Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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Autriche

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Revenons maintenant dans le transept. En entrant dans le premier carré d'Autriche par la seconde porte, et en tournant à gauche, nous trouvons dans une vitrine les instruments de musique de cuivre de M. Cerveny de la Bohème, un des fabricants les plus importants d’Autriche. Au dessous de ces instruments, il y a des imitations de toutes sortes de pierres précieuses d’une grande ressemblance et beauté : toutes ces imitations sont en cristal de Bohème. A côté, on voit dans plusieurs vitrines les grenats de Bohême, pierre précieuse qui constitue une autre spécialité de la Bohême, montée en or, et formant différentes pièces de bijouterie. Une belle carte géographique de l'Europe, de grand format qui a été faite à l’Institut impérial militaire de géographie, orne le panneau suivant. MM. Rocofrères, graveurs
à Milan, ont exposé au-dessous d’elle des filigranes en argent et des petits tableaux guillochés sur des plaques d’or et d'argent pour montres, tabatières, etc. On re. marquera entre autres le portrait de Napoléon 1-, comme tous les autres, d’une exécution supérieure. Les vitrines suivantes nous montrent les parures et différents objets de bijouterie montés en corail. On y remarquera un beau collier et deux bracelets du prix de 6,500 fr. ; d’autres bracelets à 200, 160 fr. etc.

Au-dessus et au milieu du panneau qui nous occupe, nous voyons le portrait de François-Joseph, l'Empereur d’Autriche, dans un très-beau cadre de bois doré et sculpté de MM. Kolbel et Trom à Vienne.

Au-dessous du cadre, on remarquera, à main gauche, - un pot en ivoire sculpté d’une très-belle exécution, représentant un combat. Un petit bocal, en bois sculpté, qui est à côté, attirera l’attention par la finesse Je l’exécution de scènes de chasse sculptées dans le bois avec infiniment d’art et de persévérance. Puis il y a un joli petit modèle de la célèbre cathédrale de Milan, en argent doré, et une tasse en argent ornée de dorures d’un beau travail, de M. Colombe, à Milan.

Un beau bocal en argent oxydé termine cette petite série.

Au-dessous, des tabatières et des chaînes de montres de fabrique viennoise. A côté de ce cadre, une carte en relief du chemin de fer sur le Sœmmering en Basse-Autriche, attirera l’attention. Le Sœmmering est une montagne qui sépare la Basse-Autriche de la Styrie, et qui est d’une hauteur de 4,000 pieds. Les ingénieurs autrichiens ont percé cette montagne pour conduire un chemin de fer d’une hardiesse incroyable, dont on en convaincra en examinant ce relief, qui est dû à M. Pauliny, dessinateur de l’Institut géographique de Vienne.

D’autres reliefs, comme celui de Tyrol, se rangent à côté de celui-ci, et sur les tables, au dessous d'eux, on trouve une exposition très-intéressante de Messieurs Schlechta et Pachman, propriétaires d’un établissement à tailler des grenats, en Bohême, ici, on voit toutes les phases que cette pierre parcourt avant d’arriver à composer des parures, comme nous le voyons dans les vitrines à côté des bijouteries fines d’un bon goût et d’une très-belle exécution, de MM. Goldschmidt à Prague, Rosenberg à Vienne, et de Schonborn à Dlakowitz en Bohême. Les couverts de packfong, composition imitant l’argent, elles impressions de musique qui suivent, n’offrent rien de remarquable. Le panneau de mur suivant, toujours à main droite, nous présente les premiers échantillons de l’Imprimerie impériale de Vienne, un des plus célèbres établissements de ce genre de l’Europe. Ce premier échantillon est déjà digne de sa renommée, car nous voyons là dans 10 cadres produits par la galvanoplastie dans l'Imprimerie impériale même, des feuilles d’une collection du Noire Père, en 81 à langues, et naturellement, en caractères conformes à ces langues. En bas, on voit dans trois vitrines des reliures et des portefeuilles superbes d’un goût et d’une perfection rares. M. Giradet, à Vienne, a exposé ces objets dont tous les ornements et accessoires sont également faits à Vienne.

Après avoir passé une porte, nous trouvons exclusivement des objets de l’Imprimerie impériale de Vienne. D’abord, des lithographies, parmi lesquelles Judith, la Descente de Croix, le portrait de Rubens, etc.; ensuite des échantillons de galvanographie, savoir : une tête de Chien par Ranftl, imprimée sur une seule plaque; panorama devienne en 6 tables, peint par Breyer,’imprimé sur deux plaques ; chapelle de la cathédrale de Saint-Étienne à Vienne, peinte par Lang, imprimée sur trois plaques, etc.

Voici en quoi consiste ce procédé : l’artiste peint sur une planche de cuivre argenté avec une couleur composée de quelque oxyde, comme par exemple d’oxyde de
fer, de terre-de-sienne brûlée, ou de crayon de mine, et pétrie avec de l’huile de lin. On a superposé des couches plus ou moins épaisses selon que le demande le « chiaro-obscuro ». On plonge ensuite la planche dans l'appareil galvanique, et l’on obtient une seconde planche, qui reproduit le dessin original avec toutes ses aspérités. Celle-ci est enfin la véritable planche en cuivre, ressemblant à une, aquatinta et produite sans coopération de graveur.

Au-dessous et à côté, il y a des échantillons de chromolithographie, c'est-à-dire. lithographie en couleurs; au-dessous, quelques plaques stéréotypes, d’une grandeur extraordinaire, et dont une en gutta-percha, à côté et au-dessous du panorama de Vienne nous trouvons d’autres échantillons très-remarquables de chromolilographie, ainsi que les tableaux de fleurs avec les mêmes tableaux à l’huile, à côté, afin de pouvoir comparer.

Parmi les photographies de cet établissement, on remarquera les reproductions de dessins et de différents insectes grossis par le microscope. Dans les cases au-dessous on voit des livres, imprimés, de toutes sortes et en toutes langues, des copies très remarquables de cannées antiques, produites par le procédé galvanique, et des plaques en cuivre pour l'hyalographie, c’est-à-dire la gravure à l’eau forte sur verre, et l’impression naturelle, dont nous parlerons tout-à-l’heure.

Nous voyons encore des produits, des vues de diverses localités, de l'Imprimerie impériale de Vienne, et une carte géographique, produite par la chimitypie, procédé pour produire, à l’aide d’une gravure,, une planche en relief.

Après avoir enduit la surface d’une planche de zinc d’une pâte imperméable, on la grave à l’aiguille, et on la traite à l'eau forte, après quoi on en écarte la pâte enlevant soigneusement toute trace d'acide. On lave dans ce but, lés cavités de la planche gravée, d’abord avec de l'huile d’olive, ensuite avec de l’eau, et On les essuie pour qu’il n'y reste logée là moindre trace d’acide, On chauffe alors celle planche (sur laquelle est étendue de la limaille de métal liquéfié) au-dessus d’une lampe à esprit de vin , où d’une autre manière, jusqu’à ce que le métal liquéfié ait empli toute la gravure; aussitôt que le métal est refroidi, on le gratte de la surface de là planche en zinc, de manière qu’il n'y adhère plus que ce qui avait pénétré dans les cavités de la gravure. On expose alors la planche de zinc, avec laquelle le métal liquéfié s’était réuni, à l’influence d'une faible solution d’acide muriatique, et, vu qu’un de ces métaux est positif, et l’autre négatif, ce n’est que le zinc qui se voit atteint par l’acide, tandis que là métal liquéfié, qui avait pénétré dans les cavités de la gravure, reste eh relief; dès lors on peut tirer à la presse typographique des copies de cette planche obtenue par ce procédé.

A côté et au bout de ce panneau de mur, se trouvent les produits galvano-plastiques, savoir : des poissons copiés, d’après des pétrifications; des médaillons de MM. Raduitzky et Würth, des animaux, et des préparations anatomiques du corps humain pour enseigner l’histoire naturelle aux aveugles, des statuettes, etc. Voici le procédé par lequel ce3 objets ont été obtenus. On enduit graduellement de gutta-percha fondue la pierre contenant le poisson, etc., et l’on produit de la sorte une forme, laquelle, exposée plus tard à l’action d’une batterie galvanique, se couvre en peu de temps d’une couche de cuivre formant une planche, sur laquelle apparaissent en relief tous les caractères distinctifs du poisson : cette planche imprimée à la presse chalcographique, livre sur le papier un résultat qui égale en tout l’objet original.

Une grande carte topographique de Vienne et ses environs, exécutée dans l’Institut militaire géographique de Vienne, couvre le panneau qui se trouve entre les deux portes qui donnent dans le transept.

Au dessous de cette carte, sont placés quelques échantillons de hyalographie {voir plus haut) et des produits d’un procédé très-remarquable, qu'on appelle impression naturelle, inventé par M. Worring, prote à cette imprimerie.

Voici en quoi consiste ce procédé : Une plante, une fleur, un insecte ou un objet quelconque est mis entre une plaque d'acier et une plaque de plomb et fortement pressé entre deux cylindres, à l’aide d’une petite presse. L’image de l’objet s’imprime par celte pression jusqu’aux moindres détails dans la plaque de plomb. Une fois cette plaque obtenue, on la reproduit en relief à l’aide du procédé galvanoploslique ordinaire. La plaque obtenue sert à imprimer les objets, qui sont d’une exactitude remarquable, comme on le voit aux échantillons que le visiteur a devant lui, et parmi lesquels il y a des plantes, des fleurs, des insectes, des dentelles, etc. L’inventeur, M. Worring, qui est présent, montre avec beaucoup de prévenance son procédé ingénieux. La petite presse qui sert à l’impression naturelle se trouve en face et à côté.

Le trophée du milieu est composé d’instruments de musique, parmi lesquels un piano, des flûtes, des boîtes à musique, etc. Entrons derrière l’imprimerie Impériale, entre les colonnes 20 et 25, où nous trouvons les papiers peints et la belle collection d’outils de M. Werlheim. et, à côté, les coffres-forts de MM. Werlheim et Wise; des lits et des garnitures de lit, de très-belles photographies de Venise, et une petite vitrine remplie de porte feuilles, nécessaires, etc., de M. Klein ; au milieu, des reliures, des gravures, des cannes, etc.

Entrons dans le carré suivant, où nous trouvons les produits de tourneurs très-habiles d’Autriche, ainsi que des boutons de toutes sortes, cannes, et au milieu, une très-grande collection de pipes en écume de mer, qui se distinguent par la bonne exécution et par le bon marché. La fabrique de tissus de laine de M. Liébig, à Reichenberg en Bohême, a exposé de très-beaux produits de sa fabrication tels que châles, tissus mérinos, etc. Citons encore, au bout de l’estrade du milieu, des boites en bois, avec des sculptures appliquées, d’un bon marché incroyable ; il y en a de très-jolies à 5, 6 et 10 fr. la douzaine.

Regardons encore les parasols, ombrelles, et les parapluies de Vienne et de Venise, et sortons par la porte, entre les colonnes 21 et 22, pour entrer dans le deuxième carré d'Autriche, dont le pourtour est occupé de quelques échantillons de tissus de coton écru et imprimé de Bohême, de tissus de laine et de chanvre de Moravie, de fils de laines de toutes sortes, de différentes provinces autrichiennes, et d’une petite collection de fils couleur ponceau d’une grande beauté, comme échantillon des teintureries en Illyrie, Moravie, Carinthie et du Tyrol, dont ceux des frères Rikli à Seebach en Carinthie, et ceux de MM. Ganahl et Cie à Feldkirch (Tyrol), les plus remarquables.

Le milieu est rempli des articles courants de porcelaine, et de la verrerie de Bohême, où les appareils en verre pour la chimie attireront surtout l’attention, par leur légèreté et leur pureté. Sur le côté qui est tourné vers le transept, on voit quelques tristes restes de la verrerie jadis si célèbre de Venise ; en bas, de grosses pièces d’aventurine (verre mêlé d'une poudre dorée), et quelques verres et bouteilles avec dessins d’aventurine d’un triste aspect. Du côté opposé, et sur le pan qui est adossé à la colonne 22, nous voyons une autre industrie vénitienne qui a mieux soutenu sa vieille réputation ; ce sont les célèbres perles de verre de Venise. Au-dessous de ces perles, de très-belles imitations de pierres fines, et à main gauche, des monnaies et des médailles reproduites en verre par un nouveau procédé en Hongrie, et vers les portes, des objets en verre filé très-remarquables. Sortons par la porte 21-22; traversons le grand carré du derrière où nous voyons, au milieu, les draps de Brünn en Moravie et de Reichenberg en Bohème. A droite, en montant, de très-jolis papiers peints et les terazzi vénitiens, c'est-à-dire imitations de marbre en terra cotta de Venise. Le côté opposé a de très-jolis articles de voyage, coffres, malles, sacs de nuit, lits de voyage, etc. ; des {meubles, parmi lesquels des chaises, des fauteuils, et des canapés en bois scié dans sa longueur et courbé ensuite à volonté, ce qui donne aux meubles une grande élasticité. Une chaise pareille jetée parterre rebondit et reste debout. Enfin, au bout de l'exposition autrichienne, à côté du petit bureau de l’Autriche, on voit une petite toilette et des corbeilles à linge, etc., on vannerie, achetées par MMe la princesse Mathilde.

©Promenades dans l'exposition de 1855