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Bâtiment



Le bâtiment destiné à l'Exposition universelle des beaux-arts était situé entre la rue Marbeuf et l'avenue Montaigne. L'entrée publique ouvrait sur l'avenue Montaigne, en face de l'extrémité ouest de la grande galerie annexe de l'Exposition de l'Industrie, qui occupait la majeure partie du Cours-la-Reine. Il suffisait, pour arriver à l'entrée du palais des beaux-arts, de longer cette galerie, en suivant la chaussée du Cours-la-Reine, qui conduisait à Passy.
On entrait par quatre portes donnant toutes sur le perron semi-circulaire qui fait face à la jonction de l'avenue Montaigne et du Cours-la-Reine. Il fallait préparer d'avance le prix d'entrée, qui était de 20 centimes le dimanche ; 1 franc les lundi, mardi, mercredi, jeudi et samedi ; 2 francs le vendredi. Les employés préposés à la perception des droits d'entrée ne rendaient pas de monnaie; un bureau de change était placé dans une petite baraque en forme de chalet, située devant la porte, au centre du perron.
L'Exposition était ouverte de neuf heures à cinq heures.
A droite et à gauche de l'entrée se trouvaient des vestiaires où l'on déposait, si on le jugeait convenable, les cannes et parapluies; il n'était dû aucune espèce de rétribution aux employés chargés de vous remettre le numéro en échange des objets qui leur étaient confiés.
A droite, en entrant, se trouvait un buffet où l'on pouvait se rafraîchir en restant debout. A l'extrémité du bâtiment, on avait installé un restaurant où l'on pouvait déjeuner assis, à des tables séparées. On pénètrait dans ce restaurant par la grande salle de la sculpture française.
La construction générale du palais formait un parallélogramme de 136 mètres de longueur sur 72 de largeur. Elle se composait de deux salons de 21 mètres sur 23, au milieu desquels se trouvait un troisième salon d'une grandeur double des deux autres. Autour de ces pièces règnait une première galerie de 11 mètres de largeur qui les enveloppait de toutes parts et qui était elle-même divisée en salles oblongues ou carrées, suivant les faces extérieures des trois salons. Autour de cet ensemble règnait une longue galerie continue qui faisait le tour de l'édifice. Enfin, parallèlement aux deux grands côtés du parallélogramme, étaient disposées de petites salles supplémentaires destinées soit à recevoir les tableaux qui n'avaient pu trouver place dans les salons et les galeries, soit à renfermer les œuvres refusées qui n'avaient point encore été retirées par leurs propriétaires. Ces derniers locaux étaient à peine, éclairés, et les artistes les avaient appelés du nom significatif de salles des morts.
Le salon destiné à la sculpture française avait 80 mètres de longueur sur 21 de largeur, et formait un bâtiment à part du côté de la rue Bizet, communiquant avec la galerie circulaire par deux entrées. C'était par ce salon qu'on arrivait au restaurant dont nous avons déjà parlé.
Aux deux angles de la salle d'entrée, un escalier conduisait à l'étage supérieur, composé d'une galerie con-tinue, située immédiatement au-dessus de celle du rez-de-chaussée, et destinée à l'exposition de la gravure, de la lithographie et de l'architecture. Cette galerie offrait un développement de 314 mètres.
Les salles et galeries communiquaient entre elles par de larges ouvertures ornées de vieilles tapisseries du garde-meuble, dont le ton harmonieux, adouci par le temps, faisait ressortir merveilleusement la fraîcheur de coloris des tableaux qui les encadraient. Ces nombreuses ouvertures rendaient la circulation très-facile, dans toutes les salles, au moment de la plus grande foule.
Des précautions intelligentes avaient été prises contre la chaleur, qui aurait pu devenir très-incommode pendant les jours d'été. Un long canal souterrain apportait incessamment, par quatre bouches ouvertes sous les divans circulaires des grands salons, un courant d'air frais venant des caves, et déterminé par des ouvertures nombreuses ménagés dans la toiture.
Les valeurs immenses confiées à un bâtiment provisoire construit presque entièrement en bois et en plâtre, avaient vivement préoccupé l'attention de M. Lefuel, architecte de l'Exposition. Un incendie aurait pu détruire en quelques heures des richesses artistiques qui ne pouvaient être évaluées en argent, et dont la perte serait un malheur irréparable; les exposants anglais avaient été si vivement frappés de ce danger, qu'ils avaient hésité quelque temps à envoyer leurs produits à l'Exposition. Leurs craintes étaient exagérées : outre que les plus minutieuses précautions étaient prises par l'administration chargée de la police intérieure pour éviter toute imprudence, on avait construit à l'angle de la salle des Sculptures, à 14 mètres d'élévation, un vaste réservoir d'eau jaugeant 4 mètres cubes; sur ce réservoir était constamment en sentinelle, nuit et jour, un pompier prêt à agir au premier signal. Environ quarante-huit ro-binets d'un fort calibre, alimentés par les conduits de Chaillot, de Monceaux et du Panthéon, et placés sur différents points du bâtiment, pouvaient être ouverts instantanément et fournir de l'eau en abondance pour service des pompes. Enfin deux nombreux postes de sapeurs-pompiers étaient installés, avec leurs pompes, aux deux extrémités du bâtiment.

© Guide dans le Palais de l'Industrie et des Beaux-Arts 1855