Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


Retour - Liste Pavillons

France

manque image

Maintenant nous sommes forcés de redescendre la galerie jusqu’à la porte par laquelle nous sommes entrès, pour pouvoir prendre les produits français ensemble. Le visiteur a déjà remarqué la grande et belle glace en face de l’entrée, qui est fabriquée et exposé par les manufactures de Montluçon.

En remontant la grande galerie du nord, on a devant soi les tissus des manufactures françaises. Los allées qui longent le mur contiennent les célèbres soieries et les châles de Paris, Lyon et Saint-Étienne. Au milieu sont les broderies en or, argent et soie de Paris. A gauche et les plus rapprochées de la balustrade, se trouvent les vitrines des passementeries et confections de Paris, les tissus de Valenciennes, Cambrai, Amiens, Saint-Quentin, Sainte-Marie, Nîmes, Mulhouse, Rouen, les broderies de Paris, Nancy et Tarare, les (leurs artificielles et les plumes de Paris, les tapisseries et la magnifique collection des dentelles. Au bout de ces allées, sont les soies grèges teintes, ainsi que les vers à soie. Au milieu de la grande galerie, est l’entrée du grand escalier d’honneur. A droite de l’entrée se trouve une loge contenant les tapis et tapisseries d’Aubusson. Le pavillon do l’escalier est décoré de tapisseries, et de tapis magnifiques des fabriques de MM. Réquillart, Laroque et Jacquemont, de M. Braquéné, et de M. Sallandrouze de Marseille. Parmi ces derniers, on remarque un tapis représentant le port de Marseille. Au plafond du vestibule est suspendu un splendide lustre de cristal de Baccarat. La grande croisée du milieu est ornée d’un vitrail représentant la Ville de Paris distribuant des couronnes de lauriers.

L’escalier est flanqué, à droite et à gauche, de deux corridors; celui de droite conduit aux bureaux de la commission Impériale; dans celui de gauche, conduisant au salon d'attente de l’Empereur, on voit une énorme glace étamée de Saint-Gobin, 5 mètres de haut sur 3 m. 15 c. de large, et dans un magnifique cadre de bois doré.

En rentrant dans la galerie, on voit à gauche près de la porte, le salon et le boudoir de l’Impératrice.

Le premier salon ainsi que les meubles qui le garnissent sont ornés de tapisseries très-élégantes brodées par les demoiselles de Saint-Cyr sous la direction de
Mme de Maintenon ; ces tapisseries ont été vendues dans la première révolution, et rachetées en 1866 par MM Mégard et Duval, tapissiers de S. M. l’Empereur. Sur la table, à main gauche, on remarquera un presse-papier en malachite de Russie, qui a servi à Napoléon Ier à Sainte-Hélène.

Auprès de la porte, on voit une petite voiture à bras très-élégante, ornée de peintures, qui a été donnée à Sa Majesté l’Impératrice lors de sa visite à Londres par le prince Albert, et qui sert à Sa Majesté pour visiter l’Exposition. Le plafond du salon est peint sur toile. Le petit boudoir qui est au fond, est tapissé en soie rose et chocolat ; la belle glace qui orne la cheminée, est une ancienne glace de Venise; devant elle, on remarquera un petit chef-d’œuvre en bois sculpté, fait par un jeune artiste, M. Boriot. Les deux petits meubles, dont le bureau est orné de lapis, sont du temps de l’Empire ; le petit contrebandier Andalou sur la jardinière, un souvenir du pays natal de Sa Majesté. La belle glace et les deux candélabres en argent massif, sont de la maison Hunt et Roskell de Londres.

En sortant de ces salons, nous avancerons jusqu’à la balustrade de la galerie, pour examiner la bijouterie française.

Les premières vitrines sont consacrées aux bijoux faux, et à ceux en bronze et en acier. On y remarque tout d’abord la vitrine de M. Dufour, contenant de la bijouterie pour deuil, en jais, entre autres toute une garniture de cheminée. Une autre vitrine, celle de M. Henry, renferme avec des objets d’acier poli, une magnifique épée à poignée d’acier avec le chiffre impérial ; elle a été commandée par l’Empereur des français. Viennent ensuite des bonbonnières de tout genre, ensuite les bijouteries do M. Masson, parmi lesquelles une coupe en verre rubis et bronze doré, avec les portraits de l’Empereur et de l’Impératrice, attire
votre attention. Les vitrines suivantes contiennent des objets en nacre et des flacons : on y remarquera surtout ceux de M. Quétard et de M. Cornillon. MM. Thirion et Guidon exposent de très-beaux objets avec mosaïques fines, camées et peintures. Dans la vitrine de M. Marguerie on remarquera entre autres un coffre de bronze doré, percé à jour avec doublure en soie rose et orné de peintures représentant différents monuments de Paris, entre autres le Palais de l’Industrie. Voici maintenant la vitrine de M. Dotin, avec un grand nombre de tasses, de coupes, de vases et de flacons, avec peintures émaillées sur or, argent, platine et cuivre : on y remarque surtout un magnifique service à dix-huit tasses (1,800 fr.), une coupe émaillée sur argent (800 fr.). Les vitrines suivantes sont remplies d’objets émaillés de jaspe et de lapis. Voici ensuite M. Pligne avec un énorme bouquet en argent, celle de M. Greliche exposant des fleurs d’ivoire avec feuilles et tiges de cuivre doré et émaillé, M. Faasse avec ses bijoux dorés et mats ; enfin, toute une série de vitrines remplies de perles imitées, parmi lesquelles on remarque surtout celles de M. Constant-Valès, avec un énorme bouquet de perles de toutes couleurs.

Voici maintenant les bijouteries et orfèvreries vraies. La première vitrine appartient à M. Jarry aîné : on y remarque une belle table en mosaïque de lapis, montée sur argent massif et argent doré (35,000 fr.); une épée d’argent et d'or plaqué, avec poignée de lapis (1,800 fr.); un porte-cigares en argent massif et or plaqué, surmonté d’un groupe de Chimères (6,000 fr.); un petit coffre d'argent massif et ciselé, surmonté de la figure du Tasse, et orné de hauts-reliefs représentant des scènes de la Jérusalem délivrée (1,200 fr ); un presse-papier représentant un lion en lutte avec un serpent : le lion est en argent, le serpent en argent et émaillé en vert, tandis que le tronc d’arbre autour duquel il est enroulé, se compose d’un seul morceau de corail, un des plus grands que l’on ait vus jusqu’ici; le prix de ce bijou est de 2,000 fr.

La vitrine suivante appartient à MM. Robert et Barri: elle renferme un grand nombre de magnifiques camées, de coquilles, pierres fines, corail, malachite, lave, des mosaïques de Rome et de Florence. Parmi les vitrines suivantes, on distingue celles de M. Roucou avec des bijoux et armes damasquinées, M. Ray et M. Gentilhomme avec des chaînes et des bracelets d’or, M. Payen avec de la bijouterie de filigrane d’or, M. d'Afrique avec des parures et des bijoux d'or avec pierres fines, entre autres une superbe coiffure dite Berthe, en filigrane d’argent; M. Halley avec sa collection de décorations. Dans la vitrine de M. Bégard, on remarque une statuette d’argent estampé pesant 800 grammes et représentant Gaston de Foix, commandant de l’armée d’Italie en 1512. M. Bruneau expose une belle collection de tasses d’argent et de vermeil, de nécessaires de voyage, de tabatières et de flacons.

La vitrine de M. Mellerio offre beaucoup de choses remarquables : on y voit, entre autres, une parure de diamants remplie de brioleltes qui tremblent et s’agitent au moindre mouvement, une parure en perles noires et diamants d’un très-grand prix, une montre en or et diamants très-élégante, une rosace, une grande broche en diamants, mais surtout deux pièces, une petite broche représentant une madone et un bouquet de fleurs des champs en pierres fines, des couleurs les plus variées. Après lui vient M. Lecointre avec une foule d’objets magnifiques; il faut voir surtout une coiffure et une plaque de corsage splendides; la coiffure est faite avec des feuilles de lilas, le corsage est composé de feuilles d’eau et de perles. On remarque encore une petite coupe et un coffret d’argent, des vases sacrés de très-bonne forme; deux livres de messe, l'un en or, l’autre en argent; une paire de ciseaux niellée et plusieurs jolies broches.

M. Petiteau expose surtout des bijoux de corail et de grenat montés avec de l’argent. Dans la vitrine de MM. Marrel et Jarry, on remarquera entre autres, une parure de diamants sur fond bleu clair, une autre avec des turquoises et des diamants, des opales, des perles, un bracelet avec une opale d’énorme valeur, une parure en rubis et diamants, un flacon très-riche, etc. Dans la vitrine suivante, appartenant à M. Lemoine, on admirera une broche en saphir avec des diamants, une parure de corsage toute en diamants de forme nouvelle : une pluie d’étincelles blanches s’échappe du sein des fleurs mobiles scintillantes et coquettes ; la monture disparaît sous les facettes brillantes ; à côté de cette parure, on en voit une autre en (luxia et encore une d’émeraudes et de diamants; enfin deux bracelets de pierres de couleur très-précieuses.

La vitrine de MM. Marret et Beaugrand est une de celles qui méritent le plus de fixer notre attention. Il faut remarquer une guirlande de bleuets, où il n’y a pas une seule très-grosse pierre et qui coûte néanmoins 35,000 fr. ; un collier de perles et de diamants, un autre de rubis et de perles, encore un de perles d’Ecosse, toutes pareilles et blanches ; un chapelet de perles, terminé par une croix byzantine émaillée ; deux miroirs de main en argent et ivoire; un coffret à cigares supporté par quatre nègres (6,000 fr.); un superbe bracelet de perles de toutes couleurs; enfin un livre de messe composé d’un seul morceau de jaspe dans lequel on a incrusté une croix de grenat.

Voici maintenant la vitrine de M. Rouvenat. On y remarque un sabre incrusté de lapis, d’émeraudes, de grenats et de diamants : toutes ces pierres courent sur des fonds émaillés. On admirera ensuite une énorme et magnifique garniture de diamants; le milieu des fleurs qui la composent est monté en or, les corolles sont en argent, les étamines en rubis. Il faut mentionner aussi une épée très-riche en argent et or, avec un chiffre en brillants sur fond d’émail couleur de smalt; un bracelet avec un lézard; une jolie broche en diamants où un aigle, les ailes étincelantes, s’échappe d’un nid de perles rosées ; enfin, un ostensoir, incrusté de rubis, d’émeraudes et de diamants : ou y voit les quatre Évangélistes, l’Agneau sans tache et la Foi.

Après cette vitrine, c’est celle de M. Morel à Sèvres. Il expose le fac-similé d’une coupe commandée par le duc de Luynes. Elle représente Persée tuant le monstre pour délivrer Andromède. La coupe et le rocher de l’original, que l’on voit dans la nef, sont d’un bloc de jaspe oriental de 80 livres; les figures et les ornements de la monture sont en or, de 22 carats, repoussé et émaillé; rien n'y est fait par la fonte. Le prix de ce chef-d’œuvre est de 70,000 fr. On voit encore dans la même vitrine une magnifique châtelaine incrustée de pierres fines ( 6,000 fr.) — La vitrine de M. Thénard, une des dernières de la bijouterie vraie, contient de beaux cachets d’or, d’argent et de bronze.

Les vitrines suivantes sont remplies pour la plupart de bijoux de pierres fausses. On y distingue surtout celles de MM. Savary et Mosbach, de MM. Bouillette et Hyvelin, de M. Masson ; ensuite, vient celle de M. Garandy de Marseille avec des coraux bruts et ouvrés, celle de M. Gourdin, à Paris, avec des bijoux de corail; dans cette dernière, on voit, en dessous, un rocher de corail pêché aux bouches de Bonifacio, à l’endroit où a péri la Sémillante. On arrive ensuite aux vitrines des lapidaires. Puis, vient la vitrine de MM. Chiquet et Taverni, où l’on remarque entre différents objets d’or et d'argent un coffret de cristal incrusté d’arabesques d'argent. MM. Robineau, Sorin frères exposent des médailles de sainteté, croix, reliquaires d’or, d’argent et de cuivre. L’allée est terminée par des vitrines renfermant des objets d’or doublé et d’acier poli.

©Promenades dans l'exposition de 1855