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Musées d'Art Moderne


Musées d'Art Moderne à l'exposition de Paris 1937

© La Photolith
Architecte(s) : Dondel, Aubert, Viart, Dastuge

LES Musées d'Art Moderne, dont l'exécution a été décidée à la suite d'un concours ouvert entre architectes à la fin de l'année 1934, ont été édifiés à l'occasion de l'Exposition de 1937.

Ils sont destinés : l'un, Musée de l'Etat, à recevoir les collections du Musée du Luxembourg ; l'autre, Musée de la Ville de Paris, à devenir une annexe du Petit Palais.

La réalisation des Musées d'Art Moderne, dans un délai extrêmement réduit sur un terrain irrégulier et sans consistance, posait aux architectes, assaillis par ailleurs des critiques les plus diverses, un problème très difficile. Dès l'ouverture du chantier il fallait arrêter le calendrier d'exécution des travaux. La mise au point de ce calendrier, prévoyant l'intervention de vingt corps d'état et le travail quotidien de plus de mille ouvriers, tant pour la préparation des matériaux en usine et en carrière que pour la mise en œuvre de ces matériaux, était une tâche extrêmement délicate.

Il ne devait y avoir dans ce graphique multicolore, ni une erreur, ni une omission, car c'était sur lui que reposait au départ la réussite ou l'échec de la réalisation, dans le temps limite prévu, des Musées d'Art Moderne.

Près de deux mille pieux en béton, battus en pleine crue de la Seine, reposant sur un banc de sable situé à 16 mètres de profondeur, supportent l'ossature en béton armé ; les façades construites à double parois sont en pierre dure, provenant de nos plus belles carrières de Bourgogne et de l'Ile-de-France.

Il était difficile, en présence de ce magnifique terrain regardant la Seine et comportant des dénivellations de plus de 10 mètres, de résister à l'inspiration classique.

La colonnade taillée dans les blocs de cette belle pierre d'Ecuelles, ramagée comme le Travertin et éclatante au soleil, établit, entre les deux Musées, une liaison peut-être purement décorative. Mais elle invite au passage, elle ménage, de l'avenue du Président Wilson, une très jolie vue sur le coude de la Seine et les ombrages du quai de Tokio, dont les grands platanes ont été scrupuleusement respectés.

Elle précède une succession de terrasses étagées si favorables à de vivantes expositions de sculpture en plein air.

On n'a pas voulu les entrées principales sur le quai de Tokio parce que cette artère à circulation rapide se prête mal au stationnement. On a préféré les reporter avenue du Président-Wilson, au voisinage du Musée Galliéra, à un niveau intermédiaire entre les différents étages. Un large dégagement permettait aux voitures d'accéder jusqu'à ces entrées.

Les façades ayant été traitées dans une ordonnance de grandes lignes simples, il était nécessaire que la sculpture vint accompagner, ponctuer mais non écraser cette ordonnance.

Le grand bas-relief exécuté par Janniot vient accompagner les emmarchements extérieurs, puis librement, déborde et colore les deux grands murs faisant face à la Seine. Il faut voir dans ce bas-relief de Janniot bien plus une recherche d'arabesques et de volumes plastiques qu'un sujet ; et s'il faut un sujet, disons que Janniot a traité ici la légende et les muses, mais une légende dont les personnages sont composés d'après des croquis puisés dans la vie.

Sur les deux ailes s'ouvrant vers le quai de Tokio et la Seine, Baudry et Gaumont, plus près de l'échelle humaine, écrivent dans une succession de métopes rythmées, de courtes scènes où évolue tout un monde charmant de centaures et de naïades, ces métopes accompagnent de notes vivantes la cadence un peu sévère des hautes fenêtres des façades.

Bizette Lindet et Forestier, travaillant sur le même canevas, mais avec des divergences d'esprit profondes dans le détail, portent leur effort sur chacune des deux grandes portes d'entrée des Musées. Tandis que Dideron campe, pour la porte située quai de Tokio une figure allégorique de la Ville de Paris. Févola exécute l'arabesque de la fontaine centrale, Drivier, Guénot et Dejean donnent les figures allongées placées devant le miroir d'eau. Le temps manquait, un délai trop court n'a pas permis à Despiau de terminer pour la date d'ouverture de l'exposition la grande figure du génie créateur à laquelle il travaille. Elle viendra prochainement remplacer au centre du Palais la France de Bourdelle qui occupe actuellement cet emplacement.

La disposition des volumes intérieurs a été étudiée dans le but constant d'éviter toute monotonie. Les dénivellations du terrain sont exploitées en vue d'un effet. Les salles, de dimensions variées, sont reliées entre elles par des escaliers traités eux-mêmes comme des éléments de stationnements et d'exposition.

A chaque galerie a été adjoint un certain nombre d'alvéoles, chaque école trouvera sa place : la grande Idée et ses influences, le chef-d'œuvre et son enseignement.

Les salles aménagées en hâte pour permettre l'installation de la splendide exposition des chefs-d'œuvre de l'Art Français, ne prendront leur physionomie véritable qu'après la fermeture de l'Exposition. Les œuvres exposées bénéficieront de plus d'espace ; le visiteur, dans des salles moins surchargées, trouvera plus de calme.

Les salles situées au niveau de l'entrée seront affectées aux expositions temporaires et aux nouvelles acquisitions.

Dans chacun des Musées, des bureaux de conservateurs, une bibliothèque et des dépendances sont aménagées. Ces locaux sont en communication facile avec les salles de dessins et médailles, volontairement situés en dehors du circuit du public. L'ensemble est complété par une salle de conférences avec cabine de projection, pouvant recevoir un auditoire de deux cent cinquante personnes et accessible de chacun des deux Musées.

© Livre d'Or de l'Exposition Internationale de Paris 1937