Treize ans à peine se sont écoulés depuis le premier mai 1898, jour où Turin nous invitait à fêter le cinquantenaire de la proclamation du Statut en Piémont.

En treize ans, de 1848 à 1861, quel chemin parcouru, que de noms de batailles douloureuses et de victoires fameuses, quelle histoire féconde en évènements qui sont d’hier et paraissent pourtant s’agiter dans la vaporeuse vision de siècles lointains ! La malheureuse journée de Novare, l’exil d’Oporto, la rencontre de Plombières, l’expédition hardie de Crimée, l’entreprise du percement du Fréjus. Puis Sapri et Belfiore, le printemps sacré de 1859, Vinzaglio, Palestro, Magenta, Solférino, San Martino, noms éclatants comme les fanfares de la victoire qui nous souriait sur leurs champs de bataille. Une halte avec l’armistice de Villafranca; ensuite la plus grande tentative, l’expédition des Mille, une poignée d’hommes qui conquiert en quatre mois un royaume, avec l’appui du peuple, et le flot irrépressible des plébiscites dans l’Italie centrale; Victor-Emmanuel peut se proclamer, devant l’Assemblée nationale réunie au Palais Carignan, premier Roi d’Italie.

27 mars 1861: cette date est désormais gravée dans l’histoire.

Après viendront encore des jours tristes. N’importe ! L’Italie était faite dès 1861, et aujourd’hui, libre des Alpes à la mer, elle peut s’apprêter à célébrer joyeusement le Cinquantenaire de sa délivrance.

L’exemple d’un peuple qui, déchiré par 1400 ans de dissensions intérieures et extérieures, divisé et avili par les plus humiliantes dominations étrangères, réussit d’un seul coup, comme par la vertu magique des hommes et des temps, à retrouver ses membres épars et à s’asseoir, avec l’audace honnête qui naît de la jeunesse et de la force, parmi les autres peuples, est assurément le plus grand événement politique du siècle passé.

Turin a donc bien fait d’annoncer, non plus une Exposition nationale, comme les Expositions précédentes de 1884 et de 1898, mais une Exposition Internationale, et d’inviter les autres nations à prendre part, elles aussi, à la fête de l’Industrie et du Travail.

Ee spectacle de la vie qui renaît et se développe hardiment est si réconfortant, aussi bien dans les individus que dans les peuples, que toutes les Nations principales ont accepté à l’envie l’invitation et nous entourent joyeusement aujourd’hui. Hôtes désirés, rivaux courtois dans les nobles luttes du travail, les étrangers qui arrivent parmi nous retrouvent l’Italie indissolublement une de langue, de race, de traditions et de projets.

En circulant dans l’enceinte de l’Exposition, ils se trouveront en présence d’une Italie qui, des 25 millions d’habitants qu’elle comptait en 1861, est montée aux 34 millions de 1901 et dans quelques jours, avec le recensement du mois de juin prochain, atteindra 36 millions, sans compter les 5 millions de libres travailleurs qui fertilisent les deux Amériques. De tous côtés, ils trouveront l’empreinte d’une nation à qui il a suffi de cinquante printemps vivifiés par le souffle de la liberté et de la paix, pour retrouver la foi et la force de s’aventurer sur tous les champs du progrès et de la civilisation, pour tenter victorieusement tous les essais du travail ordonné et conscient.

Turin, en célébrant le Cinquantenaire de la proclamation du royaume d’Italie, célèbre aussi un peu, sans le vouloir et presque sans s’en apercevoir, son propre progrès. La capitale d’Emmanuel-Philibert qui comptait à peine 11.000 habitants, après s’être élevée à 204.000 pendant les années saintes du rachat de la patrie, a doublé pendant les 50 dernières années et arrive maintenant à 400.000 habitants.

Le Parc du Valentin, le merveilleux Parc des Expositions précédentes, est devenu trop petit, malgré ses 300.000 mètres carrés de superficie, pour accueillir tous les édifices de l'Exposition.

On a transporté l’Exposition — heureuse inspiration ! — sur les deux rives du Pô, au « Pilonetto », en amont du fleuve et de la ville. L’Exposition occupe 1.200.000 mètres carrés, dont 350.000 sont couverts; elle laissera sans doute après elle le limon fécond de nouveaux agrandissements, le noyau d’un nouveau Turin que nous verrons, chaque fois que nous y reviendrons, toujours plus vaste, plus travailleur et plus joli.