Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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1er carré (entre colonnes 1 et 7)

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L’Imprimerie impériale occupe le premier carré derrière les trophées de musique. Cet établissement de l’État, dirigé par M. de Saint-George, a exécuté pour l’exposition universelle un livre très-élégant, avec ornements or et couleur, l'Imitation de Jésus-Christ ; livre par lequel cet établissement fut inauguré plus de deux siècles auparavant (en 1640). Ce beau livre se trouve au milieu sous verre; mais l'employé qui se trouve là montre avec beaucoup d'affabilité au visiteur ce chef-d’œuvre de la typographie moderne sur lequel nous allons donner quelques détails.

Le volume se compose de deux parties, le texte latin, et la traduction française. La première partie est le texte latin, dont les ornements imprimés en or et en couleurs sont faits avec un luxe et une perfection remarquables. Ils se composent d’un faux titre général, un titre avec huit figures en miniature, son encadrement, quatre faux titres, quatre têtes de livre, cent dix têtes de chapitre, soixante petites vignettes, trois cents lettres ornées et cinquante-six culs-de-lampe.

Pour obtenir les matrices et les planches nécessaires à l'impression de ces divers ornements et éviter les clichés ordinaires, qui n’arrivent pas à un degré suffisant de précision et de finesse, l'Imprimerie impériale a employé la galvanoplastie. Les ornements du texte ont nécessité la gravure de soixante-quatre planches présentant une surface de 6 mètres carrés. La production, par voie galvanique, de ces ornements, a donné pour résultat trois cent cinquante planches d’une superficie totale de 36 mètres carrés et d’un poids de 310 kilogrammes. Décomposés par la mise au tirage, ces cuivres ont fourni trois mille deux cent quarante motifs, dont un grand nombre occupent plus d’un quart de la page.

A l’impression, les faux titres, les têtes de livre et les têtes de chapitre ont donné lieu à sept tirages; chacune des autres pages, à six; l’encadrement du titre, à huit, et les huit petites miniatures, à vingt-quatre. Ces miniatures avaient donné à la décomposition trente teintes différentes. Cette ornementation est due au talent de trois artistes : M. Steinheil, pour les miniatures ; M. et Mme Toudouze, pour les ornements divers.

La deuxième partie est la traduction française de Corneille. La diversité des mètres que Corneille a employés dans sa traduction de l’imitation de Jésus-Christ a ajouté une difficulté à toutes celles qui provenaient d’un temps trop court pour l’ornementation de cette deuxième partie du livre, ici, aucun ornement ne pouvait être dessiné à l’avance, parce que la longueur des lignes était constamment variable, et que les marges changeaient d’étendue ou d’aspect à presque toutes les pages. Il devait résulter de là des retards inévitables, puisque le dessinateur, au lieu de s’abandonner à son inspiration, était obligé de marcher avec la composition, afin d'harmoniser ses dessins avec la physionomie de la page où ils devaient figurer. Cette circonstance n’a heureusement rien arrêté, et la double combinaison du dessin des ornements avec la composition a pu se continuer sans qu’il en résultat des inconvénients sérieux.

La traduction française est ornée de dessins gravés sur bois et imprimés en noir. Ces dessins présentent les nombres suivants :
1° Un grand titre et cinq faux titres :
2° Quatre grandes planches ayant pour sujet : La Samaritaine ; — Laissez venir à moi les petits enfants ; — la Femme adultère;—la Communion, et quatre encadrements pour ces divers sujets ; 3° Cent quatorze têtes de chapitre ; 4° Cent quatorze lettres ornées ; 5° Et environ cent culs-de-lampe.

Le papier très-épais et très-nerveux, adopté pour l’impression de ce livre, et qui avait été spécialement fabriqué par MM. Blanchet et Kléber, de Rives, se prêtait d'autant moins à l’impression des vignettes sur bois, que le tirage devait se faire presque à sec, et que dès les premiers foulages les reliefs auraient été altérés par une trop forte pression. L’Imprimerie impériale a obvié à ce grave inconvénient en employant le moulage galvanique.

Trois artistes ont concouru à l’ornementation de cette traduction : M. Steinheil pour les quatre grands sujets, M. Gaucherel pour le dessin des autres ornements, et M. Lavoignat pour la gravure sur bois. L’Imprimerie impériale expose de plus :
Une collection de poinçons, de matrices, de caractères français et étrangers ; Son spécimen typographique; Une série de tableaux-spécimens ; Plusieurs volumes de la collection orientale et une centaine d’autres volumes; Des cartes géologiques et géographiques gravées sur pierre et coloriées par impression ; Diverses applications industrielles de l’électricité à la production des poinçons, matrices, ornements, etc. Différents genres de reliure ; Et enfin, de petits modèles d’appareils pour le séchage, l’impression, etc.
Parmi les poinçons, on remarquera :
Un caractère maghrébin.
Un caractère télougou.
Un caractère ninivite.
Un caractère éthiopien, gravés par M. Marcellin-Legrand ; Des caractères hiéroglyphiques, gravés par MM. Delafond et Ramé fils -, Un caractère siamois, Un caractère d’inscriptions latines, gravés par M. Lœuillet ; Un caractère de grec moderne, Un caractère d’inscriptions grecques et latines de la décadence, gravés par M. Ramé père; Un caractère grec, gravé sous François 1er par Garamond, et que l’on désigne sous le nom de grec du roi; Un caractère arabe, gravé, sous Henri IV, par les soins de Savary de Brèves;

Parmi les matrices :
Un échantillon de groupes chinois tirés sur des gravures en bois ; Un corps de palmyrénien et un corps de phénicien pris sur l’alphabet unique, en plomb, que possédait l’Imprimerie impériale.

On y voit des échantillons de quarante langues orientales et de presque tous les types européens. Beaucoup de livres imprimés dans ce grand établissement ornent les vitrines, et les caries géographiques le pourtour de cette loge.

Parmi elles on remarquera sur le derrière, un fragment de la carte détaillée de la France nouvelle, carte topographique dressée par le corps d’État-major.

Ce fragment comprend sept départements qui occupent le nord de la France. Les tableaux d’assemblage des cartes géologiques de la France et de la Belgique, la carte géologique des Vosges et celle de la Côte-d'Or, présentent tous les genres de difficultés : tirage multiple ayant atteint jusqu’au nombre cinquante et un sur une même feuille, et formats de papier de la plus grande dimension.

Voici maintenant un aperçu du prix de revient de ces cartes coloriées par l’impression :
Le Tableau d'assemblage de la carte géologique revenait à 21 francs par exemplaire pour le tirage et le coloriage à la main ; les dépenses de même nature étaient de 45 francs pour le Tableau d’assemblage de la Carte géologique de la Belgique. La minute du fragment de la carte géologique détaillée de la France a coûté 140 francs.

Par le procédé de coloriage par impression, et pour un tirage de cinq cents exemplaires, le Tableau d assemblage de la France revient à 3 fr. 50 cent., et celui de la Belgique à 8 francs. Le prix de revient de la Carte détaillée de la France suivra la même proportion.

Il est résulté de cet abaissement de prix que la vente du Tableau d’assemblage de la carte géologique de la France a dépassé trois mille exemplaires, depuis cinq ans ; elle avait été seulement de deux cent cinquante exemplaires tant que cette feuille était coloriée à la main. On est donc autorisé à dire que ce tableau est maintenant entré dans le domaine de l’instruction publique.

Nos lecteurs ne liront pas sans intérêt les détails suivants sur cet établissement, que nous empruntons à une brochure distribuée, au Palais de l’Industrie, aux visiteurs, et qui nous a fourni tous ces détails curieux :
« L’Imprimerie impériale occupe quatre-vingt-quatorze presses typographiques à bras, quatorze presses mécaniques mues par la vapeur, vingt presses lithographiques, une pour la taille-douce, et deux presses hydrauliques pour le satinage, l’une ayant une pression de 300,000 kilogrammes, et l’autre de 150,000. Elle emploie à son exploitation environ 804,500 kilogrammes de caractères, et conserve annuellement dans sa réserve plus de 15,000 formes, composées dans toutes les dimensions, pour les besoins instantanés des diverses administrations générales. Ces formes représentent un poids d’environ 450,000 kilogrammes de caractères.
« Son cabinet des poinçons possède, pour la typographie étrangère, 1° cent quarante corps de caractères ou alphabets différents, formant 18,412 poinçons et 29,937 matrices; 2° 217,786 poinçons chinois, parmi lesquels se trouvent deux corps, gravés anciennement, au nombre de 126,590 groupes en bois.
« Quant à la typographie française, elle se compose de 85 corps de caractères romains, dont 28 de nouvelle gravure, qui donnent en totalité 27,014 poinçons et 48,728 matrices.
« La valeur du matériel de l’Imprimerie impériale était estimée, au 1er janvier 1854, à plus de 3,000 000 de francs. Les ateliers sont vastes, sains et bien distribués. lisse divisent en fonderie, composition, impression, séchage, satinage, assemblage, réglure, pliure, brochure, reliure, lithographie, réserve, etc. Ils occupent un nombre permanent d’environ 1,000 ouvriers et ouvrières, qui, après trente années de service, ont droit à une pension payée par la caisse des retraites de l’Imprimerie impériale, dont la création est due à l’Empereur Napoléon 1er. »

Autour de l’Imprimerie Impériale se sont rangés les principaux imprimeurs et libraires de France. En face d’elle, nous voyons Mame, de Tours. Dans sa vitrine, on remarquera un beau livre in-quarto, La Touraine, exemplaire unique sur peau de vélin, tiré à la presse mécanique.

Firmin Didot frères ont étalé à côté leurs belles éditions, parmi lesquelles on remarquera celle des classiques latins.

Claye a dans sa vitrine des spécimens de gravures sur bois imprimées à la mécanique, de toute beauté, qui font partie de ses belles publications, le Muséum de Rome et l'Histoire de la peinture.

En continuant à main droite, nous passons devant M. Furne, qui a exposé entre autres un beau livre in-folio, intitulé les Vierges de Raphaël, avec des gravures représentant les tableaux de ce maître. L'élégante case à côté est à M. Paul Dupont. Au milieu, on voit une pièce remarquable. C’est Guttenberg, l'inventeur de l’imprimerie, d’après la statue connue de David d’Angers, exécuté par Victor Moulinet avec de simples filets d’impression.

Deux autres curiosités flanquent ce chef-d'habileté et de patience ; ce sont les reproductions lithographiques de deux chartes sur papyrus, conservées aux Archives, et dont celle à main gauche est de Clotaire III (658), concernant une concession de quelques villages au monastère de Saint-Denis; celle à droite est une bulle de Nicolas 1er (865), pour la confirmation des privilèges de Saint-Denis, adressée à Charles-le-Chauve. Sur le bas, se trouvent un modèle de presse et une mécanique à rogner (à couper) le papier, inventées par des ouvriers de la maison Dupont.

Des belles reliures en ivoire, argent, bois et nacre de M. Belin-Leprieur se trouvent à côté. On remarquera celle en nacre, avec le portrait de Notre-Seigneur. Les éditeurs J. Renouard et Cie se rangent à côté avec leurs éditions, parmi lesquelles on remarquera l'Histoire des Peintres de toutes les Écoles, illustrée de magnifiques gravures sur bois.

On admire, dans ces volumes, la beauté du caractère et du tirage des planches. Seulement, nous paraît-il, on devrait aussi trouver, à côté des noms des éditeurs, ceux des graveurs et des imprimeurs par lesquels le livre a été fait, qui nous semblent avoir au moins un mérite égal à celui des éditeurs. Ceci s'applique en général à tous ceux qui étalent et se glorifient des œuvres des autres, sans même nommer ces derniers.

M. Lehuby, à côté, montre des reliures un peu arlequines, qui cachent probablement les éditions de cette maison.

M. Didier a exposé dans la vitrine suivante les éditions des œuvres des premiers écrivains contemporains de France, tels que MM. Cousin , Villemain, Guizot, Salvandy, etc.

Le coin est occupé par MM. Lorilleux père et fils , qui ont exposé des spécimens des encres typographiques qu’ils fabriquent. M. Derriez nous montre b côté de belles épreuves de caractères typographiques, des vignettes, et des types de caractères d’imprimerie.

Nous passons devant une porte, et nous arrivons à M. Silbermann, de Strasbourg, qui nous montre de très-belles impressions en couleur ; l’ancienne bannière, au milieu, et les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, aux côtés, sont d’une grande perfection.

Les fondeurs typographes Laurent et Deberny, de Paris, ont rangé à côté des échantillons de leur fabrication. Suivent M. Leclere, l’imprimeur du pape et de l’archevêché de Paris -, M. Langlois, avec de belles planches d’histoire naturelle et de botanique ; M. Dalmont, avec des gravures d'architecture et de mécanique ; et M. Lortie, avec des reliures de luxe, qui se distinguent par la simplicité et le bon goût.

M. Masson expose à côté son édition du Règne animal, par Cuvier, dont les planches séparées se trouvent autour. Ses planches d’anatomie , au côté , à main droite, sont très-remarquables, et celles en relief ou superposées doivent faciliter l’élude de l’anatomie. M. Daly montre de belles gravures de la Revue de L’architecture. MM. Roret, Maison, Garnier, Delalain, Guillaumin et Amyot, exposent les livres édités par eux. Viennent les éditeurs de musique : Schonenberger et Heugel. Ce dernier a entre autres un album très-élégamment relié qui porte l’inscription : Album artistique de la reine Hortense.

Parmi les reliures de M. Lenègre, à côté, on remarquera en bas un in-folio rouge avec fermeture d’acier d'un bel effet. M. Levrault, à côté, a de belles cartes géographiques, et M. Curmer, termine le cercle des reliures de luxe, parmi lesquelles on remarquera celle du Livre de famille de madame la comtesse douairière de Sainte-Aldegonde, ornée de petits médaillons de porcelaine avec peinture, et celle, au-dessus, de l'Histoire naturelle par Cap. Deux anges ornent le milieu des arabesques dorées qui couvrent les deux.couvercles.

©Promenades dans l'exposition de 1855