Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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Suisse

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Le côté du vaste carré où l’on entre, est occupé par des loges abritant de magnifiques broderies au plumetis et au crochet, dans les dessins les plus riches et les plus variés. Plusieurs dessins représentent des sujets, tels que le buste de Napoléon III ressortant des contours du feuillage de deux arbres ; un autre représente un soldat anglais et un soldat français se tendant la main; au-dessus, on voit les armes des doux pays; un troisième nous montre une immense cour d’un cloître gothique ornée d’une fontaine.

En continuant, on parvient à l’entrée de l’escalier nord-ouest. Des deux côtés de la porte, on remarque plusieurs paysages en relief qui, au premier aspect, ne semblent être que des joujoux : ce sont tout bonnement des œuvres d’art dans leur genre. En approchant, on voit que ces paysages sont des reliefs microscopiques ; l'inventeur, M. Vogelsang de Soleure, à côté de ses produits, présente aux visiteur des loupes pour qu’ils puissent examiner les tableaux en détail. Le plus grand, parmi les tableaux exposés, représente l'Ermitage de sainte Vérène près de Soleure, il mesure à peu près un pied et demi carré et se distingue particulièrement par la reproduction microscopique d’une riche végétation et par l’harmonie du terrain, encadré de rochers imposants et pittoresques. Sur des rosiers de deux lignes de hauteur on aperçoit de petits points rouges qui, vus à la loupe, sont des roses centifeuilles, des églantiers et d’autres espèces de roses; chaque feuille peut en être analysée botaniquement ; on distingue ses nervures, ses pétioles, ses dentelures. On reconnaît aussi distinctement sur les rochers, les gentianes à tige courte, la campanule à feuilles rondes, ainsi que les renoncules, les pâquerettes et les chrysanthèmes semés sur le gazon ; le populage, la cardaline, le myosotis bordant le ruisseau, comme le fraisier avec ses fleurs et ses fruits sur les rochers, dans les broussailles et dans la forêt-, que l’on regarde aussi le jardin de l’ermite, on y distingue parmi d’autres plantes le glaïeul, la tulipe, la digitale, la hyacinthe. Sur les écueils des rochers, en haut, on pourrait compter de 5,000 à 6,000 feuilles bien conformées sur un hêtre de 18 lignes de haut, de même que sur les autres arbres et arbustes. Parmi les papillons voltigeant sur l’herbe ou se balançant sur les fleurs, le naturaliste distingue une foule d’espèces fidèlement représentées. Sur les arbres, il y a des moineaux, des merles, des pinsons, de très-beaux pivoines, des écureuils. En bas, on voit une quantité de figures d’hommes et d’animaux. Ce relief retourné et encadré dans un appareil optique est grossi de 30 à 50 fois. Ce travail, véritable épreuve de patience, est fait de bois, soie et ivoire, sculptés ou découpés. Son auteur y a travaillé pendant sept ans, et quand on prend en considération que cette œuvre est peut-être unique dans son genre, on ne trouvera pas le prix de 15,000 fr. trop élevé. M. Vogelsang a encore exposé deux autres reliefs confectionnés de la même manière. L’un représente un jardin des plantes avec ses arbres, arbustes et plantes différentes. On y remarque une grotte, une cascade, la piscine, la fontaine et l'habitation du jardinier ; le jardin repose sur une base en stalactite ornée de coquillages, coraux, échyno-dermes et de beaux minéraux. L’autre relief représente les fameux glaciers de Monch et de l’Eiger dans leur pittoresque et grandiose réalité.

Le visiteur examinera, avant de poursuivre l’examen de l’exposition suisse, le pavillon de l’escalier, près duquel il se trouve. Les croisées sont ornées de vitraux peints, dont un d’Aix-la-Chapelle en Prusse, d’autres de M. Didron, à Paris, parmi lesquels L'Enfant Christ dans la crèche; d’autres encore de M. Laurent-Gsell à Paris, parmi lesquels l’Éducation de la Vierge et la Femme adultère. Sur le palier de l’escalier, à droite on remarque une superbe glace étamée de 9 pieds 7 pouces anglais de hauteur et encadrée dans un cadre en bois doré magnifique. Au milieu du vestibule est placé une pendule à mouvement continu pour la démonstration permanente du mouvement de rotation de la terre : M. Léon Foucault à Paris en est l’auteur. Par devant, on voit un magnifique lion empaillé, exposé par la maison de fourrures A la reine d’Angleterre à Paris. Ce lion a été tué par le célèbre lieutenant Gérard et il coûte 1,500 fr.

En rentrant dans la galerie et remontant la salle dont nous venons de parler, on voit à droite des étoffes en coton imprimées de Zurich et des fourrures de Lausanne. Au côté de la salle adossée à l’exposition de l’Espagne, s’élève un joli petit chalet découpé et percé à jour ; il est placé entre des collections de fusils et de pistolets.

Au milieu de la salle et tout près du chalet se trouvent des pianos bien construits et à bon marché. Le carré voisin est occupé par des vitrines contenant des verres pour montres, des vers à soie dans toutes leurs transformations, de la coutellerie, des blondes. Dans une de ces vitrines on remarque deux plaques ressemblant à des planches de cuivre gravées ; l’une représente l’Alhambra, l’autre le Palais de cristal de Londres. Ce ne sont que des imitations de taille-douce faites avec des fils de laiton très-ténus fixés dans du bois. L’auteur, M. Knecht à Glaris, offre 2,000 fr. a celui qui fera ces objets exactement, pendant le même espace de temps et avec la même finesse. Enfin, le même carré abrite encore des boites à musique. Le carré suivant appartient aux tissus pour farine, aux rubans et aux boîtes à musique, parmi lesquelles il en est une qui joue les ouvertures de l’Étoile du Nord de Meyerbeer et de Marco Spada d’Auber.

Le carré le plus rapproché du mur est celui de l’horlogerie de Genève, Lausanne, Locle, Neuchâtel et la Chaux-de-Fonds. C’est là une des industries principales de la Suisse. On y voit des montres de toutes grandeurs, de tout métal, ornées de pierres fines ou émaillées, décorées de portraits, de paysages guillochés, voire même de cartes du globe. Il faut regarder surtout des chronomètres de marine et une montre ornée, sur le revers, du serment du Rutli, de M. Grandjean au Locle; les grandes montres chinoises de MM. Bovet frères à Fleurier-, les camées, bracelets et broches à montres de MM. Mayer et Cie à Neuchâtel; une chaîne de montre munie d’un compas; deux avec les portraits émaillés de l’Empereur et de l’Impératrice des Français; enfin des pièces d’horlogerie en tout genre. Quand on retourne ensuite jusqu’à la porte de l'escalier et que, de là, on longe le mur de la galerie, on rencontre une série de loges avec des mousselines uni ou brodées ; le fond des loges est décoré de magnifiques broderies en blanc et en couleur, surtout ce de M. Altherr, de MM. Tanner et Kohler, et de MM. Alder et Mayer. La seconde loge après l’escalier contient un rideau figurant l’apothéose de Napoléon ; celui de la loge suivante représente Napoléon couronné par la Victoire. Le côté droit de la salle, formant angle avec le mur que nous venons d'examiner contient encore des broderies ; par devant, se trouvent trois élégants guéridons en noyer, sculptés et ornés d’images en couleur.
Plus loin, une grande vitrine renferme les magnifiques broderies de M. Depierre à Lausanne, entre autres un mouchoir brodé, le plus fin de toute l’Exposition, au prix de 1500 fr. ; de plus, un prie-Dieu en chêne, recouvert de velours et orné de broderies à l'aiguille en paille. Les vitrines des deux autres côtés de cette salle contiennent des tissus de coton et des étoffes imprimées.

Au milieu de la salle, s’élèvent quatre rangées de vitrines en carré : les vitrines regardant le mur renferment les broderies fines de Saint-Gall et d’Appenzell, celles de droite et de gauche les rubans de Baie et les tissus de colon de Saint-Gall ; les vitrines placées au côté opposé du mur, les objets sculptés en bois : on y remarque, outre un grand nombre de petits chalets, d’éventails, de couteaux à papier, de figurines et statuettes, une cassette et un vase de M. Baumann à Brienz, une cassette sculptée en noyer de M. Michel à Brienz, et un magnifique vase sculpté de M. Fluck à Brienz. Une longue vitrine placée tout près et dans l’axe de celle des bois sculptés, contient les tresses de paille du canton d’Argovie; ce sont des garnitures pour chapeaux, des tissus, fleurs et bouquets. Enfin le centre proprement dit de cette allée est occupé par les soieries, produits des nombreuses fabriques du canton de Zurich.

Quand on se dirige de là en avant vers la balustrade de la galerie, on voit, dans l’allée du devant, a gauche, des tissus de coton d’Argovie, et plus loin, dans un énorme cadre, une intéressante collection de petits ' hauts-reliefs en ivoire gravé pour agrafe, des tableaux en ivoire gravé ; parmi ces derniers, l’un représente la reine Victoria à cheval ; de plus des broderies en cheveux et quelques épreuves photographiques ; en suivant la même allée, à droite, on voit encore des colonnades de Saint-Gall.

©Promenades dans l'exposition de 1855