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Salon de M. Delacroix



France — Ce salon n'était point exclusivement attribué à M. Delacroix, dont il portait cependant, le nom. D'autres œuvres y étaient exposées, qui avaient aussi beaucoup de mérite.
En commençant notre revue par la gauche en entrant, nous rencontrions d'abord M. Henri Lehmann, du duché de Holstein,qui avait été naturalisé français et dont les tableaux avait une certaine réputation: il avait fait un Portrait de feu Mme Arsène Houssaye (3557), un Hamlet (3553), une Ophélia (3554), et sept ou huit autres toiles mythologiques ou portraits (3551 à 3559), sur la valeur desquels on discutait beaucoup.
Nous remarquions ensuite l'Étudiant (3645), par M. Maréchal, de Metz, l'autour des vitraux qui fermaient les deux extrémités du palais de cristal ; quelques petites toiles d'une valeur incontestée : les Lapins (3456) de M. Eugène Lambert; Bernard de Palissy (3942), la Tintoretta (3943), N. Poussin (3941), l'Enfance (3944), par M. Roux ; la Veille d'une campagne (2574), le Chasseur (2576), l'Agrafe (2577), par M. Billotte.
Deux grands Paysages, de M. Français (3126 et 3125), terminaient la série des toiles intéressantes qui précèdaient l'exposition de M. Delacroix.
Nous allons aborder les œuvres de M. Eugène Delacroix, l'un des grands peintres de l'école française. M. Delacroix était une de ces individualités puissantes qui excitaient au plus haut degré les sentiments les plus contraires : quelques-uns niaient son talent avec énergie; beaucoup d'autres avaient pour ses œuvres une profonde admiration. M. Delacroix était élève de Guérin, selon le livret. En fait, il n'était d'aucune école : il était lui-même, et c'était assez. Il obtint la médaille de deuxième classe en 1824 ; décoré en 1831, il a été fait, officier de la Légion d'honneur en 1846. Il n'était point de l'Institut: aussi signait-il les remarquables articles d'esthétique publiés par la Revue des deux mondes : Eug. Delacroix, membre de l'Académie d'Amsterdam.
Les principaux travaux de toute sa vie avaient été exposés dans le salon où nous nous trouvions. Nous ferons, comme pour M. Ingres, une énumération complète de ses toiles.
2939. Chasse aux lions, peinte en 1853, appartenant à l'Etat.
2931. Femmes d'Alger dans leur appartement ; peint en 1834 (maison de l'empereur).
2908. Le Christ au jardin des Oliviers, peint en 1827 (église Saint-Paul et Saint-Louis, à Paris).
2026. Le 28 juillet 1830! peint en 1831 (maison de l'empereur).
2930. Mort de Valentin (sujet tiré du Faust, de Goethe) ; peint en 1848.
2936. Hamlet : « Le paysan : Ce crâne, Monsieur, était le crâne d'Yorick, le bouffon du roi. — Hamlet : Hélas! pauvre Yorick !»
2925. Boissy d'Anglas à la Convention ; esquisse qui a figuré au concours de 1831.
2927. Combat du giaour et du pacha, peint en 1835.
2911. La Madeleine dans le désert; peint en 1845.
2929. Le Tasse en prison ; peint en 1848, appartenant à M. Alexandre Dumas.
2919. Le Roi Jean à la bataille de Poitiers : son jeune fils, Philippe le Hardi, cherche à le protéger dans la mêlée; peint en 1830.
2918. Prise de Constantinople par les croisés : les principaux chefs parcourent les divers quartiers de la ville, Baudouin, comte de Flandre, à leur tête; les familles éplorées invoquent leur clémence. Peint en 1841 (maison de l'empereur).
2020. Bataille de Nancy : Charles le Téméraire, duc de-Bourgogne, embourbé dans un étang, est tué par un chevalier lorrain, au moment où il s'efforce d'en sortir; peint en 1834 (Musée de Nancy).
2917. L'Empereur Justinien composant ses lois ; peint en 1827 ( conseil d'État).
2921. Le Doge Marino Faliero, condamné à mort, est décapité sur l'escalier du palais ducal ; peint en 1827.
2937. Le Naufrage de don Juan ; peint en 1841.
2915. Justice de Trajan, plus connu sous le nom de Triomphe de Trajan ; peint en 1840 (.Musée de Rouen ).
2932. Noce juive dans le Maroc; peint en 1841 (maison de l'empereur ).
2912. La Sibylle montre, au sein de la forêt ténébreuse , le rameau d'or, conquête des grands cœurs et des favoris des dieux ; peint en 1845.
2941. Plusieurs tableaux sous le même numéro.
2942. Fleurs et fruits.
2924. Scène des massacres de Scio ; peint en 1824 (Musée du Luxembourg).
2909. Le Christ en croix, peint en 1847.
2922. Les Deux Foscari. Le doge Foscari est obligé d'assister à la lecture de la sentence qui condamne à l'exil perpétuel, comme ennemi de la république, son fils Jacques Foscari.
2940. Tête de vieille femme.
2935. Roméo et Juliette, scène tirée des Tombeaux des Capulets; peint en 1839.
2928. Le Prisonnier de Chillon. Enfermé dans le même cachot avec son jeune frère, il le voit mourir lentement sous Ses yeux sans pouvoir l'atteindre ni le secourir (lord Byron ) ; peint en 1835.
2933. Les Convulsionnaires de Tanger; peint en 1838.
2910. Le Christ au tombeau; peint en 1848.
2916. Marc Aurèle mourant recommande la jeunesse de son fils à quelques amis philosophes et stoïciens comme lui ; peint en 1845.
2913. Médée furieuse et poursuivie est sur le point de tuer ses deux enfants; peint en 1838 (Musée de
2934. Les adieux de Roméo et Juliette; peint en 1840.
2938. La famille Arabe, peint en 1854.
2923. Après la prise de son château, l'évêque de Liège est égorgé en présence de Guillaume de la Marck, surnommé le Sanglier des Ardennes, au milieu d'une orgie; peint en 1831.
2914. Dante et Virgile, conduits par Phlégias, traversent le lac qui entoure la ville, infernale de Dité; des coupables s'efforcent d'entrer dans la barque. Dante reconnaît parmi eux des Florentins; peint en 1822 ( maison de l'empereur ).
Après M. Delacroix, nous trouvons sur notre passage une jeune artiste qui cache sous le pseudonyme d'Henriette Browne un talent très-remarquable. Mlle *** a exposé le Portrait d'un Frère de l'école chrétienne (2640), l'Enseignement mutuel (2643 et 2642), l'Ecole des pauvres (2641), qui sont des tableaux charmants; puis viennent cinq petites toiles de M. Pezons (3788, 3785, 3783, 3786, 3789); l'Inondation à Saint-Cloud (3325), paysage d'un grand effet, un Marais en Picardie (3329), une Soirée d'automne (3330), appartenant à la maison de l'empereur, peints tons les trois par M. Paul Huet; quatre petits tableaux (2698 à 2701) de M. Chavet; deux toiles de M. Th. Chassériau (2090 et 2691), l'imitateur de la peinture de M. Delacroix; un Portrait du lieutenant Bellot (3415), perdu dans la mer Polaire à la recherche de Franklin, par M. Jobbé-Duval.
Ce salon était enfin complété par les œuvres très-remarquables, mais dans un genre qui était l'opposé de celui de M. Delacroix, de M. J.-H. Flandrin. On avait bien fait de placer les tableaux de ces deux artistes dans le même salon ; ils prouvaient au public impartial que deux artistes pouvaient avoir un mérite hors ligne et un immense talent, sans que leurs œuvres aient rien de semblable.
Nous citerons de M. J.-H. Flandrin : une figure d'étude (3076) ; Saint Clair guérissant les aveugles (3075), et cinq portraits (3078, 3081, 3079, 3080 et 3082). M. J.-P. Flandrin, son frère, avait exposé les Gorges de l'Atlas (3087), la Lutte (3088), et deux ou trois paysages dans ce qu'on appelle le style de l'école (3090, 3093, 3091, 3095), et enfin le Tireur d'arc. (3092), qui clôt le salon.
Nous sortions du salon de M. Delacroix par la porte du centre et nous tournions à droite, pour arriver à l'entrée du salon de M. Horace Vernet.

© Guide dans le Palais de l'Industrie et des Beaux-Arts 1855