Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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France

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Tout le côté nord est occupé par la France ; le côté sud, en partant de l'ouest, commence par la Prusse et le Zollverein ; suivent la Belgique, les États-Unis et la Grande Bretagne. Les drapeaux de chaque nation flottent au-dessus de leur exposition.

Tournant à notre droite, nous nous trouvons devant le premier trophée, une grande vitrine élégante avec l’inscription Paris, et les armes de cette ville. En effet, nous voyons là le résumé de la fabrique et du commerce parisiens, des jaconas, des barèges, etc., des étoffes légères, de dessins exquis, dont le centre du commerce est dans les rues du Sentier, des Jeûneurs, etc.

MM. Bernoville frères, Larsonnier frères, et Chenest ont exposé dans cette vitrine des échantillons de leur manufacture de peignage et de filature de laine. Devant cette vitrine, se trouve un groupe en fonte représentant le Minotaure. Ce groupe vient de chez MM. Eck et Durand.

Le second trophée est composé de porcelaines françaises, de fabriques particulières, celle do Sèvres se trouvant au panorama. Le goût avec lequel cette exposition est arrangées frappera le visiteur.

Le milieu de celte exposition est occupé par une glace avec un cadre en porcelaine, devant laquelle se trouve un buste de l’Empereur sculpté par M. Barre et exécuté par M. Gilles.

Aux côtés de ce buste, on trouvera des vases de porcelaine et de biscuit do formes élégantes, blancs et émaillés de différentes couleurs. Deux grands vases portant des candélabres de M. Meyer, parfaite imitation de Chine, sont aux deux côtés extrêmes. On regardera encore deux vases d’une exécution très-difficile, de MM. Pilliouyt et Dupuis. Ces vases sont ornés de sujets chinois avec un fond vert d’eau appelé fond Céladon. C’est ce fond, imité de Chine, qui n’a pas encore été aussi bien reproduit, et qui est d’une grande difficulté.

On y voit de plus des vases dans le style de Louis XIV, XV et XVI, une coupe charmante dont le piédestal est entouré des trois Grâces se tenant parles mains, et aux côtés deux grands vases peints et décorés par Manoury, dont les sujets de chasse et de pêche sont très-bien réussis.

Mais ce sont surtout deux pots de biscuit, de grande dimension, à large panse, de MM. Jouhanneaud et Dubois, de Paris, qui attirent les regards. Ils représentent le triomphe d’une Bacchante. Celle-ci, la tête renversée, tenant le pot vidé par elle, est portée sur les épaules de ses compagnes, et sur celles d’un jeune homme et
d’une jeune femme.

Ces mêmes fabricants ont deux pots de biscuit, dont les sujets sont empruntés aux kermesses flamandes de Téniers, très-jolis et qui se trouvent parmi les services du dernier étage. Parmi ceux-ci, nous ferons remarquer aux visiteurs celui en bleu foncé de MM. Pepin-Lehalleur, dont les teintes nettes sont d’autant plus méritoires que cette couleur est d’une difficulté énorme en porcelaine, parce qu’elle exige que la porcelaine soit chauffée au rouge au risque de couler.

Il faut encore faire mention d’une coupe que l'on trouvera en bas, fabriquée et peinte pour ajuster un socle en métal de fabrique indienne qui la supporte.
En effet, l’exécution est si parfaite, qu’il est bien difficile de distinguer, à la vue, le socle de métal de la ; coupe en porcelaine.

Au côté droit, on remarquera les imitations très-bien réussies de M. Avisseau, des ouvrages du célèbre potier français du seizième siècle, Palissy, dont l’art fut perdu pendant longtemps. Ce sont des assiettes et des rochers ornés de lézards, de poissons, etc. De l’autre côté, on remarquera un vase élégant de M. Haviland, de Limoges, fond or à dessins. Sur le pourtour intérieur, un émail léger représente un combat des Centaures et des Lapithes. Deux lustres en porcelaine à jour, or blanc et émaillé avec des fleurs el des serpents, ornent le pourtour de ce pavillon. Le modèle de ces ; lustres est de MM. Ernie et Coudère, et la fabrication de M. Burguin.

En face de ce trophée, se trouve un bassin de grande dimension à côtes de melon, en faïence verte, imitant le marbre. Sur le pourtour, pendent en guirlande des ceps de vigne réunis par des rubans. Ceps, rubans, feuilles et raisins sont faits d’une pâle blanche et male, nommée pâte de Paros, par M. Millet. On y a mis trois petits enfants de grandeur naturelle, assis à l’entour d'un autre vase dans lequel ils regardent.

Le troisième trophée est celui de l’industrie parisienne, c'est-à-dire la bijouterie, les fleurs artificielles, les modes, el ces mille objets légers que l’on appelle articles de Paris, d’un goût exquis, et qui se trouvent sur les étagères el sur les toilettes dos dames élégantes, tels que flacons, éventails, etc. Ce qui frappe d’abord les yeux est un manteau de cour très-élégant, blanc, brodé d’or. La richesse et la beauté du dessin distingue cet ornement de grande cérémonie à la cour impériale. Sur le devant, se trouve la bijouterie fine de la maison Bapst, un des premiers bijoutiers de Paris. On remarquera parmi ces richesses une bague, ornée d’un diamant noir, et une parure de diamants et des perles du prix de 76,000 fr., d'un très-bel effet; une autre de diamants et rubis de 80,000 fr., d’une exécution supérieure. Les fleurs artificielles de MM. Perrot et Petit, industrie dans laquelle Paris excelle, attireront l’attention du visiteur par la parfaite imitation de la nature.

Les souliers brodés, les ombrelles, etc., ne laissent rien à désirer. Remarquons encore le goût et la finesse des coiffures de plumes, etc.

Une seule maison a l’honneur d’occuper le trophée suivant, c’est la maison Denière, avec celle de Barbédienne, que nous trouverons plus tard, la plus importante pour l’industrie des bronzes, une des principales et des plus célèbres industries de la capitale.

On y voit étalés des objets d’art, sujets antiques et modernes, de toutes dimensions ; des candélabres élégants, supportés par deux enfants en grandeur naturelle, forment le haut de l'étalage. Parmi les statuettes et les groupes, on remarquera sur une pendule de marbre noir et vert, une figure assise représentant l’Architecture, modèle attribué à Michel-Ange ; à côté de saint Sébastien, Judith, d’une exécution irréprochable ; à côté de Judith, l’amiral Chabot, à demi couché, dont l’original se trouve au Louvre.

Sur le deuxième rang, c’est un pot de tabac qui attirera surtout l’attention du visiteur. Il est moulé sur un pot en ivoire, sculpté par Michel-Ange. Plus bas, on admirera le groupe de Faust et Marguerite et celui de Roméo et Juliette, tous les deux de M- Cordier. Le prix de ces deux groupes ensemble est de 700 fr.

Le dernier rang est occupé par un service de table très élégant, en bronze doré et cristal, commandé par l'ancien ambassadeur russe à Paris, le comte de Kisselef et coutant 50,000 fr.

Sur le bord gauche du trophée, on voit un haut lustre bronze patiné, un trophée de chasse, chargé de fusils, de gibier mort, et de carnassière, du prix de 6, 000 fr ; et en face de celui-ci, une fort belle vasque portant un lustre, et dont le socle est formé par trois enfants debout en grandeur naturelle, de la valeur de 11,000 francs et, au milieu, un lustre en bronze doré et émaillé, avec des boules de cristal en style oriental et imité de l’Alhambra.

Le quatrième trophée est composé d'horlogerie et d’instruments d'optique.

M. Wagner, horloger mécanicien, occupe le côté droit du trophée, avec une grande pendule dont la mécanique est à jour.

Les connaisseurs trouveront dans cette pièce des nouveaux arrangements très-ingénieux, pour assurer l’exactitude de la pendule. Une horloge, à côté, dont le rouage est en fer peint, représente un échantillon de l’horloge publique ordinaire. C’est M. Wagner qui a popularisé l’usage du fer au lieu du cuivre pour les horloges, ce qui leur donne une grande solidité et une économie de 25%. Un pendule suspendu meut deux cadrans à la fois. Nous trouverons dans l’annexe l’horloge à mouvement continu du même fabricant, qui lui a valu, à l’exposition de Londres, la médaille du conseil, M. Garnier, inventeur des horloges électriques, se trouve à côté avec une grande pendule, et plusieurs petites pendules de voyage d'un très-beau travail. La grande pendule a un compensateur, de l’invention de M. Garnier. Nous trouverons ailleurs ses pendules électriques. Un phare lenticulaire de premier ordre, commandé par le gouvernement des États-Unis et exposé par Henri Lepaute de Paris, système Fresnel, occupe le milieu. C’est le même que celui du gouvernement (voir celui-ci), c’est-à-dire il présente successivement un éclat et une éclipse en dix secondes de temps.

Un autre phare plus petit, du même exposant, un appareil caladioptrique est à côté; celui-ci est à feu fixe, varié par des éclats prolongés.

Sur la gauche du visiteur, quelques instruments d’optique et la coupe d’une locomotive, d’un nouveau système, inventé par M. Laudet, ingénieur à Paris. Cette locomotive n’a pas de tender, et porte son approvisionnement d’eau et de coke pour les grandes distances. La chaudière de cette machine est de nouvelle application à retour de flamme. Vis-à-vis, se trouve un modèle de bateau à hélice, le Danube, appartenant aux Messageries Impériales. Une mécanique cachée fait marcher la machine à vapeur qui tourne l’hélice. Les moindres détails du beau bateau sont reproduits avec beaucoup d’exactitude.

Quelques pas plus loin, nous nous trouvons devant l’entrée du phare érigé par le gouvernement en l’honneur de Fresnel, dont le buste est au-dessus de la porte avec cette inscription : Augustin Fresnel, inventeur des phares lenticulaires. Avant d’y monter, n'oublions pas de jeter un coup d’œil sur les deux joueurs de boule en bronze, qui se trouvent devant la porte. Ces deux statues sont du musée de Naples, et ont été apportées et exposées par M. Graux-Marly.

Le phare, destiné à Belle-Ile et dans lequel il est permis de monter, est composé de huit lentilles entourées de dix anneaux prismatiques. Au milieu, brûle une lampe à modérateur, ayant six mèches concentrées, donnant la lumière de vingt-cinq lampes ordinaires; la flamme a sept centimètres de diamètre et brûle 750 grammes à l’heure. M. Fresnel a établi cette lampe avec M. Arago.

L’appareil tourne sur son axe en huit minutes.
Toutes les fois que la lentille se trouve devant la lampe, il y a un éclat; dans les intervalles, il y a éclipse. Cette lumière est visible à une distance moyenne de quinze lieues. L’extérieur du phare est orné de figures représentantes différentes nations maritimes, la France, l’Angleterre, la Hollande, la Norwège, etc.

En revenant aux trophées, nous nous trouvons devant une grande vitrine remplie de châles français, d’une grande beauté. Celui du milieu, fixé dans un , cadre, a été fait exprès pour celte Exposition. Nous voyons en haut la figure de la France, tenant le glaive dans une main, et une branche d’olivier dans l’autre, offrant la paix au monde, représenté par un globe. Un aigle aux ailes déployées, plane au-dessous de ce globe ; dans le centre, se trouve le portrait de Sa Majesté l’Empereur ; le fond est semé d’abeilles, et les coins sont ornés d’aigles.

Le trophée suivant est celui de la Marine Impériale, arrangé sous la direction de M. Cros, directeur des constructions navales. On y voit les principaux engins en usage sur nos vaisseaux. Deux pièces gigantesques ; forment le centre, un canon de 50, c’est-à-dire dont le boulet pèse 25 kit. et un canon obusier à la Paixhans ! de Ï1 centimètres de diamètre à l’orifice, lançant un ! boulet conique de 102 kilogr. Ces deux pièces sont à ; chambre et à batterie. Le premier est le plus gros calibre de la marine française pour lancer des boulets pleins. ! Tous les accessoires entourent ces pièces. Le fond est formé des armes et des ustensiles de vaisseau ; on y voit des grapins, sabres, haches, piques, des fanaux pour les signaux, des pavillons, des enseignes, des flammes, des guidons, etc., et des ancres.

Froment-Meurice est l’inscription du trophée suivant, une des premières maisons d’orfèvrerie et de bijouterie de Paris. Le chef de celle maison, M. Froment Meurice,
un des hommes les plus distingués sous tous les rapports, est mort il y a peu de temps ; mais les objets exposés ont été faits sous sa direction.

Parmi tous ces objets d’une composition très-variée et d’une exécution supérieure, on remarquera une parure de diamants de la valeur de 85,000 fr, et une autre de diamants et rubis de 05,000 fr. ainsi qu’un bracelet en saphirs et diamants de 100,000 fr. On y remarquera, de plus, une coupe dont le piédestal est entouré de quatre bœufs d’argent. Ces bœufs sont des portraits des boeufs qui ont remporté les prix au concours qui se tient tous les ans à Poissy, le marché de bœufs pour Paris. Au milieu, et dans le haut, on verra une coupe en agate appartenant à la princesse Mathilde. Elle représente l’Ivresse, car sur son pied se tiennent trois groupes figurant le Vin triste, le Vin rêveur, le Fin amoureux. Sur l’anse, est couchée la Raison, enchaînée par de petits Amours. La composition et l’exécution de cette pièce ne laissent rien à désirer. A main gauche et sur le même plan, se trouve un triptyque, dans le style gothique allemand. Quand il est fermé, ce triptyque offre quaire faces ornées de quatre bas-reliefs en argent repoussé, encadrés de feuillages et de branchages qui se rejoignent au faîte supportant une couronne d’épines, surmontée d’une croix. Ces bas-reliefs représentent les principaux événements de la vie du Christ.

L’autre moitié de cette vitrine nous montre entre autres deux parures. L’une se compose d’une broche, d’un bracelet, d’une paire de boucles d’oreille et d’un collier de diamants et d’émeraudes sculptées, de la valeur de 110,000 fr. (4,400 livres sterling). L’autre est de camées de la renaissance sur onyx, gade, agate, montés dans des feuilles d’or mat, des émaux blancs et noirs, des perles et des rubis, de la valeur de 15,000 fr. Cette parure d’un très-heureux effet, par le choix des camées et la variété des couleurs, se compose dune broche, d’un collier, d'un bracelet et d un peigne. Parmi les autres objets de cette partie on remarquera, à main gauche, Léda avec le Cygne, d'après Pradier, en ivoire. Le cygne est en argent, et les ornements en or et pierreries. La valeur de celte pièce est de 25,000 fr. Un très-joli portrait en miniature et sur émail de l'Impératrice, orne le milieu d une plaque, placée sur une petite étagère.

En face de Froment-Meurice, une élégante fontaine en fonte répand de la fraîcheur, par une eau abondante. Les arithmomètres de M. Thomas de Colmar se trouvent à côté. Un élégant bureau vous présente des chiffres et des ressorts, et fait les calculs avec une promptitude et une exactitude incroyables.

Le neuvième trophée porte l’inscription Vieille-Montagne. C’est le nom d’une société anonyme des mines et des fonderies de zinc de Belgique, de la Prusse rhénane et de France, dont le siège principal est à Paris et à Liège (Belgique).

Le buste en zinc de l’empereur Napoléon III orne le milieu, et deux statues en couleur naturelle, les deux niches de l’entrée. Tout le reste se compose de spécimens des produits de la société, tels que feuilles de zinc de toutes sortes, plaques pour toiture, pointes, clous ronds et carrés, etc. La statue équestre de l’empereur Napoléon III, qui se trouve à l’entrée Est du palais, est fondue en zinc de cette compagnie, d’après le modèle de M. Debay qui se trouve à l’exposition des beaux-arts.

En face de ces zincs, deux groupes de bronze de différente grandeur se présentent au visiteur. Le petit est une réduction en bronze de l’Amazone de M. Kiss, qu'on a tant admirée au Palais de Cristal de Londres, par M. Minoy de Paris. L’autre, un groupe colossal représentant un cheval en grandeur naturelle, fondu par MM. Eck et Durand.

A côté, l’exposition des bronzes de M. Susse, l’éditeur des œuvres de Pradier. Aussi, voyons-nous, au milieu, sur le haut l’Enfant au cygne, et au-dessous Sapho, réductions des originaux de Pradier. Deux soldats du temps de Charles Ier portant candélabres et d'un effet ravissant, gardent l’entrée de celle jolie petite collection, dans laquelle on remarquera, à main gauche, les lutteurs d’après l’antique, le Génie de la Chasse par Jean Debay, Atalante par Pradier, et Phryné qui a valu à son auteur la médaille du conseil à l’Exposition de Londres. A main droite, les bustts du maréchal Saint-Arnaud; de Pradier, Euterpe, et Vénus de Milo et Diane, de Gabie, d’après l’antique, etc.

Le dixième trophée contient le modèle à jour de la grande usine dos forges de Châtillon et de Commentry, à Montluçon. Autour et au-dessus de ce bâtiment en miniature, on voit des modèles de machines et des outils employés dans l’industrie métallurgique, dont quelques-uns appartiennent au Conservatoire des arts et métiers. De plus, des locomotives à six roues d’après Cuvelier, une turbine-fontaine d’après Clair, système dans lequel la turbine élève une portion de l’eau qui lui imprime le mouvement de rotation ; une grue, une machine à percer et à comprimer des bandes de tôle, et enfin un appareil à soulever les wagons pour en déverser la houille dans la cale d'un vaisseau. En haut, on voit le modèle d'une très-belle arche d’un viaduc sur le Rhône à Lyon (chemin de fer do Lyon à la Méditerranée), qui se composera de cinq arches pareilles d’égale ouverture.

Le dernier trophée du côté que nous venons d’examiner, est celui de « Mulhouse. » Nous y voyons des belles étoilés pour meubles de celte célèbre fabrique. En tournant à droite, on trouve, entre deux vitrines des fleurs artificielles de grande dimension, dont l’une, est française (M. Dutheis), et l’autre allemande, toute une exhibition singulière. Ce sont des vases, de longs candélabres capricieusement percés à jour, supportant des corbeilles remplies de (leurs naturelles, sous lesquelles se cachent les porte-bougies, candélabres, et ; de formes et de couleurs variées, les uns or mat, les autres or bleu et rouge, puis or bleu et rose ; on voit auprès des vasques, montées sur des socles, et surtout un immense vase, décoré de peintures, tous ces objets sont imités des décorations de l’Alhambra de Grenade, de M. Charles de Diebitsch. Tout est de zinc fondu, une couche de cuivre a été appliquée sur ce zinc par la galvanoplastie.

Nous arrivons maintenant au côté nord du transept, occupé par la France. Le premier trophée de ce côté est formé d’un orgue de salon de M. Cavaillé-Coll, de Paris, du prix de 12,000 fr.,commandé par Mme Viardot. En face, on remarquera une petite collection de reliures très-remarquables, de M. Engelman, parmi lesquelles un superbe missel en velours bleu couvert de sculptures en bois. Le second trophée est formé d’un faisceau pittoresque des instruments de musique de fabrique parisienne, parmi lesquels une contre-basse monstre, de huit pieds de hauteur, dont on joue à l’aide d’un chevalet mobile ; l’archet lui-même est mu par un mécanisme. Elle est à la contre-basse ordinaire ce que celle-ci est au violoncelle. Les instruments de cuivre et les grosses caisses forment les côtés, elles pianos, Érard et Pleyel, à leur tête, occupent la partie inférieure.

Le trophée suivant est celui de M. Plon, imprimeur de l’Empereur, qui expose des échantillons d’impressions typographiques, parmi lesquels on remarquera de belles épreuves en caractères orientaux. En face, on a placé deux superbes manteaux de cour de fabrique lyonnaise, ornés de broderies or, du plus beau dessin et d'une exécution très-remarquable. A côté et à main droite, se trouvent des instruments de Sax.

Huber frères ont exposé une cheminée en carton-pierre surmontée du buste de l’Empereur : deux candélabres, supportés par des enfants de grandeur naturelle, complètent la garniture. A l’extérieur, on a placé d’autres échantillons d’ornements de carton-pierre ; à gauche, l’encadrement d’une glace ; à droite, des bas-reliefs, etc.

Trophée de guerre. —L’arrangement de ce trophée a été confié à M. Penguilly-Laridon, capitaine d’artillerie. Les armes blanches couvrent le panneau du fond. On y voit les modèles des armes principales, en usage aujourd’hui dans l’armée française. Les faisceaux sont formés avec des armes à feu ; les deux premiers avec les armes de l’infanterie et de la cavalerie ; le troisième avec des canons. On y voit les armes de nouvelle invention, le mousqueton des cent-gardes, se chargeant par la culasse. Le modèle en est dû au commandant Freuil de Beaulieu. On y remarque aussi le mousqueton de cavalerie du commandant Clerville, se chargeant par la culasse, encore à l'état d’expérience. Le faisceau du milieu est formé du canon de l'invention de Napoléon III. Ce canon est à la fois canon et obusier, c’est-à-dire qu’il lance également l’obus ou le boulet. Il remplace dans l’armement de campagne et de montagne quatre pièces, le canon de huit et le canon de douze, et l’obusier de quinze et l’obusier de seize. Ce système permet à l’artillerie en campagne de n'avoir qu’une seule caisse d’approvisionnements au lieu de quatre. Cette simplification met l’artillerie en position de suivre les évolutions de la cavalerie, avantage longtemps désiré et cherché sans solution. Le canon de l’empereur tire avec une justesse remarquable ; il a fait ses preuves dans les journées de l'Alma et d’Inkermann. Le long du panneau, on voit les deux parties d’un instrument de précision appelé fusil-pendule, et à l’aide duquel on peut déterminer la vitesse du projectile dans une arme à feu quelconque, un fusil on un canon, au moment même où le coup part. Elle sert à préciser la force relative des poudres différentes avec les mêmes tubes et les mêmes projectiles. Cet instrument est redevable de sa justesse et de sa précision actuelles aux expériences du général Morin.

M. Sécretan, opticien de l’empereur,‘a établi en face une lunette de 24 centimètres (9 pouces) d’ouverture; la distance focale est de 4 mètres (12 pieds 4 pouces); elle est montée parallactiquement pour une latitude nord de 48° 50’, marchant au moyen d’un mécanisme d’horlogerie. A côté de cette lunette, se trouve un baromètre étalon, mesurant la pression atmosphérique à 1/100 de millimètre près, construit pour l’observatoire météorologique de Lisbonne.

En continuant notre tournée, nous nous trouvons devant le deuxième trophée de l’industrie parisienne. Il y a là des articles de vingt différentes maisons et fabriques et qui représentent quinze industries. Le milieu est occupé par une toilette en argent massif, composée de vingt-deux pièces sur une table de bronze argenté de M. Audot. Une grande pendule représentant Sapho orne le milieu. Des éventails sont disposés autour d’elle, et, devant eux, un charmant groupe en biscuit, représentant un épervier détruisant un nid de perdreaux. Au fond, à droite, un châle de M. Biétry commandé pour l’Impératrice, qui a choisi elle-même les dessins.

M. Lemonier, bijoutier de la couronne, a exposé à main gauche une collection de bijoux, parmi lesquels on remarquera le chapeau et les épaulettes du prince de Brunswick. Les épaulettes et l’ornement du chapeau sont entièrement en diamants. Un brillant de 42 karats forme le bouton du milieu du chapeau; les deux autres gros brillants pèsent chacun 20 karats. Les trois brillants ensemble représentent une valeur de 100,000 fr. Une parure en perles blanches, composée de deux bandeaux et d’une broche, attirera également l’attention. La broche porte la plus grosse perle blanche, pendeloque connue. Des fleurs artificielles d’une grande perfection, et des gants de la maison Alexandre se trouvent derrière les bijoux. Le reste de la vitrine est occupé par des boites à toilette, des bronzes, des ivoires sculptés, des sachets, des perles fausses, des porte-cigares en argent massif, des poupées, etc.

La papeterie de luxe y est représentée par des portefeuilles, des buvards et autres objets de petite maroquinerie. Deux cadres contiennent des assortiments de beaux papiers de fantaisie.

M. Jeanselme occupe le trophée suivant. On y voit d’abord une armoire porte-fusils en bois de chêne, avec des attributs de chasse sculptés dans le bois. Deux chiens en grandeur naturelle aux angles se font remarquer par le fini de l’exécution. Le meuble coûte 1,200 fr. et est acheté par l’Empereur. Un grand buffet de bois noir, orné de bronze doré, occupe le milieu ; à droite, une armoire du style de la renaissance avec incrustation de marbre attirera les regards.

Le canapé (4.000 fr.), le fauteuil (2,000 fr.), et la chaise (800 fr.), en bois sculpté et doré, sortent également de chez M. Jeanselme, qui s’est élevé delà condition de simple ouvrier à celle d’un des premiers fabricants de Paris, occupant 300 ouvriers.

L’usine Tronchon, qui fabrique de ces chaises et de ces bancs élégants de fil de fer que l’on voit aux Champs-Élysées et à l’intérieur du Palais, a exposé en face des corbeilles, des vases, des kiosques et d’autres ornements de jardin.

Le trophée de M. Barbedienne qui suit, contient des bronzes d’art de cette maison renommée, parmi lesquels on remarquera, au fond, une reproduction de la célèbre porte du Baptistère de Florence. Des deux côtés de la porte, on voit des trépieds porte-lampes d’après l’antique, d’une grande beauté; sur le devant deux statuettes, d’après Michel-Ange, l’une représentant Moïse, l’autre Laurent de Médicis, du prix de 1,100 et 800 fr.; l’Esclave, également d’après Michel- l'Ange (750 fr.) ; au fond, la Pénélope de Cavelier; ! Laocoon et autres statues célèbres de l’antiquité, réduites d’après le procédé Collas. Parmi les autres objets nous citerons encore un très-élégant brûle-parfum, i style byzantin, d’un très-beau travail, et deux amphores dont l’une, appelée amphore-hirondelle, est très-remarquable par le fini du travail, très-difficile à cause de la petitesse de l’oiseau. On remarquera la finesse de l’aile. L’autre est appelée l’Envie. Un serpent est enroulé autour de la branche qui la supporte, et un autre serpent repose au milieu de l’intérieur. Ces deux amphores sont de M. Cahieux. Au plafond, sont suspendus des lustres très-élégants bronze et cristal. Au fond, on voit un crucifix également en bronze, copie exacte de celui de Hallegard, qui ornait la chapelle du cardinal Fesch.

En face de Barbedienne, se trouve un autel en ; marbre blanc fait par M. l’abbé Choyer d’Angers. Un ; bas-relief représente l’hommage de tous les siècles à la sainte Vierge. Des peuples accourent de tous côtés, et à leur tête l’empereur Napoléon et le Pape. On se rappelle que l'Empereur a envoyé, il y a quelque temps, l’image de la Vierge à la flotte française dans la mer Noire. C’est cet acte pieux que rappelle l’inscription : l'Empereur à la flotte d’Orient.

M. Tahan, le célèbre fabricant de coffrets et de jardinières en bois sculpté, représente l’ébénisterie et la tabletterie fine de Paris. Une bibliothèque élégante en bois de thuya d’Algérie, richement sculptée et ornée, forme le fond de la loge. A droite, devant cette bibliothèque, un élégant prie-dieu en bois de chêne, d’un style très-pur. A gauche, une armoire en chêne sculpté attirera le regard. Le panneau du milieu est revêtu d’une peinture en mosaïque de bois représentant un héron. Le devant est occupé par ces élégants coffrets qui sont la spécialité et la gloire de cette maison.

On a placé en face de ce pavillon et au milieu du transept une volière très-élégante soutenue par des pieds contournés tout en bois, et remplie d’oiseaux exotiques qui partagent le succès avec la volière.

Les fabriques de verrerie et de cristal de Baccarat, Saint-Louis, de Clichy et de Paris, composent le trophée suivant, avec des petits verres mousseline, grandes coupes rouge et or, rouge et vert, longs vases : L’exquise élégance des formes en fait un des principaux mérites. Baccarat présente une superbe coupe en cristal; Saint-Louis, un narghilé de cristal, or, rouge et blanc, puis une coupe émaillée, un coffre et deux larges coupes imitant l’agate, puis enfin trois grands vases à fond opale ; Clichy, un plat à couvercle, vert tendre, avec quatre peintures en médaillons.

Mais les pièces capitales sont : deux lustres candélabres d’une dimension colossale (plus de cinq mètres de hauteur), de la fabrique de Baccarat. Le pied du candélabre est octogone ; chaque pan a, dans sa parti inférieure, 50 centimètres de largeur, ce qui donne à la base un développement de 4 mètres. Une sorte de contrefort d’une seule pièce, recourbé en dessous et se terminant en feuilles dentelées, à la partie supérieure, soutient l’ensemble du palmier. Les porte-bougies se composent d’un faisceau de branches de toutes formes ; ils ont une circonférence de plus de cinq mètres. Le haut est formé d’un panache de cristal qui retombe de tous les côtés.

En face, se trouve une statue de bronze de M. Ferrât, fondue par M. Vittoz : la Chute d’Icare. On remarquera que toute la statue repose sur le haut de l’aile droite.

On a placé derrière cette statue un petit étalage contenant des statuettes, lampes, candélabres, vases, etc, d’une composition de métal qui imite parfaitement le bronze, et qui rend ces objets accessibles à toutes les classes par la modicité de son prix.

La chaire hollandaise à laquelle est adossé cet étalage est très-remarquable; mais ce qui attire surtout les visiteurs, c’est une petite vitrine entourée d’une barrière en fer, au milieu de laquelle brille de tous ses feux le diamant connu sous le nom de l’Étoile du Sud. Cette pierre précieuse a été trouvée par une esclave au Brésil, et pesait à l'état brut 254 carats. Elle a été taillée à Amsterdam, et ne pèse plus que 127 carats et demi ; elle est plus considérable que le diamant appelé Kohinor qui figurait à l’exposition de Londres, et qui n’a que 122 carats, mais elle est inférieure au Régent, dont le poids monte à 136 carats. Sa valeur est de 7 millions environ. M. Halphen, qui l’expose, a placé au-dessous un fac-similé de ce diamant à l’état brut, et d’autres pierres précieuses, ainsi qu’une tourmaline, un chrysolite brut, une topaze cristallisée, une agate brute et plusieurs diamants bruts du Brésil.

Les dentelles de M. Lefebure, qui lui ont valu la grande médaille de Londres, occupent le trophée suivant. Au milieu, est un grand châle en point d’Alençon noir, choisi par Sa Majesté l’Impératrice à la suite d’un concours. A gauche, une robe tunique avec des volants en point d’Alençon blancs, destinée, dit-on,
à l’impératrice d’Autriche ; et, il droite, une aube. En bas, se trouvent deux mouchoirs très-élégants, l’un fabriqué d'Alençon, l’autre à Bayeux, tous les deux avec le même point, afin qu’on puisse en comparer l’exécution. Sur le côté droit, on trouvera une toilette tout en dentelle faite au fuseau, et, sur le côté opposé, les armes impériales entourées de fleurs en point d’Alençon en relief, nouvelle invention de Bayeux.

On a placé en face des dentelles un autel, et derrière cet autel, on a formé dernièrement un petit carré, dont le milieu est occupé par un très-beau vase oblong de bronze, exposé par MM. Ringuet Leprince. Les parois sont ornées de bas-reliefs d'après Clodion, représentant des Tritons et des Naïades. A main droite, M. Duvelleroy a placé ses éventails. Celui du milieu offre les portraits de la reine d’Angleterre, du prince Albert, et la famille royale, peints à l’aquarelle.

©Promenades dans l'exposition de 1855