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Suisse


Suisse à l'exposition de Londres 1851

Nous devrions, pour nous conformer à l'ordre topographique, nous occuper maintenant de l'Exposition française qui touche à celle de la Belgique. Mais nous croyons mieux faire en examinant les produits de tous les autres pays, avant de passer les nôtres en revue.

Nous arrivons à la Suisse. Ses principales salles sont tapissées de grandes pièces de mousseline brodée, pour tentures el pour rideaux. C'est un genre dans lequel ce pays excelle. Un nombre considérable d'ouvrières y gagnent leur modeste existence, eu se livrant à la broderie sur mousseline et sur tulle, qu'elles livrent à très-bas prix.

Saint-Quentin ne peut lutter en bon marché avec la Suisse, qui, à la vérité, ne produit pas des genres aussi fins et aussi parfaits que cette ville, quoique quelques-uns de ses fabricants, comme M. Banziger, de Saint-Gall, cherchent à en imiter les tissus riches et de petite dimension.

L'industrie cotonnière a, du reste, fait de grands progrès dans plusieurs cantons depuis une quinzaine d'années. M. Ziegler, de Vintherthur, a exposé de beaux rouges turcs. Les indiennes pour meubles de MM. Bovet, habiles imprimeurs de Neufchàtel, pourraient presque lutter avec celles de Mulhouse. Quant aux indiennes riches, nous demeurons toujours supérieurs à la Suisse comme aux autres pays. Les mousselines et les impressions fines de M. Blumer n'ont rien de remarquable, si ce n'est, sans doute, leurs prix.

MM. Banzer et Kolp, d'Ebnat, ont exposé des mouchoirs communs, genre rouennerie, et M. Mathias Neff des cotonnades genre Sainte-Marie.

Toutes les variétés de tissus de coton sont largement, sinon brillamment représentées ici; et ces mêmes tissus suisses que nous trouvons au Palais de Cristal, on les rencontre dans les pays les plus lointains, dans l'extrême Orient, dans l'Amérique du Sud, faisant une concurrence active aux similaires anglais, français et américains. C'est que, malgré la distance des ports de mer d'où la Suisse reçoit ses cotons en laine, malgré la cherté des matières tinctoriales et du fer qui lui arrivent aussi de loin, elle produit à très-bon marché, grâce à l'abondance de la force motrice hydraulique, au bas prix de la main-d’œuvre et à la franchise accordée aux matières premières à l'entrée.

Une autre salle de la Suisse est consacrée à l'industrie de la soie, dans laquelle ce pays a aussi réalisé des progrès considérables.

Les magnifiques gros de Naples, les élégants satins et les très-belles lustrines de Zurich méritent d'éveiller l'attention de Lyon, de même que les remarquables rubans d'Arau et de Baie doivent être un nouveau motif d'émulation pour la fabrique de Saint-Etienne. Nous remarquons de la serge noire et des organsins d'excellente qualité.

L'horlogerie suisse, cette troisième branche si importante de l'industrie nationale, étale ses merveilles dans une des galeries supérieures du sud, en avant de l'exposition lyonnaise.

Genève et la Chaux-de-Fonds se distinguent par l'excellence et le bon marché de leurs mécanismes, aussi bien que. par la beauté de leur travail. On sait que l'horlogerie fine de la Suisse a acquis une juste supériorité dans tout le monde, et ses bas prix lui permettent d'envoyer de ses produits jusqu'à Canton, où la maison Bovet, de Neufchàtel, possède un comptoir qui fait de très-grandes affaires. Elle trouve également de beaux débouchés dans l'Amérique du Sud.

L'horlogerie de Genève et de la Chaux-de-Fonds montre ce que peut la division du travail largement pratiquée. Tout le talent, toute l'existence d'un ouvrier y sont uniquement consacrés à la confection d'une partie presque imperceptible du rouage ou du mouvement d'une montre. De là une simplification, un ensemble et une perfection impossibles à atteindre autrement. Les facultés et l'émulation incessante du maître, comme de l'ouvrier, sont dirigées vers un seul but. Privé, sous un ciel inclément, de la plupart des plaisirs et des distractions qui entourent ses confrères des autres pays, l'horloger de la Chaux-de-Fonds est tout entier à son métier, unique mobile de son ambition.

Parmi les montres de Genève, on en remarque plusieurs qui sont enrichies de portraits, de jolies peintures sur émail.

A côté de l'horlogerie de la Suisse, sont exposés des échantillons d'une industrie assez curieuse dont ce pays est aussi en possession. Ce sont des brides pour chapeaux, des cordonnets, des dentelles en paille, d'une finesse et d'une élégance remarquables.
Les tresses en jonc et en crin, les dentelles soie et paille, sont aussi parfaitement confectionnées, de même que les porte-cigares, les cabas et les chapeaux de paille pour femmes.

Nous ne quitterons pas la galerie de la Suisse sans payer un juste tribut d'éloges aux magnifiques étuis de mathématiques d'Arau. C'est une spécialité dans laquelle cette ville excelle.

Au rez-de-chaussée, la Suisse a aussi exposé deux instruments qui pourraient revendiquer la dénomination d'instruments de précision. Le premier est un planomètre à côté duquel se trouve placé le plan en relief d'un des glaciers des Alpes. Le second est un instrument dont le besoin ne pouvait guère se faire sentir que dans la patrie de Guillaume-Tell, où la balle et la carabine ont hérité de l'importance de la flèche et de l'arbalète. C'est un petit appareil destiné à mesurer très-exactement la distance des balles au centre d'une cible.

La Suisse fabrique aussi beaucoup d'instruments de musique. Elle a envoyé des pianos, des violons et une quantité de mandolines renfermées dans des boîtes noires.

On rencontre encore dans son exposition quelques petits meubles en bois blanc assez élégamment sculptés, des cuirs, de la poterie commune, de la quincaillerie très-ordinaire, un tonnelet à faire le beurre, et quelques instruments aratoires.

Mais ce qui donne une véritable importance industrielle à la Suisse, dans le Palais de Cristal, ce sont ces trois grandes industries du coton, de la soie et de l'horlogerie, dans lesquelles la population de ce petit pays déploie tant d'intelligence et d'activité.

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851