Retour - Liste Pavillons

Salon Prussien



Nous étions tout naturellement conduits à la porte du salon réservé à la Prusse, et nous apercevions au centre de la salle le groupe équestre de saint Georges, exécuté par M. Riss, de Pless, dans des proportions colossales.
L'exposition de la Prusse était remarquable par les cartons de M. Cornelius, une des illustrations artistiques de ce pays, quelques grandes toiles, et des portraits de célébrités contemporaines.
Nous commencions notre promenade par la droite.
Nous rencontrions d'abord des Chiens de chasse(1763), par M. Krüger, de Dessau. M. Krüger était un des peintres d'animaux les plus habiles de l'Allemagne. Nous remarquions non loin de là une petite toile exécutée avec beaucoup de sentiment et qui révèle une pensée philosophique; elle était intitulée : le Droit de chasse (1739), par M. Hübner de Kœnigsberg. Un braconnier blessé par un garde-chasse rentre dans sa cabane soutenu par son fils.
L'Ouvrier s'amusant (1735), de M. Hosemann , de Berlin ; l'Embarquement à contre-cœur ( 1759 ), de M. Kretzschmer, d'Anklam; la Bénédiction paternelle (1793), par M. Boder, de Berlin ; les Soldats logeant dans un couvent (1813), par M. Steffeck, de Berlin, étaient des tableaux de genre assez intéressants.
La Cène (1780), par M. Ch. Müller, de Darmstadt, était une belle composition. Une Vue de Lausanne et du lac Leman (1724), par M. Hengsbach, de Werl ; l'Intérieur d'une écurie (1762), par M. Krüger; l'Hiver (1731), par M. Hildebrandt, de Dantzick; les Paysans du Brunswick allant à l'église (1776), par M. Meyerheim, de Dantzick, étaient également appréciés des visiteurs.
M. Eybel, de Berlin, élève de M. Delaroche, avait exposé une grande toile qui révèle de sérieuses qualités. Elle représentait Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, à la bataille de Fehrbellin, gagnée sur les Suédois en 1676 ; ce tableau appartenait au roi de Prusse.
M. Magnus, de Berlin, avait fait le portrait de Mme la comtesse Rossi-Sontag, célèbre cantatrice (1769), celui du compositeur de musique Mendelssohn-Bartholdy (1771), et celui de Mme Jenny Lind (1770), qui avait été illustrée par les triomphes que son talent musical lui avait valus aux Etats-Unis. M. Krüger avait exposé le portrait du grand amiral prince Adalbert de Prusse (1761).
M. Rosenfelder, de Berlin, avait peint, par ordre du roi de Prusse, une grande toile (1796) : Joachim II, à table avec des princes allemands, accompagné du duc d'Albe à Halle, après la bataille de Muhlberg, en 1547, proteste contre l'arrestation du landgrave de Hesse, en tirant l'épée contre le duc d'Albe; celui-ci montre l'ordre de l'empereur.
M. Achenbach, de Cassel, élève de l'école de Düsseldorf, avait exposé une Kermesse en Hollande, au clair de lune (1687), d'un effet assez heureux.
Un peintre qui jouissait à Berlin d'une immense réputation, et qui partageait avec M. Cornelius l'admiration des Allemands, M. Kaulback, avait exécuté sur une bande peinte en grisaille les cartons d'une fresque placée dans le nouveau musée de Berlin.
Les Chiens à l'antichambre (1811), par M. Steffeck. et des Chiens de chasse (1764), par M. Krüger, étaient remarqués.
La Mort d'Abel, par feu Begas, de Heinsberg,était due au pinceau d'un des meilleurs élèves de Gros. Ce tableau appartenait au roi de Prusse.
M. Achenbach avait exposé une Mer orageuse sur la côte de Sicile (1686), d'un bel effet; M. Menzel, de Breslau, avait peint Frédéric le Grand à Sans-Souci (1772). Nous devons aussi citer une Marée haute à Ostende, par M. Achenbach (1684); une Vue du château de Gênes prise du côté des Alpes (1743), par M. Kalckreuth, de Cosmin, et appartenant au roi de Prusse ; et un Savetier turc (1723), par M. Guterbock, élève de M. Couture.
Les œuvres de. M. Pierre Cornelius, de Berlin, méritaient une explication détaillée. M. Cornelius avait été précédé à l'exposition par une réputation colossale; il était donc nécessaire que les motifs de ces cartons soient bien connus. Ces cartons avaient été faits pour les fresques des portiques du cimetière royal (Campo-Santo), en construction à coté du Dôme, à Berlin.
I. 1° Lunette. Les sept anges (Apocal., c. xvt) versant les coupes de la colère de Dieu sur la terre et les eaux, sur la mer, sur le soleil et dans l'air.
2° Tableau. Destruction du genre humain par l'envoi des quatre cavaliers (Apocal., c. vi), la Peste, la Famine, la Guerre, la Mort.
3° Prèdelle. OEuvres de la charité chrétienne : visiter les prisons, consoler les affligés, montrer le chemin aux égarés.
4° Lunette. Satan est précipité par l'ange qui tient la clef de l'abîme et la chaîne pour enchaîner le méchant (Apocal., c. xx); un autre ange montre à l'apôtre la nouvelle Jérusalem.
5° Tableau. La nouvelle Jérusalem descend, portée par douze anges, comme une épouse qui s'est parée pour son époux (Apocal., xxi).
6° Prèdelle. Œuvres de charité chrétienne : donner à manger à ceux qui ont faim, et à boire à ceux qui ont soif.
7° Une des figures placées entre les grands tableaux représentant les huit béatitudes de la prédication, sur la montagne : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice.
8° Croquis gravés au trait de toute la composition, qui représente les destinées générales du genre humain, d'après les livres saints de l'Eglise chrétienne.

© Guide dans le Palais de l'Industrie et des Beaux-Arts 1855