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Génie Militaire et Maritime, Artillerie, Armement et Equipement



C'est là évidemment la partie belliqueuse de l'Exposition.
Le titre, aussi bien que la subdivision minutieusement scientifique sous lesquels cette branche a été rangée par M. le Professeur Playfair, permet d'admettre, dans cette entreprise si éminemment pacifique sous tous les autres rapports, tous les engins que l'homme peut inventeur pour détruire ses frères avec autant de promptitude et de facilité que d'économie. Il paraît, en effet, que c'est un cartel amical envoyé par le savant professeur à ses collègues de l'état militaire. "Nous désirons," semble t-il dire, " encourager les arts de la paix, établir un conflit, pur de sang versé, entre les nations de la terre, une rivalité d'industrie et d'habileté, de goût et de génie ; mais cependant, bien que nous considérions votre manière de donner l'essor aux appétits belliqueux de notre nature, comme hors de saison et de raison ; bien que nous pensions fermement que le monde peut aussi bien exister sans guerres que la société sans duels; cependant, messieurs de la longue vue et de l'épée, nous ne pouvons pas vous refuser le champ-clos que nous offrons à toutes les industries. Il y a un district pour vous dans la partie centrale du bâtiment, il y a un capitaine pour l'arranger. Armée, marine, artillerie, que pouvez-vous faire ? Qu'avez-vous élaboré avec vos quatre cent millions par an ? Et vous aussi, esprits chagrins, qui critiquez la répartition de ces fonds et qui croyez que vous fourniriez de meilleurs vaisseaux, de meilleurs fusils, de meilleures casernes et de meilleures citadelles, que ces administrations à qui vous prodiguez tant d'injures, montrez-nous ce que vous proposez d'y substituer et que le monde soit juge entre nous!"

Cependant, il n'était pas facile d'exclure de cette classe beaucoup d'articles d'un caractère éminemment pacifique. De la marine militaire à la marine
marchande il n'y a qu'un pas. Les steamers de guerre sont étroitement alliés aux paquebots à vapeur; les chaloupes-cannonnières, aux bateaux de sauvetage ; et les armes à main sont aussi bien et aussi largement employées par les amateurs de chasse que par les grenadiers.

Si nous bornons notre revue actuelle à la partie anglaise de l'édifice, nous constaterons que les exceptions sont en général devenues la règle ; car
jamais réponse plus pacifique ne fut fait à un appel si belliqueux. La marine y a pris à peine garde, l'Armée bien moins encore. A quelques exceptions près, les modèles de vaisseaux de guerre et des appareils offensifs et défensifs, qui s'y rapportent, ne sont remarquables que par la perfection avec laquelle les modèles sont exécutés. Il y a très peu de propositions de modes de destruction complète ; quelques perfectionnements proposés dans l'équipement militaire ; quelques efforts pour résoudre l'interminable question de la la coiffure de l'infanterie.
Mais tout cela est noyé complètement par les bateaux de sauvetage, les bateaux de course, les fusils de chasse, et les filets de pêche.

Cependant, nous nous proposons dans une autre occasion d'attirer l'attention de nos lecteurs sur quelques-uns de ces objets, aussi bien que sur les inventions guerrières de quelques amateurs, parmi lesquelles nous pouvons citer le système de fortification entièrement nouveau proposé par M. Ferguson.
En agissant ainsi, nous nous efforcerons de laisser de côté toute répugnance sentimentale pour l'effusion du sang, et nous examinerons le mérite de cette invention destructive avec l'esprit purement scientifique qui a dirigé son auteur.

Nous croyons que le petit nombre des engins destructifs n'est pas purement accidentel, nous croyons, au contraire, que, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, l'exposition est l'expression fidèle des pensées et des besoins de toutes les nations qui y concourent. A l'étranger, toute proposition tendant à perfectionner les moyens d'attaque et de défense est encouragée par l'Etat, soumise à un rigoureux examen, et si l'invention se trouve efficace elle est immédiatement adoptée. L'inventeur est couvert de décorations et comblé d'honneurs. Il est souvent récompensé beaucoup au-delà de ce qu'il mérite. En Angleterre, au contraire, le cas est différent. Un homme qui demande incessamment des changements et des améliorations, qu'il appartienne ou non à l'armée, est regardé souvent comme une peste par le gouvernement et repoussé comme il le mérite la plupart du temps. Il est très probable que cette manière de procéder nous fait glisser entre les doigts des inventions d'une valeur réelle. Mais c'est là certainement un mal beaucoup moins grand que celui que produisent les modifications subites et souvent imprudentes dans l'équipement militaire. Nous citerons, pour exemple, celle que l'on a fait subir récemment au fusil prussien et qui se trouve être maintenant une véritable bonne faute. Cette classe Vin était cependant une aubaine pour tous les inventeurs du royaume, et de ce qu'il y a eu si peu de projets de ce genre à l'exposition, il reste démontré que fort peu d'esprits sont tournés vers l'invention des engins de destruction.

Quelques théoriciens diront qu'aucun art ne peut disparaître parmi ceux que l'humanité pratique jusqu'à ce qu'il ait atteint sa perfection. Si cela est vrai, il n'y a guère d'espoir de réussite pour la Société de la Paix ; car, quelque pauvre que soit notre exposition en machines de guerre, il n'en est pas moins vrai, d'après ce que disent nos amis les militaires, qu'elles sont encore susceptibles de beaucoup d'améliorations- Prenons le canon, par exemple :
il y a sans doute un métal ou une combinaison de métaux plus convenable pour les pièces de campagne que le cuivre, ou plutôt le bronze, actuellement en usage. On atteint avec ce dernier métal le minimum de poids, compatible avec l'impulsion suffisante à donner au projectile; mais le bronze est mou, et il le devient à un tel point, par la chaleur d'un feu rapide, que les canons fondus avec ce métal sont impropres à beaucoup d'usages importants. De plus, outre que l'emploi du bronze est très coûteux, on peut dire que c'est une trop belle matière première pour la laisser servir aux caprices d'un conquérant.

On a souvent essayé de forger des canons de fer cannelé qui offrirait, à ce qu'on suppose, la même ténacité et le même poids que le cuivre. Jusqu'à présent aucune de ces tentatives n'a été couronnée de succès aux yeux des hommes éminents qui décident de ces matières à Woolwich. Mais la partie belge de l'exposition nous montre quelques nouveaux essais sous ce rapport ; et ce qui est une proposition bien plus surprenante encore, M. Krapp, manufacturier de Essen, dans les provinces rhénanes de la Prusse, nous expose une pièce de 6, d'acier fondu, que nous admirerions comme un spécimen parfait de main-d'oeuvre, même s'il n'avait pas d'autre mérite à nos yeux. Nous nous garderons bien de nous prononcer sur sa valeur, dont il serait d'ailleurs fort difficile de s'assurer à moins d'une expérience devant la butte de Woolwich ; mais nous prions nos lecteurs militaires de l'examiner attentivement, et d'entendre les explications intéressantes qu'en donne son obligeant inventeur, s'il est encore en Angleterre. Toutes les pièces de l'affût sont d'acier fondu, et exposées seulement comme spécimen de main-d'oeuvre ; le canon lui-même est d'acier fondu, excepté un fort cylindre en fer qui entoure la culasse. L'objet de ce cylindre est de donner du poids au canon, et nullement pour augmenter sa force.

Indépendamment du canon il est possible qu'on puisse découvrir un meilleur projectile qu'une sphère, quoiqu'aucun autre jusqu'ici n'ait été trouvé plus efficace pour le canon ; et il est également possible de trouver une poudre qui ne laisse pas de résidu solide lorsqu'elle est consumée. Cependant, la simplicité est le point le plus important dans toutes ces choses ; car il n'est pas bon de donner trop à songer aux artilleurs eux-mêmes quand il sont au feu. Peu d'hommes sont capables de réfléchir avec calme, quand ils sont en présence de l'ennemi, laquelle de l'extrémité spéroïdale ou de l'extrémité paraboloïdale d'un morceau de fer, doit aller la première dans la gueule d'un canon. L'homme qui doit le refouler à sa place doit le faire avec aussi peu de remords que celui qui le pointe sur l'ennemi, et il ne doit pas craindre qu'il reste à moitié chemin.

Mais nous en avons réellement dit assez sur ce sujet quand à présent. Notre plume, ordinairement pacifique, nous conduirait à des détails qui nous font frémir. Nous nous bornerons donc à énoncer que tous les arrangemens de cette classe de l'exposition ont été placés sous la direction du capitaine Westmacott, du Génie Royal, et de M. "Watts, de la Marine Royale ; et que ces articles sont exposés principalement dans la galerie de l'est.

© Palais de Cristal – Journal Illustré de L’Exposition de 1851