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Belgique


Belgique à l'exposition de Londres 1851

De tous les pays qui ont pris part au grand con cours industriel ouvert au palais de Hyde-Park, la Belgique est assurément celui qui, eu égard à l'étendue de son territoire, a le plus exposé, preuve frappante des prodiges que peut réaliser l'industrie humaine, aidée par un sol fertile et riche en minéraux.

Les tapis de la manufacture royale de Tournay, bien inférieurs, sous le rapport de l'art, à ceux des Gobelins, ont un grand mérite industriel. Ils attirent l'attention du public par leurs dimensions et par l'harmonie de leurs nuances.

Une autre manufacture royale, celle de M. Jorez, de Bruxelles, a exposé un bel et nombreux assortiment de toiles cirées de toutes les couleurs et de toutes les qualités ; cette industrie a pris une extension dont on ne l'aurait pas jugée susceptible.

La sparterie belge a aussi un véritable mérite.
Nous remarquons de belles flanelles et des étoffes de laine à carreaux, très-variées, fabriqués à Saint-Nicholas, ainsi que des tissus de laine légers, de M. d'Hent, de Bruxelles, à côté desquels est étalé un assortiment de laines lavées et en suint.

Courtray a envoyé de fort belles étoffes façonnées pour pantalons. MM. Xhofray, de Dolhain et Audeghem, de Bruxelles, ont exposé des paquets de laine cardée de belle qualité.

Mais ce qui fait le plus d'honneur à l'industrie lainière de la Belgique, c'est le magnifique étalage des draps de Verviers. Doux au toucher, moelleux, rasés assez courts, moins cependant que les draps anglais, ces admirables tissus semblent défier la concurrence. Le Zollverein et la France n'ont rien exposé de plus fin et de plus parfait que les draps verts de MM. Pirenne et Duesberg.

Les draps de Tournay ont aussi leur mérite. Courtray a fourni de beaux tissus laine et coton, et coton et lin.

Les toiles de lin, de Vilvoorde, sont d'une grande beauté, de même que les pièces de lin imprimées.
La filature de lin et d'étoupe de Tamise (Flandre-Orientale) et la Société linière gantoise, ont envoyé des fils magnifiques.

On remarque de superbes batistes et de très beaux nappages des Flandres.

Les toiles à bâches, de Gand, sont fort épaisses.

Les toiles à voiles, de Gand et de Tréminde, se font remarquer par la grosseur de leur grain.

Si la Belgique est très-avancée dans l'industrie de

la laine et du lin, elle paraît l'être moins dans celle des cotons. Les indiennes à la planche, de MM. Servaës, d'Alost et Wortmann, de Gand, sont extrêmement ordinaires.

M. Verhulst, grand manufacturier de Bruxelles, a déployé un peu plus de goût dans ses impressions au rouleau qui sont assez bonnes. Il imite aussi Rouen et Roubaix avec succès.

La Belgique a conservé une grande supériorité dans la fabrication de la dentelle; c'est une industrie de luxe par excellence. Bruxelles a justifié, au Palais de Cristal, son ancienne réputation pour ce genre de tissu, et l'un de ses manufacturiers, M. Vanderkellen-Bressin, le grand maître de la dentelle belge, a cueilli à l'Exposition universelle de nouveaux lauriers. C'est dans la galerie supérieure du nord que l'on admire ses chefs-d'oeuvre, parmi lesquels brille, au premier rang, un incomparable mouchoir, aux armes d'Angleterre, merveilleux ouvrage où le goût exquis le dispute à la patience, et qui doit faire le désespoir de tous les fabricants de dentelles. Le fil de ce mouchoir revient à 3,500 fr. la livre. Le fini du travail, la beauté du dessin, la perfection du tissu, lui méritent une des premières places parmi les produits les plus remarquables de l'Exposition.

M. Vanderkellen-Bressin a encore envoyé d'autres merveilles, et, entre autres, une fabuleuse robe de dentelle, dont le fil coûte 2,500 fr. la livre, et qui doit être contemplée d'un oeil d'envie par bien des belles visiteuses.

Le même fabricant a aussi exposé- des articles courants en dentelles et en guipures très-remarquables, mais à la portée des fortunes ordinaires.

Après les produits de M. Vanderkellen-Bressin, ce sont ceux de M. Robyt et de M. Dartevelle, tous deux aussi de Bruxelles, qui me paraissent mériter le plus d'éloges. On admire une magnifique robe, application et guipure, du premier de ces fabricants.
Celle exposée par M. Van Eckhout, quoique belle aussi, le cède à la précédente.

Viennent ensuite les dentelles de MM. Duhayen-Brunfaut et Ce, qui sont de la plus grande finesse; les points à l'aiguille et plats, de Mme Sophie Defresne, qu'on ne saurait trop louer; les petites dentelles imitation, de M. Vandersmaissen ; celles de M. Ducpétiaux et fils.

M. Everaërt clôt la liste des petits chefs-d'oeuvre de Bruxelles par un grand et magnifique châle de dentelle noire et par quelques belles garnitures de robes.

Les écharpes et les châles de Grammont, en dentelle noire au fuseau, sont très-admirés.

Les dentelles blanches de Malines le cèdent à celles de Bruxelles.

Bruges a exposé des volants en guipures de Flandre, d'un charmant dessin. Ypres brille par ses valenciennes.

On remarque aussi les guipures de Flandre de Verviers; les châles en dentelles de soie noire, application de Gand ; les dentelles et les broderies de Coutrai. Quant aux châles réseaux, d'Anvers, imitant l'application, ils sont fort ordinaires.

Puisque nous avons commencé par les dentelles l'examen du compartiment belge dans la galerie supérieure, nous allons le terminer avant de descendre au rez-de-chaussée.

Une grande vitrine a été consacrée aux costumes et ornements d'église. Le public anglais y contemple, avec un étonnement quelque peu moqueur, trois mannequins qu'on a eu la ridicule idée d'y exposer et qui représentent le martyr de Canterbury, le cardinal-primat de Belgique et feu l'archevêque de Paris, Mgr Affre.

A côté de cette victime s'élève un trophée de livres de lithurgie romaine, édition Anigo, de Malines, remarquables par leurs riches reliures. La librairie belge nous apparaît ici sous sa face la plus respectable, pour nous faire oublier, sans doute, la plaie honteuse de la contrefaçon.

On rencontre ensuite un vaste étalage de papiers et de fournitures de bureau, puis des échantillons de passementerie militaire et de passementerie pour ameublement.

Liège a un petit trophée composé d'un bouclier, de quelques armes de luxe et de divers petits objets en vermeil, en cuivre, en bronze et, en acier, travaillés avec art.

Quelques mots, maintenant, sur les cristaux belges: Ceux de Namur et d'Anvers sont de belle qualité. M. Brodier-Christioens, de Bruxelles, surpasse encore ses confrères de ces deux villes par le goût.

Les cristaux de M. Cappelmans sont peu remarquables; mais, par contre, il a exposé de belles porcelaines.

Il nous reste à visiter, au rez-de-chaussée, deux salles belges intéressantes, celle des armes et celle des produits bruts.

A l'entrée de la première se trouvent placés quelques beaux échantillons de sellerie. Liège ne tarde pas à s'annoncer par un immense étalage d'armes à feu, comprenant des pistolets, des fusils de munition, des fusils communs destinés à faire concurrence, pour l'exportation et par leurs bas prix, aux fusils anglais connus sous le nom de tower-guns, qui trouvent un grand débit sur la côte occidentale d'Afrique; des carabines de différents systèmes, et, enfin, une quantité de fusils de chasse qui se distinguent par la largeur et l'épaisseur de leurs canons.
Depuis longtemps, on le sait, l'armurerie liégeoise est renommée par ses bas prix; c'est ce qui constitue l'infériorité relative des armes françaises.
Quant à la qualité, au fini et à la perfection du travail, Paris peut défier toute concurrence ; le Palais de Cristal en fournit la preuve évidente.

L'armurier du roi a exposé quelques belles armes parmi lesquelles on distingue une carabine pourvue de trois points de mire et dont on vante la justesse de tir.

Au milieu de la salle on rencontre des mortiers, quelques canons en fonte et une bombe de mortier-monstre employée au siège d'Anvers.

On remarque aussi des fers laminés au coke et des tôles d'Huy, de belle qualité.

L'allée des produits bruts renferme une collection de minéraux, des blocs de houille, des marbres, des mines de plomb et de zinc, de l'argile des pierres à aiguiser, de belles pierres meulières, des briques, des échantillons de tabac, des graines, du lin en tiges, des gemmes, des pains de sucre, de la bleine, des savons et des fontes de moulage. On pourrait peut être regretter que les richesses végétales et minérales de la Belgique ne soient pas représentées par des spécimens plus nombreux et plus méthodiquement classés.

Dans le compartiment belge du côté du sud, la Vieille-Montagne, dont les produits occupent un espace considérable au Palais de Cristal, a exposé de grandes feuilles de zinc; Namur, des vases en cuivre jaune ; Liège, des fils de fer et des clous.

Nous arrivons à l'exposition des machines de la Belgique qui, sous le rapport du nombre et de la qualité, occupent la troisième place à l'Exposition, la première appartenant à l'Angleterre et la seconde à la France. La machine à vapeur à pistons inclinés, sortie de la société John Cockerill, de Seraing, et destinée à un navire à vapeur, se distingue par la perfection de tous ses détails. Le batteur hélicoïde de la société du Phénix attire également l'attention des connaisseurs. On remarque aussi un grand ventilateur de l'invention de M. Fabry; un banc à broches de filature ; une tondeuse en spirale, servant à couper le duvet du calicot; un métier à la Jacquard; un modèle de pont; une machine à peler et à glacer le riz ; un joli appareil à raffiner le sucre, de M. Van Gooth, de Bruxelles; un humecteur de grains; une machine destinée à briser les mottes de terre et différents autres instruments industriels et aratoires.

La Belgique a aussi exposé des instruments de musique ; quelques meubles de formes peu élégantes et des papiers peints dont nous ne voulons pas rabaisser le mérite, en disant qu'ils ne sauraient rivaliser avec ceux de France ; car la perfection de ces derniers est brillamment démontrée par notre exposition.

Il est, comme on le voit par l'examen que nous venons de faire, peu d'industries que la Belgique ne se soit appropriées, et peu, surtout, qu'elle n'exploite avec succès. Ses machines sont d'une construction irréprochable.
Son industrie lainière n'a rien à envier à celle des pays les plus avancés. Ses toiles de lin sont excellentes, de même que ses toiles cirées. Les dentelles de Bruxelles continuent de jouir d'une vogue méritée dans le monde élégant. Les armes à feu de Liège font une rude concurrence, même sur le marché français, à celles de St-Etienne.

Si l'ébénisterie fine et quelques autres industries artistiques ont encore des progrès à faire dans ce pays, les beaux-arts proprement dits y sont cultivés avec une ardeur des plus louable, comme le prouvent les belles et nombreuses statues qu'il a exposées dans la grande avenue.

La statue équestre colossale représentant Godefroy de Bouillon en costume de croisé, a valu à M. Simonis de justes éloges, quoique certaines parties du cheval donnent peut-être prise à la critique. On doit au même sculpteur une Vénus sortant du bain et deux charmantes statues d'enfants, l'un souriant à un paillasse qu'il tient à la main, l'autre pleurant sur un tambour qu'il vient de casser.

Les deux enfants endormis, de M. Geerts, sont d'une grâce parfaite. Son groupe allégorique du lion dompté par une femme qui s'amuse à lui rogner les ongles, est une jolie fable ou plutôt une morale en plâtre d'une triste vérité ! La femme donnant à manger à un perroquet perché sur son épaule a beaucoup de grâce dans sa pose.

M. Geerts a fourni un beau groupe en bois représentant la Vierge entourée d'anges.
La jeune bergère qui s'exerce à dessiner et la femme qui enlève une flèche à un Amour à ses pieds, font honneur à M. Jaquet.

On remarque encore un Caïn, par Jehotte, un ange endormi, de Fraiken, et une Vénus du même.

La Canadienne arrosant de son lait la tombe de son enfant qu'elle pleure, est pleine de grâce et de tristesse. Nous regrettons d'ignorer le nom de son auteur, qui a droit aux plus grands éloges.

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851