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Etats-Unis


Etats-Unis à l'exposition de Londres 1851

Les premiers produits que l'on rencontre, en entrant dans le Palais de Cristal, par la porte de l'Est, sont ceux des Etats-Unis et de la Russie.
Parlons des Etats-Unis :

Nous voici dans la première salle. Ici les grandes industries naissantes des Etats-Unis s’annoncent par des spécimens peu brillants, sans doute, mais qui, dans leur simplicité, inspirent déjà de sérieuses inquiétudes et une vive jalousie aux producteurs anglais.
C'est que ces épais sheetings (tissus pour draps délits en coton], c'est que ces drillings (croisés) se vendent, sur les marchés de la Chine et de l'Amérique du Sud, à des prix dont la Grande-Bretagne ne parvient pas, malgré tous ses efforts, à égaler la modicité; c'est que ces chintzes, ces toiles peintes, toutes imparfaites qu'elles sont, ont déjà supplanté, en grande partie, les simulacres anglais dans la consommation du Chili, du Pérou et de plusieurs autres pays. J'ai vu, en 18o0, les magasins de Valparaiso remplis de calicots imprimés de Lowell, de Rhode-Island et des Massachussets.

Examinons maintenant les plus remarquables des produits qui s'étalent bien à leur aise dans la salle où nous sommes.

Nous y rencontrons des échantillons de draps de la compagnie de Burlington; des daguerréotypes à profusion et parfaitement réussis; des tissus de coton blancs et imprimés, parmi lesquels ceux des Wamsutta-mills, près de Bedford, brillent par leur finesse exceptionnelle; de la toile à voile en coton, de bonne qualité, fabriquée à New-York; des draps et des étoffes de laine façonnées, médiocres, de Clenton (Massachussets); des indiennes communes, de Merrimurck (même Etat) ; des châles de laine ordinaires à carreaux et des guinghan. N'oublions pas, non plus, de mentionner quelques pianos de New-York, et surtout le piano-violon. Les cristaux de la compagnie de Flint-Glass, de Brooklyn, sont bien confectionnés. Les meubles méritent peu d'attention.

La salle que nous venons de visiter est bornée au sud par une allée transversale qui se prolonge jusqu'au transept. La partie de cette allée appartenant aux Etats-Unis, renferme des papiers peints très-médiocres, un mauvais tapis, des patrons de tailleur, des instruments de menuiserie, quelques chaises, des maroquins noirs et des peintures de plantes.

Dans la grande salle américaine de l'extrême sud, qui vient après celte allée, il y a des produits bruts fort remarquables. Mais passons d'abord en revue certains produits manufacturés exposés le long du mur. Voici des peaux tannées très-épaisses ; de la tôle de Philadelphie; du fer en barres; de l'acier de New-Marck; de l'extrait de salsepareille, dont beaucoup d'Américains font usage, même en parfaite santé; puis, de la fameuse eau du Congrès (Congress-water) que l'on voit annoncée dans toutes les rues de New-York. Notons ici, en passant, qu'aux Etats-Unis, les marchands se disent aussi volontiers fournisseurs du Congrès, que ceux de Londres fournisseurs de la Reine.

Viennent ensuite des produits chimiques; du tabac


à priser; des farines; des amidons ; diverses sortes de biscuits de mer; parmi lesquelles figure un biscuit de boeuf très-nutritif, compose de farine il d'extrait ou de bouillon de viande concentré. On le dit d'excellente qualité, et il parait qu'aujourd'hui, les troupes américaines, cantonnées sur les frontières des territoires indiens, fout un usage constant et à peu près exclusif de celle précieuse conserve. La France a, du reste, exposé un produit analogue, fort digne d'attention.

Mentionnons encore quelques spécimens de savon, une collection de minéraux et notamment de morceaux d'anthracite, substance si abondante dans l'Amérique du nord ; des échantillons de blé de Turquie sur plante; de curieux gâteaux de graine de lin; divers échantillons de blé et une très-belle et très-intéressante collection d'échantillons île colons en laine de toutes sortes. On a eu soin de laisser des bourgeons épanouis à plusieurs branches de cotonniers, en entourant le duvet d'un léger morceau de gaze.

Il y a aussi quelques échantillons de laines américaines.

Au centre de la salle sont étalés de gros ballots de colon, des minéraux, diverses graines et céréales, des barils de boeuf et de lard salé, dont la douve supérieure est remplacée par une plaque en verre qui permet de contempler les salaisons. Si celles-ci sont agréables à l'oeil, je suis à même de certifier que rien n'est plus désagréable au palais que ces affreuses viandes dont j'ai eu le malheur d'être forcé de me nourrir pendant mes traversée! à bord des steamers américains de l'Atlantique et du Pacifique. Elles sont horriblement dures et salées, et, malgré cela, bien souvent en pleine putréfaction quand on les consomme à bord, .le me garderai donc de décerner des éloges à ces produits, cause trop fréquente de scorbut et de mille autres maladies pour les malheureux passagers auxquels elles sont réservées. En matière de salaisons, comme sous bien d'autres rapports, nous sommes très-supérieurs aux autres nations et particulièrement à l'Amérique.

Quelques échantillons de bois, des farines des croton-mills, de New-York, des briques et quelques produits sans importance, complètent l'exposition des États-Unis du côté du sud.

Passons maintenant au côté Nord! Avant d'y arriver, nous remarquons dans la grande avenue, le plan en relief de la chute du Niagara et l'admirable statue d’Héram Power, représentant une jeune esclave grecque, l'un des plus beaux objets d'art de l'Exposition, fourni, chose singulière, par le pays le moins artistique du monde. Près de la statue se dresse un pont-viaduc de chemin de fer, sur lequel sont placés deux mannequins figurant un couple de hideux indiens peaux-rouges, puis un trophée, d'objets en caoutchouc.

Sur le devant de la division nord des Etats-Unis on rencontre une vilaine urne en argile, de Cincinnati ; une selle et un bonnet d'Indien, assez élégants pour des sauvages; des animaux empaillés; une balance et divers autres instruments de précision, d'Erickson, parmi lesquels se trouve un baromètre d'alarme, dont l'exactitude est entièrement subordonnée au caprice de quelques sangsues qui jouent à peu de chose près, le rôle du mercure dans ce bizarre instrument.

Viennent ensuite des armes à feu communes, du Connecticut, et une statue en plâtre représentant un Indien blessé qui retire une flèche de sa cuisse.


Quatre entrées mènent dans la grande salle nord des Etats-Unis. La première, à partir de la porte Est du Palais de Cristal, renferme quelques voitures qui n'ont rien de remarquable; la seconde, de grands fourneaux en fer, avec appareil à ventilation; la troisième, des objets en caoutchouc : statuettes d'animaux, poupées, souliers, gants, cartes géographiques, appareil sous-marin avec conduits pour la transpiration, le tout en caoutchouc. La quatrième et dernière entrée est aussi vouée à cette substance qui y figure sous forme de bouteilles, de toiles et de bottes, chaussures devenues d'une grande importance pour les Américains, depuis la découverte des mines de la Californie, où elles leur sont fort utiles aux wet diggings.

L'application du caoutchouc à tout espèce d'usage, paraît être devenue aujourd'hui, aux Etats-Unis, une de ces idées fixes, une de ces monomanies qui s'emparent de temps en temps de l'esprit de leurs habitants.

Dans la grande salle, à laquelle aboutissent les petites allées que nous venons de parcourir, on aperçoit, le long du mur, des modèles de chemins de fer, des ventilateurs de navires et d'énormes avirons.
Au centre, sont placés des instruments aratoires et des machines. Les charrues sont de toutes sortes de modèles. Il y a une curieuse sorte de herse, de l’Illinois, une machine à nettoyer le grain et divers autres appareils d'agriculture, qui attirent l'attention des connaisseurs.

On remarque le modèle d'un appareil à eau chaude, de Perkins, destiné à chauffer les établissements publics ; le fusil à vapeur et Y antifriction prêts, du même, par laquelle il propose de remplacer la presse hydraulique; une machine d'Erickson, dite calorie engine ; un fourneau à eau chaude de Perkins, pour cuire le pain au moyen de tubes serpentants; des machines à égrener le coton, du Connecticut; des roues de chemin de fer, système Eddie ; un métier à tisser le coton; deux appareils en fer, servant à relier les livres; un coffre-fort; une machine à étirer le coton et deux fours en briques.

Nous avons terminé maintenant la revue des principaux produits des États-Unis au rez-de-chaussée.
Dans la galerie du nord ils ont un petit étalage de parfumerie et notamment de savons de Philadelphie, ainsi qu'une assez grande quantité de toiles en caoutchouc.

L'exposition américaine, toute incomplète qu'elle est, a cependant un caractère bien tranché. Elle montre de nombreuses industries naissantes, qui compensent, par le bas prix de leurs produits, ce qu'elles laissent à désirer sous le rapport de la qualité et du fini. Les État-Unis se pressent de s'élever à la hauteur des nations européenne». Ils commencent par faire un peu de tout, la perfection viendra plus tard.

Les produits bruts de l'Amérique Indiquent les nombreuses richesses naturelles de cette immense territoire qui tient des trésors presque inépuisables en réserve pour le trop plein des populations de notre hémisphère. Set instruments aratoires présentent quelques innovations utiles. Quelle industrie est, en effet, plus digne d'exercer l'intelligence des citoyens des États-Unis, que celle qui constitue la base de leur richesse et de leur puissance nationales, l'industrie agricole?

Si l'exposition Américaine n'offre rien qui doive beaucoup flatter l'amour-propre du peuple le plus fier et le plus satisfait de lui-même, elle établit, du moins, un point de départ et de comparaison curieux, vers lequel les regards de ce peuple se reporteront avec orgueil d'ici à quelques années ; car ce ne seront certes pas les États-Unis qui, à la prochaine Exposition universelle, montreront le moins de progrès accomplis depuis cette mémorable date industrielle de 1851. Heureux pays pour qui les années sont presque des siècles de forces et de richesses acquises, et auquel l'avenir réserve un si grand rôle politique et commercial !

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851