expose un ouvrage précieux pour les enfants ; c’est la science rendue facile1 le livre se compose d'une série d’entretiens familiers.

Nous passons sans transition de la classe 6 à la classe 8; nous prions le lecteur de ne pas imputer le fait à un oubli de notre part ; la vérité est que la classe 7, afférente à l’enseignement secondaire, manque dans l’exposition anglaise. Cette lacune est profondément regrettable, surtout quand il s’agit d’un sujet aussi grave et d’intérêt aussj général que l’enseignement.

Les premières vitrines qui attirent nos regards sont celles du South-Kensigton muséum; elle contient des catalogues, des objets reproduits en ivoire artificiel par le moyen de l’électrotypie, des photographies coloriées, etc., etc.

L'école de South-Kensington a été fondée à la suite de l’exposition anglaise de 1851, lors de laquelle l’art industriel français montra une supériorité inquiétante pour le commerce anglais.

Aujourd’hui, l’école anglaise a 16,480 élèves ; mais il ne nous paraît pas démontré qu’elle ait encore commencé à tenir ce qu’on attend d’elle. Constatons qu’elle n’a pas perdu son temps et que les collections aussi riches que nombreuses qu’elle a amassées lui ont permis dans un laps de temps relativement bref de doter l’Angleterre d’un nouveau musée.

Notons encore dans cette classe un objet d’une certaine curiosité ; c’est le calendrier universel de M. Kesselmeyer, de Manchester.


IMPRIMERIE, LIBRAIRIE, PAPETERIE.

Il n’est pas de pays où la librairie atteigne un plus grand degré de prospérité qu’en Angleterre. Çe succès est justifié par les soins prodigués-à la fabrication des livres : papier, caractères, tirage, cartonnage même, tout est arrivé au plus grand degré de perfection. Il est regrettable que les grands éditeurs de Londres, les Murray, les Longmans, les Macmillan, les Nelson, se soient abstenus et n’aient pas exposé. A défaut d’une exposition individuelle, ils auraient pu grouper leurs volumes, comme l’ont fait les éditeurs des États-Unis, dans une même bibliothèque.

On ne saurait trop regretter, — nous le répétons, — le sentiment qui a engagé ces messieurs à s’abstenir.

La partie la plus intéressante de cette exposition est certainement celle du journal bien connu : The Graphic.

Grâce aux soins intelligents de M. G. Carter, représentant du Graphie à Paris, le public trouve là une hospitalité à laquelle il n’est pas habitué. Au moyen de cloisons on a organisé une salle relativement vaste au milieu de laquelle se trouve une grande table ovale, entourée de nombreux sièges.

Sur cette table sont placées les collections du journal ; non-seulement le public peut les feuilleter commodément, mais encore il peut voir les dessins originaux d’après lesquels tous les beaux bois qui ornent le journal ont été gravés. Rien de plus intéressant ù regarder que ces belles compositions de Herkomer, de Small, de Gregory, de Green, de Nash et de tant d’autres brillants artistes. On comprend, en les examinant, qu’une publication qui a occasionné un tel effort artistique ait eu une influence décisive sur le mouvement de rénovation que chacun constate dans l’art anglais. M. Thomas, l'un des plus célèbres graveurs sur bois d’Angleterre, mérite une distinction vraiment exceptionnelle pour l’habile direction qu’il a su donner au Graphie, depuis huit ans qu’il existe.

Dans d’autres vitrines, on remarque les belles gravures sur bois de M. Whymper, de très-bonnes photogravures, des planches sur acier de l’Art-Journal, publié par la maison Virtue, des eaux-fortes du Portfolio et des livres de propagande religieuse des Sunday-Schools. Mais notons encore la vitrine de M. Wetaker, qui expose son journal mensuel de littérature anglaise et étrangère, le Bookseller; celte de M. Blackvood, libraire classique ; les deux éditeurs de musique, M. Angener et M. Enoch ; ce dernier a une maison très-importante boulevard des Italiens.

La maison Johnson expose des catalogues et documents officiels relatifs à toutes les expositions qui ont eu lieu depuis et y compris celle de 1867.

Mentionnons pour mémoire bon nombre de spécimens de chromolithographie et arrivons à la typographie :
The typographie Etching Company nous montre de très-curieux échantillons d’impressions, de gravures photographiques en relief et en creux, de dessins et de clichés divers.

Edward Stanford, de Londres, expose des spécimens de gravure et de lithographie applicables aux cartes ; dans la classe 16, la même maison expose des cartes géographiques et des gravures très-remarquables.

Les amateurs de belle typographie ne se sentiront pas de joie devant les vitrines Reed, Stephenson, Spotiswood; en effet, ils verront là de très-beaux types de caractères anglais pour l’impression.

En Angleterre, la perfection des caractères est probablement due à ce que tous les ouvrages, même les moins précieux et les moins coûteux sont tirés avec le plus grand soin, avec de belles lettres et sur beau papier, contrairement à ce qui se fait chez nous pour les éditions à bon marché.

A la vitrine de M. Stephenson on voit des spécimens d’ouvrages remarquablement tirés ; une mention aussi à la vitrine Marcus Ward, pour sa collection de reliures à effet.

M. Routledge a une vitrine très-intéressante ; il nous montre le travail qu’on fait subir à l’alfa avant de le réduire à Tétât de papier ; il expose deux balles de pâte faites de cette matière.

Le chiffon commençait depuis longtemps à être insuffisant comme quantité pour la confection du papier et on a dû chercher une matière propre à le suppléer. On a choisi l’alfa; sorte d’étoupe qui pousse en Algérie à la façon des ronces.

Dans cette classe, deux vitrines doivent attirer particulièrement l’attention. Ce sont les vitrines Perry et Stephens.

La maison Stephens expose toute une série d’encres qui réunissent les trois qualités de fluidité, de couleur et de durée.

On doit à cette maison une invention très-utile, c’est une teinture spéciale pour les parquets.

Le premier ouvrier venu, pour peu qu’il : soit habitué à l’usage des patrons en métal ou en papier, peut décorer avec cette teinture toute espèce de parquets et de boiseries; en peu de temps, un homme peut acquérir une expérience suffisante pour arriver aux résultats les plus satisfaisants.

Les teintures préparées pour parquets sont beaucoup plus fortes et plus foncées en couleur que les teintures ordinaires, mais en y ajoutant un peu d’eau on peut toujours obtenir des nuances plus légères.

Les teintures Stephens pour les parquets sont préparées pour imiter le chêne, l’acajou, le bois satiné, le noyer, l’ébène, le palissandre et le cerisier.

Les couleurs pour marqueterie sont : cramoisi, rouge, bleu, vert, jaune, pourpre, etc.

Des spécimens exposés permettent de se rendre compte des services que rend cette invention.

Les encres fluides à écrire sont également d’une qualité supérieure.

La maison Alexander Perie et fils, — une des plus importantes peut-être du monde entier, puisqu’elle fait 25 millions d’affaires par an, — a pour spécialité la fabrication du papier, des registres de toute sorte, papiers de commerce, etc.

Elle expose de magnifiques titres d’obligations tirés sur son papier par la maison Harding, de Londres.

Une de ses spécialités est la reliure ; mais une reliure à part. En effet, le fil ni la colle ne sont employés ; les feuillets sont retenus entre eux par des fils; métalliques. L'opération se fait au moyen d’une machine spéciale.

Voici maintenant les plumes de fer anglaises qui sont si justement renommées : la précieuse, de la maison Leonardt, de Birmingham, fabriquée d’après un nouveau système, avec une petite boule à la pointe, convient à toutes les mains et a l’avantage de glisser rapidement sur le papier.

La maison Perry, également de Birmingham, — une maison établie au capital de 12,500,000 francs, —présente une collection absolument complète de plumes de fer, porte-plumes, porte-mines, encriers, etc., etc.

Sa production hebdomadaire est de 40,000 grosses de plumes de fer.

Les diverses sortes de plumes fabriquées par cette maison se subdivisent comme il suit : — extra-fines, fines, moyennes et grosses. Il y a aussi les plumes nickelées.

Notons la jetaline, une nouvelle encre à marquer le linge, et un nouveau carton, le patent waterproof indissoluble card, qui, par son imperméabilité, est appelé à rendre de grands services à tous les points de vue.

En horticulture/ il fournit des étiquettes aussi résistantes que le fer, et il peut servira couvrir les blés ; dans un ménage, il peut doubler des tapis et chasser l’humidité ; il peut servir à l’emballage, on peut en faire des conduits et des gouttières. Enfin, dernier détail, on a construit une maison toute entière avec ce carton. On a même fait une citerne.

A deux pas de là, nous trouvons une invention due à M. F. Barff, M. A., professeur de: chimie au collège de l’Université catholique et à r Académie royale des Arts à Londres ; le procédé inventé a pour objet de préserver le fer de la rouille.

Au moyen de la vapeur surchauffée, l'inventeur produit sur les métaux une couche d’oxyde noir qui les. garantit absolument contre les morsures de la rouille.

On comprend l’importance exceptionnelle de cette belle découverte. Désormais, on pourra préserver les charpentes en fer des bâtiments; des ponts, etc., le fer conservera donc sa solidité et deviendra inusable.

Ce procédé a été honoré de deux médailles d’argent.


DESSIN ET PLASTIQUE, PHOTOGRAPHIE, MUSIQUE, GÉOGRAPHIE.

La classe 11 comprend des échantillons et spécimens de toute nature, vitraux, dessins, pour la décoration, sculptures sur bois, etc., enfin tout ce qui concerne l’art industriel.

La classe 12 est celle de la photographie ; nous devons reconnaître tout d’abord que les photographes y montrent une grande supériorité et qu'ils obtiennent des effets merveilleux ; ils ont exposé des portraits de femmes et d’enfants d’un tendre inouï, d’un fini extraordinaire.

On remarque notamment à la vitrine de M. Baudoux, de Brighton, des vues transparentes parfaitement venues ; l’une d’elles entre autres représente une allée ombragée de grands'arbres et fuyant au lointain.

La maison Robenson a une photographie prise sur le vif qui est charmante; elle représente un intérieur, une femme âgée, assise au bord delà fenêtre, écoutant attentivement son vieux mari qui lui lit la Bible.

La maison Elliot et Fry a un adorable petit enfant dormant sur un oreiller, c’est vaporeux au possible.

La classe 13 (instruments de musique) comprend 19 exposants; sur les dix-neuf, treize sont des facteurs de pianos; nous ne voyons guère à signaler comme innovation peu connue que l’orchestrophone, combinaison de l’orgue et de l’harmonium américain, due à M. J. Hillier, et l’harmonie-angelote, instrument à cordes de M. J. C. Ward.

La classe 14 est consacrée à la médecine, à l’hygiène et à l’Assistance publique; on y trouve naturellement les lits pour malades de tout âge, ainsi que les meubles qui peuvent adoucir les souffrances des malades, et les chaises roulantes destinées à les transporter.

Il y a même un modèle, — très-réduit, par exemple, — de wagon d’ambulance.

Il y a aussi des appareils très-remarquables contre la surdité.

La classe 15, — instruments de précision, — est l’asile de tous les baromètres, thermomètres, microscopes, instruments météorologiques, etc., etc.; notons la machine à calculer les marées universelles dé M. Legé, de Londres.

La classe 16, — cartes et appareils de géographie, -— ne compte que six exposants.

Il faut remarquer parmi eux les cartes et atlas de MM. Philipp et fils, avec ses mappemondes qui se déplient et se replient à volonté à la façon des lanternes vénitiennes ; cela doit être on ne peut plus commode pour les personnes qui vont donner des leçons en ville.


MOBILIER ET ACCESSOIRES.

Le mobilier anglais est très-curieux à observer ; irréprochables au point de vue de l’exécution, les meubles de nos voisins atteignent toujours le dernier degré du respectable et du confortable.

Une chose à remarquer, c’est que pour les grands meubles, le tapissier anglais se métamorphose en quelque sorte en architecte; tout ce qu’il fait prend un aspect monumental.
Le premier objet qui attire les regards quand on pénètre dans la classe du mobilier, c’est le beau boudoir-salon exposé par M. Trollope.

Le boudoir (ou petit salon), en bois de cèdre sculpté, est un essai de reproduction du style qui dominait en Angleterre pendant la première décade du règne de la reine Anne, et tous les détails en ont été étudiés, mais non pas copiés, sur des exemples d’ouvrages décoratifs du temps. Le chambranle est en mouvement « rosso antico, » et le plafond est en plâtre portatif. Les panneaux peints sur canevas représentent des scènes du poème héroï-comique « l’Enlèvement de la Boucle de cheveux, » écrit par Alexandre Pope en 1712, c’est-à-dire la huitième année du règne de la reine Anne, et dans lequel les coutumes et les mœurs du temps sont satirisés d’une manière plaisante.

L’apothéose de la Boucle et ses transformations sidérales formeront la décoration du plafond. Dans ces illustrations du charmant poème de Pope, les costumes et les accessoires ont été pris sur des modèles du temps; et le buste du poète, copié d’après sa tombe dans l’abbaye de Westminster, occupe la niche dans le centre du chambranle de la cheminée.

Maintenant nous mentionnerons au hasard de la plume la magnifique table à manger de MM. Johnston et Cie, leur cheminée en bois de chêne, leur table de boudoir ; la cheminée de M. Watt, pour salon, cheminée étagée selon le vieux style et imitant le japonais ; le grand intérieur de salon de M. James Schoolbred, avec ses hautes et imposantes boiseries sculptées.

En ce qui concerne plus particulièrement le confortable, nous citerons une ravissante petite chaise à roulettes pour bébés ; grâce aux roulettes, l’enfant va où bon lui semble sans courir le moindre danger ; l’heure du dîner est-elle venue, on visse la petite chaise sur un tabouret ad hoc, et voici l’enfant à table.

Nous ne parlerons que pour mémoire des berceaux coquets avec leurs doublures de satin blanc ou bleu, leurs rideaux bordés de plume de cygne.

Arrivons aux meubles en métal. Tous ces lits que vous voyez et qui étincellent comme de l’or ne sont cependant que du cuivre verni ; les Anglais ne dorent pas,et la raison qu’ils en donnent est que l’or s’écaille, tandis que le cuivre verni se maintient et produit •absolument l’effet de l’or, ils ont raison.

Voyez ces lits, ces fauteuils, ces chambres à coucher entièrement de cuivres jaunes et rouges entremêlés et vous conviendrez que l’effet en est merveilleux.

Le roi d’Espagne a acheté pour son palais à l’exposition anglaise un superbe lampadaire à cinq branches, toujours en cuivre verni.


CRISTAUX ET VERRERIES, CÉRAMIQUE, TAPISSERIE.

Les productions les plus remarquables nous paraissent être celles de M. Green et de M. Webb, à cause surtout du bon emploi qu’ils font de leurs cristaux, de la savante façon dont ils les disposent pour arriver à une plus grande réflexion, à un plus grand chatoiement de la lumière.

N’oublions pas de mentionner une étonnante curiosité; c’est un véritable mobilier en cristal. Imaginez une sorte de buffet, avec couronnement ogival à étage. Sur la plateforme du buffet, un vase flanqué de deux candélabres; au-dessus, une large plaque de cristal; de chaque côté, deux niches de cristal superposées, destinées à recevoir des fleurs ou des bibelots.

A côté de ce meuble, un fauteuil dont la charpente est de cristal, et aux pieds du fauteuil un large tabouret, toujours en verre.

Il n’est jusqu’aux clous, qui retiennent l’étoffe du fauteuil, dont la tête ne soit en verre.

Exposants : MM. Osler et Cie, de Londres.

Après les magnifiques objets exposés par la maison Brown-Wasthead, le reste de l’exposition comprend les services, lustres, verres, bouteilles et autres fabrications qui concernent la verrerie.

Les exposants sont assez nombreux dans cette classe ; on en compte vingt-huit.

Arrêtons-nous devant l’exposition de la maison Minton Hollins et Cie, dont la spécialité est la fabrication de carreaux encaustiques vernis et non vernis, carreaux simples, carreaux de majolique en relief, de faïences cuites sous le vernis, etc.

Cette maison expose, entre autres objets, un tableau formant vitrage avec bordure en majolique, puis une cheminée monumentale en porcelaine, vieux style anglais, c’est-à-dire style queen Anne. Tous les sujets qui ornent cette cheminée sont sur faïence et encadrés dans de la faïence.

La maison Mintons, à quelques pas de là, expose de très-jolis produits; on aimera particulièrement sa majolique Palissy, ses faïences indiennes et persanes, et ses carreaux artistiques peints à la main.

L’exposition de la maison Doulton est également à signaler.

Mentionnons enfin la Royal porcelain Works Company et la fabrique de Wedgewood ; cette dernière expose, outre le Vase de Portland, de très-curieuses poteries grecques et étrusques.

Les classes 21 et 22, tapis, tapisserie et papiers peints, nous paraissent un peu pauvres, et il nous semble que ces industries ont besoin de travailler beaucoup avant d’arriver à pouvoir soutenir la concurrence.

Nous ne citerons que l’exposition de la Manufacture royale de Windsor, avec ses Scènes des joyeuses commères, et le Christ laissant venir à lui les petits enfants, de la maison Tapling.

Rendons un sincère hommage à la coutellerie; les exposants ne figurent qu’au nombre de cinq, mais leur supériorité est incontestable.

Les produits de Sheffield, les produits de Rodgers et fils, de MM. Brookes et Crookes sont on ne peut plus remarquables.

L’article anglais, pour cette partie, a d’ailleurs sa réputation faite.

Passons à l’orfèvrerie ; là, des éblouissements attendent le visiteur.

Voici d’abord la maison Elkington et Cie ; deux hommes d’armes, bardés d’argent, le bouclier sur la poitrine et la lance en mains, montent la garde de chaque côté de la porte d’entrée.

De toute la classe de l’orfèvrerie, la vitrine la plus remarquée est, sans contredit, celle . de MM. Elkington et Cie.

Nous citerons d’abord, dans cette collection unique, les œuvres incomparables de M. Morel-Ladeuil : le Vase de l’Helicon, le Bouclier de Milton et le Bouclier du Pèlerin.

Donnons d’abord la description du Vase de l’Helicon.

Ce merveilleux travail, exécuté dans le style de la renaissance italienne, se compose d’un plateau allongé, contenant au centre, entre deux figures assises, un Vase de forme ovoïde, surmonté par un groupe de deux génies, dont l’un porte la Lyre d’Apollon. Sur le corps du vase sont deux bas-reliefs représentant les neuf Muses ; au bas des anses se trouvent des écussons portant, en lettres, d’or, les noms des poètes et compositeurs illustres.

Sur le piédestal deux grandes figures symboliques de la Musique et de la Poésie.

Sur la base du piédestal se trouvent deux bas-reliefs, occupés l’un par Pégase, portant le génie de l’inspiration, l’autre par un hippogriphe monté par le génie de l’imagination.

Sur le bord extérieur du plateau sont placés douze bas-reliefs illustrant les différents genres de Musique et de Poésie.

L’œuvre est entièrement exécutée en argent et acier repoussé.

A la droite de ce beau vase se retrouve le Bouclier de Milton, exécuté par les mêmes procédés et au moyen des mêmes matières en bas-reliefs représentant les scènes capitales du Paradis perdu de Milton.

A la gauche, c’est le splendide Bouclier du Pèlerin, que l’artiste a exécuté expressément en vue de l’Exposition de Paris. Ce sujet est emprunté au Voyage du Pèlerin de John Bunyan, si incroyablement célèbre en Angleterre. L’artiste a dû faire un choix résumant à peu près l’inspiration générale, parmi les innombrables scènes dont fourmille ce curieux ouvrage, et ce n’est pas son moindre mérite que d'y avoir réussi. Il a consacré le médaillon central à la lutte soutenue par Chrétien (le pèlerin) contre le monstre Apollyon. M. Morel-Ladeuil s’est bien pénétré de la description donnée par Bunyan et des portraits qu’il a tracés des deux champions, et, autant que le permettaient les exigences de la plastique, il a su en faire une reproduction fidèle : « Le monstre était hideux à voir, dit Bunyan : il avait le corps couvert d’écailles comme un poisson (ce qui causait sa présomption), il avait des ailes comme un dragon... et de ses flancs s’échappaient la flamme et la fumée. » Chrétien est revêtu de l’armure dont Discrétion, Piété, Charité et Prudence lui ont fait présent. Le combat en est venu à , ce point où, en dépit de ses traits enflammés, qu’il pouvait lancer « dru comme grêle, » le démon va recevoir le coup mortel.


BRONZES D’ART, HORLOGERIE, CHAUFFAGE.

La classe des bronzes d’art n’est représentée que par quatre exposants ; on a fait observer que la galvanoplastie avait fait beaucoup de tort aux bronzes et aux métaux repoussés, parce qu’elle permet de donner à bien meilleur marché des objets moins artistiques, mais qui font autant d’effet que le vrai bronze.

Heureusement, les vrais amateurs s’arrêteront toujours devant les belles œuvres artistiques, par exemple devant la gracieuse jardinière en fer martelé.qu’expose M. Hadmann, de Birmingham, et devant les remarquables produits de MM. Singer et fils; ces messieurs, en effet, exposent, entre autres, de ravissants « vases à eau de roses » en fer martelé, repoussés argent, cuivre et étain, ainsi que de remarquables portraits repoussés en cuivre.

L’horlogerie est représentée par une quantité considérable de chronomètres et de montres de toutes sortes.

Nous ne voyons guère à mentionner que l’Horloge électrique de M. Riégo, de Londres, toutefois après la brillante vitrine de M. Bennet.

Nous voici dans la classe des appareils de chauffage; cette classe est, en vérité, très-intéressante à -étudier.

Examinons d’abord l’exposition de M. Abrahams. Savez-vous ce qu’elle offre de particulier? Une lampe à répandre les parfums.

Voici maintenant une invention de M. Bacan : c’est un appareil à eau chaude qui chauffe les édifices tout en assurant leur ventilation. Le résultat s’obtient au moyen de conduits installés dans les murs.

Voici la Coal economiser Company, qui a trouvé le moyen de réduire la dépense de combustible sans diminuer la dose de chaleur.

On n’imagine pas l’innombrable quantité qu’il y a là d’appareils divers pour l’appartement, pour la cuisine, pour le chauffage, pour la ventilation, donnant la chaleur par le gaz, par l’air chaud, par l’eau chaude, etc.

Ajoutons que tous ces appareils sont remarquables aussi bien au point de vue du confortable qu’au point de vue de l’élégance.


PARFUMERIE, MAROQUINERIE.

Nous arrivons ici dans une classe qui intéresse particulièrement les dames.

La parfumerie n’est représentée que par quatorze exposants ; mais ils suffisent à embaumer le palais à plusieurs mètres à la ronde ; parmi les principales maisons, nous citerons la maison Eugène Rimmel, qui occupe le Pavillon de Flore dans la section britannique.

La succursale de cette maison qui se trouve à Paris, boulevard des Italiens, est aussi connue et aussi recherchée que la maison-mère qui a été fondée à Londres et qui a su y conquérir et y garder la vogue.

La maison Rimmel expose des extraits doubles de toutes les fleurs ; à tel point qu’on se croirait dans une serre où toute la flore du monde aurait été réunie. Il y a là aussi des eaux de toilette, des préparations pour les cheveux, pour la peau, pour le teint, etc.

Notons encore l’Ozonisateur aromatique , c’est une poudre, une sorte de sciure provenant des pins de l’Australie et qui, par la simple évaporation de son parfum, purifie l’atmosphère.

La maison Napoléon Price expose, elle aussi, des essences concentrées de fleurs, telles que la rose, le réséda, le lilas, le jasmin ; c’est dans sa vitrine qu’on trouve les bouquets à parfums concentrés Reine Victoria, Princesse de Galles, Guards, Club, etc., etc., puis enfin le Lilium auratum.

Le Lis aux rayons dorés du Japon est universellement renommé; c’est le plus beau des lis ; c’est du calice de cette fleur que la maison Napoléon Price a extrait l’essence délicieuse à laquelle elle a donné le nom de Lilium auratum.

Nous ne ferons pas une longue description de la maroquinerie et de la tabletterie : le détail exigerait trop de place, il faudrait une brochure au moins pour raconter par le menu les mille et un objets que le génie anglais a inventés pour la commodité au logis et pour la commodité en voyage.

Les objets relatifs à la toilette nous ont semblé être les plus nombreux.

En tout cas, soyez persuadé que, dans cette classe, on n’a rien oublié de ce qui peut être utile à un gentleman. Il y a même des étuis...pour sandwiches.


TISSUS, VÊTEMENTS ET ACCESSOIRES, FILS, LAINES ET SOIES.

Cette partie de l’exposition est certainement une de celles à laquelle la nation anglaise attache le plus d’importance. En effet, le travail et la confection des tissus constituent une de ses grandes industries nationales.

L’industrie du coton a quadruplé en soixante-quinze ans la population de Manchester, qui est le centre principal de la fabrication des étoffes de coton.

La classe des fils et tissus de coton présente une grande variété d’objets exposés.

Dans un certain nombre de vitrines, on voit toute la série des différentes espèces de coton, même du coton à faire le crochet.

Dans d’autres, on voit des mousselines unies et de fantaisie, des serviettes, des draps, des couvertures de coton.

La maison Behrens expose des velours lisses et croisés, des velours à côtes, de la moleskine, des velours demi-soie et coton ; la maison Christy et fils, de Londres, expose des couvertures et des peignoirs de bains, des gants, divers échantillons de serviettes.

On remarque aux autres vitrines un grand nombre de couvertures, de serviettes, de draps, de satins de coton unis et brochés, de calicots, de linge de toilette et de table, d’étoffes d’ameublement et d’habillement, de couvertures de lit, etc., etc.

Le lin est, on le sait, une des grandes ressources de l’Irlande ; les toiles anglaises ont su maintenir leur ancienne renommée.

On trouve, dans la classe 31, les produits les plus variés : de l’étoupe pour calfater les navires, de la charpie pour les hôpitaux, tous les échantillons de fils possibles, linge de table, damas de lin et de coton, mouchoirs de lin et de batiste, tissus idem, toile de table, toile pour draps de lit, pour chemises d’hommes, nappes, serviettes, etc., etc.

La laine a donné naissance à de nombreuses industries qui ont leur centre principal à Bradfort. C’est de là que partent les meilleurs tissus, tissus qui, disons-le, ne peuvent pas connaître de rivaux.

Dans la classe 32 (laine peignée), on trouve toutes sortes de fils de laine, des alpagas noirs et de couleur, des étoffes pour vêtements de laine, des fils à tricoter, des laines brutes, etc., etc.

Dans la classe 33 (laines cardées), on trouve des tweeds écossais pour vêtements d’hommes et de dames, des châles de voyage, des étoffes pour habits et pantalons, des serges, des couvertures pour voyages, des châles de dames, des draps de laine, des draps superfins, des flanelles, etc., etc.

Les soies anglaises ne sont pas les premières sur le marché, mais on considère cependant que le chiffre d’affaires des Anglais s’élève de ce chef à 200 millions, ce qui est un chiffre assez joli.

Dans cette classe, les dames peuvent contempler une immense quantité de bobines de soie de toutes couleurs.

Elles y trouveront aussi des foulards, des écharpes, des étoffes pour robes, cravates, etc., des crêpes de soie, des voiles en crêpe, des tissus élastiques en soie, des étoffes de soie noire, de velours noir, des tissus élastiques tissés et soutachés pour bottines et souliers, etc., etc.


CHALES, DENTELLES, TULLES, BRODERIES ET PASSEMENTERIE, BONNETERIE, VÊTEMENTS.

Les châles de cette classe (classe 35) méritent de fixer l’attention, car ils sont d’importation indienne.

Cette classe ne comprend que trois exposants, mais l’un d’eux se nomme... le Maharajah de Kasmir.

Après le cachemire, les dentelles, les broderies, les tulles.

On voit là de véritables chefs-d œuvre vous passer devant les yeux.

Ce sont des dentelles du Buckingham-sbire faites à le main, exposées par Mme de Rotschild.

M. Howell expose une imitation de ces vieilles dentelles d’autrefois qu’on appelait Houiton; il expose aussi une dentelle de Malines alternant avec le point d Argentan.

La « the Ladies Work society », dont la présidente est Son Altesse Royale la princesse Louise, marquise de Lorne, expose, entre autres choses, un dessin japonais, sur tissu de soie d’or, représentant divers sujets gracieux avec figures, oiseaux et fleurs.

L’exposition de la bonneterie, telle qu’elle a été comprise, sera sans doute très-agréable aux daines, car elle ne leur présente guère que les plus gracieux objets à leur usage.

A un point de vue d’intérêt général, on eût aimé à voir figurer, à côté de fa bonneterie de luxe, ces gros et solides tissus que les fabriques anglaises livrent aux matelots et aux-pêcheurs anglais.

Cette pensée ne doit pas nous empêcher de rendre justice à la gracieuseté des objets exposés.

Il y a là des corsets qui font rêver.

Il y a surtout des layettes qui sont délicieuses.

La classe 38 comprend l’habillement des deux sexes.

Ne manquez pas, — nous vous le recommandons,— d’examiner la vitrine du tailleur Middleman ; vous y verrez des uniformes d’académiciens, des robes de magistrats et d’avocats, etc., etc., et des chaperons comme il est d’usage d’en porter lors de la collation des grades à l’Université d’Edimbourg.

Une fois votre curiosité-satisfaite, examinez soigneusement toutes les vitrines de la classe du vêtement. Rien n’est plus intéressant que de constater le confortable et la solidité des vêtements de nos voisins d’outre-Manche.

Vêtements en caoutchouc, habits ou chapeaux imperméables, voilà ce que vous rencontrez à chaque pas. Les Anglais sont plus prévoyants que nous, aussi se portent-ils mieux.

Le besoin et l’amour du confortable, ainsi que le soin du décorum, se révèlent partout. Ainsi, on leur a. inventé des ressorts de fil d’acier flexible pour retrousser et préserver la forme des chapeaux mous. En effet, un chapeau mou dont les bords sont flasques n’est pas présentable et n’est pas commode.

Comme ils ne font rien à moitié et qu’il ne suffit pas de mesurer la circonférence du corps pour se trouver en état d’habiller correctement un homme, un Irlandais, M. Rieves, a inventé un instrument mathématique pour mesurer la surface du corps humain.


JOAILLERIE, BIJOUTERIE, ARMES, VOYAGE.

La bijouterie écossaise plaît beaucoup et il y a foule devant la vitrine de M. Aitchison.

M. Gibson expose de la bijouterie en diamants et en or ; il a des montres sans clefs, des chronomètres, des chronographes.

M. Marshall, de la bijouterie en or, incrustée de pierres précieuses et de perles, puis des ornements émaillés.

Enfin, si vous voulez de la bijouterie indienne, vous en trouverez chez M, Witson, dans la section indienne.

Dix-neuf armuriers ont exposé ; nous sommes heureux du concours qu’ils ont bien voulu nous apporter, car les armes sont en bien petit nombre à cette exposition, et les amateurs se trouvent passablement désappointés.

L’armurerie anglaise est très-satisfaisante. Les armes qu’elle a exposées sont des armes sérieuses, répondant bien au besoin du chasseur.

M. Lewis a des Snider qui tenteront tout le monde.

Signalons une invention : c’est une carabine tirant ou du moins pouvant tirer soixante coups à la minute.

Inventeur : M. Soper.

La classe 41, classe du voyage et du campement, est, elle aussi, absolument remarquable.

Les Anglais qui adorent voyager et qui ne permettent pas que leurs habitudes de confortable soient dérangées en quoi que ce soit, s’entendent mieux que personne au monde à organiser les voyages.

Porte-manteaux, paniers, sacs de voyage, tentes, couvertures, malles, etc., etc., tout est aménagé de la façon la mieux entendue.

Nous voici arrivés à la dernière classe du groupe, à la bimbeloterie, c’est-à-dire aux jeux.

Beaucoup de jeux de patience, de jeux do croquets, etc., etc.

Les jeux qui nous ont paru le plus attrayante sont ceux de la « the scientific toy and general novelty company »; parce que ces jeux ont pour objet d’instruire l’enfant tout en l’amusant.

Ainsi, on lui met en main un petit appareil avec lequel il fait du gaz lui-même ; on lui donne un petit bateau muni d’une véritable locomotive, il chauffe lui-même, fait manœuvrer lui-même et nettoie lui-même sa locomotive.

Il s’instruit sans s’en apercevoir, il s’amuse énormément et sans s’en douter travaille pour l’avenir.


INDUSTRIES EXTRACTIVES, PRODUITS BRUTS ET OUVRÉS.

La classe 43, la première de ce groupe, comprend les produits de l'exploitation des mines et de la métallurgie.

Voici d’abord des outils pour la sculpture du bois et de la pierre, des outils de tourneur, plâtrier, géologue, etc.,puis des aciers en barre, du fer-blanc, des tôles de diverses sortes.

Nous voyons ensuite du fer travaillé et qui se produit sous diverses formes ; la plus curieuse qui nous frappe d’abord est celle-ci : — Montures pour cercueil.

Aiguilles, bandes et bras de roues pour vélocipède, matériel de chemins de fer, outils de batteur d’or, fonte, scies circulaires, épingles, minerais d’argent, de cuivre, de plomb, d’arsenic, perforeuse de roches, tuyaux de fer-blanc, argiles, fil d’acier, grillages métalliques, batteries de cuisine, épingles à cheveux, houilles, hameçons, pierres à aiguiser, paratonnerres, câbles en fer, cordes pour signaux, minerais de nickel et de cobalt, etc., toutes ces choses vous passent devant les yeux, et vous admirez combien l’homme sait aujourd’hui tirer parti des richesses que la nature a mises à sa portée.

Un détail à noter : — parmi les exposants figurent le comte de Grandville et le marquis de Londonderry.

Dans la classe 44 (produits des exploitations et des industries forestières) un seul exposant a apporté des échantillons de panneaux polis de divers bois pour meubles et pianos.

La classe 45 (produits de la chasse, produits, engins et instruments de la pêche et des cueillettes) nous montre la collection complète de tout ce qui sert à la pêche, hameçons, filets, épuisettes, lignes pour la pêche de mer et de rivière, etc., etc.

Dans la classe 46 (produits agricoles non alimentaires) figurent des tabacs turcs en feuilles, des cigarette's de tabac turc, des noyaux de noix de palmier, des laines grossières qui servent à la confection des tapis, des laines faites avec des déchets.

La classe 47, qui compte 87 exposants, est la classe des produits chimiques et pharmaceutiques.

On comprendra que nous ne pouvons pas donner ici le détail minutieux de chaque vitrine, il nous faudrait écrire un cours complet de chimie ; et, si instructif que pût être notre récit, l’ennui gagnerait sans doute le lecteur.

Nous nous.bornerons à lui expliquer que, dans les quatre-vingt-sept vitrines, tous les produits chimiques et pharmaceutiques se trouvent réunis et qu’ils représentent un chiffre d’affaires de plus de 40 millions.

La réputation de l’Angleterre, en ce qui concerne tous les détails de l’économie domestique, ne paraît pas surfaite. Le confortable ne perd jamais ses droits, même lorsque le luxe s’éloigne1. Entre autres objets de cette catégorie, voici les savons de M. R. S. Hudson, fabricant de produits chimiques à West-Bromwich ; leur réputation est immense et méritée; son extrait de savon sec en poudre paraît d’un emploi aussi simple que peu dispendieux, pour toutes les applications possibles du nettoyage.

Ne laissons pas les produits chimiques sans signaler aux brasseurs les préparations spécialement faites pour eux de M. A. Boake et C°, Straffort, à Londres, et destinées soit à clarifier et préserver la bière, soit à désinfecter les fûts, à régénérer la première en empêchant l’acidité, ainsi que l’ingénieux procédé avec lequel cet industriel met à la disposition des fabricants les plus éloignés, les eaux mêmes de Burton, dont la bière est renommée. Des cristaux, composés par lui avec les mêmes sels contenus dans l’eau de Burton, arrivent à donner à la bière un goût identique à celui de la bière originale .

La classe 48 comprend une industrie qui est aujourd’hui très-répandue et très-lucrative, mais qui n’a acquis que depuis un laps de temps relativement peu reculé le grand développement que nous lui voyons aujourd’hui.

Nous voulons parler de l’impression des étoffes.

Les étoffes imprimées sont aujourd’hui d’un usage général, et on nous a cité une maison qui en imprime par an plus de quarante millions de mètres.

La maison Ashton et Cie expose une collection d’indiennes imprimées qui sont très-avenantes. L’impression des étoffes est encore une industrie spéciale à Manchester.

Diverses maisons ont exposé des échantillons de tentures, des étoffes, des laines, etc.

La maison Surtle et Pearce, de Londres, a trouvé un moyen ingénieux de donner un spécimen bien visible de son savoir-faire. Elle s’est chargée de l’impression des drapeaux des divers groupes qui divisent l’Exposition.

La classe 49, qui clôt ce groupe, contient les cuirs et les peaux.

La maison Clark, fils, et Marland a de très-beaux tapis de foyer et d’autres sortes faits de peaux de mouton et de peaux de chèvre.

Citons encore les maroquins de la maison Dred et fils, les peaux de chevreuil de M. Pullman, et les cuirs de Russie de MM. Wilson, Walker et Cie.


INDUSTRIES MÉCANIQUES.

La classe 50 nous montre le matériel et les procédés de l’exploitation des mines et de la métallurgie.

Voici d’abord la machine Broadbent et fils, qui sert à broyer la pierre ou pulvériser le minerai. La force de cette machine est véritablement effroyable ; on voit tomber un pavé dans son engrenage ; on entend le pavé craquer horriblement, puis la machine le rejette en menus morceaux moins d’une seconde après.

Il va sans dire qu’elle est mue par la vapeur; les Anglais d’ailleurs, ainsi qu’on va le voir, appliquent la vapeur à tout, même à l’agriculture ; sur ce point, ils sont bien plus avancés que nous.

Voici plus loin la machine Brunton et Trier pour percer les tunnels ; le laminoir en fonte Bush et de Soyres, qui force la tôle et l’étain et les réduit en minces feuilles.

Si nous abordons les constructions mécaniques, nous nous trouvons en face d’un épanouissement merveilleux et d’un choix difficile. Citons donc, un peu au hasard, les robinets à garniture d’amiante, de John Dewrame et C°, à Londres, qui offrent des avantages si réels d’économie et de sécurité dans les machines à vapeur ; les divers échantillons de la vitrine Nettlefods, de Birmingham; vis à bois pointées, vis de pression, vis à métaux , crochets , goupilles , rivets, graisseur à vapeur, à dessus ouvert, pour graisse de suif; vilebrequin différentiel, système Weston, manomètre à mercure de Parfitt ; puis les robinets à eau, à gaz, à vapeur, etc., de MM. Alley et Maclellan , de Glascow, seuls fabricants du compteur à eau, connu sous le nom de « Sentinelle. »

Pour les hauts fourneaux, voici les tuyères de sûreté Lloyd, qui rendent toute fuite d’eau impossible, ainsi que des tubes, cubilots, et tous les articles utilisés par cette industrie ; à côté, des barreaux pour foyers, réticulés et perforés, brevet Dobson, de Nottingham, spécialement construits pour ménager à l’air une circulation plus intense et obtenir une combustion parfaite.

On s’arrê