Exposition universelle des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts - Paris 1855

Agriculture, Industrie et Beaux-arts

15 mai 1855 - 15 novembre 1855


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Description générale

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A l’extérieur, le bâtiment principal forme un vaste parallélogramme, dont la longueur, dans la plus grande dimension, est de 252m,20 ; il présente seulement 108m,20 dans le sens transversal.

Aux quatre angles on a disposé quatre petits bâtiments, dans lesquels ont été logés de magnifiques escaliers, conduisant du rez-de-chaussée à la galerie supérieure. Ces escaliers, dans lesquels on a disposé les vitraux et un certain nombre d’objets de décoration, sont doubles chacun, et leur nombre est encore augmenté de deux autres escaliers plus importants, au milieu de chacune des façades longitudinales.

Ces seize escaliers suffisent facilement à la plus grande circulation, et c’est surtout par ce côté que le bâtiment actuel est supérieur à celui de 1851.

Ce vaste ensemble qui ne comprend pas moins de 31 632 mètres carrés, est couvert par des voûtes, vitrées en verres polis, sur lesquelles on a dû encore appliquer une toile semi-transparente, pour parvenir à abriter suffisamment les produits de l’action du soleil.

La voûte centrale a seulement une largeur de 48 mètres sur une longueur de 192 mètres, le pourtour étant occupé par les voûtes extérieures, d’un diamètre de 24 mètres et par les cheneaux. Les bâtiments des escaliers et celui de l’administration, qui forme avant-corps sur la façade principale, sont couverts, indépendamment des vitrages que nous venons d’indiquer.

Les portes d’entrée sont disposées aux extrémités des deux axes du bâtiment, mais pour utiliser de cette façon les façades latérales, il a été nécessaire de relier par une marquise l’espace compris entre les deux pavillons d’angle de chaque extrémité. Ces marquises ont fourni les emplacements nécessaires pour la marbrerie et d’autres objets, qui peuvent, sans trop d’inconvénients, n’être abrités que de la pluie.

Les portes de sortie sont ménagées dans les pavillons d’angle, entre les deux escaliers que chacun d’eux renferme, de manière à fournir une issue facile aux visiteurs du rez-de-chaussée, comme à ceux du premier étage.

La voûte centrale, dont la partie culminante s’élève à 36 mètres au-dessus du sol, s’étend sur toute la partie qui n’a pas été couverte de galeries; c’est ce que nous appelons la nef principal, terrain neutre en quelque sorte, dans lequel toutes les nations ont apporté leurs objets monumentaux. Décorée à son sommet par des toiles colorées qui n’admettent que le jour nécessaire, cette nef est terminée aux deux extrémités parles vitraux de M. Maréchal, qui se ressentent un peu de la position défavorable dans laquelle ils se trouvent placés. A deux hauteurs différentes les drapeaux et les écussons de tous les pays qui ont pris part à l’Exposition, donnent à cette salle un air de fête qui sied parfaitement à sa destination actuelle.

Nous avons vu que des dispositions particulières avaient dû être prises pour empêcher les rayons solaires de pénétrer dans la nef; il en est de même des galeries supérieures, d’un aspect vraiment remarquable, dans lesquelles la lumière est encore fort belle, malgré les vitrines disposées devant les croisées. La galerie de 4 mètres qui forme balcon sur la nef est aussi parfaitement éclairée de tous côtés.

Malheureusement il n’en est pas de même à la partie inférieure, sous ces galeries. Quoiqu’elle puisse pénétrer des deux côtés, et par la nef et par les baies de la façade, on comprend que l’accès de la lumière ne soit pas suffisant pour une largeur de 30 mètres, comme celle qui se trouve dans ces conditions. Aussi fallut-il pratiquer, dans le plancher môme des galeries, de vastes ouvertures, au nombre de 56, qui permissent à la lumière de la galerie supérieure de pénétrer verticalement ou obliquement au rez-de-chaussée. Cette modification, apportée après la confection du plancher, a diminué d'une manière notable l’inconvénient que nous venons do signaler, mais l’application indispensable de la toile extérieure sur les voûtes est venue depuis lors atténuer le bon effet de cette mesure.

A l'Exposition de Londres, les plus larges espaces couverts du planchers ne dépassaient pas sept mètres, et déjà l’on trouvait une grande différence entre ces parties et toutes celles placées directement sous la toiture. Ici les largeurs des parties obscures sont encore beaucoup plus considérables.

Nous n’entrerons pas, sur la construction, dans des détails qui seraient ici hors de propos ; nous dirons seulement que, sur lu plupart des points, elle est tout à fait satisfaisante. L’intervalle qui existe dans les divers entre-colonnements a nécessité, dans la construction des planchers, des poutres en fonte ou en tôle de plusieurs dimensions, mais elles sont très-bien reliées entre elles et leur système est parfaitement exécuté. Le double plancher supérieur, en sapin et en chêne, a une rigidité fort remarquable et absolument suffisante.

Quant aux fermes des différentes voûtes, construites également en fonte et en fer, elles peuvent être prises pour modèles dans toutes les constructions où des voûtes de grande portée aéraient nécessaires, avec la condition de n’exercer aucune poussée sur leurs pieds droits : leur forme est sensiblement invariable, et il faudrait exercer des efforts énormes pour parvenir à écarter à peine leurs deux extrémités libres.
Au rez-de-chaussée, le plancher, formé de parties indépendantes, simplement posées sur le sol, laisse évidemment beauucoup à désirer; destiné à être coupée dans tous les sens pour l’installation des vitrines, on a voulu ne livrer à ce morcellement inévitable, qu’une menuiserie d’un prix fort peu élevé.

L’écoulement des eaux se fait, comme à Londres, par les colonnes mêmes : à cet effet de vastes conduits existent dans ! tous les sens et aboutissent aux égouts de ta ville. La ventilation s'opère par des lanternes établies, au dernier moment, sur le grand comble et sur une partie de la longueur des au- i très; Pair qui sert à la ventilation entre plutôt par les grandes J ouvertures de l’édifice, que par les galeries construites à cel effet, sous des dimensions insuffisantes, mais seules possibles à l’époque à laquelle elles ont été creusées.
Il nous reste à indiquer comment se sont faites, dans le bâtiment ainsi disposé, l'installation des produits et la répartition des espaces entre les différents pays qui ont pris part à l’Exposition.

Afin de ménager autant que possible l’espace trop restreint qu’il fallait distribuer entre les exposants et de réserver en même temps une grande somme de surfaces verticales, il fut j décidé que toute la partie comprise sous les galeries serait .] distribuée en salles rectangulaires, dans le milieu desquelles régneraient une ou deux doubles rangées de vitrines ; cette disposition, dans laquelle les salles devaient être de grandeurs diverses, offrait surtout cet avantage de reporter tous les produits similaires dans un même compartiment, de manière à rendre les rapprochements plus faciles. Dans la prévision d’un grand nombre de visiteurs, les passages ont été conservés partout avec une largeur de 2m50, que l’expérience des dispositions prises à l’Exposition de 4 851 indiquait comme parfaitement suffisante. Dans le projet primitif, qui n’a été exécuté que dans la partie française, l’un de ces passages devait régner dans toute la longueur du bâtiment devant chaque escalier, ce qui permettait, en montant, d’apercevoir toute la longue suite des vitrines et de juger ainsi, d’un coup d’œil, de l’importance de l’Exposition.

L’entre-colonnement de 4 mètres, qui existe dans la première travée, tout au pourtour de la nef, et qui ne pouvait être utilisé, comme les autres espaces, par des tables placées au milieu , vient d’ailleurs en aide aux autres passages longitudinaux en formant une grande voie de communication entièrement libre sur 3n,50 de largeur.

Quant à la nef, dont la largeur était trop grande pour en faire une seule galerie, on a pris sur elle, de chaque côté, de quoi former une suite de salles de 12 mètres de largeur, dans lesquelles on a pu grouper les industries de luxe dont tes produits peuvent être, d'après cette disposition , distingués du premier étage. Ces salles, pour ainsi dire à ciel ouvert, sont nuitées vers La nef par une suite de vitrines-trophées , toutes de même dimension, dans Lesquelles chacune des nations qui mit place au rez-de-chaussée, a pu réunir des échantillons de ses principales industries. Ces vitrines, au nombre de quarante-quatre, sont réparties ainsi qu’il suit :
France, tout le côté nord et une travée sur
le côté sud................ ……… 23
Angleterre,.............................. 9
États-Unis............................... 1
Belgique................................ 3
Autriche................................ 4
Prusse. ................................ 4
Total................ 44

Deux passages de 4 mètres 50 centimètres chacun ont été conservés devant les vitrines principales, et le centre de la nef a été consacré aux pièces monumentales de toutes les nations, disposées, autant que possible, sur trois lignes parallèles, celle du milieu étant réservée aux plus grands objets. Lus produits de chacun des pays étrangers ont été placés «lovant les emplacements qui leur ont été alloués à la partie inférieure du batiment.

C’est par suite de cet arrangement que l’on trouve successivement dans la ligne centrale : la petite fontaine de M. Muel Walh, fort ingénieusement disposée pour que les mêmes modèles puissent servir à des monuments de diverse importance; la grande glace non étamée de Saint-Gobain dont la surface atteint près de 20 mètres carrés; le grand candélabre anglais de M. Osler, haut de 5 mètres ; le trophée de la marine anglaise, dans lequel on a réuni des modèles de navire et instruments, des spécimens de tout le matériel maritime.

La belle chaire sculptée de M. Veneman, de Bois-le-Duc Brabant septentrional), à laquelle on ne peut comparer que n tir autre chaire de ‘exposition néerlandaise de MM. Cuypers et Stolzenberg, placée un peu plus loin; au centre, la belle fontaine de M. Barbezat et Cie de Paris , successeurs de la maison André, avec son entourage de fleurs et de divans, qui fait de ce point principal le lieu de repos le plus agréable qui se puisse voir; puis un trophée des terres cuites autrichiennes d’un bas prix inappréciable, parmi lesquelles des figures d’une exécution très satisfaisante.

Le phare de l’administration des travaux publics vient ensuite, avec les belles figures de Gérome: puis la statue en bronze damasquiné du roi Guillaume III, sortant de l’École des arts et métiers de Berlin; enfin les ornements de zinc de M. Diebitsch, décorés dans le style de l’alhambra, qui sont d’un effet si agréable et d’une si belle exécution.

Sur la ligne latérale du sud , en partant de l’extrémité Est du Palais, on rencontre successivement : une grille en fonte de l’Angleterre, un beau meuble de la maison Graham, de Londres, un autel en terre cuite de notre compatriote M. Debay, une garniture de cheminée et un groupe en bronze de M. Elkington. De l’autre côté de la fontaine, la grande glace belge de Floreffe, deux fort belles pièces de sculpture sur bois, qui rappellent bien l’école flamande; une Psyché en marbre, le seul envoi du duché de Parme ; une table en aventurine de Venise, de M. Bigaglia; les beaux vases de la manufacture de porcelaines de Berlin, quelques figures en zinc de l’exposition prussienne, et enfin un immense bouquet de fleurs artificielles du royaume de Saxe.

Les objets placés de l’autre côté seront plus utilement mentionnés, un peu plus loin, lorsque nous parlerons de l’exposition française, puisqu’ils appartiennent tous à notre pays.

Afin de ne pas disséminer outre mesure les produits d’une même nation, surtout de celles qui sont le moins favorisée sous le rapport du nombre des exposants, on n’a placé dans le rez-de-chaussée que les produits des nations principales. La France occupe toute la partie nord, et l’on ne rencontre au sud que les produits de L’Angleterre , des États-Unis d’Amérique, de la Belgique, de l’Autriche et des différents États du Zollwerein, c’est-à-dire de toutes les contrées que nous avons déjà désignées en parlant des grandes vitrines de la nef. La France n’a été appelée que fort lard à remplir, avec quelques meubles et quelques instruments de musique, les salles délaissées, ou incomplètement remplies par les États-Unis.

Parmi les objets principaux exposés par le royaume uni de l’Angleterre et de l'Irlande, au rez-de-chaussée du bâtiment principal, et dans les limites indiquées par le plan, nous remarquons les modèles des constructions civiles, navales et militaires, qui occupent l'extrémité est, vers l’entrée; à côté, les tissus de coton, particulièrement ceux de Manchester; plus loin, ceux de Laine; les aciers de Shefiield, et tous les produits qui en dérivent: les porcelaines, la verrerie, la quincaillerie. Les objets d’art en métal ne sont représentés, dans cette partie de l’exposition anglaise, que par la petite salle entièrement et parfaitement occupée par MM. Elkington et Cie.

Les États-Unis n’ont, dans le Palais, que leurs caoutchoucs et leurs instruments de précision. M. Ringuet-Leprince y a récemment ajouté un beau meuble de sa maison de New-York.

La Belgique a réservé ses productions les plus élégantes pour la galerie supérieure ; elle n’est ici représentée que par ses armes, ses tissus de coton et de laine, ses parquets, ses fontes et ses fers ouvrés et émaillés. Une vitrine, qui ne contient que de riches ornements d’église, admirablement travaillés, attire l’attention générale.

En Autriche, nous rencontrons surtout des tissus de laine, de fil et de coton, les magnifiques produits de l’imprimerie impériale de Vienne, les porcelaines, les cristaux et les articles de fantaisie; les outils montés et les coffres-forts fournissent aussi un contingent remarquable à cette partie de l’exposition autrichienne.

Les différents États du Zollwerein ont généralement réservé le rez-de-chaussée pour leurs produits similaires; la Prusse, ses porcelaines, ses glaces, sa bijouterie, ses armes blanches, mis outils d’acier et sa quincaillerie , ses draps et ses tissus unis, et ses instruments de musique ; le grand-duché dé Bade et le Wurtemberg, leurs horloges de la forêt Noire ; elles sont accompagnées pour Bade par ses différents tissus et ses velours de coton, et, pour le royaume de Wurtemberg, par ses verres, ses draps et cuirs de laine et ses jouets d’enfants.

La Bavière a disposé les magnifiques produits de sa cristallerie près de la porte ouest du bâtiment; ses armes et ses jouets «l'enfants, dans le voisinage. Le Luxembourg, le Hanovre et les villes Hanséatiques y ont à peu près réuni toute leur exposition.

Sur la galerie, la disposition générale est à peu près la même; au lieu d’être distribué en salles distinctes, le terrain est seulement coupé par de grandes lignes longitudinales dans les deux galeries nord et sud. Deux de ces passages sont plus importants, et font le tour entier des galeries : l'un d'eux, qui entoure la nef, forme une large promenade de trois mètres, de tous les points de laquelle on peut apercevoir l’ensemble de l’Exposition; elle est d’ailleurs décorée avec des tapis et des rideaux ; des lustres sont su s pendu s au centre de presque tous les caissons. Les petites arcades en fonte, qui soutiennent le cheneau et qui règnent dans toute cette galerie, lui donnent une perspective très-remarquable et qui est encore prolongée par une fort belle glace de Monlluçon, placée à l’extrémité de la galerie nord.

La seconde galerie de pourtour se trouve située à 2m,50 environ des murs extérieurs , cette profondeur ayant dû être réservée pour les vitrines, par suite des entretoises qui relient le premier rang de colonnes à la construction. C’est dans la partie nord de cette galerie que se trouvent le salon et Je boudoir de l’Impératrice, si gracieusement décorés par MM. Meygard et Duval. En sortant du salon, on trouve immédiatement les magnifiques soieries de Lyon, les rubans de Saint-Étienne, les principales vitrines de dentelles, et les fleurs artificielles de Paris, c’est-à-dire tout ce que le monde peut offrir de plus élégant et de plus coquet.

Les différents États, dont nous avons indiqué les limites au rez-de-chaussée, sont aussi représentés dans les galeries, immédiatement au-dessus de ce premier emplacement : les dispositions ont même été prises pour que chacun d’eux ait à sa disposition un escalier spécial ; l’Autriche est le seul pays pour lequel cette condition n’a pu être remplie. Mais l’espace occupé au premier est en général beaucoup plus restreint qu’au-des-sous; cette différence provient de tous les États qui n’ont, dans le Palais, d’autre place que dans les galeries supérieures, mieux éclairées, et, sous tous les rapports, préférables, au point de vue d’une exposition, aux salles obscures du rez-de-chaussée.

©Visite à l’Exposition Universelle - 1855