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Grand Salon



France. — Nous pénétrions dans le grand salon par la porte de droite, et nous tournions immédiatement à gauche.
Ce salon renfermait quatre grandes toiles, qui étaient les morceaux les plus importants de l'exposition des jeunes peintres : elles étaient dues aux pinceaux de MM. Gérôme, Yvon, Couture et Müller.
L'Orgie romaine, de M. Couture, était connue depuis une dizaine d'années; le Siècle d'Auguste, de M. Gérôme; la Retraite de Russie, de M. Yvon ; le 1814, de M. Müller, étaient offerts aux regards du public pour la première fois.
Les toiles qui se trouvaient dans ce salon étaient presque toutes des œuvres de choix ; nous avions donc beaucoup de citations à faire.
Le premier grand panneau à gauche était presque entièrement occupé par le tableau de M. Gérôme, le Siècle d'Auguste (3164) : Auguste était sur le trône ; il s'appuiait sur la figure emblématique de Rome; Tibère, héritier du trône, était à sa droite, ainsi que les hommes d'Etat, dans l'ordre suivant : Mécène, Agrippa, Hortensius, Marcellus et Cicéron ; à gauche étaient les artistes qui illustrèrent ce siècle : Horace, Tibulle, Virgile, Vitruve et Ovide ; les deux Brutus descendaient les marches, armés encore du faisceau et du poignard, cherchant dans l'avenir un vengeur ; derrière eux, on aperçevait le cadavre de César; un peu plus loin, à gauche, ceux d'Antoine et de Cléopâtre. Tous les peuples du monde connu accouraient adorer le nouvel empereur. Au centre, derrière l'autel païen, abrités par les ailes d'un ange, la Vierge et saint Joseph prient auprès de Jésus, qui vient de naître.
Au-dessous de ce tableau se trouvaient deux charmantes créations de M. A. Toulmouche : la Leçon (4080), et la Terrasse (4070) ; les Filles d'Alveto, dans le royaume de Naples (3280), un des grands succès du salon, par M. Hébert ; toute la série des adorables peintures de M. Hamon : «Ce n'est pas moi» (3266), l'Amour et son troupeau (3264), une Gardeuse d'enfants (3268), les Orphelines (3207), «Ma sœur n'y est pas» (3265), le plus grand succès de cet artiste, acheté par l'empereur, il y avait deux ans, et une Affiche romaine (3269).
M. Gérome avait exposé, au-dessous de sa grande toile, un Pifferaro (3166), et un Gardeur de troupeaux (3165), deux ravissants petits tableaux.
Au-dessus de la porte d'entrée, on avait placé Néron disputant la course aux chars (3401), composition de M. Janet-Lange.
Puis venait les tableaux de M. Troyon. Le plus grand, les Bœufs allant au labour, effet du matin (4094), était un chef-d'œuvre, une des toiles les plus resplendissantes de l'Exposition. La Vache rouge (4101), la Vue de Normandie (4098), les Chiens courants (4097) et les Chiens au repos (4096), la Vallée de la Touque (4102), les Chiens d'arrêt (4099), les Vaches à l'abreuvoir (4095), était à la hauteur de la réputation que M. Troyon s'était acquise.
Nous citerons, parmi les petites toiles, quatre bijoux de M. Plassan : l'Abbé (3813), la Lecture (3811), la Visite du docteur (3810), la Jeune femme choisissant des fruits (3812); puis, l'Oaristis de M. Jobbé-Duval (3413) ; Louis XV visitant, le champ de bataille de Fontenoy (3792), de M. Philippoteaux ; un Portrait de Mme Montigny, dite Rose Chéri (du Gymnase) (3769), par M. Pérignon; un Soir au lever de la lune (2658). par M. Cabat; et enfin la Retraite de Russie (4218), de M. Yvon : le maréchal Ney était représenté soutenant l'arrière-garde : " Il ramasse un fusil et redevient soldat, dit M. de Ségur; il combat à la tète de trente hommes, reculant et ne fuyant pas, marchant après tous les autres......"
Le Pillage d'une maison de juifs au moyen âge (3873), le Colloque de Poissy (3876), et l'Inquisition
(3877) en 1561, par M. Robert-Fleury, étaient trois bons tableaux, devant lesquels on devait s'arrêter.
La Vache attaquée par des loups (2021), et le Repas d'animaux (2622), par M. Brascassat, avait obtenu, il y a quelques années, un assez grand succès.
M. Amaury Duval avait exposé un portrait de Mlle Rachel, la Tragédie (2421) ; M. Charles Müller, un ancien tableau : le Dernier appel des condamnés (3715) ; M. Diaz, quatre ou cinq toiles (2978, 2979,2975, 2976, 2977) qui étaient à la hauteur de son talent ; M. Beaume, de Marseille, a envoyé une Bataille de l'Aima (2496),
Dans un cadré modeste se cachait un tableau d'un très grand mérite, peu apprécié du public, qui passait, sans quelquefois s'en apercevoir, devant un chef-d'œuvre, mais admiré des artistes : Souvenir d'Italie ( 2795), par M. Corot, le premier paysagiste de notre temps.
M. Rodakowski avait exposé un Portrait de M. Villot, conservateur du Musée du Louvre; M. Eugène Lami avait exécuté, par ordre de l'empereur, une Bataille de l'Aima (3462), qui était, sans contredit, la plus remarquable de celles qui ornaient cette Exposition et qui avaient été admises à cause de la circonstance.
La Fenaison en Auvergne (2587), par Mlle Rosa Bonheur, était digne du succès qu'avait obtenu depuis quelques années cette artiste, succès qui l'avait placée au même rang que nos plus grands peintres. Mlle Rosa Bonheur avait du en grande partie sa réputation à un admirable tableau du même genre exposé, il y a quelques années, sous le titre de « Labourage nivernais. »
Viennent ensuite: Pâques fleuries (3253), par M. Guil-lemin ; la Pluie (2443), par M. Antigna ; le Benvenuto (3878), par M. Robert-Fleury ; le Tintoret peignant sa fille (2767), par M. Léon Cogniet, Un ancien tableau qui a eu de tout temps un grand succès; la Fête-Dieu (2437 . par M. Antigna; Jésus-Christ servi par les anges (2061) de M. Cambon ; un Portrait de M. Fould, fils, par M. Ja-labert; deux toiles de M. Isabey (3376 et 3377) ; la Salle à manger de la princesse Mathilde (3185), par M. Gi-raud; la Cuisinière (2595), la Basse messe (2594), par M. Bonvin; deux petites toiles de M. Fortin ( 3112 et 3115) ; Avant la pluie (3437), par M. Emile Lambinet enfin le Rat de ville et le rat des champs (3934), par M. Philippe Rousseau.
Nous arrivions maintenant devant les trois Portraits de l'impératrice des Français, qui attiraient toujours foule (4207, 4209, 4208), par M. Winterhalter.
On avait placé un peu plus loin, une Bataille de l'Alma (2504), par M. bellangé, représentant l'attaque de la
position du Télégraphe par les divisions Napoléon et Canrobert.
On remarquait au centre de ce salon un groupe en marbre de M. Pollet, représentant Achille à Scyros : c'était un des plus beaux morceaux de cette exposition, qui n'était pas riche en sculpture. M. Pollet avait exposé dans la galerie de M. Decamps une épreuve en bronze de son adorable marbre intitulé : Une heure de la nuit, qui se trouvait au palais de l'Elysée.
Nous prendrons, pour sortir du grand salon, la porte par laquelle nous étions entrés et, tournant à gauche, nous suivions rapidement la partie de la galerie anglaise que nous avions déjà parcourue, pour aller visiter la galerie qui séparait le grand salon de la salle de M. Delacroix, et que nous appelons galerie centrale.

© Guide dans le Palais de l'Industrie et des Beaux-Arts 1855