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Autriche


Autriche à l'exposition de Londres 1851

Les premiers produits de l'Autriche qui frappent les yeux du visiteur, sont ses porcelaines et ses cristaux. One semblable introduction est habile; l'impression produite par les chefs-d'oeuvre placés à l'entrée des allées, prévient en faveur du reste.

Les magnifiques cristaux de la manufacture de Nouwelt, en Bohème, appartenant au comte Harrach, sont placés à l'entrée du côté nord, et ont pour vis-à-vis, au sud, de l'autre côté de la grande avenue, les non moins splendides produits des verreries de Meisterdoff et de Pélikan, également en Bohême. Les belles porcelaines de la manufacture royale devienne, et celles d'Altrohlau contrastent, par leurs teintes vives, avec les couleurs moins éclatantes, mais tout aussi agréables des cristaux auxquels elles se trouvent mêlées et qui présentent une combinaison harmonieuse de blanc, de vert, de rouge et de bleu.

Toute une allée est consacrée à ces admirables produits; services à thé et à café, assiettes et corbeilles à fruits ; statuettes rococo, fleurs, festons, dentelles en porcelaine, sont amoncelés avec un charmant désordre. Les cristaux affectent de leur côté les formes les plus bizarres et les plus élégantes.

La seconde allée sud de l'Autriche renferme des velours et des damas pour tentures, provenant de la manufacture de MM. Hass et fils, de Vienne, ainsi que de belles étoffes façonnées pour gilets et pour pantalons.

Dans la troisième allée on rencontre des tentures en laine à grands ramages, et des tissus de laine imprimés et brochés, de la Bohême. Ces allées aboutissent à une salle consacrée à divers genres de tissus.

La laine reparaît encore ici sous les formes les plus variées, tantôt en tissus purs de tout mélange et façonnés à Vienne, pour servir de robes et de châles ; tantôt unie à la soie ou au coton, combinaisons dans lesquelles le fabricant autrichien apporte le goût le plus ingénieux et le plus fécond.

Vienne a exposé de belles balzorines, et Reichenberg, en Bohême, des mouchoirs et des écharpes thibets, en circassiennes, ainsi que des étoffes légères pour robes, d'une fabrication remarquable.

Aussig, en Bohême, se distingue par ses poils de chèvre, ses victorines, ses tissus laine et coton, et ses carreaux pure laine.

M. Joseph Ries, de Vienne, a emprunté à la France les beaux dessins de ses châles cachemires, plagiat trop commun en Autriche et qui eause'le plus grand préjudice à nos fabricants. Les cachemires de Vienne sont légers et inférieurs aux nôtres, mais leur bas prix font pardonner leurs imperfections.

Nous remarquons encore les produits nombreux de MM. Leitenberger, de Cosmanos, près Prague.
Ces messieurs, qui occupent une des premières places dans l'industrie autrichienne, ont exposé des toiles de coton imprimées dont les dessins, fort variés, sont assez bien exécutés, quoique bien loin de valoir ceux de nos fabriques. En Autriche comme eu Prusse, il reste à l'industrie cotonnière bien des progrès à accomplir pour s'élever à la hauteur de l'industrie des laines.

La quatrième allée de l'Autriche renferme des produits qui n'ont rien d'autrichien ; elle est consacrée à la sculpture, mais à la sculpture milanaise.
Les conquérants de la Lombardie ont attaché leur nom à des oeuvres qui ne sont pas les leurs : triste et coupable usurpation, sévèrement jugée par le public européen. Il fallait, au moins, laisser au talent sa nationalité et écrire le nom de Milan en tête de ses chefs-d'oeuvre.

Ce que les sculpteurs milanais excellent surtout à faire, ce sont les figures de femmes voilées. Combinant ingénieusement les effets d'ombre et de lumière, le ciseau délicat sait donner à la pierre les plis, la finesse, la souplesse et l'apparence fidèle de la gaze.
L'illusion est complète et l'effet admirable. Il faut, pour ainsi dire, toucher du doigt ces merveilleuses statues, pour se convaincre qu'elles sont tout en pierre.

Nous arrivons à l'allée des draps autrichiens, qui est la dernière du côté du sud.

Les draps de Teltsch, en Moravie, sont d'une remarquable finesse et pourraient presque lutter avec ceux d'Aix-la-Chapelle et de Sedan.

MM. Moro frères, de Klagenfurth, ont exposé des draps blancs, bleu clair, rouges, verts, noisettes et orangers, de la plus grande beauté. Ils sont tous pour uniformes militaires.

Ceux de Brùnn sont d'une qualité supérieure. On remarque surtout ses péruviennes, ses brésiliennes, ses américaines et autres sortes fines.
De toutes les industries textiles de l'Autriche, c'est incontestablement celle des draps qui paraît avoir atteint la plus grande perfection.

Nous remarquons, dans une allée transversale, quelques beaux tapis à longs poils; des costumes hongrois aussi pittoresques qu'originaux ; des couvertures de lits fort élégantes; des toiles de lin unies et imprimées, d'une fabrication supérieure, exposées par ce même comte Harrach, dont nous avons déjà examiné les superbes cristaux. C'est à Slaskenbach, en Bohême, et à Janowitz, en Moravie, que sont situées les manufactures de lin de ce noble Autrichien, qui, comme nombre des membres influents de la haute aristocratie de son pays, y occupe une position industrielle des plus considérables.

Pest a envoyé des échantillons de chanvre préparé, et l'établissement de bienfaisance milanais, appelé la Casa Pia, plusieurs pièces de toile.
Avant de terminer l'examen de la division sud de l'Autriche, au rez-de-chaussée, nous nous voyons forcés de faire une petite excursion dans ses domaines des galeries supérieures, afin de compléter la revue des tissus envoyés par ce pays.

C'est dans les galeries sud que se trouve l'exposition des soies autrichiennes, exposition fort intéressante, surtout comme point de comparaison avec les produits lyonnais.

Le Banat et la Lombardie ont fourni des cocons et de belles soies grèges.

Vienne a envoyé des gros de Naples, des soieries moirées, des satins remarquables, mais très-inférieurs cependant aux nôtres.

Ses écharpes, ses foulards, ses damas, ses soieries à carreaux, ses étoffes pour robes, n'ont pas grand mérite. Il revient, par contre, des éloges à ses soieries pour meubles et à ses doublures de voitures.

Les robes de barège, de M. Rossi, devienne, sont charmantes. Ses châles et ses écharpes brodées laissent à désirer.

Les armes d'Angleterre, or, argent et soie, brodées à Vienne, sont d'une élégance parfaite.

Celte ville a élevé plusieurs trophées; l'un, composé de damas, de lampas, de brocades et de satins, est digne d'attention; l'autre, formé de chasubles et d'ornements d'église, a, peut-être, plus de richesse que de goût; le troisième, consistant en brocatelles pour meubles, pêche par les dessins qui sont des plus communs.

Quoiqu'éclipsées par les produits de Lyon, les soieries autrichiennes sont celles qui, après les nôtres et celles de Chine, occupent peut-être la place la plus honorable au Palais de Cristal.

Les velours de Saint-Georgenlhal ne sauraient se comparer aux velours Prussiens.

La Bohême a envoyé de jolis mouchoirs bayadères brodés, mais ses dentelles de soie ont un cachet commun.

Les rubans de Vienne sont bien fabriqués, quoiqu'aussi inférieurs à ceux de Saint-Etienne, que les dentelles de Vienne le sont à celles de Chantilly et de Bayeux.

Les châles viennois et surtout ses cachemires, dont nous retrouvons ici des trophées, ont le tort, impardonnable à nos yeux, d'avoir été fabriqués sur dessins français. Mais il faut reconnaître qu'ils serrent de très près les nôtres, comme mérite industriel.

Les papiers peints de Vienne le cèdent de beaucoup aux papiers français.

Cette ville a encore exposé, dans une des galeries du nord, quatre grands et beaux tapis, non loin desquels on remarque quatre magnifiques pianos en bois clair; des instruments à vent, de Prague, dont on fait grand cas, et de curieux échantillons de bois de la Bohême.

Maintenant que nous avons passé en revue tous les tissus de l'Autriche, il nous reste à achever la visite de ses salles du rez-de-chaussée, dans la partie sud.

Dans l'une, nous remarquons de la quincaillerie, de la coutellerie et des armes ; fusils, carahines et pistolets d'Inspruck ; couteaux de chasse à manches élégamment sculptés; grand assortiment de limes; coffres-forts; couteaux ordinaires, mais bien confectionnés.

Plus loin, ce sont des cuirs tannés et vernis, de Prague ; puis des mannequins, des bonshommes, des automates, des poupées, des soldats en bois et une quantité d'autres jouets d'enfants, qui ont acquis en Autriche, comme dans l'Allemagne du nord, une grande perfection. Puis nous rencontrons de la sellerie, des fouets, des ombrelles; des boutons de nacre de Vienne, et un bel assortiment de gants, justement renommés, de la Hongrie, envoyé par les fabriques de gants réunies de Prague. Ces réunions de fabriques se propagent considérablement en Autriche comme en Prusse, comme en Saxe, et témoignent d'une singulière tendance à l'association.

Les chaussures de Vienne, pour hommes et pour femmes, sont bien conditionnées, de même que les nécessaires de toilette. L'orfèvrerie autrichienne a encore beaucoup à faire, à en juger par quelques pièces d'argenterie viennoises, pour rivaliser avec celle de Paris.

Mais un produit tout à fait national et pour lequel l'Autriche peut prétendre à une supériorité, ce sont les pipes de toutes les formes et de toutes les couleurs. Ce n'est pas une vitrine, c'est une salle entière que ce pays à rempli de ses pipes et de ses tuyaux.

On remarque particulièrement celles en terre de Vienne, connues sous le nom de massa-pfeiffen, et qui sont d'un blanc mat fort agréable.

L'allée qui termine l'exposition autrichienne au sud est consacrée aux fers bruts et ouvrés. A côté des minerais de ce métal, on admire les belles fontes des usines des princes de Schwartzenberg et de Fürstemberg, du comte de Thurn et du baron de Dietrieh.

Quelques fourneaux en fonte, hauts et légers, se font remarquer par leurs ornements artistiques et leurs formes élégantes.

M. Vurm, de Vienne, a exposé des cordes en fil de fer d'une grande force et d'une très-belle qualité.
On est étonné de ne pas voir d'autres minerais exposés par un pays dont les richesses métalliques sont aussi grandes que celles de l'Autriche.
Il nous reste maintenant à parcourir les salles situées du côté nord de la nef.

L'allée autrichienne la plus voisine de la Hollande possède de vrais trésors typographiques. Nous y trouvons des spécimens de tous les caractères connus.

Les cartes géographiques dressées par l'institution géographique de Vienne, sont d'une netteté et d'une précision dignes d'éloges.

Les produits de la photographie autrichienne sont fort intéressants; mais ce qui excite l'admiration des connaisseurs, ce sont des lithographies coloriées de peintures de fleurs, lithographies plus parfaites que l'original placé à côté de chacune d'elles.

Les instruments de menuiserie exposés par l'Autriche sont très-nombreux. Parmi ces machines, on remarque une machine à vapeur à régulateur parabolique; un métier à la Jacquard; des charrues et un semoir. On voit qu'en mécaniques, l'Autriche est aussi mal représentée à l'Exposition, qu'elle l'est honorablement en tissus et en cristaux.

Ses voitures, ses bronzes et ses gravures n'ont rien de remarquable. Ses daguerréotypes sont parfaitement réussis.

Mais ce qui flatte le plus son orgueil, au Palais de Cristal, c'est ce qu'on appelle les salons autrichiens.
Le salon le plus voisin de la grande avenue renferme deux longues tables, quelques tableaux sans valeur et des meubles ordinaires.

La seconde figure une chambre à coucher. On demeure atterré à la vue des proportions colossales d'un lit de parade de géant, remarquable, d'ail leurs, par ses sculptures gothiques, qui contrastent d'une manière fâcheuse avec certains ornements tant soit peu Pompadour. La table de nuit est d'un beau travail, mais les autres meubles, malgré leur élégance, sont peu en harmonie avec le luxe grandiose du lit-monstre.

Le troisième salon est décoré d'objets d'art milanais.
On y admire une table carrée, en papier mâché, ornée d'incrustations dans le goût japonais; un bel écran, delà même matière, enrichi de peintures, et deux urnes, aussi en papier mâché et à incrustations. Les peintures du plafond sont d'un pinceau habile.

Vient ensuite la salle à manger, qui renferme une longue table, un piano et un buffet surmonté de candélabres.

La pièce suivante est sans doute un cabinet de travail, à en juger par deux belles bibliothèques à sculptures gothiques, qui ne peuvent néanmoins pas avoir la prétention de rivaliser avec l'admirable meuble de Fourdinois.

Une salle de billard est située derrière cette pièce.

Les objets d'art exposés par l'Autriche dans la grande avenue, sont tous italiens, sauf quatre statues de M. Fercorn, de Vienne, représentant des personnages héroïques, de Niebelungen, et qui indiquent un vrai talent.

Rien de plus beau dans le Palais de Cristal, que les vitraux de Bertini, de Milan, auxquels on a élevé une cellule particulière. Les traits du Dante et de quelques-uns de ses personnages, y sont tracés de main de maître. La beauté et l'éclat des couleurs y surpassent peut-être tout ce qui a été fait, de nos jours, de plus parfait en ce genre.

Un autre Milanais, M. Raphaël Monti, a exposé un groupe délicieux en marbre, représentant deux jeunes filles à la pêche.

L'Achille blessé, de Fracarolli, de Vérone, et le Mazeppa, de Pienotti, ont aussi du mérite.

Grâce donc à l'Italie, l'Autriche est parvenue à mêler quelques palmes artistiques aux palmes industrielles que lui méritent, à si juste titre, ses beaux draps, ses brillantes porcelaines, ses magnifiques cristaux et ses élégantes soieries. L'influence du midi se fait aussi sentir d'une manière salutaire et utile parmi ses populations manufacturières.


© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851