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Panorama Compagnie Transatlantique


Panorama Compagnie Transatlantique à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Pereire, Poilpot

A peine entre-t-on dans le panorama du Champ de Mars, qu'on se trouve tout à coup transporté en plein cœur d'un navire. Des couloirs sombres et étroits, éclairés de gauche et de droite par des hublots, représentent, avec une certaine fidélité, les cursives d'un vaisseau. Une odeur de goudron, répandue un peu partout, vient compléter la couleur locale; je devrais dire : odeur locale. On traverse des cabines de voyageurs, aménagées avec un grand luxe. Un petit escalier s'offre à la vue. On le gravit et soudain l'on se trouve transporté sur la dunette d'un immense paquebot, la Touraine, tel qu'il sera plus tard. En réalité, la Touraine repose encore sur les cales du chantier de construction. Ce petit subterfuge, en mettant le spectateur sur un paquebot n'existant pas, a l'avantage de lui laisser voir toute la flotte existante.

Sur cette dunette, des agrès pendent, des cordages s'enroulent sur le plancher, le timonier actionne la roue du gouvernail, l'aiguille de la boussole tremble dans les habitacles, le capitaine, penché sur la rampe, donne les derniers ordres. Le navire est en partance. Passagers de l'avant, passagers de l'arrière se pressent en foule sur le pont, jetant un dernier regard sur cette terre de France qui, dans quelques minutes, va se dégrader peu à peu dans les lointains et s'évanouir tout à fait sous l'horizon marin. Le long des bossoirs de la Touraine la mer clapote, miroite, scintille. Des yachts à voile, pour la voir de plus près, virent et louvoient dans ses eaux, avec des tournoiements de grands oiseaux de mer aux ailes blanches. De légers youyous, porteurs de passagers retardataires, retournent vers le port, empanachés de fumée, l'étrave blanche d'écume, laissant derrière eux un sillage profond, dont les ondulations moirent la surface des eaux.

Nous aussi, visiteur curieux, nous allons partir. L'impression du moins nous en est donnée. Et quel départ! Les rayons du soleil étincellent à perte de vue, noyant dans leurs ondes dorées l'immense horizon de l'embouchure de la Seine, qui forme la rade du Havre dont les maisons blanches s'étagent aux flancs de la colline. Là-bas, la brusque arête de la pointe de la Hève; ici, les collines fuyantes qui bordent la Seine; de ce côté, les coteaux verdoyants et sombres de Ronfleur et de Trouville; de cet autre, l'horizon sans fin cachant les côtes anglaises. Dans ce cadre gigantesque, la mer calme, paisible, la mer aux tonalités multiples, et, sur elle, fiers de leur force et de leur majesté, tous les paquebots de la Compagnie, pavoises, assistant au départ du frère le plus jeune. C'est la Gascogne, c'est la Champagne, c'est la Normandie, c'est la Bretagne. Dans l'atmosphère lumineuse qui les entoure, on aperçoit leurs signes particulier leur individualité propre. Ceux qui les connaissent ne peuvent se tromper et mettre sur celui-ci le nom de celui-là.

Le tour de la dunette terminé, on redescend dans l'entrepont. Un nouveau spectacle nous y attend. Au lieu de cabines alignées le long des cursives, ce sont des dioramas, c'est-à-dire de grands tableaux peints sur toiles de grande dimension et qui, au lieu d'être circulaires comme celles du panorama, sont tendues sur un plan vertical. L'éclairage, habilement disposé, varie les tons généraux et les tons locaux de façon à produire, soit sur quelques points, soit sur le tableau entier, tous les effets lumineux naturels ou factices.

Les dioramas des Transatlantiques représentent chacun une partie distincte du navire : le salon, la salle à manger, le fumoir, les cabines des différentes classes, l'embarquement, etc., etc. D'autres montrent différents ports plus particulièrement fréquentés par les paquebots de la Compagnie». C'est Marseille avec ses vieilles murailles rougies au sommet par les feux du soleil couchant, ternies au pied par les flots de la Méditerranée; c'est Alger avec ses étagements de maisons blanches, éclatant dans la verdure sombre des plantes exotiques; c'est New-York avec le panorama grandiose et lumineux de sa rade.

© L'Exposition Universelle de 1889 - Louis Rousselet - 1890