Lors du banquet de clôture de l’exposition de 1897 à Bruxelles, Émile De Mot, président de son comité exécutif et futur bourgmestre de la ville (1899-1909) invite déjà les personnalités présentes à... la prochaine exposition ! « L'idée a déjà surgi, déclare-t-il, de célébrer en 1905, à Bruxelles, par une manifestation nouvelle du génie humain, le soixante-quinzième anniversaire de l'indépendance nationale. J'espère que l'idée fera son chemin ». Bien que le ministre de l'Industrie et du Travail, Albert Nyssens, accepte la suggestion, cette exposition bruxelloise n'ouvrira ses portes qu'en... 1910, quelques mois après le décès d'Émile De Mot !

Deux difficultés majeures avaient en effet surgi sur la route des promoteurs du projet. D'une part, il semblait politiquement délicat d'organiser aussi vite une nouvelle exposition dans la capitale alors que d'autres villes belges réclamaient avec force leur tour. D'autre part, Liège qui avait initialement projeté de monter une exposition internationale en 1901, s'était vue contrainte de la reporter une première fois à 1904, puis définitivement à 1905. Le projet liégeois, soutenu par le gouvernement, intégré dans un ensemble de grands travaux connexes et destiné à mettre en exergue la richesse de la ville et son industrie s'était peu à peu imposé comme une priorité. C'est donc la ville mosane qui décroche l'organisation de l'exposition célébrant le 75e anniversaire de l'indépendance de la Belgique.

En janvier 1905, l'avenir de l'exposition de Liège étant désormais assuré, Georges Dupret, toujours à l'affût, envoie un courrier à tous les sénateurs et députés de Bruxelles, les conviant à faire partie d'un « Comité d'initiative » de l’exposition. Presque tous répondent favorablement.

Si début octobre 1905, La Flandre libérale tente encore de réactiver l’idée d'une exposition universelle à Gand, il est déjà trop tard. Le chef de cabinet de Smet de Naeyer, bien que représentant de Gand, estime que la ville n’a pas déposé de candidature officielle et que l'exposition a bien été promise à Bruxelles. Le gouvernement se montre par contre favorable à l'organisation d'une exposition à Gand en 1912 (finalement 1913).

Le 16 octobre 1905, l'organisation d'une exposition à Bruxelles en 1910 (année définitivement préférée à 1908) est officiellement annoncée à la Taverne royale, en présence de la presse. Un premier comité exécutif provisoire est constitué sous la présidence du bourgmestre de Bruxelles, Émile De Mot. La Compagnie de l'exposition de Bruxelles sera officiellement créée le 18 avril 1906. Présidée par Émile De Mot, elle comprendra dans son comité exécutif une série de personnalités en vue comme les deux vice-présidents, Maurice Lemonnier, échevin des Travaux publics à Bruxelles, ou encore l'infatigable Georges Dupret. Ce dernier reçoit, en outre le titre de directeur général.

En 1905, au moment de la fixation définitive de la date et de la ville qui accueillerait l'exposition, toutes les communes bruxelloises (sauf Saint-Josse, entièrement bâti) avaient proposé des terrains mais seuls trois sites feront l'objet de projets concrets : Bruxelles-Ouest, Woluwe et le Solbosch.

Pour mettre fin aux rivalités, le comité exécutif se prononce définitivement, le 21 novembre 1906, en faveur... du Solbosch ! Ce vaste espace d'environ 90 ha proche de Boondael était essentiellement situé sur la commune d'Ixelles .

L’exposition ouvrit le 23 avril 1910.

L’Exposition dura 199 jours, près de 13 millions de visiteurs sillonnèrent les 90 hectares du site du Solbosch (sans compter ceux de Tervueren et du Cinquantenaire) pour découvrir les participations d’une vingtaine de pays étrangers et les produits de plus de 29 000 exposants auxquels furent décernées environ 19 000 récompenses sous forme de médailles et de diplômes ; un bilan imposant qui fait de cette exposition universelle, la plus importante tenue en Belgique avant 1914.

Un impressionnant incendie, dans la nuit du 14 au 15 août, ravagea une grande partie de l'exposition. Curieusement, cet événement inattendu relança l'intérêt pour l’exposition : des milliers de visiteurs se pressèrent dès le lendemain pour découvrir des ruines encore fumantes, dévoilant l'envers du décor. Les films de l'époque montrent en effet un amas de ferrailles tordues qui donne d'intéressantes indications sur la manière dont les pavillons avaient été construits. À nouveau, les gestionnaires de l'exposition montrèrent leur savoir-faire, ne ménageant pas leurs efforts publicitaires pour montrer que seule une petite partie des pavillons avait été détruite. Ils réorganisèrent très rapidement l’espace afin de ne pas interrompre les visites.

Au terme de l’exposition de 1910, l'ensemble des bâtiments furent détruits. Toutefois, cet événement important de l'histoire bruxelloise laissa diverses traces notamment à travers une série d'aménagements urbains qui, sans cette exposition, n'auraient peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

Le souvenir de l'exposition universelle organisée en 1910 au Solbosch s'est largement effacé de la mémoire collective. L'événement ne fut pourtant pas banal : près de 13 millions de visiteurs foulèrent les abords du bois de la Cambre ; la voirie de cette partie de la ville fut fortement transformée facilitant l'urbanisation rapide de nouveaux quartiers et surtout l'exposition bénéficia d'une publicité comme rarement événement n'en avait connue jusque-là. À côté des affiches largement distribuées, la manifestation donna lieu à la diffusion d'une impressionnante série de cartes postales, envoyées un peu partout dans le pays mais aussi à l'étranger eurent un impact fondamental.

Extrait des textes du livre « Bruxelles 1910 » avec l’aimable autorisation de Dexia.