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Réalisation


Réalisation à l'exposition de Paris 1855

Architecte(s) : François Alexis Cendrier

Les débuts du palais de l'Industrie sont assez complexes; confié à l'architecte Jean-Marie Victor Viel (1796 – 1863), le projet se révèle long à mener et coûteux; seule l'entreprise anglaise York et Cie propose de se charger de la construction, mais à condition de pouvoir en modifier le dessin. Elle charge alors l'architecte François Alexis Cendrier (1803 – 1893) et l'ingénieur Alexis Barrault (1812 – 1867) d'étudier un nouveau projet et de diriger les travaux. Le contrat est signé en décembre 1852 et la première pierre posée le 10 février 1853; le 1 er mai 1854, Cendrier s'en va et Viel reprend sa place, tandis que l'ingénieur Georges Bridel conduit l'atelier de construction et le montage des fontes et des fers . C'est qu'il s'agit du premier bâtiment métallique public de cette ampleur en France, et le travail de mise en place de la structure se doit d'être donné à des ingénieurs, spécialisés dans l'emploi de ce matériau. C'est cependant l'architecte Henri Labrouste qui, le premier, utilise une armature en fonte et fer forgé pour la bibliothèque Sainte-Geneviève (1843 – 1850), puis Louis Auguste Boileau à Saint Eugène de Paris, en 1853 et pour la première fois dans une église, emploie le fer et la fonte et réussit, en usant des formes gothiques avec inventivité, à multiplier les perspectives et à donner une impression d'amplitude. Le projet de Viel se compose d'un corps principal rectangulaire flanqué de six pavillons contenant bureaux, escaliers, etc.; l'intérieur comprend une grande salle centrale de 48 m de large sur 192 m de long, entourée de tous côtés par une galerie de 30 m de large. Il est conservé dans ses grandes lignes, mais toute la maçonnerie est rejetée à l'extérieur, afin de la rendre indépendante de la construction métallique, qui ne monte pas au même rythme et ne réagit pas de la même façon. Tous les supports intérieurs, les planchers, les combles, sont entièrement métalliques et apparents, d'une grande simplicité; le véritable exploit par rapport au Crystal Palace est la portée centrale de 48 m, sans qu'aucun tirant ne vienne interrompre l'espace. Malheureusement, l'entrée se fait latéralement, et le visiteur ne peut pas jouir de la hauteur et de la lumière de la grande voûte centrale. Et la poussée horizontale du grand comble vitré doit être contrebutée par de lourds contreforts en plomb, masqués par les pavillons...
Inauguré le 15 mai 1855, le palais est en proie à de vives critiques: « Oh! La lourde masse! Oh! L'épaisse enveloppe sans style et sans goût! Pour se montrer en pareil lieu, quels élégants profils il eût fallu présenter! Quelle légèreté d'aspect! ». Le palais a fait disparaître 30.000 m_ de parterres et de plantations dans ce grand Carré Marigny où l'on jouait à la paume et aux boules. Octave Mirbeau fustige: « Le Palais de l'Industrie, qui scandalise les arbres, les fleurs, au milieu desquels il apparaît, dans la grâce d'un boeuf foulant un parterre de roses, désole toute cette gaîté ambiante, tout ce clair et vivifiant espace par où s'ouvre la triomphale avenue des Champs-Élysées, unique au monde » . On le compare, bien sûr au Crystal Palace: « Le visiteur qui arriverait avec l’idée d’un palais à jour, d’un palais de cristal, serait fort étonné devant cette énorme masse, de reconnaître que le cristal n’est autre que du carbonate de chaux auquel le vulgaire donne le nom de pierre… Le Palais de l’Industrie n’est ni une œuvre dont l’architecture puisse se montrer fière, ni une construction dont l’art de bâtir doive s’enorgueillir »
Intensité lumineuse et chaleur extrême sont deux des graves points faibles du bâtiment; trop de fenêtres inutiles au premier étage, et pas assez au rez-de-chaussée… Les deux grandes verrières peintes de Maréchal de Metz, qui ferment le bâtiment, produisent de très importantes variations lumineuses et des rayons colorés qui nuisent à l'appréciation des œuvres, par exemple des tissus. Enfin, les figures monumentales tendent à rapetisser les proportions de la nef. La chaleur est intolérable et, après avoir vainement essayé de poser des toiles fortes à l'extérieur –car aucun accès aux toitures vitrées n'a été prévu-, on les pose à l'intérieur, mais le Palais reste une vraie serre… Après avoir accueilli plus de cinq millions de visiteurs, l'Exposition ferme ses portes le 31 octobre, et les prix sont remis le 15 novembre (cat.4); jusqu'à sa démolition en 1897, afin d'élever les Grand et Petit Palais, il accueille toutes sortes de manifestations, principalement le Salon mais il est devenu beaucoup trop grand, et nombre d'espaces sont condamnés. Le Palais de l'industrie avait déçu les Parisiens, mais il s'agit du premier bâtiment en France utilisant le métal pour couvrir un si vaste espace; il donne pour longtemps le modèle des grandes constructions métalliques du Second empire, qui associent toujours une enveloppe de pierre, même non porteuse, à une structure métallique. Ce qu’avait prédit, après l'exposition de 1851, le comte Léon de Laborde: « Dieu nous garde d'une architecture de palais de cristal et de cages à poulets exécutés exclusivement en métal. Persuadons-nous bien qu'après une première folie d'engouement, l'architecture en fer deviendra l'exception, et l'architecture en pierre associée au métal, la règle (...) la véritable architecture des architectes dominera toujours l'architecture d'expédients des ingénieurs et des jardiniers... »

Après l'exposition universelle, le palais servit de palais des congrès et sera détruit en 1899 pour laisser place au Grand et Petit Palais.

© Article rédigé par Caroline Mathieu, conservateur en chef au musée d'Orsay.