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Trocadero


Trocadero à l'exposition de Paris 1937

© H. Chipault

SOUVENIR DE 1878

Vers la fin de l'année 1877, les travaux relatifs à l'édification du palais du Trocadéro étaient activement poussés.

Nous trouvons dans le numéro de L'Illustration du 15 décembre 1877 les lignes suivantes : « Si ces constructions (celles du palais) ont quelque chose de mystérieux, que dirons-nous des immenses sous-sols ou caves qui s'étendent sous le palais comme sous ses ailes et qui, creusés dans le roc vif des anciennes carrières, ont été voûtés et murailles ! Une partie de ces caves est destinée au service d'aération de la salle.
Ajoutons qu'il est question de réserver une partie de ces souterrains à une exposition de... tombeaux.
Si cette exposition manque un peu de gaieté, elle n'en sera pas moins curieuse. »

Il est piquant de relire les vieilles chroniques dans le moment où l'Exposition de 1937 a bouleversé de nouveau l'infortunée colline de Chaillot.

Devant les dépenses considérables qu'eût entraînées le déménagement des très importantes et très précieuses collections des musées d'Ethnographie, de Sculpture comparée et d'Art indochinois, on a préféré, plutôt que de l'abattre entièrement, camoufler le palais de 1878.

Le nouveau projet comportait, entre autres aménagements importants, la suppression des deux tours et de la grande salle des fêtes, cette dernière devant être reconstruite au-dessous du niveau de l'ancienne place du Roi-de-Rome de manière à dégager l'admirable perspective du Champ-de-Mars.

« La chirurgie esthétique est passée par là », disait un humoriste. On se contentera d'écrire ici que l'art n'y a rien perdu.

La réalisation de ce programme a donné lieu à dès terrassements extrêmement importants et à des reprises de maçonnerie en sous-œuvre que compliquaient les charges considérables représentées par les bâtiments conservés, dont il fallut approfondir les fondations.

Tels sont les travaux préliminaires, devenus maintenant invisibles, dont on va résumer les principales étapes.

LA PART DE L'EXPOSITION DE 1937

Avant toute chose il fallut procéder à la démolition des tours et de la salle des fêtes. Seul le bâtiment central (actuellement rasé) qui se trouve en bordure de la place du Trocadéro fut provisoirement conservé à l'usage du musée d'Ethnographie.

La masse de terre qui devait être enlevée au-dessous de la salle des fêtes représentait une profondeur moyenne de 23 mètres et un cubage total de 130.000 mètres cubes.

L'exécution de ces terrassements fut des plus laborieuses, car on se trouvait en présence de nombreux aménagements très fortement consolidés : d'une part, ceux de l'ancien palais du roi de Rome ; d'autre part, ceux de la salle des fêtes de 1878, auxquels la citation du début fait allusion.

Pour briser les maçonneries et les bancs de roche rencontrés, on dut utiliser 13.000 kilos d'explosifs, 25.000 détonateurs, 8.000 mètres de mèches et plus de 50 kilomètres de fils destinés aux amorces électriques.

La préparation, l'exécution des trous de mine et l'émiettement des blocs ont exigé l'emploi en service continu, sur trois postes de huit heures, de 60 perforatrices et brise-béton.

Une moyenne de 30 camions par poste de huit heures et une demi-douzaine de pelles mécaniques étaient affectés à l'enlèvement des déblais ; la main-d'œuvre atteignit 288 ouvriers.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, le terrassement des 130.000 mètres cubes à extraire fut exécuté en moins des cent dix jours prescrits par les délais.

Les ailes de l'ancien édifice furent conservées, de même que les pavillons de tête ; le mur pignon de l'ancienne salle des fêtes et un autre mur parallèle à celui-ci, attenant au musée d'Ethnographie, le furent aussi, mais provisoirement. Des remaniements importants prévus en sous-sol, et relatifs au pavillon côté Paris, exigèrent l'approfondissement des murs et des piles sur une hauteur qui variait entre 1 et 9 mètres.

En raison des fortes charges supportées par ces piles (410 tonnes) et à cause du voisinage immédiat des musées de Sculpture comparée, ces reprises de maçonnerie en sous-œuvre furent subordonnées à une série d'opérations délicates : reprises par petites tranches, utilisation de gros étais métalliques bloqués à l'aide de vérins hydrauliques, injections de ciment, etc.

Grâce aux précautions attentives prises au cours de ces diverses opérations, il ne fut constaté aucun tassement, ni aucun désordre dans les bâtiments conservés.

Comme le mur pignon de l'ancienne salle des fêtes et celui du musée d'Ethnographie .subsistaient chacun sur une hauteur d'environ 25 mètres après la démolition de l'ancien édifice, il fallut approfondir leurs fondations au moyen de nouvelles reprises en sous-œuvre dont la hauteur varia entre 10 et 17 mètres, ce qui portait la hauteur totale de ces murs à 40 mètres environ.

Ces travaux, particulièrement délicats, furent exécutés en deux phases principales pour chaque mur et exigèrent l'emploi de quilles en maçonnerie, arcs de décharge, tirants, etc.
La charge représentée par le bâtiment à soutenir et les collections de grande valeur qu'il renfermait imposèrent toutes sortes de mesures de sécurité, qu'aucun incident ne prit en défaut. Par surcroît de précaution, les terrassements qui furent exécutés dans les bancs très durs s'effectuèrent uniquement au moyen de brise-béton et non à la dynamite.

Ces travaux de terrassement et de reprises en sous-œuvre furent exécutés sous la direction de MM. Carlu, Boileau et Azéma, architectes en chef du gouvernement, grands prix de Rome.

Copyright L'Illustration 1937