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Zollverein


Zollverein à l'exposition de Londres 1851

Le Zollverein a cinq entrées du côté sud de la grande avenue, et six du côté nord. La partie sud est particulièrement consacrée aux tissus, tandis que la division nord renferme les objets d'art, la quincaillerie et les machines.
Nous allons passer séparément en revue les produits de chacun des principaux États du Zollverein, en commençant par la Saxe.

Saxe

A l'entrée de l'allée qui porte le nom de. la Saxe sont exposés quelques nécessaires communs; des peintures en miniature sur médaillons, représentant des vues de la Saxe; un modèle de viaduc d'un chemin de fer saxon et un ridicule tapis dont les broderies plairaient peut-être à des Chinois, mais sont indignes de figurer au Palais de Cristal.

Heureusement pour le renom industriel de la Saxe, on remarque, à côté de ces produits communs, de très-belles porcelaines de la manufacture royale de Meissen. Elles sont ornées de filets dorés, en relief, formant dessin et entrelacés avec beaucoup d'élégance.
A ces jolis services il faut ajouter deux grandes urnes en porcelaine, se rapprochant, par la forme, du genre de Sèvres, quoique moins pures et moins sévères. Le goût le plus parfait se trouve uni à une grande originalité dans un magnifique cadre de glace, aussi en porcelaine, qui a obtenu les suffrages de tous les connaisseurs.

Dans le salon des beaux-arts allemand, la Saxe a exposé quelques charmantes peintures sur porcelaine; ce sont des copies en miniature de différents tableaux de grands maîtres. On remarque aussi des

peintures sur émail et porcelaine de Saxe, représentant des Vierges et des enfants Jésus. Les grands vases de la manufacture royale de Meissen, qui figurent dans ce salon, sont d'une remarquable beauté et surpassent de beaucoup ce que Berlin a envoyé en ce genre.

Le professeur Ritschel, de Dresde, a exposé un beau Christ en marbre de Carrare. Dans la même encoignure que cette statue se trouvent placés trois tableaux à l'huile peints sur plaques d'étain et de fer, dont on admire le coloris» L'attention du public se porte surtout sur une belle tête de femme, dont la tristesse a quelque chose de voluptueux et dont l'expression est de plus saisissantes ; une tète de mort placée dans un coin du tableau, pourrait être la cause de la mélancolie de cette gracieuse créature, sorte de Madeleine à moitié repentante.

La Saxe n'a exposé qu'une seule pièce d'orfèvrerie: c'est un magnifique vase en argent, garni de fleurs du même métal, dont on admire l'extrême finesse et la légèreté. La foule se presse aussi autour d'un délicieux échiquier saxon placé sous verre.
De l'excursion que nous venons de faire dans le domaine des beaux-arts germaniques, retournons à l'allée nord de la Saxe où nous rencontrons, dès nos premiers pas, de remarquables broderies de Plauen, exécutées sur divers petits objets à l'usage des dames.

Après Plauen vient la fabrique de Glauchau, renommée pour ses mélanges de laine peignée et de soie, pour ses tissus de laine rasée, à carreaux Frankenberg a envoyé des damas et des brocatelles de soie fort remarquables pour tapisserie.

Clomnitz, le plus grand centre industriel de la Saxe, se fait remarquer par ses satins de laine, par ses damas, par ses mélanges de laine et de soie, de soie et de coton. Pour ce qui concerne ses tissus pur coton imprimés, ils donnent amplement prise à la critique et sont complètement éclipsés par les nôtres.
Leisnig brille par ses draps verts fins, Meerane par ses tartans et ses mousselines de laine.

Les étoffes de laine légères de Rochlitz sont d'une grande variété et d'une fabrication parfaite.
Nous retrouvons encore des produits de Plauen; ce sont des tissus de coton tins, pour rideaux, et des gazes. Annaberg rivalise avec Plauen dans ces genres qui se rapprochent de ceux de Saint-Quentin, sans en égaler, cependant, à beaucoup près, la perfection.

Ces deux villes manufacturières de la Saxe ont semé leurs produits dans toutes les parties du Palais de Cristal. On rencontre, dans la galerie supérieure du côté sud, de magnifiques broderies de Plauen et des dentelles non moins remarquables d'Annaberg.
Celles de Dresde et de Schneeberg sont aussi d'une grande beauté. Nous n'en dirons pas autant dis dentelles et des broderies d'Eibenstock.

Reichenbach a exposé des damas et des châles imprimés communs, ainsi que des étoffes de laine légères. Les étoffes pour pantalons, de Crimmitzchau, sont irréprochables, de même que ses satins d'été.

Plusieurs villes saxonnes produisent des draps remarquables. Nous citerons les draps fins de bischofsverda, de Crossenhain, d'Oedéran et de Rosswein; les peaux-de-daim de Leipzig; les draps rouges de Kirchberg et les draps noirs épais de Lengenfeld.

Si la Saxe ne brille pas par les impressions sur coton, elle a, par contre, exposé, dans la galerie sud, des batistes et des jaconas remarquables.

Ses toiles de lin se distinguent toujours par leur finesse. On admire dans une des allées nord du Zollverein, les magnifiques toiles damassées de Littau, ainsi que les nappages de Dresde, à fonds gris écru et à dessins blancs, dans le genre des damassés irlandais.

Leipzig a envoyé un immense étalage de toiles cirées, très-inférieures à celles de la Belgique et aux nôtres.

On remarque à l'exposition de bonneterie des fabricants réunis de Chemnitz et de Lichenstein, ainsi que le grand assortiment de franges en fils de coton et de soie, de MM. Bach et fils, d'Annaberg.

Citons aussi les beaux échantillons de bleu de Cobalt, les étalages de poterie de fer et de poterie ordinaire, les modèles remarquables de typographie, la belle commode à incrustations, le télégraphe électro-magnétique à aiguilles, les montres et l'excellent piano, qu'a exposé la Saxe.
Mais ce qui nous parait faire le plus d'honneur à l'industrie de ce pays, c'est la variété inépuisable de ses tissus de laines; avec ou sans mélange, qui se recommandent autant par leurs bas prix que par leur qualité.

Quant aux porcelaines de Saxe, leur réputation est faite depuis longtemps et se soutient avec distinction au Palais de Cristal.


Wurtemberg

Le Wurtemberg parait s'être plus occupé des animaux que des hommes dans son exposition, car ce sont les cages, les oiseaux et les quadrupèdes empaillés qui y dominent. M. Plouquet, préparateur du Musée Royal de Stuttgart a, d'ailleurs, fait preuve de beaucoup d'esprit et de goût dans les poses qu'il a données à ses bêtes. Ses hiboux aux prises avec des martres et défendant leurs petits, sont magnifiques de fureur et de tendresse paternelle; ses belettes embrassant des coqs, son renard tenant un chapelet et lisant un bréviaire; un lièvre faisant l'exercice, sont de charmantes caricatures pleines de verve et de vie. Aussi attirent-elles en foule le public anglais, dont on connait le faible pour certains animaux, et qui ne se lasse pas non plus d'admirer un cerf aux abois et un sanglier éventrant les chiens qui l'attaquent, groupes principaux de ce petit musée d'histoire naturelle.

Le Wurtemberg a aussi exposé des jouets d'enfants, des pendules à coucou et un joli appareil distillatoire.

Dans le salon des arts, il n'a qu'une statue, une Madeleine, de M. Wagner, de Stuttgart. Mais cette statue est d'un grand mérite.

Dans une des galeries supérieures se trouvent quelques instruments de musiques du Wurtemberg.

L'allée sud de ce pays est principalement consacrée aux tissus. Les mousselines pour rideaux et les tulles brodés de Ravenbergs sont loin de valoir ceux de Saxe qui, déjà, sont très inférieurs à ceux de la Suisse et de St-Quentin; les toiles de lin de Stuttgart sont de qualité médiocre. Rien de plus commun et de moins soigné que les impressions sur coton du Wurtemberg. Ses draps ne brillent pas non plus par les quelques échantillons qu'il en a envoyés. Ses cuirs et ses chaussures passent inaperçus. Il en est de même des fils de chanvre et de coton, des papiers, des produits chimiques qu'il a exposés. Par contre, on s’arrête devant quelques pièces de mosaïque en bitumes et devant une quantité de petits objets en bois, en écaille, en os et en ivoire. Le Wurtemberg, comme tous les pays où les grandes industries végètent, excelle dans ces petits ouvrages de patience insignifiants.

Son exposition, on le voit, est bien pâle comparativement à celle de la Saxe, et ne place pas ses manufacturiers à un degré bien élevé de l'échelle de production du Zollverein.


Bavière

L'exposition bavaroise est plutôt artistique qu'industrielle.

C'est à un artiste de Munich, à M. Miller, que sont dus le lion colossal, en bronze, le roi George de Bohème et la reine Libussa, aussi en bronze, qui figurent avec honneur dans la grande avenue.

C'est la Bavière qui a doté le salon des arts allemands de ses plus beaux produits.

M. Leeb, de Munich, y a exposé une ravissante statue en marbre, représentant une jeune femme qui tient dans un nid trois petits anges ou trois amours.
L'exécution en est aussi élégante et gracieuse que la conception originale.

Le docteur Fuchs, de Munich, a attaché son nom à un tableau remarquable sous deux rapports.
Ce tableau représente une belle tête de vieillard de beaucoup d'expression. Mais ce qu'il n'y a de très curieux dans cette peinture, c'est qu'elle a été fixée au moyen d'une infusion de verre liquide sur un enduit de mortier. Ce procédé, de stéréochromie est du au docteur Fuchs.

Les vitraux de M. Stephan Kellner, de Nuremberg, indiquent un beau talent, ainsi que les peintures sur porcelaine d'un artiste de Nymphenburg.

On remarque de jolies statuettes bavaroises, entre autres celle de la Vierge, placée dans un petit encadrement gothique du meilleur goût.

Le vase gothique en plâtre, de M. Halbig, de Munich, sur lequel sont figurés les attributs du Saint-Empire Romain; est une œuvre hors ligne.

La Bavière a envoyé deux charmants bureaux, l'un, style renaissance, orné d'élégante incrustations et destiné à une dame; l'autre, de forme gothique, en bois foncé sur lequel de petites figures dorées tranchent merveilleusement.

On admire également deux petites tables à ouvrage, dont l'une style rococo est d'une extrême élégance. Ces meubles bavarois sont peut-être les seuls du Zollverein qui puissent rivaliser avec les produits de l'ébénisterie artistique française. C'est à la Bavière et particulièrement à Munich qu'appartient la palme dans le salon des beaux-arts germaniques.

Les quelques instruments de précision exposés par la Bavière dans une de galeries supérieures, méritent une mention toute particulière. Dire que M. Erstel, de Munich, a exposé un télescope et divers autres instruments d'astronomie, c'est dire que ces instruments sont excellents, car ce savant ingénieur a depuis longtemps acquis, par ses produits et par ses travaux, une réputation bien méritée.

MM. Mez et fils, aussi de Munich, on envoyé un réfracteur et un microscope dont on fait grand cas.

Nuremberg a fourni quelques curieux modèles anatomiques en papier mâché, substance que l'on est parvenu à plier à tous les usages, et qui joue un rôle important dans le Palais de Cristal.

Les instruments de musique de la Bavière sont en petit nombre et méritent peu d'attention.

Dans une allées du rez-de-chaussée, consacrées à la Prusse, se trouve un petit espace réservé à quelques tissus bavarois. On y rencontre des soieries et des étoffes de laine, de Deux-Pints; des châles laine et coton, de Hof; des toiles de lin Crumback. Mais ces produits n'ont rien de remarquable.

Il y a aussi des cuirs, des papiers dorés et argentés, des reliures, des poupées et autres jouets d'enfant exposés par la Bavière; tous ces objets méritent peu d'attention. La véritable importance de l'exposition bavaroise est dans les objets d'art, et pas ailleurs.


Prusse, Hesse, Francfort-sur-le-Mein, etc…

C'est à la Prusse qu'appartient la place d'honneur dans l'Exposition du Zollverein.

Nous allons commencer l'examen de ses produits dans la partie sud de la nef.

Elberfeld, qui est à la fois le Lyon et le Mulhouse de ce pays, brille par la variété autant que par la belle fabrication de ses tissus. Ici, ce sont ses robes de gaze, ses satins, ses écossaises qu'on admire; là, se déploient ses étoffes soie et coton pour tapisseries, ses châles, ses velours, ses tissus cachemires pour gilets, ses damas. Plus loin, vous rencontrez de lils de laine rouges en paquets, des tissus de crin, des mélanges de laine et de coton, encore d'Elberfeld. Aussi, cette ville possède une petite colonie dans l'une des galeries supérieures du côté du sud : c'est son exposition de toiles peintes de coton.
Mais ses indiennes, ses mousselines, ses jaconats sont bien inférieurs aux nôtres, et les progrès que la Prusse a réalisés dans l'industrie de la laine, sont loin d'avoir été égalés par elle dans l'industrie cotonnière.
Les indiennes de Berlin et d'Eilenbury ne brillent pas plus que celles d'EIberfeld, au Palais Cristal.

Les satins, les gros de Naples, les poults de soie et les velours, de Crefeld, méritent les plus grands éloges. Viersen a aussi exposé de très-remarquables velours de soie unis et façonnés. Mais c'est à ceux de Berlin que revient la palme , pour la variété, la finesse, la beaulé des couleurs. Ses peluches et ses châles ont également droit à une mention honorable.

Gladback a exposé des châles laine et soie, et des étoffes pour pantalons; Barmen, des châles communs; Géra, des mérinos, des thibets, des mousselines de laine ; Schmiedeland, des châles cachemires et des velours.

La draperie prussienne est l'objet des plus justes éloges. Il serait difficile de surpasser en finesse les draps de Werden, d'Eupen, de Hettwig, de Francfort- sur-l'Oder, de Finstervalda , de Grûnberg, de Goldberg, et surtout ceux d'Aix-la-Chapelle, les formidables rivaux des draps de Sedan et de Verriers. Aix-la-Chapelle a aussi envoyé de très-beaux tissus façonnés pour pantalons.

La Prusse rhénane est dignement représentée à l'Exposition de Londres. On admire encore les draps d'Ingenbruch. Ceux de Monjoie se recommandent par leur force.

Cologne a fourni des mouchoirs de soie et de calicot imprimés ; Dusseldorff, des tissus de laine à carreaux et des châles. Quant à ses impressions sur coton, elles sont au-dessous du médiocre.

Mais revenons aux draps. Ceux de Neudamm se distinguent par leurs bas prix, ceux de Schwednitz et de Liegnitz (Silésie) par leur force. Burtscheal a exposé des draps croisés et des draps fins ; Brandenburg, des lamas de très-belle qualité; Eupen, des tissus fins et surlins dignes des plus grands éloges. Si la France a envoyé quelques draps aussi beaux que ceux de la Prusse, nous le cédons de beaucoup à ce pays, du moins dans le Palais de Cristal, sous le rapport de la variété. Mais le vrai triomphe de la Prusse est en dehors de l'Exposition.
Nous voulons parler de ses prix, dont les indications ont malheureusement été interdites.

Parmi les villes prussiennes qui occupent un rang honorable dans l'industrie lainière, il convient de citer encore Erfurt pour ses damas, ses nécessaires; Zeulenverda, pour ses étoffes mélangées; Ronneburg, pour ses thibets; Iéna, pour ses étoffes façonnées, et Greiz, pour ses mousselines de laine.

Les toiles de lin prussiennes, exposées dans une des galeries supérieures, sont d'une fabrication fort remarquable. Bielfeld se distingue particulièrement par ses tissus damassés et par ses magnifiques nappes. La Silésie a exposé des toiles épaisses, mais de bonne qualité. En somme, l'industrie linière allemande est très-convenablement représentée, et à peu à envier aux autres pays.

Maintenant que nous avons examiné les industries textiles de la Prusse, jetons un coup-d'oeil sur ses autres produits.

Ses cuirs forment à peu près les deux tiers de ceux exposés par le Zollverein, et sont incontestablement les mieux travaillés. Mayence possède un beau trophée de maroquins et de cuirs vernis. Dans la salle qui les renferme, on remarque aussi des étuis, des reliures et de la sellerie de Prusse. Mais ces produits, comme les cuirs exportés et vernis, ne sauraient soutenir un parallèle avec ceux de la France.

Même infériorité dans la papeterie et dans la boutonnerie métallique prussiennes.

Les produits bruts et les produits chimiques de la Prusse forment une des allées les plus intéressantes de son exposition.

On remarque de belles cristallisations de prussiate de potasse, de Berlin; de gros blocs d'alun, de Deuben ; des pains de sucre de Magdebourg ; des produits stéariques de Berlin ; des échantillons de houilles, de Ruhrort; des soies grèges, des amidons et une quantité de minéraux curieux.

Après avoir admiré les tissus de laine prussiens, on est charmé de pouvoir examiner les toisons qui ont servi à les fabriquer. A l'extrémité de l'allée des produits bruts, se trouve une très-remarquable collection de laines. Celles de l'établissement royal de remonte de Treptow, celles du comte Schewerin et du baron de Ziegler, y sont étalées à côté des laines de Moeblin, de Lizcowo et de Frankenfeld, toutes de qualités supérieures.

Nous avons terminé maintenant la revue des allées sud de la Prusse. Passons à la partie nord de son exposition. A l'entrée de ce compartiment se présentent les beaux cristaux de la manufacture du comte Shafgott, en Silésie. L'Allemagne nous montre ses plus grandes industries entre les mains de quelques familles de la haute noblesse. Nous remarquons ensuite des vases argentés et dorés par la galvano-plastie; quelques bustes; des statuettes; une belle fontaine en cristal; de gros chapelets d'ambre; quelques jolis ouvrages d'orfèvrerie; des porcelaines; des instruments à vent et un canon en acier, fondu à Essen, par un M. Kupp, pièce d'artillerie qui semble avoir été faite plutôt pour orner quelque musée, que pour servir contre l'ennemi.

La salle des machines du Zollverein est garnie d'une quantité d'instruments de menuiserie et de serrurerie, d'EIberfeld, de Bemscheid et d'Aix-la-Chapelle. La Prusse seule, parmi les états du Zollverein, a une certaine importance en mécanique, dans le Palais de Cristal. Cologne a exposé quelques machines pour la fabrication de la monnaie, qui paraissent avoir un vrai mérite. Berlin, a envoyé une tondeuse pour châles et un appareil à vide, destiné à la cuisson du sucre, appareil qui se trouve complètement éclipsé par celui de Cail. On remarque des cardes à peigner le coton, la laine et la soie, construites à Dusseldorff; une machine à dévider, de Crefeld. Quand aux modèles de métiers à la Jacquard et aux instruments aratoires, il n'offrent rien de bien nouveau. Les appareils de chimie et de physique sont parfaitement imaginés. Mais toute cette exposition pâlit à côté de celle des machines belges et françaises, qui, elles mêmes, sont bien insignifiantes comparativement aux nombreux appareils anglais exposés.

L'armoire en fer, fabriquée à Magdebourg, et les poêles de fer prussiens, aux formes élevées, légères et élégantes, méritent une mention.
Les armes blanches de Sollingen, le Tolède de la Prusse, attirent les regards des connaisseurs, ainsi que sa coutellerie fine, qui est d'excellente qualité.

Sarrelouis et Meitlach, ont exposé de la poterie de grès fine, avec ornements et peintures métalliques.
Ce genre de céramique est fort original.

On rencontre un certain nombre de vases prussiens, en jaspe et en cornaline, ainsi qu'une collection de topazes octogones.

Les verres à dessins et à peintures, les pipes en porcelaine et deux grandes cruches en terre, à moulures, exposées par la Prusse, se distinguent par un goût parfait et par une belle fabrication, ainsi qu'un certain nombre de statuettes et de petits vases en bronze qui se trouvent dans la même allée, dans celle qui borne l'exposition du Zollverein, à l'extrême-nord.

Dans les galeries supérieures, nous remarquons, en premier lieu, les instruments de précision de la Prusse. Le savant professeur OErtling, de Berlin, a exposé divers beaux appareils et, entre autres, des balances d'une extrême précision, destinées aux analyses chimiques les plus délicates. Berlin a aussi envoyé des pendules, un chronomètre astronomique démonté, des instruments d'optique, de géométrie et de chirurgie, bien inférieurs aux nôtres, malgré leur mérite. Dusseldorff a fourni des balances à peser les soies.

Les spécimens de typographie de Berlin sont assez remarquables, ses papiers peints, par contre, donnent prise à la critique.

Un artiste de Magdebourg a exposé le modèle de la cathédrale de cette ville, en bois de tilleul. Un de ses confrères, de Stettin, a inventé un art très-original, celui de représenter des édifices avec des morceaux de bois de liège d'une finesse extrême, ajustés les uns aux autres, de manière à former dessin. Les petits plans de vieux châteaux exécutés par cet ingénieux procédé sont de charmants tableaux appelés à faire fortune.

On remarque encore quelques meubles prussiens de formes gothiques assez élégantes.

Ces derniers produits nous amènent à parler des objets d'art exposés par la Prusse dans la grande avenue et dans le salon allemand.

Nous ne dirons rien de la fameuse Amazone, dont, le dessin est dû à M. Kiss et l'exécution au célèbre fondeur Geiss, de Berlin; la réputation de cette statue est déjà européenne, et la somme pour laquelle les États-Unis l'ont achetée en fait suffisamment l'éloge.

C'est M. Geiss, également, qui a exécuté les deux statues de femmes en zinc, les deux cerfs en bronze, et le joli groupe de l'enfant et du cygne, exécuté d'après le modèle de Schwanthaler.

M. Fiebel, de Berlin, a envoyé un chien en bronze. On remarque un beau bassin en marbre, de la même ville.

Le magnifique vase en argent oxydé, de M. Wagner, fait le plus grand honneur à la Prusse. Les figures allégoriques qui le décorent révélant l'artiste éminent.

Dans le salon des beaux-arts, les peintures de fleurs sur porcelaine qu'a envoyées Berlin partagent, avec les porcelaines de Saxe, l'attention du public. Les grands vases de la manufacture Royale ont plus de richesse et d'éclat, mais moins de goût et d'élégance que les petites pièces.

Les statues de carton-pierre, de M. Gropius, imitent assez bien le bronze doré; mais il y a plus d'industrie que d'art dans ces produits.
L'Innocence, tenant un agneau dans ses bras, fait honneur à M. Wolff, de Berlin.

L'Enfant en marbre, de M. Drake, est un petit chef-d’œuvre.

Les plastiques de M. Eichler sont très-remarques.
Mentionnons encore un petit modèle de l'obélisque de Louqsor, doré, au moyen de l'électro-galvanisme, par un artiste prussien, et un charmant bureau de dame en ébène, fabriqué à Dusseldorff.
Si la Prusse a pris, au Palais de Cristal, un rang élevé parmi les nations manufacturières, on voit qu'elle n'a pas négligé non plus la gloire artistique.
Elle sortira donc avec honneur de ce grand concours des nations, où ses industries textiles, notamment ses draps et ses toiles de lin, ont obtenu un si légitime succès, et où ses œuvres d'art ont jeté tant d'éclat sur les noms de ses sculpteurs.

Il nous reste à mentionner quelques produits isolés de divers petits états de l'Allemagne, qui ont trop peu exposé pour que nous leur consacrions à chacun un article spécial.

La Hesse grand-ducale, a envoyé des minerais curieux : du bleu de Cobalt, des cigares, des cartes à jouer, un beau vase en ivoire sur lequel M. Heyl, de Darmsladt, a représente un combat antique, Les quelques bijoux hessois qui figurent dans le salon des arts, n'ont rien de remarquable. Les fils de lin, exposés par la liesse, sont de belle qualité.

Francfort-sur-le-Mein a envoyé des poêles en faïence, qui joignent l'élégance à la légèreté; sa poterie en faïence a aussi du mérite.

Je ne sais quel artiste du Zollverein a représenté, par un plan en relief, le château de Rosenau, lieu de naissance du Prince Albert. Il a figuré avec autant de verve que de talent une fête de campagne qui se donne près du château, et dans laquelle on voit les braves villageois se livrer avec bonheur à leur goût pour la danse, le vin et la bonne chère.
MM. Geissmer et compagnie, de Wiesbaden, ont exposé de jolies sculptures sur ivoire.

Parmi les instruments de musique de l'Allemagne, on remarque un orgue de Schwartzburg-Rudolphstadt, qui, malgré son petit volume, a une puissance de son surprenante.

Mentionnons aussi un très-beau buffet gothique, de Saxe-Cobourg.

Des villes ou États de l'Allemagne du Nord étrangers au Zollverein, les seuls dont l'Exposition ait une certaine importance sont le Hanovre et Hambourg.
Une salle et une allée sont consacrés à leurs produits. On y rencontre des chaussures, des cuirs, de l'encre, quelques broderies encadrées, des guéridons, des pianos et des buffets à incrustations fort élégants, fabriqués à Hambourg.

Les châles en mousseline-laine exposés par celte ville, sont des plus médiocres, de même que ses tapis de table en laine imprimée et ses foulards de soie. Nous en dirons autant de sa voiture, de ses vases en argent, de sa pendule et de son candélabre.
Mais il faut rendre justice à un beau vase en cristal, aussi d'origine hambourgeoise.

Cette salle et cette allée sont les moins intéressantes de toute la division de l'Allemagne, petit triomphe, sans doute, pour le Zollverein auxquelles n'appartiennent pas.

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851