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Tunis


Tunis à l'exposition de Londres 1851

A côté de deux grands tapis, d'assez médiocre qualité, qui annoncent l'exposition tunisienne, on est étonné d'apercevoir, non pas des produits africains, mais des produits du Chili et du Pérou.
Le premier de ces pays a envoyé des fruits, des bois et quelques échantillons de ses riches et nombreux minerais de cuivre et d'argent. Le second est représenté par des fourrures de chinchilla, quelques couvertures de laine et d'élégants objets en filigrane, parmi lesquels se font particulièrement remarquer une délicieuse corbeille et deux charmantes statuettes représentant des paons.

La gauche de l'allée appartient réellement à Tunis, dont le nom est inscrit à l'entrée. Quelques beaux tapis, des châles, des couvertures, des vestes brodées et des burnous préviennent en faveur de l'industrie tunisienne, qui nous montre, un peu plus loin, des produits dignes de rivaliser avec ceux de la Turquie : ce sont de magnifiques selles, à hauts rebords, recouvertes de velours rouge à broderies d'or, et munies de fontes de
pistolets également dorées. Rien de plus riche que les vêtements de soie, les surtouts, les pantalons, les dolmans à brandebourgs, les burnous militaires, qui remplissent les vitrines tunisiennes.
L'or est prodigué sur tous ces tissus en larges et élégantes broderies. Pas une trace de l'influence européenne dans tout cela.

Ces magnifiques étoffes contrastent avec les habits communs dont les murs sont tapissés, et surtout avec les produits vraiment patriarcaux qui sont étalés dans la seconde grande salle de Tunis. Là se dresse une tente en laine grossière, recouverte de peaux de lions, habitation primitive d'une race nomade et guerrière. Là nous apercevons des objets dont les formes antiques et la simplicité nous font penser aux personnages de l'Ancien Testament. Ce sont des vases en terre,

des cruches à deux anses et de forme allongée comme celle dont Rebecca devait se servir; de la poterie commune en métal, des calebasses, des outres, des tissus en étamine et des couvertures grossières.

Les chaussures tunisiennes se distinguent par leur ampleur excessive ; on voit qu'elles sont destinées à un peuple de marcheurs peu soucieux de faire le petit pied. L'odeur qu'elles exhalent est exactement celle du cuir de Russie ; elles doivent être préparées de la même manière : singulière analogie, eu égard à la distance qui sépare les deux pays.

On remarque encore des chapeaux de paille pour hommes , qui se rapprochent de ceux de nos paysannes par la largeur de leurs bords; quelques échantillons de savons communs ; des graines, des bougies, et une guitare d'une forme très-originale. Tous ces produits se fabriquent évidemment sur le même modèle et par les mêmes procédés depuis plusieurs siècles. C'est l'immobilité, le statu quo de l'industrie antique, transporté, comme pour faire contraste, dans le palais des merveilles et des progrès de l'industrie moderne.

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851