Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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Amérique, Angleterre

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Le premier trophée que nous rencontrons sur notre route, après avoir passé devant la fontaine du milieu , est partagé entre la France et l’Angleterre, car la première moitié est occupée par M. Leroy, l’horloger connu par tous les visiteurs du Palais-Royal. Une splendide pendule, style renaissance, de bronze doré et de porcelaine, occupe le haut ; d’autres pendules de salon et de voyage témoignent de l’habileté de ce fabricant. Le colonel Colt d’Amérique, l’inventeur des armes à feu rotatives à culasse (Patent Revolving Breeched Fire-Arms), a exposé ses objets dans la deuxième partie de cette vitrine. Deux de ses pistolets sont attachés à de petites chaînes pour être examinés par le visiteur, tandis que d’autres sont disposés dans deux vitrines. Ce pistolet est destiné à remplacer le revolver ordinaire, car quoiqu’il n’ait qu’un seul canon, il est construit de façon à pouvoir tirer jusqu’à six coups successivement sans avoir besoin de recharger.

En face, ont été disposés quelques bronzes retardataires de M. Raingo, de Paris, une garniture de cheminée, deux candélabres et une corbeille de fleurs. A côté de ces bronzes, un beau groupe en grandeur naturelle, de cuivre galvanisé, attirera les regards. Il représente Amalthée avec sa chèvre, est dû à M. Julien et vaut 6,000 francs. Une chaire hollandaise en bois sculpté se trouve derrière et se distingue par le fini de la sculpture. Le deuxième trophée à côté de M. Colt n'a été dressé que ces jours-ci, et n’est pas encore terminé (fin août). Il sera composé des objets d’orfèvrerie et d’argenterie de M. Meyer, de Paris. On y voit déjà entre autres trois tabatières ornées du chiffre de l’empereur Napoléon, en diamant, et commandées par Sa Majesté.

En face, se trouve un beau groupe de bronze de la maison Elkington, Mason et Cie, de Londres, représentant la reine Boadicea et ses enfants, sculpté par M. John Thomas.

Le premier trophée anglais est celui de la ville de Wolverhampton. Elle expose des plateaux, des corbeilles, des demi-baignoires, ustensiles de toutes sortes, et autres objets de tôle et de fer blanc vernis, d’un très-bon goût et d’une fabrication et solidité irréprochables. En face, se trouve un trophée de la maison Elkington, Mason et Cie, de Londres, composé d'une cheminée, ornée de bas-reliefs en bronze, représentant des scènes de Shakspeare, et supportée par deux figures allégoriques, la Tragédie et la Comédie. Une belle glace surmonte la cheminée, et le milieu est orné du buste du grand poêle britannique. Les bustes de Leurs Majestés l’Empereur et l’Impératrice des Français ornent les extrémités du trophée.

Bradford et Halifax ont exposé, dans la vitrine suivante, leurs étoffes de laine et colon, célèbres par leur bonne qualité et distinguées par leur dessin. Aux deux côtés, des tapis aux sujets variés.

En face se trouve un autel en terre cuite d une très-bonne exécution, dont le prix est de 2000 fr. Au fond et à main gauche, on remarquera une belle statue de bronze représentant saint Jean-Baptiste en grandeur naturelle, sculpté par M. Barre.

En retournant aux trophées, nous trouvons Birmingham où MM. Jennens et Bettingen, fabricants de la reine, ont étalé des objets ravissants de papier mâché. Des tables, des chaises, des toilettes, des boîtes, tout est d’une exécution supérieure et d’un goût exquis.

MM. Timothy Smith et fils occupent l’autre moitié du trophée avec des objets dorés par un nouveau procédé. Des lampes, des chandeliers d’église, des lustres, remplissent leur vitrine et le haut du trophée.

On a établi en face une machine à composer, très-ingénieuse, pour les imprimeurs, de l’invention de M. Delcambre. Un clavier se trouve devant le compositeur, qui n’a qu’à faire jouer la touche correspondante à la lettre, et celle-ci va se placer loin de là dans un petit casier, et ainsi on compose avec une vitesse incroyable. Une autre mécanique à main gauche de ce clavier sert à décomposer, c’est-à-dire à remettre toutes les lettres pareilles ensemble en détruisant la composition. On dit qu’une pareille machine à composer se trouve dans le cabinet de l’Empereur.

Dalglish Falconer et Cie, de Glasgow, ont arrangé dans le trophée suivant leurs belles mousselines et cambrics imprimés, arrangés avec beaucoup de goût.

En face s’élève le trophée de la Marine anglaise. Sur le haut et au milieu, on voit des ancres de grande dimension, des anneaux, des piliers de fer, etc., des boussoles, fanaux et lanternes de navires, des cordages, des toiles et tous les objets employés dans la marine. Des modèles de navires de M. Russel à Londres sont arrangés au-dessous, et, tout en bas, un très-beau modèle de machine à vapeur oscillante, de la force de 500 chevaux, mise dans le bateau à vapeur de Sa Majesté le Sphynx, de M. Penn à Greenwich.

A côté à main gauche, un modèle des phares de Bishop-Rock de M. Walker à Londres, et d’autres modèles des phares et des appareils pour la navigation. A main droite, il y a des appareils complets destinés aux plongeurs, qui descendent dans la mer, soit pour visiter les flancs d’un navire, soit pour tout autre service : les bottines aux semelles épaisses garnies d’une double semelle en plomb et liées au-dessus des chevilles, le pantalon et le vêtement complet rendus imperméables par le caoutchouc, le casque en forme de pot vissé au cou, recouvrant toute la tête, et percé de trous garnis de lames de cristal. A côté, deux machines à insuffler l’air au moyen d'un tuyau de caoutchouc.

A droite de ce trophée est un petit canot très-élégant pour quatre personnes, de 22 pieds 2 pouces de longueur et de 4 p. 4. p. de largeur, fait par MM. Stearle et fils à Londres, fabricants des canots de la reine et de la corporation de la ville de Londres, et au-dessus, un petit canot de course des mêmes fabricants, pour porter une seule personne, de 31 p. 4 p. de longueur et d’un pied 3 p. de largeur, qui ne pèse que 35 livres.

Les porcelaines de la célèbre maison Copeland, de Londres, occupent le trophée suivant. La spécialité de celle maison sont les groupes, statuettes, vases, etc., exécutés en porcelaine marbre, qui se distingue du biscuit français par une dureté plus considérable et par un teint légèrement verdâtre.

Sur le haut, on remarquera un vase énorme, fond rose, avec arabesques blancs; deux bustes, des deux côtés, représentent O'Connell et Robert Peel. Plus bas et au milieu, Sapho par Theed (32 pouces de hauteur) d’après l’original appartenant à la reine, du prix de 519 fr. A côté et à main gauche, un joli groupe d un homme donnant des raisins à un enfant, et, à main droite, Paul et Virginie par Cumberworth, qui vaut 70 fr.

Sur le bas, on aura déjà remarqué le beau groupe de M. Foley, Ino et Bacchus d’après l’original, appartenant à Lord Ellesmore (prix 416 fr.). Parmi les petites statuettes d’en bas, on remarquera celle de Napoléon III. Au côté gauche de l’étalage, il y a, en haut, les trois Grâces supportant une corbeille pour fruits et fleurs. Un très-joli tableau sur porcelaine fixera encore l’attention, ainsi que le petit buste de Napoléon 1er.

En face, on voit une collection d’instruments d’astronomie, de l’Observatoire royal de Greenwich, savoir : le modèle de même grandeur du cercle méridien; à main gauche le modèle de l’appareil pour soulever ce cercle méridien (1/4 de grandeur). Des deux côtés du grand modèle, on a placé les collimateurs sud et nord du cercle méridien ; au fond et derrière, le collimateur sud ; le modèle en demi-grandeur de l’appareil employé au même observatoire pour faire des observations par réflexion sur Mercure; entre cet appareil et le collimateur sud, la projection horizontale en demi-grandeur du cercle méridien montrant le système adopté pour illuminer les fils, la direction des fils galvaniques, etc. Derrière, se trouve une lunette dirigée suivant l’axe du cercle méridien, pointant sur le collimateur, destiné à vérifier l’exacte cylindricité des tourillons.

Le trophée suivant est rempli de porcelaines des maisons de M. Rose dans le comte de Shropshire et de M. Danielle, à Londres. On y remarque parmi les beaux services, celui bleu de turquoise d'une grande beauté. Sur le devant et à main droite, on remarquera la copie exacte des assiettes qui ont servi à Leurs Majestés l’Empereur et l’Impératrice des Français, à leur visite à Londres. On voit encore dans cette vitrine un très-élégant service de dessert, couleur rose, de Barry, et quelques émaux delà célèbre manufacture royale de Worcester.

En face, on a placé dernièrement un meuble très-élégant, en bois de rose, orné d’une belle glace et de pointures sur porcelaine, exposé par MM. Jackson et Graham, fournisseurs de la Reine à Londres. A côté de ce meuble, une très-belle bibliothèque en bois de chêne, de MM. Holland et fils, à laquelle une garde-robe est adossée.
Manchester étale à côté ses célèbres tissus de coton avec indication des prix qui surprennent par leur bon marché pour des étoffes si bien conditionnées.

En face, une belle statue en fonte, le Tueur d'Aigles, par M. Bell, fondue par la Compagnie des forges dites Coalbrookdale.

Nous proposons au visiteur d’examiner maintenant le beau candélabre anglais, placé non loin de là. Ce beau candélabre de cristal, d’une hauteur de seize pieds, excite l’admiration des visiteurs par la simplicité et la sévérité de ses formes. Sa base est sexagone, tandis que le fût est octogone et orné de pointes prismatiques. Deux larges branches et six autres d’une plus petite dimension portent les bougies. Le sommet est orné d’un minaret pointu.

En retournant aux trophées, nous trouvons celui de la ville de Sheffield, qui a placé les plus beaux échantillons de ses cheminées, sur lesquelles on voit les bustes de la Reine et du prince Albert, d’après J. E. Jones, et de jolis petits vases, imitation de Chine. Au milieu est une belle cheminée avec des peintures sur fer, imitant la porcelaine. Les bustes de l'Empereur et de l’Impératrice des Français ornent les cheminées du devant. Un beau candélabre en face, porté par une femme gracieuse, est une imitation parfaite du bronze, f remplacé par le carton-pierre. A côté, on voit une belle porte en fer de la fabrique de Baily et fils, de Londres.

Examinons le dernier trophée anglais, avant de voir la grande et belle glace dont nous avons déjà parlé et qui se dresse derrière les deux objets que nous venons de voir. Ce sont les toiles remarquables et les broderies fines d’Irlande.

Retournons à la grande glace exposée par la fabrique des glaces de Saint-Gobain, celle qui a fondu toutes les verreries employées aux différents phares français exposés. Cette glace, d’une pureté remarquable, n’a pas moins de 5 m. 37 c. de hauteur et 3 m. 36 c. de largeur, et, par conséquent, 18 m. 04 c. de superficie. Son épaisseur est de 12 à 13 millimètres.

Le célèbre fabricant de pianos, M. Erard, a exposé, derrière cette glace, un piano très-élégant, dont la caisse rappelle les plus délicieuses conceptions de l’époque Louis XV et dont le son peut lutter de sonorité avec celui des orgues de salon. Une harpe, de la même fabrique, se trouve à côté. Devant ces instruments, une fontaine en fonte arrêtera un moment le visiteur par sa simplicité et le bon goût qui la distingue. En face de cette fontaine et aux deux extrémités du transept, on voit deux phares de nationalité et de construction différentes. Celui à main gauche est un phare dioptrique de premier ordre, à feu fixe, avec des zones catadioptriques de la fabrique de MM. Chance à Birmingham. L’autre phare français est dioptrique et à feu tournant, comme celui du gouvernement, que nous avons vu au commencement ; deux plus petits phares du même genre sont à côté de lui.

©Promenades dans l'exposition de 1855